Robert Nesta Marley 16/06/2012 à 16h38

« Marley », biopic intime sur LA légende du reggae

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

Ce mercredi est sorti en salle « Marley », un documentaire de 2h23 consacré à l’icône du reggae Robert Nesta Marley.

Il est signé Kevin MacDonald, réalisateur écossais à qui l’on doit « Le Dernier Roi d’Ecosse », « Jeux de pouvoirs » et les docus « Mon Meilleur Ennemi » sur Klaus Barbie, et « Un Jour en septembre » sur les JO de Munich.

Bande-annonce de « Marley » de Kevin Mc Donald

La condition métisse au coeur du biopic

Dans ce biopic, le parti pris consiste à poser la condition métisse de Bob Marley comme grille de lecture de sa biographie. Son père est un fonctionnaire britannique blanc à la vie dissolue. Sa mère, Cédéla Booker est un beauté locale de seize ans. De leur rencontre très furtive naît Robert Marley en 1945.


Seule photographie du père de Bob Marley connue à ce jour (extraite de « Marley » (Wild Side/ Le Pacte)

La mère est sans le sou et élève son fils seule, dans un cabanon en torchis sur les hauteurs de Kingston. Petit, Robert est plutôt rejeté par les villageois et pas toujours très bien traité par ses oncles. « Il doit travailler et gagner chacun de ses repas », raconte un témoin de l’époque.

Bob a 12 ans quand sa mère décide d’aller chercher une vie meilleure et échoue à Trench Town, dans le ghetto de Kingston. A la fin de l’adolescence, Bob Marley se présente à son père et essuie un rejet brutal. Dévasté, il écrit une chanson : « Cornerstone » ou l’histoire d’une pierre rejetée par son maçon.

« Cornerstone », de Bob Marley

Le réalisateur offre un des moments les plus intenses du documentaire lorsqu’il fait écouter cette chanson à Constance Marley, demi-sœur métisse (du même père) de Bob. Pendant que cette sublime chanson résonne, on reste aimanté par le visage et les yeux brouillés d’émotion de cette femme. « Pourtant il a fait connaître le nom de Marley au monde. Au final, c’est lui, LE Marley », conclut-elle.

Un éclairage sur l’intimité de Bob

« Marley » éclaire autant l’ascension professionnelle que l’intimité du chanteur : sa personnalité de grand timide, ses relations avec Rita, son épouse, ses nombreuses conquêtes et ses enfants, dont on entrevoit par moment l’amertume (Bob a onze enfants de sept femmes différentes).

On retrouve aussi le climat du « 56 hope road », évoqué dans cet extrait :

Extrait de « Marley » de Kevin McDonald

Bob installe son QG dans cette ancienne villa du label Island située dans les quartiers chics de Kingston. La star y distribue ses dollars, se fait appeler « boss ». Les femmes qui s’y présentent portent obligatoirement des robes et pas de maquillage.

On aurait voulu s’attarder un peu avec le producteur fou Lee Scratch Perry, savourer quelques morceaux dans leur intégralité, ou constater chez le réalisateur un amour pour des morceaux choisis à l’ombre des éternelles compilations qui ressassent toujours les mêmes titres.

Sur les Wailers, « Catch a Fire »

Sur la formation des Wailers, Peter Tosh, la rencontre avec Lee Scratch Perry, ou même les ambitions du producteur Chris Blackwell de faire percer sur le marché de Rock US, le docu de la BBC « Catch A Fire » est un bon complément. Il porte d’ailleurs le nom du premier album de Bob et des Wailers, produit pour 4000 dollars par l’ambigu Chris Blackwell d’Island (surnommé « Whitewell » par Peter Tosh).

« Catch a Fire », documentaire de la BBC (en anglais sous-titré anglais)

Sur le Kingston de Bob Marley : « Babylon on a thin wire »

De même que le petit livre « Babylon on a thin wire » d’Adrian Boot et Michael Thomas, sorti tout récemment aux Editions Allia.

En une centaine de pages, ce bouquin génial restitue le climat politique de Jamaïque à l’époque de Bob Marley : l’émergence du rastafarisme dans la foulée de Marcus Garvey, le climat explosif de Kingston, l’exploitation forcenée du Bauxite et l’ère du Premier ministre Michael Manley, où machettes à deux dollars et flingues en tout genre font la loi.


