Bulles 09/07/2012 à 15h09

BD : une nouvelle génération hyperactive d’auteurs israéliens

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

Une nouvelle effervescence agite la bande dessinée israélienne, et des traductions commencent à affluer en France. L’invitation polémique d’Israël au Salon du livre en 2008 a permis de découvrir quelques auteurs de BD, à commencer par la dessinatrice Rutu Modan.

  1. Génération hyperactive
  2. Asaf Hanuka commente des planches de « K.-O. à Tel Aviv »

Rutu Modan est l’une des chefs de file d’une génération émergente de dessinateurs israéliens, dont elle reflète l’hyperactivité.

Rutu Modan et la bande d’Actus Tragicus

Née en 1966 et fille d’un ancien ministre de la Santé israélien, elle fonde en 1995 le collectif alternatif Actus Tragicus avec Yirmi Pinkus, Mira Friedman, Batia Koltan et Itzik Rennert. Leurs premiers fascicules en noir et blanc sortent en anglais, pour toucher un public en dehors des frontières d’Israël.

La BD de Rutu Modan « Exit wounds » raconte la rencontre entre un jeune chauffeur de taxi israélien et une fille, soldate de l’armée israélienne, autour d’un attentat-suicide à Tel Aviv. La bande dessinée reçoit le prix France Info et un « Essentiel » à Angoulême en 2008.


Extrait d’« Exit Wounds » de Rutu Modan (Rutu Modan/Actes Sud BD)

L’école de Bezalel, autour de Michel Kichka

Comme Rutu Modan, de nombreux jeunes auteurs israéliens sortent de l’école d’art de Bezalel à Jérusalem. Ils ont souvent croisé la route du professeur Michel Kichka (né en 1954), membre de Cartooning for Peace et auteur d’une magnifique BD sortie récemment chez Dargaud, « Deuxième génération ».


Extrait de « Deuxième génération » de Michel Kichka (Kichka/Dargaud)

Le Web comme moteur

Beaucoup d’auteurs israéliens s’intéressent au conflit et dialoguent à travers des œuvres alternatives – romans graphiques ou fanzines – ou sur le Web, avec des blogs plus ou moins autobiographiques ou des fictions feuilletonnées.

Les frères jumeaux Asaf et Thomer Hanuka (nés en 1974) font également partie de cette génération montante. Asaf publie avec l’écrivain Etgar Keret, rencontré au service militaire, « La Journée de la terre » (Emmanuel Proust), portrait en noir et blanc de la jeunesse israélienne.

Depuis 2010, il chronique sa vie quotidienne à Tel Aviv sur un blog, et vient de publier « K.-O. à Tel Aviv » aux éditions Steinkis.


Extrait de « K.-O. à Tel Aviv » d’Asaf Hanuka (Asaf Hanuka/Ed Steinkis)

« La BD s’exporte » mais peine à exister en Israël

Pour Asaf Hanuka, « il n’y a pas vraiment encore de maison d’édition qui publie de la BD israélienne et il y a peu de lecteurs » :

« La BD s’exporte, elle existe à l’extérieur d’Israël, mais mes amis qui font de la BD vivent d’illustration ou des dessins animés. Personne n’arrive vraiment à vivre de ça. Alors qu’on est une génération qui a rêvé de BD, qui est venue à Angoulême dès que possible.

On est arrivé à un point où on connaît assez bien notre langage illustratif pour faire de la bande dessinée. Maintenant, le paradoxe, c’est qu’on va raconter notre expérience d’Israël à travers notre quotidien et avec le langage de la bande dessinée. Et ça, c’est nouveau : on décrit notre réalité, notre histoire, qui n’est pas souvent décrite en BD. »

Uri Fink a « appris à toute une génération à lire de la BD »

Dans un autre registre, Uri Fink (né en 1966), s’est fait connaître en Israël grâce à son personnage Zbeng. Pour Asaf Hanuka, « ça a vraiment appris à toute une génération à lire de la BD, son personnage est vraiment très populaire en Israël ».

