Passions 10/06/2012 à 10h52

Jane Austen : controverse autour d’un portrait supposé de la romancière

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89


’The Rice Portrait of Jane Austen’ de Ozias Humphry à New York, le 13 avril 2007 (SMOCK JOHN/SIPA)

Alors qu’elle a usé de discrétion de son vivant – son premier roman, « Raison et sentiments », paraît de façon anonyme en 1811 –, l’écrivaine Jane Austen exerce toujours la même fascination.

Les rebondissements autour d’un probable portrait de la romancière en témoignent. Le tableau représente-t-il oui ou non l’écrivaine ? La National Portrait Gallery espérait pourtant bien l’avoir tranché par la négative. Mais voilà qu’une restauration de l’œuvre révèle une inscription qui redonne espoir à ses descendants et fans convaincus que c’est bien elle.

L’affaire du portait relancée

Depuis la fin du XIXe siècle, ce petit tableau divise les spécialistes de Jane Austen. La peinture appartient à la famille Rice, descendants directs de l’un des frères de Jane, et représenterait la romancière à l’âge de 13 ans.

La famille assure que le tableau, peint par un certain Ozias Humphry en 1789 lors d’une visite de famille dans le Kent, représente bel et bien Jane Austen.

Or, depuis le début des années 40, un collège d’experts de la National Portrait Gallery conteste l’authenticité du tableau. Leurs objections portent sur une confusion dans la date présumée de la composition, le style vestimentaire de la jeune fille, etc.

Le tableau en question a connu des restaurations successives. Dans une version initiale, on vient de découvrir le nom de Jane Austen à côté de celui du portraitiste, révèle le Guardian.

Le portrait a déjà été estimé aux enchères en 2007 à 350 000 livres (433 000 euros) et sa valeur pourrait bien s’envoler suite à de récentes découvertes.

Pour le critique d’art et commissaire d’une vaste exposition consacrée à l’auteure, Angus Stewart, c’est un coup de théâtre :

« Avoir ces mots révélés sur la toile est quelque chose de très, très fort. Ce serait fou de le nier. »

Un faux portrait perdu


Une aquaralle de Jane Austen réalisée par sa soeur Cassandra, autour de 1810 (National Portrait Gallery, London/Wikimedia Commons/CC)

Pour la plupart des fans, l’image de Jane Austen s’est figée dans les traits maladroits d’une aquarelle réalisée par la sœur de Jane Austen en 1810.

Décrite par la biographe de Jane Austen, Paula Byrne, comme « très victorienne, pleine de sentiments et à l’eau de rose », l’image s’était imposée en servant de couverture à la première biographie d’Austen écrite en 1870 par le neveu de l’écrivaine. Mais méfiance.

L’année dernière, la même Paula Byrne clamait elle-même avoir découvert un portrait perdu de Jane Austen. Mais rapidement, des spécialistes ont démasqué derrière cette représentation de l’artiste au travail un tableau peint deux ans après la mort de Jane Austen.

La « découverte » tombait à propos avec la parution d’un nouvel ouvrage de Paula Byrne.

Austen, classique et pop

Jane Austen est l’une des auteures les plus idolâtrées de Grande-Bretagne. Les nombreuses adaptations de ses œuvres au cinéma ont porté sa redécouverte, ces vingt dernières années (« Raison et sentiments », « Orgueil et préjugés »). Une flopée de documentaires dissèque son œuvre et sa biographie.

Il y a, dans le culte que lui voue notre époque, quelque chose d’inexplicable, de romanesque presque, qui dépasse de loin son œuvre et sa biographie.

Dans un récent biopic, « Becoming Jane », l’hypothétique vie amoureuse de l’écrivaine est incarnée par Anne Hathaway, jugée « bien trop jolie pour le rôle » par certains puristes.