Bob Marley, photo extraite de « Marley » (Wild Side/ Le Pacte)

Point de vue musical, ce petit bouquin éclaire aussi l’arrivée du reggae dans un contexte où « la musique jamaïcaine consistait pour l’essentiel en une bande son destinée à accompagner le balancement des palmiers, le sable argenté et les flots azur » à base de « calypso décaféiné » et de mento.

Au final, « Marley » vaut vraiment le coup. Il parvient à restituer la trajectoire fulgurante de Marley, jusqu’à sa mort en 1981. La star meurt à 36 ans des suites d’un mélanome, « maladie de blanc », racontait-on alors au métis.

Aller plus loin
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  • 18 réactions
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  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 17h03 le 16/06/2012
    • Internaute 16438
      ici et là

    Pour tout ceux que le reggae intéresse au delà de la figure et de la musique de Bob Marley je conseille ce vieux docu de la BBC :

    The Story of Jamaican Music Part 1

    • huutaa
      huutaa répond à le soudanais
      Même pas avec des pincettes.
      • Posté à 18h30 le 16/06/2012
      • 183774
        Même pas avec des pincettes.

      Et en lecture, ouvrage passionnant et foisonnant
      « Bass Culture » de Lloyd Bradley
      .
      Préfacé par Prince Buster, traduit en 2005 de l’anglais par Manuel Rabasse, il raconte l’évolution de la musique jamaïquaine des premiers sound systems du début des années 1950 jusqu’aux années 1990 en passant par les périodes ska, rocksteady, early reggae, reggae roots, accordant de l’importance au développement du reggae à l’étranger et notamment en Angleterre, terre d’accueil de nombreux Jamaïquains.

      Le sujet est traité autant sous l’aspect musical que social, politique et économique, la musique traditionnelle jamaïquaine ayant toujours emprunté au quotidien, au vécu et à son environnement proche ses sources d’inspirations.

      Le récit est parsemé de nombreux témoignages des acteurs les plus importants de la scène reggae depuis plus de 50 ans, Sir Coxsone Dodd, Prince Buster, Lee Perry, Jimmy Cliff, Ken Boothe, Burning Spear et bien d’autres que l’auteur a croisé à Kingston ou à Londres. Il donne aussi une vision de l’imbrication de la foi Rasta et du reggae en rappelant ses origines puis son importance dans la vie des artistes à partir de la fin des années 1970.

    • noname nobrand
      noname nobrand répond à le soudanais
      used to be "outsider"
      • Posté à 10h54 le 17/06/2012
      • 180845
        used to be "outsider"

      celui la aussi est pas mal.

      Lien

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 17h11 le 16/06/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Kevin Mc donald....ses films sont assez raides, j’espère qu’il ne nous donne une vision trop « dark side », pas seulement centrée sur la violence de la jamaique d’alors, ou des moments craignos de la vie du Bob.

    Le reggae, ca peut aussi être joyeux, c’est d’ailleurs, des marseillais qui en blaguent le mieux.

    Chez moi y a plus de réveil, j’ai découvert le secret
    Pour me tirer du sommeil, j’écoute le reggae !
    Chez moi pas de rameurs ni d’haltères à soulever
    Pour faire la gymnastique, j’écoute le reggae !
    Moulon de problèmes en ouvrant le courrier
    Pour rester bien cool, j’écoute le reggae !
    Les voisins s’embrouillent dans les escaliers
    Je sors les enceintes, ils écoutent le reggae…
    Pour bien démarrer j’écoute le reggae,
    Pour bien continuer, j’écoute le reggae,
    Pour bien terminer, j’écoute le reggae.
    Et remarque, dans reggae : y’a gai…

    Mon boulanger qui fait le meilleur pain du quartier
    Le sait, il faut faire la pâte en écoutant le reggae.
    Jo le routier, la nuit, doit rester éveillé
    Sur son autoradio, il écoute le reggae !
    Loule le marin, quand la mer est déchaînée,
    Contre le mal au cœur, il écoute le reggae…
    Zé le facteur, distribue le courrier
    Il siffle en pédalant, il écoute le reggae !
    La couturière pour faire l’ourlet, elle écoute le reggae,
    Au ballon pour bien dribbler, on écoute le reggae,
    La dactylo tape en rythme, elle écoute le reggae.
    Les condés pour nous frapper, ils…