Auteur de plusieurs séries pour l’édition et pour le Web, Uri Fink a fait partie du jury du Concours israélien de bande dessinée antisémite avec Art Spiegelman.

Sa BD « Région enragée », publiée à compte d’auteur, est une réponse à « Palestine » de Joe Sacco. Il s’oppose régulièrement à Shay Sharka sur la politique israélienne, et les deux dessinateurs dialoguent parfois par dessins interposés.

Gilad Seliktar, une valeur montante

Comme l’illustratrice Ruth Gwily, Gilad Seliktar (né en 1977) est un ancien élève de Rutu Modan. Il propose un travail de fiction. Après des collaborations avec « Blender », il publie « Ferme 54 » en 2009, avec sa sœur Galit : trois histoires en partie autobiographiques, qui se déroulent dans une zone rurale d’Israël, dans les années 70 et 80 (éditions Ça et là). Pour constater la variété de ses dessins, il suffit d’aller faire un tour sur son compte Flickr.


Extrait de « Ferme 54 » de Gilad et Galit Seliktar (Seliktar / &ccedil ; a et l&agrave ;)

Et les auteurs palestiniens ?

En France, le marché de la BD ne porte presque aucune voix de Palestiniens ou d’Arabes d’Israël. Le projet Cartooning for peace, conçu par Plantu en 2005 grâce au soutien de l’ONU, met en avant quelques noms d’illustrateurs et caricaturistes, comme Khalil et Boukhari, deux partisans de la résistance pacifique très critiqués par le Hamas.

Dans « Jérusalem », Guy Delisle évoque aussi le collectif humoristique Zan studio. De fait, les voix palestiniennes sont surtout portées par l’édition libanaise ou égyptienne.

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  • Nord
    Nord
    Personnage de roman
    • Posté à 15h55 le 09/07/2012
    • Internaute 188005
      Personnage de roman

    Mais quelle « [L’]invitation polémique d’Israël » ? ? ? Il faut être particulièrement abruti pour proposer le boycott de la culture ! Après on pense ce qu’on veut d’Israël, de son gouvernement etc. mais boycotter la culture !

    Et encore ! la « polémique » du salon du livre c’était en 2008 mais j’ai lu quelque chose récemment à propos d’une université belge qui envisageait de boycotter les échanges académiques avec les universités israéliennes - après la culture, la connaissance : mais où va-t-on ?

    • A déménagé en novembre 2012
      • Posté à 16h34 le 09/07/2012
      • Internaute 60079

      Il faut être particulièrement abruti pour proposer le boycott de la culture !
      C’est d’autant plus vrai que les principales critiques, et elles sont virulentes, de la politique de Netanyhu viennent des milieux israéliens de la culture et de l’université.

    • Lionel06
      Lionel06 répond à Nord
      Dessoucheur
      • Posté à 20h01 le 09/07/2012
      • Internaute 30683
        Dessoucheur

      Certes, mais il faut alors également dénoncer les entraves aux manifestations culturelles organisées par les Palestiniens comme Palfest, le festival palestinien de littérature, infligées par les autorités israéliennes (en 2009 et également cette année avec la soumission à la censure des discours des intervenants) et gazaouies (cette année).

  • Leon 777
    Leon 777
    artiste
    • Posté à 16h47 le 09/07/2012
    • Internaute 128120
      artiste

    On voit de quel coté est la liberté d’expression et de quel coté est la censure.

    • Lionel06
      Lionel06 répond à Leon 777
      Dessoucheur
      • Posté à 17h11 le 09/07/2012
      • Internaute 30683
        Dessoucheur

      Non. Comme toujours, dans ce contexte, les choses ne sont pas en noir et blanc : Lien

      • Leon 777
        Leon 777 répond à Lionel06
        artiste
        • Posté à 18h42 le 09/07/2012
        • Internaute 128120
          artiste

        auriez vous un exemple de liberté d’expression dans un pays arabe plutot ?

