Burton Attacks 08/03/2012 à 15h28

Une étrange expo sur l'étrange jeunesse de Tim Burton

Louis Lepron | Journaliste


Tim Burton à l’exposition qui lui est consacrée à la Cinémathèque le 5 mars (PMG/Sipa)

En décembre 1988, « Beetlejuice » sort sur les écrans français. En haut de l’affiche, un nom : Tim Burton. La France ne découvre pas seulement un réalisateur mais un cinéma particulier, empreint de poésie, d’étrange et de monstrueux.


Figurines de « L’Étrange Noël de M. Jack » disposées à la Cinémathèque de Paris (Louis Lepron)

Dans l’exposition à la Cinémathèque de Paris jusqu’au 5 août, cet univers se découvre à travers des dizaines de dessins, figurines et films que Tim Burton a réalisé dans sa jeunesse.

De quoi comprendre le chemin de l’un des réalisateurs les plus influents de ces dix dernières années.

Qui est Tim Burton ?

Né a Burbank, petite ville qu’il qualifie d’« onirique » située près de Los Angeles, en 1958, Tim Burton est du genre mutique. Présent lors du vernissage de l’exposition, il confirme :

« Gamin, je n’étais pas très loquace. On avait même l’impression que j’étais muet. Ce n’est qu’après l’âge de 20 ans, lorsque j’ai réalisé des films, que j’ai commencé. »

Comme il l’explique dans un livre-entretien avec Mark Salisbury, le crayon, c’est la communication :

« J’étais en train de faire un croquis, et, tout à coup, je me suis dit : peu importe que je sache dessiner ou pas, l’important c’est que j’aime ça [...]. Dès lors, je me suis fichu de savoir si je pouvais reproduire ou pas une forme humaine, ou si les gens aimaient ou pas mes dessins. J’y reproduis mes idées subconscientes. »

Sa passion pour l’horreur, il la découvre au cinéma du coin. Et ce qu’il apprécie le plus, ce sont les films avec l’acteur culte Vincent Price, habitué des films d’horreur de l’époque.

Premiers tournages, premiers dessins

Tim Burton n’est pas un bon élève. Il sèche les devoirs mais veut bien faire lorsque son professeur lui demande d’analyser un livre sur le prestidigitateur Harry Houdini :

« J’ai décidé de faire un film à la place. J’ai eu une très bonne note. Je me suis dit : “Le cinéma serait-il une solution de rechange ?” C’est ce qui a déclenché mon intérêt pour le cinéma. »

« Houdini », le court-métrage de Tim Burton

En parallèle, le réalisateur en herbe continue à gratter des feuilles. En 1976, il réalise une petite bande dessinée de trois planches racontant l’histoire d’un géant, « Zlig ».


Lettre de Disney Company à Tim Burton (1976) (Louis Lepron)

Il l’envoie à Disney, mais essuie un refus. On lui répond :

« Il se pourrait que cela soit trop inspiré du travail de Seuss [un illustrateur américain, ndlr] pour être commercialisé. »

Le style de Tim Burton n’est pas encore affirmé mais l’histoire est moins naïve et « Disney » qu’elle ne le paraît.

Le géant Zlig est en effet un monstre qui ne veut plus en être un, contraint d’être normal pour avoir des amis. Un monstre « mal compris » selon Tim Burton, similaire à ceux qui traversent son travail.

Walt Disney et Tim Burton : l’amour vache

Ce premier rejet n’empêchera pas le futur réalisateur de passer par la California Institute of the Arts créée en 1961 par un certain... Walt Disney. A la sortie de l’école, il est engagé chez les studios Disney. Ce n’est pourtant pas le grand amour :

« Ma relation avec cette compagnie est un peu ambivalente, il faut l’admettre : c’est une sorte d’amour-haine entretenu car j’y ai travaillé, oui, mais j’y ai surtout été renvoyé cinq fois ! En tout cas, je suis content que les dessins que j’avais fait pour “Rox et Rouky” ne soient pas présents à l’exposition ! »

Etrangement, ces années qu’ils passent chez Disney sont à la fois un calvaire et une période fructueuse. Même s’il est « laissé à [lui] même », il n’arrête pas de créer :

« J’y ai réalisé les premiers dessins de “L’Etrange Noël de Monsieur Jack” ainsi que “Vincent”. C’est là que ces œuvres on trouvé leur genèse. On m’a aussi donné l’occasion de faire des films image par image en noir et blanc, et pour ça, je remercie Disney. »

« Vincent » de Tim Burton (1982)

Hommage à l’acteur Vincent Price, le court-métrage « Vincent » est en totale opposition à ce que produit alors la firme Disney : « Rox et Rouky » (1982), « Le Noël de Mickey » (1983) et « Taram et le Chaudron magique » (1985). C’est une réussite personnelle pour le réalisateur :

  • il réussit à convaincre Disney d’investir 60 000 dollars dans « Vincent », en tenant tête à une production qui ne voit pas d’un bon œil la noirceur de son univers ;
  • il s’offre un rêve de gosse : la voix de Vincent Price pour narrer le court.

