Superhéros 08/07/2012 à 15h15

« The Amazing Spiderman » : quel est l’intérêt du « reboot » ?

Anaïs Bordages | Etudiante

Cinq ans à peine après le dernier « Spiderman », un nouveau film reprend l’histoire de zéro et renvoie l’homme-araignée au lycée. Cette manie de tout recommencer est de plus en plus fréquente à Hollywood, mais est-elle seulement utile ?

« Spiderman 4 », enfin, « Spiderman 1 », enfin, « The Amazing Spiderman », est sorti en salles cette semaine. Mais ne vous attendez pas à y voir la suite des aventures de Peter Parker, débutée il y a tout juste dix ans avec la trilogie de Sam Raimi.

Car ce film est un reboot (prononcer riboute) : il reprend l’histoire de zéro, et fait fi de tout ce que les précédents films avaient accompli. Ce Spiderman version 2.0 s’est donc affranchi de quelques personnages, dont, à notre grand soulagement, la très fadasse Mary-Jane Watson et le fils à papa Harry Osborn. Peter Parker, lui, est un ado skater effronté, loin du nerd cul-de-bouteille-et-front-gras incarné par Tobey Maguire en 2002.

Bande annonce de « The Amazing Spiderman »

Un pari un peu casse-gueule ?

Vous l’aurez compris, le reboot n’est pas un remake. S’il reprend les mêmes bases de l’histoire, ce n’est que pour lui donner une nouvelle direction. Parmi les reboots célèbres, on retrouve « King Kong », « La Planète des Singes », « Hulk » ou encore « La Panthère Rose ».

Autant de redémarrages souvent bien pâles par rapport à leur original, voire carrément ratés. Si le reboot semble être un pari un peu casse-gueule, entre déception des fans et échec commercial, pourquoi alors s’embête-t-on à en faire ?

« The Amazing Spiderman », qui n’aurait jamais vu le jour si Sam Raimi n’avait pas été viré par les producteurs suite à un différend, est un parfait exemple. Alors que le contrat de Sony Pictures prévoyait quatre films, la boîte, débarrassée du réalisateur des trois premiers, a du trouver une solution d’urgence pour livrer le dernier volet : le reboot semblait être la moins risquée.

Pour s’éviter un tournage trop onéreux (un Tobey Maguire, ça coûte très cher), ils ont alors eu recours à un réalisateur plus ou moins novice, Marc Webb (à qui on doit la rom-com « 500 jours ensemble ») et à un acteur principal encore peu connu, Andrew Garfield.

« Même ma mère connaît Superman »

Si l’on reboote à tout va depuis quelques temps, c’est donc avant tout une histoire d’argent : reprendre une histoire connue qui a déjà fait ses preuves paraît moins risqué que de créer un nouveau personnage sans même savoir si l’on va rentrer dans les frais. Ainsi, les films d’aventures et de superhéros semblent être devenus les vaches à lait d’Hollywood, que les producteurs sont libres de traire sans trop se mouiller.

D’autant que, selon Yann Graf, assistant d’édition à Urban Comics, le reboot est une pratique répandue et acceptée dans le monde des comics :

« Le public est habitué à ce que les BD soient sans cesse relancées, modifiées, reviennent en arrière. Tous les dix ans environ on reprend les histoires de Batman, Superman, Spiderman et compagnie. Alors si ça marche en BD, pourquoi pas au ciné. »

« Le reboot provoque l’innovation »

En fait, il ne faudrait pas voir les histoires de superhéros comme des œuvres uniques, mais plutôt comme un flot continu, que chacun peut s’approprier. C’est en cela que, selon Aurélien Fouillet, chercheur au Centre d’Études sur l’Actuel et le Quotidien, le reboot est très utile :

« Dans la BD américaine, le reboot est ce qui provoque l’innovation. Là bas, il n’y a pas vraiment le culte du droit d’auteur qu’on retrouve en France avec les Tintin et les Spirou. Dans les histoires de superhéros, il y a juste des codes, que chaque auteur agence à sa façon, pour en faire à chaque fois un nouveau reflet de son époque. »

En cinéma, c’est pareil, chaque œuvre a sa place dans la lignée. Yann Graf explique :

« S’il n’y avait pas eu les Batman de Tim Burton, il n’y aurait pas eu ceux de Nolan. Avec ces premiers films, le spectateur rencontre le personnage. Après, il est donc beaucoup plus facile de creuser une histoire dont on connaît déjà les bases, de développer certains aspects. Superman tout le monde le connaît, même ma mère. »

Bien sûr, certains personnages tiennent mieux la route que d’autres. Celui de John Carter, inventé il y a un siècle, a par exemple fait un flop retentissant au cinéma cette année, si bien qu’on ne risque pas de le voir rebooté avant bien longtemps.

