Super-BD 03/02/2012 à 18h51

BD : cinq bonnes raisons de (re)lire « Watchmen »

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

Politique, sophistiqué, novateur : 26 ans après son premier numéro, le comic book « Watchmen » reste une référence dans la BD mondiale. Explications.

Dès sa sortie, « Watchmen » secoue le monde de la bande dessinée. Scénarisé par l’Anglais Alan Moore et dessiné par l’Américain Dave Gibbons, le roman graphique sort en douze épisodes entre 1986 et 1987. Il rafle de nombreuses récompenses (le prix Hugo en 1988 et le prix du meilleur album étranger à Angoulême en 1989). Le Time classe le comics parmi les 100 meilleurs romans écrits depuis 1923. Les rééditions pleuvent.

Une uchronie où Nixon est toujours au pouvoir

« Watchmen » décrit un monde qui se désintéresse de ses superhéros. L’uchronie est centrée autour du Dr Manhattan, un surhomme devenu arme de destruction massive grâce à laquelle les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viêt-nam, et Richard Nixon s’est maintenu au pouvoir.

La BD a longtemps été jugée « inadaptable » au cinéma. Terry Gilliam, entre autres, s’y est cassé les dents. Malgré ça, « Watchmen » connaît une seconde vie en 2009, avec l’adaptation de Zack Snyder qui surfe sur le succès des adaptations précédentes de superhéros.

Bande-annonce de « Wachtmen »

De Zack Snyder, 2009.

Alan Moore, à qui l’on doit aussi « V pour Vendetta », « La Ligue des gentlemen extraordinaires » et « From Hell », a toujours renié ces adaptations et refusé de toucher le moindre centime.

Une récente réédition chez Urban Comics/Dargaud (qui vient de racheter les licences de DC Comics, détenues jusque-là par Panini) éclaire le degré d’exigence du bonhomme, grâce notamment à de nombreux bonus mais aussi à la traduction de Jean-Patrick Manchette.

Yann Graf a travaillé sur la réédition de l’ouvrage. Il rappelle en quoi « Watchmen » reste un sommet de la BD mondiale et livre au passage quelques clés de lecture.

1

« Watchmen » est un tournant dans les comics

Yann Graf :

« Quand “Watchmen” est sorti, la BD était à un tournant : le Batman “Dark Knight” de Franck Miller sortait, et c’était aussi une révolution. Art Spiegelman sortait le premier tome de compilation de “Maus”, la même année.

Les personnages de “Watchmen” ont plu. Ils s’inspiraient de personnages des années 60 : les Action Heroes de l’éditeur Charlton. Moore et Gibbons devaient au départ reprendre ces personnages et les replacer dans un contexte plus réaliste. Finalement, ils les ont beaucoup plus modifiés que prévus. Le Dr Manhattan, par exemple, vient du Captain Atom. Rorschach, d’un personnage appelé La Question.


Extrait des notes de travail de “Watchmen”, page 420 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

Il reste aussi une filiation dans la forme : la plupart des planches de “Watchmen” sont des gaufriers de neuf cases. C’est un hommage à un des dessinateurs principaux de la Charlton : Steve Ditko, le cocréateur de “Spider-man”. Ditko avait une technique de dessin qui consistait à faire des gaufriers de neuf cases. C’est resté. Les idées qu’il défendait ont aussi inspiré le personnage de Rorschach.

Dans l’ensemble, tous les personnages de “Watchmen” sont des incarnations d’une pensée politique, philosophique. Le Comédien est un peu le symbole de l’interventionnisme américain. Il fait aussi penser aux personnages de super-espion comme Nick Fury, tout en étant un héros patriote avec le drapeau américain sur les épaules.


Extrait de “Watchmen”, page 189 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

Tous les personnages de “Watchmen” font échos à d’autres superhéros : le costume du Hibou est par exemple une référence au “Batman ‘ d’Adam West, dans les années 60 ; Laurie est inspirée des héroïnes des années 40, type Black Canary ou Phantom Lady, à la fois pin-up et glamour.