Bande-annonce de « Becoming Jane »

Du développement personnel aux zombies

Le Time – et Slate.fr dans sa foulée – révèlent l’incroyable mode autour de livres plus ou moins bidons qui s’inspirent de son univers. Notamment des livres de développement personnel servant une idéologie ultra-conservatrice :

L’auteure est aussi devenue l’objet de détournements parodiques très juteux, rappelle le Guardian. Modèle du genre, « Orgueil et préjugés et zombies » de Seth Grahame-Smith, publié en 2009, est devenu un best-seller en un rien de temps. Evidemment, les droits ont été immédiatement rachetés par Hollywood.

  • 11893 visites
  • 5 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • jolithorax
    jolithorax
    terrien
    • Posté à 11h42 le 10/06/2012
    • Internaute 98560
      terrien

    « Il y a, dans le culte que lui voue notre époque, quelque chose d’inexplicable, de romanesque presque, qui dépasse de loin son œuvre et sa biographie. »

    Si vous lisez Jane Austen, vous comprendrez pour quelles raisons ces livres sont adorés.

    Il y a une telle légèreté d’écriture dans la description de cette société aisée de l’Angleterre de cette époque où tout tourne autour du manoir, du village le plus proche et où le reste du monde semble inexistant.

    Dans « Emma », Jane Austen parle vaguement de Londres, mais sans plus, un peu de la mer et on apprend que le frère d’une des protagonistes a été tué dans une guerre coloniale.

    Sinon, rien ; nous sommes dans ce cocon d’une Angleterre verte et protectrice où les préoccupations essentielles sont qui va se marier avec qui en fonction de très subtiles niveaux sociaux que Jane nous décrit finement.

    On ne s’ennuie pas et pourtant rien ne se passe ; les femmes sont là, à discuter sans fin en prenant le thé ; on va se balader dans la campagne souriante, en marchant à pas lents, ou dans le parc du château que des jardiniers entretiennent.

    Nous voilà donc baignant dans ce milieu éduqué où tout est politesse et savoir-vivre, où les hommes courtisent de long mois les femmes qu’ils désirent, où les femmes se laissent désirer de longs mois, où tout est dit avec des sous-entendus que Jane, grâce à son écriture magnifique, sublime.

    Nous sommes tellement loin d’une vulgarité contemporaine faite de clips vulgaires de rap et de consommation outrancière où des êtres humains errent dans des centres commerciaux, le cerveau vide, que l’on peut aisément comprendre pour quelles raisons notre époque voue un culte à Jane Austen et à son œuvre.

    • Aelfwine
      Aelfwine répond à jolithorax
      Humaine
      • Posté à 15h00 le 10/06/2012
      • 172690
        Humaine

      Je comprends qu’on voue un ’culte’ à ses romans, que je trouve en effet très drôles, mais j’avoue que l’intérêt porté à sa vie à elle me dépasse un peu.

      • Louvois
        Louvois répond à Aelfwine
        • Posté à 07h51 le 12/06/2012
        • Internaute 36794

        C’est pourtant très humain. Devant tant de talent, on cherche à comprendre l’énigme de cette petite provinciale trouvant on se sait où inspiration et matière pour peindre des personnages et des passions qui nous fascinent encore aujourdùhui.

  • touch
    touch
    Police
    • Posté à 13h43 le 10/06/2012
    • Internaute 154973
      Police

    Un des rares auteurs que je relis avec plaisir.

  • parade
    parade
    peintre
    • Posté à 15h30 le 10/06/2012
    • Internaute 127502
      peintre

    Le charme qui ressort de l’écriture de Jane Austen réside surtout dans cet univers suranné fait de chroniques provinciales intimistes et familiales, de ce 19eme siecle anglais, elles peuvent être parfois ennuyeuses,comme dans son roman « Le coeur et la raison »,par contre on se laisse prendre à « Emma » et « orgueil et préjugés »,ce dernier mis en scène et joliment filmé. Comme pour Jane austen,les romans des soeurs Brontë : « Jane Eyre “ et les ‘Hauts de Hurlevents’ ont du charme et sont un sujet d’inspiration pour des cinéastes tels qu’André Téchiné. pour ma part je revois avec grand plaisir ‘orgueil et préjugés’ qui passe en streaming en ce moment sur Arte.

Verbes thématiques