Rebelote 27/02/2012 à 11h08

Pourquoi « The Artist » a (aussi) triomphé aux Oscars

Louis Lepron | Journaliste


Jean Dujardin embrasse sa statuette des Oscars à Los Angeles, le 27 février 2012 (Mike Blake/Reuters)

Après six Césars, sept Baftas, un Goya, trois Golden Globes, quatre Spirit Awards (les « Oscars » du cinéma indépendant), « The Artist » s’est transformé en véritable « machine à gagner » lors de la 84e cérémonie des Oscars.

Le film triomphe en remportant cinq statuettes sur dix nominations : meilleur film, meilleur acteur pour Jean Dujardin, meilleur réalisateur pour Michel Hazanavicius… mais aussi meilleur costume et meilleure musique originale.

Jean Dujardin remporte l’Oscar du meilleur acteur

« Ouah ! Putain ! Génial ! Merci ! », s’est écrié en français Jean Dujardin en recevant la récompense des mains de Natalie Portman. Il est le premier Français récompensé dans cette catégorie, face à George Clooney et Brad Pitt.

Michel Hazanavicius, quant à lui, a répété « I have an Oscar ! » (« J’ai un Oscar ! »), comme médusé d’être lui aussi le premier réalisateur non anglo-saxon récompensé aux Oscars dans sa catégorie, raflant de fait la statuette à la barbe de Martin Scorsese, Woody Allen et Terrence Malick.

Pourtant, avouons-le, un tel triomphe était pressenti.

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Un jury de vieux

Profil d’un membre du jury des Oscars : homme, blanc, plus de 60 ans. Nous ne rajouterons pas « sénile » ou « chaise roulante » mais oui, le constat est là : les nominations et récompenses des Academy Awards sont façonnées par un jury « passéiste ». En témoigne l’enquête menée par le Los Angeles Time. Sur les 89% des 5 765 membres du jury :

  • 77% sont des hommes ;
  • 94% sont blancs ;
  • 54% ont plus de 60 ans ;
  • 14% ont moins de 50 ans.

En 84 ans, à peine 4% des prix d’interprétation ont été décernés à des Afro-Américains.

Rien d’étonnant donc à ce que « The Artist », film muet rendant hommage au cinéma américain, ait glané les principales statuettes.

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Hollywood aime entendre parler d’Hollywood

Dans un article publié dans The Daily Beast, l’auteur Jacob Bernstein dénonce avec humour les dix façons d’avoir un Oscar :

  • jouer une personne connue ;
  • avoir un problème physique ou mental ;
  • parler avec un accent marrant ;
  • être âgé ;
  • jouer un homosexuel ;
  • devenir gros ou moche ;
  • jouer un monstre ;
  • vivre une guerre civile ou l’holocauste ;
  • jouer du piano ;
  • mourir.

« The Artist » ne rentre pas dans ces cases-là, il les transcende. En réalisant un film à la gloire du cinéma hollywoodien se situant en 1927, soit deux ans avant la création même des Oscars, Michel Hazanavicius flatte l’égo des membres de l’académie.

Le personnage de George Valentin est d’ailleurs inspiré d’un acteur américain du début du XXe siècle : John Gilbert.

Bêtisier de « The Artist »

Pour Ludovic Houplain, oscarisé en 2010 pour le court-métrage d’animation « Logorama », c’est une question d’autolégitimation :

« Au final, ces organismes, un peu comme [avec] “The Artist”, aiment qu’on parlent d’eux. C’est une mise en abîme de leur mise en scène. »

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Harvey Weinstein, l’homme qui valait 86 Oscars

Lorsque Harvey Weinstein, l’un des producteurs américains de films indépendants le plus reconnu des Etats-Unis, choisit un film, les récompenses pleuvent. La cérémonie des Oscars 2011 en témoigne. Qui gagne la statuette pour le meilleur film ? « Le Discours d’un roi ». Qui est cité meilleur acteur ? Colin Firth, acteur du « Discours d’un roi ». Qui est derrière tout ça ? Harvey Weinstein.

Avec près de 265 nominations et 86 Oscars, Harvey Weinstein est un stakhanoviste du tapis rouge du Kodak Theatre. En pariant sur « The Artist » après que le film a été diffusé en avant-première à Cannes, le casting doit suivre à la lettre les demandes du producteur surnommé « The Punisher » : soit des centaines de déplacements dans le cadre de festivals, projections privées, etc.

En moins d’un mois, Jean Dujardin occupe les sièges de dix émissions américaines dont le « Late Night “, de Jimmy Fallon.

Meryl, Woody et les autres : le palmarès complet des Oscars

Les deux grands vainqueurs de la cérémonie sont donc ‘The Artist’, qui rend hommage au cinéma muet hollywoodien, et ‘Hugo Cabret’ de Martin Scorsese, cinq récompenses, qui rend hommage à la France.