C’était d’ailleurs une des choses intéressantes qu’on retrouve dans le film : les costumiers du film se sont inspirés de personnages de superhéros vus dans d’autres films : comme celui d’Ozymandias, avec ses pectoraux saillants, qui s’inspire des costumes de Batman et Robin dans le film de Schumacher dans les années 90.’


La construction du personnage d’Ozymandias, extrait des notes de travail d’Alan Moore, page 425 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

2

C’est une BD affranchie du ‘ comics code ’

Yann Graf :

‘Il y a longtemps eu une censure très pesante sur la BD, avec le comics code : pour le dire vite, dans les années 50, la chasse aux sorcières a eu des échos chez les éditeurs qui se sont rassemblés pour créer un code de bonne conduite et d’autocensure, afin d’assurer que les principaux comic books ’ soient bien destinés au grand public et aux ados.

Certains sujets et mode d’expression étaient interdits par le ‘comics code’ : la nudité, le sexe, la violence dans certains cas. Au départ, ça concernait surtout les mœurs. Pour la violence, ça s’est décoincé à la fin des années 70. Dans les années 80, il y a eu un mouvement des auteurs anglais qui ont fait bouger les lignes en termes de narration et de sujets évoqués, avec Alan Moore en tête. Ça a permis de jeter des ponts entre les Etats-Unis et l’Europe.


Extrait de ‘Watchmen’, page 211 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

A ce moment-là, on a constaté en France que le comics américain pouvait aussi produire – et je mets de gros guillemets – du ‘comics d’auteur’ : avec une série qui tient en douze épisodes, par les mêmes auteurs, avec une vraie architecture qu’on retrouve dans la BD franco-belge. C’est quelque chose qu’Alan Moore a vraiment poussé.”

3

“Watchmen” n’est pas seulement une BD de superhéros

Yann Graf :

“‘Watchmen’ n’est pas seulement une BD de superhéros, c’est aussi une BD sur les superhéros et ce que sont devenus les superhéros américains. Le constat de Moore est plutôt critique.

‘Watchmen’ est une BD politique, écrite dans les années 80 : à l’époque, Ronald Reagan est président des Etats-Unis et en Angleterre, Margaret Thatcher est au gouvernement. Ce n’était pas des années très glorieuses pour le progressisme. Moore et Gibbons y ont vu un moyen de mettre à l’amende certaines théories qu’ils détestaient.

Alan Moore est quelqu’un qui s’interroge toujours sur ce qu’il produit. Il ne croit pas à l’homme providentiel et ses superhéros sont souvent déboulonnés : dans ‘Watchmen’, mais aussi dans ‘V pour Vendetta’ ou ‘Miracleman’ – deux BD qu’il a commencées avant ‘Watchmen’ et finies après ‘Watchmen’.


Extrait de ‘Watchmen’, page 328 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

‘Dans Watchmen’, le personnage d’Ozymandias semble d’abord fascinant. C’est le héros qui veut changer le monde et qui en est capable : il est intelligent, parfait, richissime...

Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Alan Moore montre les dangers et le venin qu’il y a dans cet homme providentiel qui pense – avec de bons sentiments envers la population – que tout le monde doit être comme lui et devenir un surhomme.

C’est une sorte de mise en garde d’Alan Moore : quelqu’un qui a toutes les qualités objectives que la masse voudrait avoir peut conduire à l’extermination de l’espèce.”


Extrait de “Watchmen”, page 199 (Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française)

“Rorschach est un autre personnage fascinant. Ici [ci-dessus], il torture un homme qui a commis un fait divers crapoteux. Rorschach apparaît comme l’homme providentiel qui nettoie les bas-fonds et rend justice. Mais gare à la glorification du héros.

A l’époque, on assistait aux Etats-Unis à une montée de la violence citadine. En réaction, des groupes pratiquant l’autodéfense étaient glorifiés par une certaine presse et certains courants politiques.


