Itinéraires 22/03/2012 à 17h52

Comment le cinéma montre les jihadistes

Louis Lepron | Journaliste

La vie de Mohamed Merah, le principal suspect de la tuerie de Toulouse, a été passée au crible dans la presse :

Au cinéma, depuis le 11 Septembre, de nombreux réalisateurs se sont emparés de ce type de parcours pour définir comment des individus sont devenus des terroristes.

Nous en avons sélectionné six, allant du thriller à la comédie, en passant par le documentaire.

1

« Secret défense » (2008)

Itinéraire d’un converti

En 2008, le film « Secret Défense “ de Philippe Haïm utilise les procédés cinématographiques de la série ‘24 heures chrono pour raconter deux histoires :

  • d’un côté le travail de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) ;
  • de l’autre, les agissements d’une organisation islamiste.

Parmi les personnages que l’on suit, Pierre (Nicolas Duvauchelle) est un jeune français paumé : passé par la case prison, rejeté par sa mère, il se convertit à l’islam et part s’entraîner en Afghanistan pour préparer un attentat à Paris. En parallèle, les services secrets français organisent sa filature.

Bande-annonce de Secret Défense’

Selon Le Figaro, ‘environ 150 islamistes radicaux sont partis pour l’Afghanistan depuis l’Europe au cours des cinq dernières années’. Le quotidien précise :

‘Au moins 23 individus ont ainsi quitté le territoire français.’

Interrogé par Ciné Movies, le réalisateur Philippe Haïm identifie Pierre comme un ‘personnage crédible à 99%’ :

‘Son parcours est tout à fait réaliste. Sur Internet, vous trouvez des témoignages similaires, dans la perte de repères, dans le trouble identitaire, dans le manque de figure paternelle, la petite et moyenne délinquance. Le rôle de la prison !

La récupération des faibles par des personnes plus intelligentes et mal intentionnées. Jusqu’aux camps d’entraînement en Afghanistan où là, on forme des personnes perdues à commettre l’irréparable. Tous ces éléments sont vrais !’

2

‘La Désintégration’ (2012)

Itinéraire de jeunes sans emploi

Le 15 février 2012, ‘La Désintégration sort dans les salles françaises. Réalisé par Philippe Faucon, le film relate l’itinéraire de trois jeunes hommes en galère dans une cité de Lille, qui tombent dans l’extrémisme islamiste.

Bande-annonce de La Désintégration’

Le réalisateur a longuement enquêté en amont dans les banlieues en rencontrant des jeunes qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. Il a aussi préparé le film avec le journaliste algérien Mohamed Sifaoui.

Dans un entretien pour Rue89, Philippe Faucon cible un environnement particulier :

‘Cela se déroule dans les zones où les discours bien-pensants, républicains et humanistes ne passent plus. Toute la force des endoctrineurs consiste à mêler des constats qui relèvent d’une certaine vérité à des solutions qui sont évidemment d’une toute autre nature.’

Mais pour Redouane, un jeune du quartier de Lille-Sud interrogé par Rue89 à la sortie du film, l’explication que propose ‘La Désintégration’ est simpliste :

‘Finalement, la morale du film, c’est : Donnez-leur du travail sinon ils vont vous faire exploser.’ On ne peut pas faire un tel raccourci entre problèmes sociaux et intégrisme. On ne peut pas non plus faire le lien entre l’intégrisme et le terrorisme.”

3

“Les Soldats de Dieu” (1995)

Itinéraire de trois terroristes qui ont existé

Le documentaire “Les Soldats de Dieu” a été réalisé par Daniel Leconte [producteur la série “Carlos ‘, ndlr], Khaled Melhaa et Eric Pierrot en 1998.

Il réussit point par point à illustrer la façon dont trois jeunes maghrébins vont devenir les auteurs d’un attentat qui fera deux morts : celui de Marrakech en 1994.

Comment ? En dressant un tableau de petites défaillances : échecs scolaires, petits boulots sans perspectives, chômage. Avant de tuer, les trois jeunes se retrouvent dans un camp de Moudjahidins, en Afghanistan, à manier des armes.

4

The Road to Guantanamo’ (2005)

Itinéraires-fictions de quatre Anglais sans histoire

The Road to Guantanamo est une adaptation de faits réels sous la forme d’un documentaire. En 2002, trois Anglais (quatre dans le film) sont arrêtés au Pakistan et accusés de terrorisme. Emmenés à la prison américaine de Guantanamo, ils y croupiront deux ans, jusqu’à leur retour en Grande-Bretagne en 2004, innocentés.