L’Oscar de la meilleure actrice va à Meryl Streep pour ‘ La Dame de fer ’ et son interprétation de Margaret Thatcher. ‘ Une séparation ’ remporte l’Oscar du meilleur film étranger. Voici le palmarès complet :

  • Oscar du meilleur film : ‘ The Artist ’ ;
  • Oscar de la meilleure actrice : Meryl Streep, ‘ La Dame de fer ’ ;
  • Oscar du meilleur acteur : Jean Dujardin, ‘ The Artist ’ ;
  • Oscar du meilleur réalisateur : Michel Hazanavicius, ‘ The Artist ’ ;
  • Oscar du meilleur second rôle masculin : Christopher Plummer, ‘ Beginners ’
  • Oscar du meilleur second rôle féminin : Octavia Spencer, ‘ La Couleur des sentiments ’ ;
  • Oscar du scénario original : Woody Allen, ‘ Midnight in Paris ’ ;
  • Oscar du scénario adapté : ‘ The Descendants ’ ;
  • Oscar de la musique originale : ‘ The Muppets ’ ;
  • Oscar de la musique : ‘ The Artist ’ ;
  • Oscar des effets spéciaux : ‘ Hugo Cabret ’ ;
  • Oscar du meilleur film d’animation : ‘ Rango ’ ;
  • Oscar du documentaire : ‘ Undefeated ’ ;
  • Oscar du mixage son : ‘ Hugo Cabret ’ ;
  • Oscar du montage sonore : ‘ Hugo Cabret ’ ;
  • Oscar du meilleur montage : ‘ Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes ’ ;
  • Oscar du film étranger : ‘ Une séparation ’ ;
  • Oscar du maquillage : ‘ La Dame de fer ’ ;
  • Oscar des costumes : ‘ The Artist ’ ;
  • Oscar de la photo : ‘ Hugo Cabret ’ ;
  • Oscar de la direction artistique : ‘ Hugo Cabret ’ ;
  • Oscar du court métrage animé : ‘ The Fantastic flying books of Mr. Morris Lessmore’ ;
  • Oscar du court métrage documentaire : ‘ Saving Face ’ ;
  • Oscar du court métrage : ‘ The Shore ’.
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  • Julab
    Julab
    Assistant réalisateur/veilleur (...)
    • Posté à 11h35 le 28/02/2012
    • Internaute 77369
      Assistant réalisateur/veilleur (...)

    « Lorsque Harvey Weinstein, l’un des producteurs américains de films indépendants le plus reconnu des Etats-Unis, choisit un film, les récompenses pleuvent. La cérémonie des Oscars 2011 en témoigne. Qui gagne la statuette pour le meilleur film ? “ Le Discours d’un roi ”. Qui est cité meilleur acteur ? Colin Firth, acteur du “ Discours d’un roi ”. Qui est derrière tout ça ? Harvey Weinstein. »

    Après avoir vu Le discours d’un roi, lors de sa sortie, ( et l’ensemble des autres films) j’ai moi aussi fait la liste des Oscars qu’il allait obtenir*. Mais je ne suis pas Harvey Weinstein.

    *Je me suis trompé sur Geoffrey Rush qui n’a pas obtenu l’oscar dans un second rôle.

    Mince, je dois faire parti du complot. Ou alors Weinstein est juste bon dans ce qu’il fait ? ...

  • Comptoir 2.0
    Comptoir 2.0
    Perplexe
    • Posté à 13h45 le 28/02/2012
    • Internaute 158279
      Perplexe

    Allez, soyons heureux qu’il ait gagné. C’est chouette pour Dujardin, c’est chouette pour le film, c’est chouette pour le cinéma français, qui se porte plutôt pas trop mal, finalement.
    Maintenant, d’accord, « The Artist » n’est pas un chef d’œuvre et Dujardin n’est pas l’acteur du siècle, il faut être honnête. Alors... Bon. On ne boude pas son plaisir. C’est bien. Et puis c’est tout.

    • sachaguitry
      sachaguitry répond à Comptoir 2.0
      non-aligné (et donc sale con (...)
      • Posté à 19h31 le 28/02/2012
      • Internaute 164292
        non-aligné (et donc sale con (...)

      Et puis +1 aussi.

  • sachaguitry
    sachaguitry
    non-aligné (et donc sale con (...)
    • Posté à 19h16 le 28/02/2012
    • Internaute 164292
      non-aligné (et donc sale con (...)

    Le vieux blanc con raciste et chauvin occidental remerciera l’auteur pour le point numéro 1 qui est un monument de non-journalisme. Je ne nie pas les chiffres ou le fait que les Oscars sont un bel outil marketing destiné à l’auto-congratulation des membres du ciné « mainstream » (ce qui me perturbe pas outre mesure), il y a là une vérité peu contestable. Mais je hurle face au raisonnement haineux et minable qui sous-tend ce propos et qui en aurait fait hurlé bien davantage s’il visait d’autres personnes, d’un autre âge ou d’une autre couleur de peau... Je sais pas, pour moi, le simple principe de la considération envers autrui fait qu’on ne se rabaisse pas à laisser entrevoir une telle pensée dans son expression, quelles que soient les personnes sur lesquelles se porte notre frustration...

  • akira
    akira
    perso
    • Posté à 04h32 le 29/02/2012
    • 178392
      perso

    je sais pas ce qui me fait le plus marrer, si c’est l’espece de canular réalisé par ces artistes mediocres et motivés ou si c’est les reaction aigries des bourgeois bien pensant de libé et rue89. ce grand ecart est bien symptomatique de notre societe...à pleurer de rire.

  • micheyx
    micheyx
    retraité
    • Posté à 11h25 le 29/02/2012
    • Internaute 161815
      retraité

    Lâchez nous avec Du Jardin , je n’aime pas son style , les amerloques vous leur coller un film noir et blanc muet de surcroît ils en font un grand film , alors qu’il y a des centaines de beaux films avec de bons acteurs , pas un charlot , cela ils ne les voient pas , chercher a comprendre , ne sert a rien

  • moidememe
    moidememe
    houleuse
    • Posté à 15h08 le 29/02/2012
    • Internaute 153684
      houleuse

    mes aïeux quelle piste quel surf ! ... ce papy boom décidément sévit aussi outre atlantique ...
    j ai pas vu ce joyaux de la culture française si l on en croit donc a posteriori les américains ...
    Serait ce aussi shaking que Chaplin a son époque ? et cela voile t il les même souci derrière les mêmes délations ?

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