Affaire d’Etat 25/06/2012 à 18h31

Sollers, Trierweiler et Le JDD : le ridicule ne tue pas

François Krug | Journaliste Rue89

Mis à jour le lundi 25 juin 2012 à 19h05
La direction du JDD ayant publié des "précisions" sur le site du journal, l'article a été complété.

C’est le site du Point, dimanche, qui a révélé le scandale : Philippe Sollers aurait été « viré du JDD », juste au moment où il consacrait sa chronique à Valérie Trierweiler et au « tweet » qui a fait trembler la République.

L’écrivain offre depuis longtemps au JDD un « Journal du mois ». Il venait à peine d’envoyer sa chronique, explique-t-il, qu’on lui a appris « par téléphone » que celle-ci serait la dernière.

Pourquoi ? Le patron du JDD étant « injoignable ce dimanche matin », Le Point reste prudent. Il précise cependant que « la décision était prise avant cette chronique ».

Tout de même, c’est louche.

« Un sommet de persiflage »

Le Journal du dimanche, c’est Lagardère. Lagardère, c’est aussi Paris Match. Paris Match, c’est entre autres Valérie Trierweiler. Et Valérie Trierweiler, c’est... vous savez qui et quoi. Le Point s’interroge :

« Trop d’insolence de la part de Sollers ? Il est vrai que sa dernière chronique sur le tweet de Valérie Trierweiler est un sommet de persiflage. »

Ce lundi, le spécialiste des médias de L’Express apporte de nouveaux détails sur ce qu’on appellera peut-être bientôt « l’affaire Sollers ».

Au JDD : « Ni censuré, ni viré »

Le directeur adjoint de la rédaction du JDD lui a fourni sa version : le journal aurait simplement voulu renouveler son équipe de chroniqueurs.

Au revoir et bon vent, donc, à Philippe Sollers, 75 ans, dont treize à chroniquer pour Le JDD :

« Il n’a été ni censuré, ni viré. Anne Roumanoff et Alain Finkielkraut ont chacun publié dans les semaines passées des chroniques acides sur Valérie Trierweiler sans que nous soyons intervenus. »

(Depuis, le même directeur adjoint de la rédaction a mis en ligne des « précisions » sur le site même du JDD, dénonçant « des accusations tristes, malveillantes et sans aucun fondement ».)

Un peu court, répond l’intéressé à L’Express :

« La version officielle du JDD me semble pour le moins troublante [...]. Il va être de plus en plus difficile dans ce pays d’écrire sur des questions et des idées qui semblent déranger beaucoup de monde. »

« Femmes », cet « excellent roman » de...


Capture d’écran de la chronique de Sollers, « Mon journal du mois » (LeJDD.fr)

Que lit-on au juste dans cette chronique qui « dérange », selon son auteur, dans ce « sommet de persiflage », selon Le Point ? Des choses comme celles-ci :

« Ce n’est plus du vaudeville, mais du Shakespeare. Une seule solution pour sortir de ce cauchemar : une nouvelle prétendante au rôle de première dame de France, un mariage à tout casser, et, vite, un bébé. Espérons que cette nouvelle aventurière courageuse nous préviendra par un tweet. »

Signalons qu’au détour de sa chronique, Philippe Sollers livre un conseil de lecture bienvenu, pour tous ceux qu’étonnerait la psychologie de Valérie Trierweiler et, plus généralement, celle des femmes :

« Tout ça pour dire qu’on peut relire un excellent roman, “Femmes”, publié il y a presque trente ans. Tous les cas de figure y sont strictement répertoriés, et, à mon avis, le livre n’a pas pris une ride. »

Très prévenant, Philippe Sollers précise qu’on peut trouver cet ouvrage dans la collection Folio, numéro 1620. Très modeste, il ne précise pas que l’auteur en est un certain Philippe Sollers – mais qui l’ignorait ?

Au secours de BHL, qui « a tout pour déplaire »

Si cette chronique a dérangé, c’est peut-être également parce qu’elle prend la défense d’un autre apparatchik, euh, paria de Saint-Germain-des-Prés, Bernard-Henri Lévy, et de son film attaqué par la critique :

« BHL est beau, riche, enchanté de vivre, vivace et bondissant. Il a vraiment tout pour déplaire. »

On croirait lire un autoportrait, tant Philippe Sollers, lui non plus, ne craint pas de « déplaire », jusqu’à mettre son gagne-pain journalistique en péril.