Extrait de ‘Watchmen’, page 73 ((Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française))

Au final, Alan Moore remet en cause les superhéros au profit de l’homme. Pour moi, la vraie force de ‘Watchmen’ est dans ses petits personnages. Dans le film de Snyder, il y a le côté dévalorisation du surhomme mais il n’y a pas comme il y a dans la BD, la valorisation de l’humain. C’est ce qui manque.

Or ces deux personnages, les deux ‘Bernie’ [ci-dessus], c’est le cœur de ‘Watchmen’. On les retrouve au fil des épisodes. Il n’y en a qu’un qui parle, l’autre dit trois mots et lit des BD de pirates : c’est l’ancrage humain, qui est totalement absent du film.”

4

Aucune mini-série n’avait connu une telle sophistication

Yann Graf :

“‘Watchmen’ était une mini-série mensuelle de douze épisodes. La forme de la mini-série existait déjà, mais n’avait pas vraiment eu cette qualité de finition. Quelques mini-séries étaient un peu sorties un peu du lot, comme ‘Wolverine’, personnage des ‘X-men’ qui connaissait une certaine popularité.

Ce qui était intéressant avec les ‘Watchmen’, c’était déjà la qualité littéraire du texte d’Alan Moore et la qualité des dessins de Gibbons : on en parle rarement en France, c’est dommage car il a un dessin très précis et très mesuré.


Extrait de l’épisode ‘Terrible Symétrie’ ((Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française))

Du point de vue narratif, ‘Wachtmen’ est truffé de trouvailles. Gibbons et Moore ont eu le luxe extrême de pouvoir fignoler jusqu’au bout leurs épisodes.

L’épisode ‘Terrible symétrie’ [ci-dessus], par exemple, est un épisode sur Rorschach. Au centre de l’épisode, vous avez ce découpage avec une composition très forte de Gibbons : les deux pages ont un découpage symétrique et tout l’épisode épouse une construction en miroir : une page renvoie à une autre. La fin renvoie au début. C’est un des jeux les plus visibles, mais des idées graphiques comme celle-ci, il y en a beaucoup dans la BD.

Elle s’entrecoupe également de textes et c’est une autre invention. A l’époque, quand sortait un épisode, les dernières pages étaient généralement dévolues à de petites postfaces écrites par les auteurs ou au courrier des lecteurs. Alan Moore a eu envie de se servir de ces quatre dernières pages pour approfondir son univers en écrivant des fausses lettres, des documents, des récits, etc. Aux Etats-Unis, il a été l’un des premiers à faire ça.

Pas de ‘blam’, ni de ‘pow’

Dans ‘Watchmen’, on n’a pas de mouvement de vitesse, d’onomatopée, ni de ‘blam’, et de ‘pow’ qu’on trouve dans les autres comics. Ça fait partie du parti-pris réaliste.

Dans les combats, par exemple, il n’y a pas de mouvement de vitesse, ni d’impact. Dans ce passage où Laurie et le Hibou se battent avec les gardes [ci-dessous], le mouvement est induit par la position des personnages ou la casquette qui vole... C’est typique de ‘Watchmen’.”


Extrait de “Watchmen”, page 260 ((Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française))

5

La traduction de Jean-Patrick Manchette est excellente

Yann Graf :

“On a ici un exemple qui illustre bien la traduction de Manchette : dans la version américaine, il y avait un jeu de mot sur ‘hands’, qui signifie les mains mais aussi les aiguilles d’une montre. Ici, Manchette transpose la métaphore et la fait glisser sur ‘le verre disparu’, qui est à la fois le verre du cadran de l’horloge, et le verre de bière. C’est un détail, mais il résume bien le talent de Manchette.


Extrait de ‘Watchmen’, page 130 ((Watchmen 2012, DC COMICS (Tous droits réservés)/Urban Comics pour l’édition française))

Dans sa traduction, Manchette trouve le moyen de rendre la complexité des nombreux jeux de mots visuels d’Alan Moore : Manchette s’est vraiment donné à cœur de retranscrire ces jeux de mots.

Le fait qu’il ait écrit des polars donne aussi une voix aux personnages. Ça donne un côté suranné et porte le côté nostalgique, très présent dans l’œuvre.”