Aujourd’hui, Tim Burton habite Londres. Et comme pour mieux souligner le fossé qu’il a mis entre le cinéma américain et lui, il déclare :

« Je ne me sens pas chez moi à Los Angeles. Alors que je suis parfaitement à ma place à l’étranger. »

Infos pratiques
Tim Burton, l'exposition
Exposition à la Cinémathèque de Paris

 

Jusqu'au 5 août 2012.

Tarifs :  Plein tarif : 11€ / Tarif réduit : 8€50 / Moins de 18 ans : 5€50 / Forfait expo + musée : 13€

Horaires :  lundi, mercredi à vendredi  : 12h-19h / week-end, jours fériés et vacances scolaires (14 au 29 avril et 4 juillet au 5 août) : 10h-20h / nocturne le jeudi jusqu »à 22h.

Lieu :  La Cinémathèque française / 51 rue de Bercy – 75012 PARIS / Métro Bercy

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  • 24 réactions
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  • evanligus
    evanligus
    Skullkid
    • Posté à 16h53 le 08/03/2012
    • Internaute 111964
      Skullkid

    Super expo et article intéressant !

    Par contre la conclusion de l’article ... Comme si on pouvait faire de telles généralités sur le cinéma américain qui est justement très varié avec de grosses productions, des films de genre et des films d’auteur...

    • Louis Lepron
      Louis Lepron répond à evanligus
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 19h18 le 08/03/2012
      • Journaliste 40018
        Journaliste

      Ce n’est pas tellement un fossé entre « le cinéma et lui », plus un fossé avec une culture, un lieu, qu’il juge conformiste.

      Bien sûr, ce n’est pas très nuancé, mais c’est son avis sur la question. C’est par exemple avec cela qu’il justifie s’être tourné vers l’expressionnisme allemand.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 19h05 le 08/03/2012
    • Internaute 111221
      fée

    « De quoi comprendre le chemin de l’un des réalisateurs les plus influents de ces dix dernières années »

    Ah bon ? Qu’a-t-il fait de si exceptionnel ces 10 dernières années ?

    Tim Burton est l’exemple type du réalisateur avec un début de carrière fracassant et qui ne réussit plus jamais atteindre le même niveau une fois qu’il a reçut dollars et éloges.

    C’est sûr, réaliser à la suite les uns des autres des films aussi géniaux que Edward aux mains d’argent (1991), Batman 2 (1992), l’étrange Noël de M. Jack (1993), Ed Wood (1994) et Mars attack (1996), ce n’est pas donné à tout le monde, encore moins au réalisateur lambda d’Hollywood, et on ne peut nier son immense talent à l’époque. Mais depuis ? Rien en 16 ans. Allez, peut-être quand même Big fish, et encore...

    • villate
      villate répond à Féline
      bien situé
      • Posté à 19h19 le 08/03/2012
      • Internaute 95968
        bien situé

      planète des singes hem....

    • Louis Lepron
      Louis Lepron répond à Féline
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 19h25 le 08/03/2012
      • Journaliste 40018
        Journaliste

      Je n’ai pas prononcé de jugement de valeur quand aux films qu’il a réalisés ces dix dernières années :)

      J’ai juste mis en avant le fait qu’il était l’un des réalisateurs les plus influents ! Et c’est justement les films que vous citez qui ont construit cette influence.

    • yalienx
      yalienx répond à Féline
      • Posté à 19h55 le 08/03/2012
      • Internaute 66859

      Ca reste quand même un réalisateur intéressant, avec un univers très particulier.

      Sur les dix dernières années, on peut quand même citer :

      - Charlie et la chocolaterie : surtout destiné à un public jeune, c’est clair, mais avec un vrai univers décalé et intéressant

      - Alice au pays des merveilles : même remarque

      Alors, ok, ce n’est pas aussi génial que ce qu’il a pu faire avant (ceux que vous avez cité bien entendu, dont Ed Wood que je trouve peut-être le plus réussi, et auxquels j’ajouterais quand même BJ), mais ce sont surtout des films plus destinés aux jeunes, donc qui nous touchent moins.

      • A déménagé le 2 1 2013
        • Posté à 20h14 le 08/03/2012
        • Internaute 108490

        « Ca reste quand même un réalisateur intéressant, avec un univers très particulier. “

        C’est dire le niveau de créativité ! ...

    • A déménagé le 2 1 2013
      • Posté à 20h15 le 08/03/2012
      • Internaute 108490

      Pour une fois je suis d’accord avec vous ! ...

    • TheRedGe
      TheRedGe répond à Féline
      enragé
      • Posté à 10h41 le 09/03/2012
      • Internaute 116676
        enragé

      Pitié, arrêtez de dire que Burton a réalisé l’étrange noël de Mr Jack. C’est Henry Selick, Burton est le producteur/co scénariste.

      • Féline
        Féline répond à TheRedGe
        fée
        • Posté à 18h10 le 09/03/2012
        • Internaute 111221
          fée

        Je le sais.