Batman : l’exception qui confirme la règle

Le reboot est aussi un excellent moyen de rapprocher les films de l’univers de la BD. « The Amazing Spiderman » opère un retour aux sources qui ne sera pas sans ravir les fans du comics : non seulement il a récupéré son titre original, mais, comme dans la BD, le lance-toile est ici mécanique, fabriqué par le héros, tandis que dans la fable adolescente de Sam Raimi, les toiles blanches, par un phénomène conceptuellement répugnant, giclaient directement de ses poignets (vous aurez compris la métaphore). Avec des effets spéciaux de plus en plus impressionnants, il est désormais facile de se rapprocher de l’univers fantastique et imagé des BD. Le meilleur exemple de ce phénomène reste à ce jour le Batman de Nolan, qui a parfaitement su retrouver l’univers très sombre du comics.

Bande annonce de « The Dark Knight Rises », dernier volet des films Batman

Batman Begins, sorti en 2005, est en effet le seul reboot à avoir véritablement inversé la tendance, petit dernier d’une lignée de films que personne n’avait aimé, notamment le Batman et Robin de 1997. Car si ceux de Tim Burton avaient divisé et ceux de Schumacher affligé, le reboot de Christopher Nolan, plus sombre, plus ambivalent, a su rendre à Batman ce qui était à Batman. Acclamés par la critique et le public, ses deux premiers opus font figure d’exception dans le monde du film de superhéros, et « The Dark Knight Rises », troisième volet de la série, est le film le plus attendu de l’été.

« The Amazing Spiderman » : le verdict

Si « The Amazing Spiderman » n’a pas réussi à opérer un tournant aussi radical que les nouveaux Batman, cela tient avant tout à son méchant, complètement raté. Difficile en effet d’accorder de la crédibilité à son ambition machiavélique, qui consiste à transformer le reste du monde en gros lézards. Autant vous dire qu’on lui préfère le Joker, et de loin.

Mais « The Amazing Spiderman » n’en reste pas moins un bon film, en très grande partie grâce à l’indéniablement « amazing » Andrew Garfield. Découvert en adolescent timide dans le drame indé « Boy A », le jeune héros parvient immédiatement à faire oublier Tobey Maguire, qui manquait à la fois de charme et d’humour.

Le personnage de Gwen Stacy, incarnée par la ravissante mais pas chiante Emma Stone, est également d’une fraîcheur non négligeable : alors que cette cruchasse de Mary-Jane devait perpétuellement se faire sauver par Spider Man, Gwen, elle, lui prête main forte à plusieurs reprises. Quant à l’oncle Ben, il est ici incarné par Martin Sheen ( !), qui justifie à lui tout seul d’aller voir le film.

Un héros immature et impertinent

Bien sûr, « The Amazing Spiderman » est également une collection réjouissante de visuels époustouflants, notamment pendant des scènes de plongeon dans le vide assez spectaculaires. Mais la véritable fraîcheur du film tient à son réalisme : immature et impertinent, l’homme-araignée de Marc Webb ressemble vraiment à un ado.

Parce que quand on se découvre des super pouvoirs à l’âge de 17 ans, on imagine bien que le premier réflexe n’est pas forcément de sauver le monde mais plutôt d’aller faire des acrobaties sur son skate, et c’est donc bien pour ses allures de teenage movie que le film a de l’intérêt. Par ailleurs, on sait déjà que « The Amazing Spiderman » aura deux suites. Avant peut être de tout recommencer, en 2022.

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  • 80 réactions
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  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 16h43 le 08/07/2012
    • Internaute 131307
      développeur

    Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
    D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux.
    Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir.
    Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font.
    Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.

    C’est pourtant vrai que la première version est souvent mieux que les riboutes ^^

  • BobFromMarketing
    BobFromMarketing
    Immigré Vulcain
    • Posté à 18h32 le 08/07/2012
    • Internaute 83538
      Immigré Vulcain

    Bah on s’en fout y a Emma Stone.