Le martyrologe de l’ère Hollande-Trierweiler

La sarkozie avait écarté Stéphane Guillon, Didier Porte, Gérald Dahan. Philippe Sollers, lui, aurait donc rejoint le martyrologe de l’ère Hollande-Trierweiler, aux côtés d’un autre grand esprit, Pierre Salviac.

On sait bien que le JDD est très respectueux des premières dames : en 2007, il s’était illustré en « trappant » un scoop sur Cécilia Sarkozy. Mais cette fois-ci, aurait-il poussé le respect – et le ridicule – jusqu’à s’affoler d’une chronique inoffensive ?

Ou est-ce Philippe Sollers qui s’est ridiculisé, en laissant son ego le convaincre qu’il dérangeait qui que ce soit ?

On opterait plutôt pour la seconde hypothèse – pourtant, nous, contrairement à nos confrères du JDD, on ne risque pas de croiser Valérie Trierweiler à la machine à café.

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  • inspecteur crouton
    • Posté à 18h53 le 25/06/2012
    • Internaute 118828
      modéré

    Ca n’est pas pour défendre cette pathétique baudruche de Sollers, mais en l’occurrence ce serait plus efficace de virer tout de suite Trierweiler de l’Elysée.

  • sceptique2
    sceptique2
    Conseil en communication
    • Posté à 18h57 le 25/06/2012
    • 174527
      Conseil en communication

    J’espère que ce licenciement est fortuit, sans lien avec la chronique en question. Mais quand Sollers parle à cette occasion de « psychologie des femmes en général », je m’étonne : la réaction d’une journaliste qui ne se doute pas qu’un tweet aussi politique puisse avoir de l’écho ne relève pas de la psychologie des femmes, mais de celle des gamins des deux sexe en cour de récréation ; « t’es plus ma copine », c’est juste gravement infantile pour une adulte normale qui aurait évolué avec l’âge. Très inquiétant étant donné la place de la gamine immature en question. Il va être difficile de la tenir éloignée des affaires sensibles pendant 5 longues années ! Est-elle capable d’apprendre à se taire ? à résister à l’impulsion stupide ? à mesurer les conséquences de ses actes ?

  • HSEHNAMAP
    HSEHNAMAP
    Votre commentaire a été (...)
    • Posté à 20h28 le 25/06/2012
    • Internaute 132226
      Votre commentaire a été (...)

    Merci, grâce à vous je viens d’apprendre d’une part que Philippe Sollers était considéré comme « écrivain », d’autre part qu’il n’était pas mort.

  • C@ssoulet
    C@ssoulet
    glandeur
    • Posté à 21h34 le 25/06/2012
    • Internaute 62746
      glandeur

    Il a peut être été viré tout simplement parce qu’il est de plus en plus mauvais ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h14 le 25/06/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    « La version officielle du JDD me semble pour le moins troublante [...]. Il va être de plus en plus difficile dans ce pays d’écrire sur des questions et des idées qui semblent déranger beaucoup de monde. »
    Ah bon Philippe Sollers à fait des révélations sur l’affaire Karachi ? sur l’affaire Bettencourt ? non sur Trierweiler. Effectivement c’est de la bombe, Sollers est un dangereux anarchiste qui risque de renverser le régime, il faut le museler.

  • Blue_tail_fly
    Blue_tail_fly
    Dans l'Air du Taon
    • Posté à 23h52 le 25/06/2012
    • Internaute 123618
      Dans l'Air du Taon

    Les « chroniques », les « éditoriaux », etc. (encore plus que les reste) ne sont pas de l’information, même s’ils peuvent en contenir. Il faut donc accepter qu’ils puissent contenir des options partisanes, des orientations, des taquineries, des insinuations, etc. Si les journaux étaient limités à l’information, ça devrait se savoir. Si les journalistes n’étaient pas soumis à des contraintes politiques, ça se saurait aussi !

  • Ftannenberg
    • Posté à 10h44 le 26/06/2012
    • Internaute 119494

    Vous avez bien raison, impossible de trancher ! Est-ce le groupe Lagardère qui a viré Sollers pour faire une fleur à Trierweiller (et donc Hollande) ou est-ce l’écrivain dont l’ego surdimensionné n’est pas un mystère, qui crie au lynchage qu’il est le seul à voir ? Bon, Sollers a 75 ans et toute sa vivacité intellectuelle mails il n’est pas interdit de changer de chroniqueur. Bon, le JDD aurait pu lui annoncer un peu plus tard (au cœur d’une été alangui ?) qu’il se passerait de ses services au lieu de trancher immédiatement après la publication de son article. Pour des pros de la com, cela frise la faute grave.

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