        Mais d’un autre côté, je pense qu’est parfaitement défendable la thèse selon laquelle Henri Selick n’est pas plus le vrai réalisateur de L’étrange Noël que Irvin Kershner et Richard Marquand ne sont les vrais réalisateurs de l’Empire et du Retour du Jedi. ; -)

    • Tin TIMP
      Tin TIMP répond à Féline
      La méduse du radeau
      • Posté à 11h50 le 09/03/2012
      • 175744
        La méduse du radeau

      Oh si. Big Fish est quand même un très grand film sur la transmission. Poétique et onirique à souhait.
      Ces dix dernières années je peux comprendre que les cinéphiles aient un peu décroché parce que Burton se répète. Mais je trouve, humblement, qu’il se répète dans le bon sens du terme. Il faut bien voir que ce monsieur est bourré d’obsessions et de névroses liées, entre autres, à l’enfance. Radoter pour lui c’est aussi rester fidèle au gosse qu’il était. C’est gothiquement touchant.

  • villate
    villate
    bien situé
    • Posté à 19h27 le 08/03/2012
    • Internaute 95968
      bien situé

    est ce qu’il cite le cabinet du docteur Cagliari comme influence majeure ?

    • Kartoffelsalat
      Kartoffelsalat répond à villate
      étudiant, en phase terminale
      • Posté à 19h48 le 08/03/2012
      • Internaute 110243
        étudiant, en phase terminale

      C’est Caligari, un film magnifique

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 19h34 le 08/03/2012
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    J’aime bien ça.

    • Zélaïde
      Zélaïde répond à Cannibal Ferox-
      breathing
      • Posté à 09h47 le 09/03/2012
      • Internaute 155556
        breathing

      moi aussi, pas mal pour des cours d’anglais un peu trash ...

  • Hisoka
    Hisoka
    nananère !
    • Posté à 20h30 le 08/03/2012
    • Internaute 52726
      nananère !

    Et sinon, il a fait quoi de bon récement ?
    Personnellement, je trouve qu’il est tombé dans la facilité depuis un moment en prenant toujours Deep, Bohnam Carter et consort . Et les dirigeant toujours de la même manière.
    Je fut un fan, maintenant je suis lassé.

    • Zélaïde
      Zélaïde répond à Hisoka
      breathing
      • Posté à 09h58 le 09/03/2012
      • Internaute 155556
        breathing

      je suis d’accord, il passe pour qqun d’original mais son travail est devenu assez systématique, et les chansons insupportables de l’étrange Noël de Mr J. sont dignes de la daube musicale à la sauce Disney ... dommage

      • Louis Lepron
        Louis Lepron répond à Zélaïde
        Auteur(e) de l'article Journaliste
        • Posté à 10h53 le 09/03/2012
        • Journaliste 40018
          Journaliste

        Danny Elfman est quand même une référence...

  • ZYXXYO
    ZYXXYO
    Ingénieur Informaticien
    • Posté à 21h39 le 08/03/2012
    • Internaute 13909
      Ingénieur Informaticien

    Superbe Tim Burton, le réalisateur le plus décalé et imaginatif que je connaisse.
    Ce n’est pas un réalisateur carré comme Spielberg, c’est un reveur, il fait plutot dans le rondeur.
    Je viens de regarder BigFish pour la 5ème fois, je n’avais pas apprécié ce film la première fois, mais plus je regarde ce film, plus j’apprécie.
    C’’est aussi ça un grand film, c’est un filme qui se re-regarde..

  • Bakeneko
    • Posté à 06h55 le 09/03/2012
    • 182953

    Pardon mais, on dit la Cinémathèque française, pas la « cinémathèque de Paris » (même si oui, bon, elle est à Paris)...

    • Vivre libre ou mourir
      Vivre libre ou mourir répond à Bakeneko
      Europe ? SALOPE !
      • Posté à 09h26 le 09/03/2012
      • 182797
        Europe ? SALOPE !

      Oui mais ya la france et ya paris et les parisiens ils adorent parler d’eux... : -)

  • Vladimir I.O.
    Vladimir I.O.
    Karl Marx 's brother
    • Posté à 20h44 le 09/03/2012
    • Internaute 127509
      Karl Marx 's brother

    Un grand du cinéma, à part, original, une poésie visuelle qui me touche.
    L’alternative au moralisme disney, moi j’aime beaucoup Tim Burton et j’irais voir cette expo avec un plaisir immense.

  • deserteur
    deserteur
    Service Athée
    • Posté à 21h39 le 09/03/2012
    • Internaute 62084
      Service Athée

    un cinéma particulier, empreint de poésie, d’étrange et de monstrueux.
    tiens en v’ la un autre

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    • deserteur
      deserteur répond à deserteur
      Service Athée
      • Posté à 21h46 le 09/03/2012
      • Internaute 62084
        Service Athée

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      je découvre une version colorisée de ce film
      qu en penseraient Bunuel et Dali ?

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