  • Hisoka
    Hisoka
    nananère !
    • Posté à 18h59 le 08/07/2012
    • Internaute 52726
      nananère !

    « Le reboot provoque l’innovation »
    Dans le monde des comics oui... surtout au niveau ambiance et scénario.

    Ici, non pas vraiment. et rarement dans les films, sachant que je ne considère pas la 3D comme une innovation (vu ce que l’on se farcie ces temps ci sous le label 3D)
    Là il s’agit simplement d’un Spiderman 3D.

    Quitte a faire une comparaison avec Batman, je le ferais plutôt avec ceux de Schumacher que ceux de Nolan.
    Nolan apportant vraiment un changement aux Batman de Burton dans le traitement l’univers. Quand Schumacher tentait de faire marcher la franchise avec des produit d’appel comme Clooney & co. Ce que fait Marc Webb ici avec ses « regardez j’ai mis les tisseurs de toile » et ses « regardez c’est en 3 D ».

  • Colorée
    Colorée
    Les pieds dans les nuages, la (...)
    • Posté à 19h55 le 08/07/2012
    • Internaute 145292
      Les pieds dans les nuages, la (...)

    Perso, j’ai adoré ce « reboot ». Et pourtant, je n’étais pas particulièrement jouasse en pénétrant dans la salle obscure. Pour moi Spider-Man, c’était Tobey Maguire et Kirsten Dunst, point barre. Je ne voyais pas l’intérêt de réinventer l’histoire ! BEn fait, c’était vachement chouette. Ok, on en ressort pas plus intelligent(e), mais on passe un très bon moment avec des effets visuels sympatoches et un scénario pas trop mal ficelé. (Bon, puis ce Garfield est d’un sex appeal ... !) Finalement, j’ai hâte de voir la suite :)

  • Monkycops
    Monkycops
    Etudiant
    • Posté à 21h12 le 08/07/2012
    • Internaute 136671
      Etudiant

    Ce reboot est d’une bêtise abyssale. Et ce n’est certainement pas à cause du traitement de son bad guy, dont il aurait fallu au contraire davantage pousser le côté kitsch.

    Le ratage tient au traitement catastrophique de l’univers arachnéen dont la trilogie de Sam Raimi avait su capturer l’essence tant par le respect dans l’écriture de ses personnages que dans la puissance visuelle qu’elle offrait. Naïve, colorée, évoluant dans une New York fantasmée, elle avait entièrement compris la dramaturgie du comics, jonglant à merveille entre le soap et l’action tout en proposant une allégorie du passage à l’adolescence (l’acquisition des pouvoirs) puis à l’âge adulte (le troisième volet).

    Le nouveau film s’inspire clairement de la version « Ultimate Spider-man » (un univers qui remettait à jour les héros marvel en leur donnant une tonalité plus contemporaine dans les années 2000). Pas une mauvaise idée en soi, pas plus que s’autoriser différentes lectures personnelles d’un même personnage est loin d’être redhibitoire, bien au contraire. Mais il est des fondamentaux que même le plus astucieux des reboots ne peut s’autoriser. Faire intervenir un Spider-man « Dark and Gritty » pause problème en terme de cohérence dans un récit où le processus d’identification marche à plein tube. On nous présente ici un Peter Parker très à l’aise voir particulièrement tête à claque tant il tire profit d’une situation à son avantage sur tous les plans (une Gwen Stacy déjà conquise, un match de basket insolent...) un comble pour le héros dont l’axiome veut qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Ce qui rend Andrew Garfield (très bon acteur au passant) victime d’une mode du super-héros pseudo-réaliste enclenchée par les Batman de Nolan alors que Spider-man est, par essence, l’anti-Dark Knight.

    Un reboot oui. Un film qui n’assume pas sa thématique super-slip pour surfer sur la vague du moment dans l’espoir arriviste de conserver sa licence, non. Sony a clairement fait le film de trop.

  • Kritikeuse
    • Posté à 15h14 le 09/07/2012
    • Internaute 187661

    Quand est-ce que le cinéma hollywoodien reviendra avec des scenarios originaux ? Pas un épisode n°4, un reboot, un « on l’a déjà fait il y a 20 ans et ça avait bien marché alors on recommence », une xième adaptation du même bouquin, mais une véritable histoire originale ?
    Le dernier film, ayant un scenario inédit, que j’ai vu, c’était Inception, et ça commence à dater...

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