Bande-annonce de The Road to Guantanamo’

L’intérêt de ce docu est de dépeindre le parcours de présumés terroristes après leurs arrestation. Maltraités, brutalisés, torturés, les Anglais en question en viennent à détester les Etats-Unis

Le réalisateur, Michael Winterbottom, souligne une volonté de montrer qui étaient les détenus de Guantanamo :

‘Nous nous disions tous que les prisonniers de Guantanamo étaient les plus dangereux terroristes du monde, et que c’était pour cela que l’Amérique avait créé cette prison particulière’. Cependant nous les avons rencontrés et ils étaient tout à fait ordinaires.

Alors nous avons voulu montrer le fossé entre les prisonniers que nous pensions trouver à Guantanamo et ceux que nous avons rencontrés. La manière la plus simple et la plus efficace pour raconter leurs histoires était de le faire à travers un film.”

5

“We are four lions” (2010)

Itinéraire de quatre idiots du village

Cinq après l’attentat de Londres, Chris Morris réalise une satire du terrorisme, “We are four lions ‘.

Le film raconte l’histoire de terroristes en herbe dont le seul objectif est de devenir des martyrs. Ils partent pour l’Afghanistan, mais rien ne se passe comme prévu : Al Qaeda ne veut même pas d’eux. Ils persistent et essayent d’organiser eux-mêmes un attentat à Londres.

Bande-annonce de We are four lions’

Dans un entretien au Times, le réalisateur explique sa façon de procéder :

‘J’ai passé beaucoup de temps avec des gens qui pratiquent la foi [musulmane], pour comprendre à quoi leurs vies ressemblent et ce que cette foi signifie pour eux.

Il y a un fossé entre eux et le petit groupe de gens qui ont des idées extrémistes, qui sont souvent au départ des idées politiques avant d’être des idées religieuses. J’ai parlé à des étudiants, des videurs, des banquiers islamiques, tous les gens que j’ai pu rencontrer.’

6

‘Opération Casablanca’ (2011)

Itinéraire d’un immigré malchanceux

Dans la même veine, ‘Opération Casablanca use du rire pour brosser une caricature du terrorisme.

Bande-Annonce de Opération Casablanca’

Le film raconte l’histoire de Saâdi (Karim Boukhari), un jeune immigré marocain qui galère à Genève. Il se fait virer de son boulot et se retrouve accusé de terrorisme.

Son parcours chaotique va l’amener à jouer un islamiste pour le compte des services secrets français. Son travail ? Infiltrer une organisation terroriste. Sa connaissance du milieu ? Nulle.

  • 7127 visites
  • 12 réactions
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  • -Protagoras-
    -Protagoras-
    Relativiste relatif
    • Posté à 18h38 le 22/03/2012
    • Internaute 161557
      Relativiste relatif

    C’est dommage, vous n’avez pas choisi Syriana, qui je pense est l’un des meilleurs films pour comprendre le chemin qui mene au terrorisme islamique, expliqué par les guerres pétrolieres américaines, le soutien des US aux dictatures wahabites (e.g. Arabie Saoudite) et l’ensemble du contexte moyen-oriental.

    Syriana sur IMDB (In English)

    • Ant1212
      Ant1212 répond à -Protagoras-
      Là.
      • Posté à 19h13 le 22/03/2012
      • 183720
        Là.

      Curieux qu’il manque « Paradise Now », qui me paraît incontournable sur le sujet.
      Lien

      Ou le doc « Armadillo », plutôt vus depuis l’oeil des soldats.
      Lien

      • Louis Lepron
        Louis Lepron répond à Ant1212
        Auteur(e) de l'article Journaliste
        • Posté à 19h24 le 22/03/2012
        • Journaliste 40018
          Journaliste

        Je me suis concentré sur le parcours des jihadistes qui passaient par des camps en Afghanistan ou au Pakistan.

        Comme vous dites, « Armadillo » est un film vu par les soldats, danois. J’aurais aussi pu citer « Redacted » de Brian de Palma.

        Et « Paradise Now » est propre au conflit israelo-palestinien.

         
        • Ant1212
          Ant1212 répond à Louis Lepron
          Là.
          • Posté à 19h28 le 22/03/2012
          • 183720
            Là.

          OK, Louis (au tps pour moi ; j’avais mal compris que l’article était axé sur les camps afghans/pakistanais).

