« Trésor » 10/05/2012 à 18h36

« Ma douce croix et ma douleur noyée » : l’amour obscur de Lorca

Blandine Grosjean | Rédactrice en chef Rue89


Une carte postale de Garcia Lorca à Grenade, en Espagne, en septembre 2008 (Sergio Torres/AP/SIPA)

Juan Ramirez de Lucas, journaliste et critique d’art, n’aura pas emporté son secret dans la tombe. Né en 1917 à Albacete dans une famille conservatrice, mort en 2010 à Madrid, il est le héros d’un roman enquêté qui sort en Espagne le 22 mai : « Los Amores oscuros » (« Sombres amours »), de Manuel Francisco Reina, qu’a lu El Pais.

Juan Ramirez de Lucas avait 19 ans quand le poète Federico Garcia Lorca a été assassiné par les franquistes à Grenade, à l’âge de 38 ans.

Le couple s’était connu dans une Madrid républicaine en pleine ébullition. L’étudiant en administration publique menait un vie parallèle de comédien au club Teatral Anfistora, où Lorca créait ses pièces. Auteur à succès, figure haïe des factions d’extrême droite, ses amis poussaient alors le poète à s’exiler au Mexique, pour sa sécurité.

Dernière lettre, le 18 juillet 1936

Le couple s’est vu pour la dernière fois en juillet 36 à la gare madrilène d’Atocha. Ramirez de Luca rentrait chez ses parents dans l’espoir d’obtenir l’autorisation de voyager à l’étranger (la majorité était alors à 21 ans), et Lorca prenait le train pour Grenade, afin d’embrasser ses parents avant de partir au Mexique.

Evidemment, le père de Ramirez de Lucas s’opposa violemment au projet de départ. Menaça son fils de le faire arrêter. Depuis Grenade, le poète exhortait son amant à la patience, l’assurant que son père finirait par le laisser voyager.

Le 18 juillet 1936, dernière trace de leur relation : une lettre de Lorca arrivée à Albacete. Puis plus rien. Dans le tumulte de la guerre civile, l’arrestation du poète dans la maison des Rosales, puis son exécution, ne furent connues que des semaines plus tard.

Héros des sonnets de l’amour obscur

Laura, nièce de Garcia Lorca, connaissait l’existence de cette dernière lettre, mais à l’instar des proches du couple, rien ou presque n’avait jamais filtré de cette tragédie amoureuse. Les « Lorquistes » avaient eu vent de l’existence d’un trésor que Ramirez de Luca a gardé durant plus de 70 ans – des dessins, des lettres, son journal intime – et légué à sa sœur.

Jusqu’à présent, seul l’écrivain Agustin Penon, qui avait enquêté sur la mort de Lorca en 1955, avait découvert cette relation, dont Ian Gibson parlera dans sa biographie du poète. Mais sans parvenir à s’entretenir avec lui.

El Pais a tenté en vain d’obtenir un témoignage des héritiers de Ramirez de Lucas, qui négocieraient actuellement avec une maison d’édition la publication de ces documents.

« Sonnet de la douce plainte »

Après deux années de recherches « exhaustives » selon le quotidien espagnol, l’écrivain Manuel Francisco Reina est aujourd’hui persuadé que le jeune Ramirez de Lucas était le héros des derniers « Sonetos del amor oscuro » publiés cinquante ans après la mort de Lorca. Dont ce « Sonnet de la douce plainte » :

« [...] Si tu es le trésor que je recèle,
ma douce croix et ma douleur noyée,
et si je suis le chien de ton altesse,

ah, garde-moi le bien que j’ai gagné
et prends pour embellir ta rivière
ces feuilles d’un automne désolé. »

Jusqu’à présent, les biographies de Lorca faisant autorité évoquaient plutôt son grand amour – mais douloureux, car il aimait aussi les femmes –, Rafael Rodríguez Rapún, comme l’inspirateur de ces sonnets.

« Quelle tristesse », commente un lecteur du Pais. « “Les Amours obscurs” avec un prénom et un nom de famille. Est-ce que cela ajoute de la poésie à ces sonnets ? »

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  • jmc06-
    jmc06-
    chasseur de gorille
    • Posté à 19h18 le 10/05/2012
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    des fois ça m’fait mal d’y penser
    a ma sœur ,mon frère ! où voir les deux
    de les avoir laisser sur le carreau , en arrivant le premier à l’ovule

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 21h22 le 10/05/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    De lui : « Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes les choses. »
    Il n’y a aucun intéret à ce que la réalité rattrape les poètes, cet article le démontre, si besoin était.

    • Conventionnel
      Conventionnel répond à Joseph Gratteur
      On ne peut régner innocemment
      • Posté à 06h53 le 11/05/2012
      • Internaute 169038
        On ne peut régner innocemment

      Sauf la « fierté », pour ceux qui sont différents.