Et vous riverains, pourquoi aimez-vous “Watchmen” ?

Aller plus loin
  • 43972 visites
  • 63 réactions
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  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 19h06 le 03/02/2012
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    Bonne BD, les personnages y sont complexes.
    J’avais été déçu par le film de Snyder, trop speed et curieusement, trop long.

    • PhiLyon
      PhiLyon répond à Cannibal Ferox-
      In tartiflette we trust !
      • Posté à 19h35 le 03/02/2012
      • Internaute 2729
        In tartiflette we trust !

      C’est marrant, moi j’avais bien aimé le film. A cause de son coté complètement décalé, où, finalement, la dimension film d’action disparaît au profit d’une espèce de réflexion psycho sociologique sur le mal-être et les angoisses existentielles de personnages de comics vieillissants. Un truc juste pas possible en somme. Plus proche de Sin City que de X-Men… mais bon, c’que j’en dis…

      • Cannibal Ferox-
        Cannibal Ferox- répond à PhiLyon
        mangeur de chouineur
        • Posté à 19h48 le 03/02/2012
        • Internaute 159072
          mangeur de chouineur

        Je n’ai pas dit qu’il était mauvais ; -)

         
        • PhiLyon
          PhiLyon répond à Cannibal Ferox-
          In tartiflette we trust !
          • Posté à 20h49 le 03/02/2012
          • Internaute 2729
            In tartiflette we trust !

          je n’ai pas non plus dit que tu avais dit que… bon stop, j’arrête : -)

        1 autres commentaires
      • Barrabravo
        Barrabravo répond à PhiLyon
        Buenos Aires nostalgique
        • Posté à 22h55 le 04/02/2012
        • Internaute 115757
          Buenos Aires nostalgique

        Moi j’ai trouvé que X-Men > Watchmen

  • pahpah
    pahpah
    spécialisé en pas grand chose
    • Posté à 19h22 le 03/02/2012
    • Internaute 41927
      spécialisé en pas grand chose

    Bande dessinée extraordinaire, véritable œuvre permettant de faire sortir les superhéros d’un environnement trop sucré.

    Le dessin comme nombre de BD vieillira (marqué par son temps) mais l’écriture scénaristique restera.

    • mattzz
      mattzz répond à pahpah
      • Posté à 20h56 le 03/02/2012
      • Internaute 28590

      Pas besoin de vieillir, c’est un peu une constante chez Alan Moore : il choisit toujours des dessinateurs assez moyens... Une manière de mettre encore plus en avant ses fantastiques scénarios ?

      • pahpah
        pahpah répond à mattzz
        spécialisé en pas grand chose
        • Posté à 09h34 le 04/02/2012
        • Internaute 41927
          spécialisé en pas grand chose

        J’aime bien l’hypothèse du faire-valoir.

      • theylivebynight
        theylivebynight répond à mattzz
        bib
        • Posté à 11h15 le 04/02/2012
        • Internaute 102495
          bib

        Mouais... Le travail d’Eddie Campbell est quand même assez remarquable sur From Hell.

      • jamie starr
        jamie starr répond à mattzz
        reveur blase
        • Posté à 13h44 le 07/02/2012
        • 177586
          reveur blase

        personnellement, j’ai toujours trouvé qu’alan moore choisissait ses dessinateurs en fonction de l’histoire qu’il avait à raconter... si en feuilletant les dessins peuvent laisser perplexes, ils sont souvent en parfaire adéquation avec les ambiances des scenarios... par exemple ado je n’arrivai pas à me lancer dans v pour vendetta à cause des dessins, et une fois que je m’y suis mis j’ai trouvé les dessins parfaits pour exprimer l’univers de l’histoire.

        et non, on ne peut pas dire qu’alan moore ne choisisse que des dessinateurs moyens... il a pris sans doute le meilleur dessinateur actuel pour promethea, jh williams III... et comment peut on dire que des artistes comme chris sprouse, gene ha, kevin o’neill, alan davis ou brian bolland sont moyens... ? ! ?