        • Zeki
          Zeki répond à Louis Lepron
          Curieux de tout
          • Posté à 20h19 le 22/03/2012
          • Internaute 64085
            Curieux de tout

          Vous pourriez rappeler également que les employés islamistes des généraux, ( pas les convaincus comme ceux du FIS ou ceux du début du GIA etc) responsables d’une part de la radicalisation discréditant le FIS, étaient appelés les « afghans » car eux aussi avaient été formé dans des camps comme Khalden ou Al Farouk.
          Les même réseaux de jihadistes marocains soutenus par les services américains et marocains ont également existé.

          (Le grand classique de l’utilisation de divers miliciens doublés d’idiots utiles au travers de la WACL contre les communistes avant de servir au démembrement de l’ex-yougoslavie puis du renversement des dictatures socialistes et laïques libyenne et syrienne.)

        2 autres commentaires
  • Zeki
    Zeki
    Curieux de tout
    • Posté à 19h14 le 22/03/2012
    • Internaute 64085
      Curieux de tout

    « Le documentaire “ Les Soldats de Dieu ” a été réalisé par Daniel Leconte “

    Ce serait peut être utile de rappeler, outre le fait que leconte s’est depuis illustré comme fer de lance médiatique des néoconservateurs (c’est à dire les pro-israeléoaméricains qui pour diverses raisons cultivent la xénophobie dirigée contre l’archétype de l’arabo-musulman) que les attentats de cette période, comme celui du métro st michel, ne sont pas des attentats commandités par des islamistes mais par nos employés-kapo-généraux laïcs algériens comme ceux de la fameuse promotion lacoste. Ils ont été perpétrés par la cellule pseudo-islamiste du DRS le GIA afin de décrédibiliser le FIS.

  • Foireauxinfos
    Foireauxinfos
    Pas content
    • Posté à 00h24 le 23/03/2012
    • 183741
      Pas content

    Ca dépend de qui est derrière la caméra .., si c’était moi par exemple, je saurais montrer le cœur qu’il y a dans le personnage.

    Mais bon c’est sensible j’en conviens ( vous pardonnez mon intrusion, hein, comme dirait un grand ami humoriste ( que je ne connais pas, « hélas » ( ou pas, certes, il peut être drôle tout en étant très con, dans le fond .. ))

    Lien

  • Mohamad
    Mohamad
    algérien
    • Posté à 01h31 le 23/03/2012
    • Internaute 161294
      algérien

    pourquoi vous continuez à dire terroriste ? pourquoi continuer à tourner autour du pot ? ayez le courage de votre ministre et appellez le chat un chat quand il a dit « pour moi, ce qui est en cause, c’est la religion musulmane. »

    Par conséquence :
    terroriste = musulman et plus il est pratiquant, plus il est terroristaur !
    terrorisme =jihad= islamisme = islam tout court
    Ecoles Supérieures de l’Art du Terrorisme et ses Sciences = tous les pays muslims avec Pakistan/Afghanistan pour les élites spéciales pour les missions en occident (c’est pas un secret qu’il y a au sein de ces groupes des unités très spéciales pour enfants)

    • Moorice
      Moorice répond à Mohamad
      assis
      • Posté à 16h45 le 23/03/2012
      • Internaute 112628
        assis

      le terrorisme islamique salit les musulmans

      • Mohamad
        Mohamad répond à Moorice
        algérien
        • Posté à 17h15 le 23/03/2012
        • Internaute 161294
          algérien

        Je suis un muslim.
        Que dois je faire pour ne pas être considéré pas comme terroriste islamique tout en restant muslim comme toujours ?

  • Louvois
    • Posté à 07h43 le 23/03/2012
    • Internaute 36794

    Voici venue l’heure des discours alors qu’il est urgent de se poser une seule quesiton : comment un jeune ne et eleve en France en est arrive a attraper une petite fille par les cheveux pour lui tirer dessus a bout portant. Qu’a t’il lu, qu’a-t-il entendu, que lui a-t-on appris ?
    Ei combine d’autres ont ete expose aux memes influences ?

  • Stolypine
    Stolypine
    Cadre
    • Posté à 16h21 le 23/03/2012
    • 175370
      Cadre

    « We are four lions »

    Rarement vu une comédie aussi mauvaise... et la morale à la fin, son copain est mort en faisant sauter sa bombe alors il doit aussi le faire quel courage... (et tuer des innocents par la même occasion).
    Un navet à oublier.

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