    Chez moi, j’ai au moins dix mille disques de pur reggae,
    J’ai un 45 tours de Marley dédicacé,
    J’ai tous les Studio 1 en vinyles et en CDs,
    J’ai Yellowman en photo sur ma table de chevet,
    En 80, j’avais les dread-locks jusqu’aux chevilles,
    J’ai tubé le chalice avec Bob aux Antilles…

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 17h46 le 16/06/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    (Mon live favori : D)

    J’ai lu par ailleurs que c’était un peu hagiographique, rapport au fait que la prod avait dégagé d’autres réals avant de se tourner vers McDonald.

    2 p’tites coquilles : (surnomMé « wHitewell » par Peter Tosh).

    Et à part ça Aurélie, qu’est-ce que vous faites demain ?

    • Sara Taleb
      Sara Taleb répond à rumpus
      Editrice
      • Posté à 09h32 le 17/06/2012
        éditeur
      • Internaute 165709
        Editrice

      Merci d’avoir signalé les coquilles, c’est désormais corrigé !

  • Rose.Arno
    Rose.Arno
    Enseignante
    • Posté à 18h27 le 16/06/2012
    • Expert 136988
      Enseignante

    Deux heures vingt trois de Bob Marley.

    Ca fait quand même long.

    Ou alors, ils fournissent les spliffs, à l’entrée ?

  • Infini
    Infini
    étudiante
    • Posté à 20h51 le 16/06/2012
    • Internaute 144648
      étudiante

    Bon film sur Bob, qui d’ailleurs il faut le rappeler est un des seuls chanteurs (ou plutôt son groupe, est un des seuls groupes) que tout le monde aime. C’est rare. Enfin je ne connais personne qui déteste, et c’est dans mon entourage en tout cas le seul qui est universellement aimé. Par contre il faut avouer qu’à force de voir des joints on est un peu tristes de ne pas pouvoir s’en faire un ^^

  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 21h09 le 16/06/2012
    • Internaute 88960
      inadapté

    bon allez je m’y colle :

    « que dit un rasta qu’a pas fumé depuis deux jours quand il entend du reggae ?

    PTAIN MAIS C’EST QUOI CETTE MERDE »

    voilà

    • la panthère verte
      • Posté à 09h40 le 17/06/2012
      • Internaute 32620

      blague à la con valable pour tout les genres de musique :
      -que dit un teuffeur sans taz...
      -que dit un métalleux sans speed...
      -que dit un jazzman sans héro...
      -que dit un rocker sans whisky...

      Tu pourras me faire prendre ce que tu veux, entre Marley et Metallica, je sais où se situe la daube, mais c’est évidemment très personnel.

      • Pili pili
        Pili pili répond à la panthère verte
        Piment d'oisif
        • Posté à 10h51 le 17/06/2012
        • Internaute 188535
          Piment d'oisif

        Que dit un Québecois sans cérumen ?
        (OK je sors)

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 21h09 le 16/06/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Y’a encore une salle fumeur, en France ?

  • redux
    • Posté à 00h55 le 17/06/2012
    • 184283

    Il aurait pu se soigner a temps de son mélanome mais son precepte rastafarai le lui interdisait , c est vraiment frustrant avec la carrière qu’il aurait pu encore accomplir.Peut etre que les gènes blancs dont il a hérité l’ont rendu plus vulnérable au soleil jamaicain,pour le coup plus dangereux que la ganja

  • LienRag
    • Posté à 03h49 le 17/06/2012
    • Internaute 34767

    Oui enfin la pierre rejetée des bâtisseurs, c’est dans la Bible à la base...

  • nesta
    nesta
    ovni parmi les siens
    • Posté à 13h59 le 17/06/2012
    • Internaute 74903
      ovni parmi les siens

    voila un docu que j’irais surement voir. ne me demandez pas pourquoi car j’ignorais jusqu’à l’existence de ce robert avant aujourd’hui.

    • le soudanais
      le soudanais répond à nesta
      ici et là
      • Posté à 13h25 le 18/06/2012
      • Internaute 16438
        ici et là

      vous ignoriez l’existence de robert nesta marley ? ?

       ;)

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 09h43 le 18/06/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    Pour en finir avec Marley
    .