      • Joseph Gratteur
        Joseph Gratteur répond à Conventionnel
        Working class bléro
        • Posté à 08h01 le 11/05/2012
        • Internaute 164574
          Working class bléro

        Fier d’être différent ? Pour quoi faire ?

         
        • Conventionnel
          Conventionnel répond à Joseph Gratteur
          On ne peut régner innocemment
          • Posté à 08h07 le 11/05/2012
          • Internaute 169038
            On ne peut régner innocemment
          • Joseph Gratteur
            Joseph Gratteur répond à Conventionnel
            Working class bléro
            • Posté à 09h04 le 11/05/2012
            • Internaute 164574
              Working class bléro

            Dans une société qui accepterait la différence au sens le plus large et quelle qu’elle soit, il n’y aurait pas besoin de mettre en avant sa fierté, donc sa différence, on gagnerait ainsi du temps à éliminer les chapelles des uns et des autres, constituées par cette même fierté.
            Je préfère la lutte pour la liberté et l’égalité des droits civiques que la fierté contre, même si ca peut être une étape. Mais je rêve, oui, c’est ma journée bisounours.
            Laissons la poésie nous emmener autre part.

            • Conventionnel
              Conventionnel répond à Joseph Gratteur
              On ne peut régner innocemment
              • Posté à 10h20 le 11/05/2012
              • Internaute 169038
                On ne peut régner innocemment

              Les combats de demain. Laissons la poésie nous emmener. Laissez, dès aujourd’hui, la poésie porter tous les combats de liberté.

        3 autres commentaires
    • Moby Dick37
      Moby Dick37 répond à Joseph Gratteur
      Se jouer des tempêtes ...
      • Posté à 11h07 le 11/05/2012
      • Internaute 114534
        Se jouer des tempêtes ...

      « Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime

      Sa protestation ses chants et ses héros

      Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

      A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

      Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu

      Emplissant tout à coup l’univers de silence

      Contre les violents tourne la violence

      Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

      .

      Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange

      Un jour de palme un jour de feuillages au front

      Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront

      Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

      .Ah je désespérais de mes frères sauvages

      Je voyais je voyais l’avenir à genoux

      La Bête triomphante et la pierre sur nous

      Et le feu des soldats porté sur nos rivages

      .

      Quoi toujours ce serait par atroce marché

      Un partage incessant que se font de la terre

      Entre eux ces assassins que craignent les panthères

      Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

      .

      Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange

      Un jour de palme un jour de feuillages au front

      Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront

      Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

      .

      Quoi toujours ce serait la guerre la querelle

      Des manières de rois et des fronts prosternés

      Et l’enfant de la femme inutilement né

      Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

      .

      Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

      Le massacre toujours justifié d’idoles

      Aux cadavres jeté ce manteau de paroles

      Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

      .

      Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange

      Un jour de palme un jour de feuillages au front

      Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront

      Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

      LOUIS ARAGON

  • Hurz
    Hurz
    -
    • Posté à 07h22 le 11/05/2012
    • Internaute 110884
      -

    « menait un vie »
    Faut pas tout confondre : un vit, une bite, une vie, un bit

    • Bernardo Zorro-
      Bernardo Zorro- répond à Hurz
      non connue
      • Posté à 10h08 le 11/05/2012
      • 185266
        non connue

      ben au fn vous vous emmerdez grave à priori hein... : -)

      • Hurz
        Hurz répond à Bernardo Zorro-
        -
        • Posté à 12h33 le 11/05/2012
        • Internaute 110884
          -

        ben à l’UMP vous êtes grave pissse-froid

         
        • Bernardo Zorro-
          Bernardo Zorro- répond à Hurz
          non connue
          • Posté à 12h41 le 11/05/2012
          • 185266
            non connue

          m’en parlez pas... et cons mon pauvre, difficile d’être efficace avec autant de boulets dans ce parti enfin faut bien faire plaisir aux actionnaires en prenant leurs abrutis de fils hein, c’est sûr que pour gagner par contre... : -)

        1 autres commentaires
  • Moby Dick37
    Moby Dick37
    Se jouer des tempêtes ...
    • Posté à 11h01 le 11/05/2012
    • Internaute 114534
      Se jouer des tempêtes ...

    (Et foin des pisse-froids qui trouvent que Ferrat est un chanteur pour midinettes attardées)

  • momo la salade
    • Posté à 17h36 le 11/05/2012
    • Internaute 110276
      foutus

     ;

  • p.july
    p.july
    ânekapasoif
    • Posté à 10h25 le 13/05/2012
    • Internaute 61244
      ânekapasoif

    Les vers de Lorca cités dans cet article se sont-ils traduits tout seuls ?
    Le journaliste, qui toujours doit observer le respect le plus strict des sources qu’il utilise, participe trop activement à l’invisibilité du traducteur et c’est bien dommage !

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