         
        • Lionel06
          Lionel06 répond à Leon 777
          Dessoucheur
          • Posté à 09h05 le 10/07/2012
          • Internaute 30683
            Dessoucheur

          Pourquoi ? Vous connaissez peut-être un pays arabe démocratique (à part la Tunisie maintenant) ?
          Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que la liberté d’expression n’existe pas dans ces pays.
          En revanche, lorsque des pays dits « démocratiques » se comportent comme des pays autocratiques, alors cela doit être vivement dénoncé.

        1 autres commentaires
    • kevangel
      kevangel répond à Leon 777
      Chercheur
      • Posté à 17h51 le 09/07/2012
      • Expert 24356
        Chercheur

      Vous avez raison, en Israel on a bien plus de liberté de critiquer Israel qu’en France !

      • Nord
        Nord répond à kevangel
        Personnage de roman
        • Posté à 23h00 le 09/07/2012
        • Internaute 188005
          Personnage de roman

        Je ne sais pas si c’est cynique ou non, mais vous avez absolument raison ! Sauf qu’en Israël, que je connais bien, on est quand même plus proche de la réalité qu’en France où la critique se nourrit trop souvent de fantasmes et d’aveuglement doctrinaire.

        Mais oui, il faut critiquer, il faut tout critiquer, toujours !

  • A déménagé le 03-08-2012 4
    • Posté à 17h11 le 09/07/2012
    • Internaute 188464
      non connue

    J`ai hâte de lire une de ces BD, qui va certainement nous démontrer que l`armée Israélienne n`a jamais utilisé du phosphore blanc sur des populations civiles, mais les a bombardé avec de la poudre de chocolat. L`humour Israélien c`est décapant....

    • Aurélie Champagne
      Aurélie Champagne répond à A déménagé le 03-08-2012 4
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 17h18 le 09/07/2012
        rédacteur
      • Journaliste 131894
        Journaliste

      Vous n’y êtes pas du tout, UnkindByDesign. Ouvrez vraiment ces BD, elles valent le coup...

      • A déménagé le 03-08-2012 4
        • Posté à 17h30 le 09/07/2012
        • Internaute 188464
          non connue

        C`était une blague de très mauvais goût,J`en conviens, mais il existe des moments dans la vie, ou l`humour s`avère un excellent antidote contre la laideur ambiante. je ne manquerai pas de jeter un coup d’œil sur ces fameuses BD

      • Dualites
        Dualites répond à donaldo
        (commentateur)
        • Posté à 19h34 le 09/07/2012
        • Internaute 154085
          (commentateur)

        Oké j´vais m´ taire.

  • Dualites
    Dualites
    (commentateur)
    • Posté à 18h54 le 09/07/2012
    • Internaute 154085
      (commentateur)

    Mon commentaire ne se veux absolument pas antisemite mais c´est quoi cette fascination pour Israel ? Pourquoi on a jamais d´article sur la bédé yougoslave ou le conflit tchetchene ? ?

    • Aurélie Champagne
      Aurélie Champagne répond à Dualites
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 19h34 le 09/07/2012
        rédacteur
      • Journaliste 131894
        Journaliste

      Le conflit tchétchène, c’est ici... Très belle BD d’Igort qui repart sur les traces d’Anna Politkovskaïa... par ailleurs l’effervescence qui agite une récente génération d’auteurs israéliens mérite qu’on s’y intéresse... et surtout qu’on ouvre leurs BD

  • bubulle511
    bubulle511
    deuxième étage
    • Posté à 06h49 le 11/07/2012
    • Internaute 189891
      deuxième étage

    Bravo pour cet article bien étoffé.

  • soutenable lourdeur du néant
    • Posté à 18h31 le 11/07/2012
    • Internaute 134590

    Bon article, bien fait et documenté.

    Belles découvertes, que je vais essayer de trouver.

    Merci !

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