    • Epimethée
      Epimethée répond à pahpah
      Pas loin
      • Posté à 00h25 le 04/02/2012
      • Internaute 122050
        Pas loin

      Ouais, là je suis pas d’accord. Le dessin est particulièrement abouti. Ouais, il est de son temps, mais il s’inscrit parfaitement dans l’histoire du comic en manifestant en même temps une parfaite maîtrise de son langage.
      Après, c’est un peu comme dire que c’est dommage que les films de Chaplin soient en noir et blanc... on pourrait autant dire que le dessin restera parce qu’il manifeste son époque, ce serait mieux non ?

      Mais bon, j’aime Milton Caniff et Ozamu Tezuka, je me suis tapé du Bob Kane ou du Calvo, je dois aimer les vieux trucs...

      • pahpah
        pahpah répond à Epimethée
        spécialisé en pas grand chose
        • Posté à 10h01 le 04/02/2012
        • Internaute 41927
          spécialisé en pas grand chose

        Tout ce qui suit est relativement subjectif :
        Sûr que le dessin est de son temps. Cependant je trouve le dessin de Gibbons rigide malgré ses trouvailles au niveau du découpage, de la composition des pages. Rigidité propre à une certaine ligne claire
        Bref c’est marqué de son temps mais pas seulement : nombre de dessinateurs aujourd’hui ont cette rigidité.

        Quant aux vieux trucs. J’aime beaucoup Calvo qui n’a pas cette rigidité. J’aime beaucoup Little Nemo qui a inventé beaucoup dans le découpage mais qui reste marqué par son temps par les couleurs.

        Le style et le propos sont deux choses essentielles à une œuvre : un propos peut être résolument « moderne », traverser les âges, il ne sera apprécié que de ceux qui arrivent à passer la barrière stylistique. Alors qu’une œuvre qui couple les deux qualités ie avoir un propos et un style qui se démode peu aura plus de chance de rencontrer encore et encore un nouveau public au fil du temps.

         
        • Epimethée
          Epimethée répond à pahpah
          Pas loin
          • Posté à 17h34 le 04/02/2012
          • Internaute 122050
            Pas loin

          Bah, heureusement que c’est subjectif, là on est parfaitement d’accord !
          Je comprends bien ce que vous entendez par rigidité. Je suis pas certain que la ligne claire, dans le sens de l’école franco-belge, soit le bon mot mais effectivement, y a une certaine lignée de dessinateurs qui possèdent un côté statique. C’est pas d’aujourd’hui il me semble. L’âge d’argent représente un sommet dans le genre je trouve.

          Le reste mériterait un long commentaire dans le sens que les styles à succès sont copiés et ces copies expliquent à la fois l’accoutumance et la lassitude à certains procédés. On va se manger la queue sur le thème de la poule et de l’oeuf. Le dessin de Franquin a vieilli mais reste lisible pour tous les codes qu’il pose.
          Et les attentes stylistiques changent. Je pense par exemple aux opéras, remontés au XIX ème pour plaire au gout du jour, joués aujourd’hui dans des versions musicalement « authentiques » et aux mises en scènes tournées vers l’art contemporain.

          Bref, je comprends votre problème avec cette pièce, j’ai tendance à l’attribuer à votre gout plus qu’à la chronologie, mais je peux me tromper.

          Et Little Nemo, c’est un bonheur, clairement.

          • pahpah
            pahpah répond à Epimethée
            spécialisé en pas grand chose
            • Posté à 17h54 le 04/02/2012
            • Internaute 41927
              spécialisé en pas grand chose

            Vous avez raison l’expression « ligne claire » n’est pas adaptée.

            Disons que pour en revenir à nos moutons (watchmen) je trouve que le dessin est relativement neutre, assez impersonnel mais par là justement permet-il de mettre au premier plan le scenario. Mais le dessin n’est qu’une part de la composition...

            Quant aux opéras, je suis ravi de leur mise en scène contemporaine avec une exigence musicale réveillée. Si ça se trouve dans quelques années, les scénarios de Moore (ou d’autres) seront redessinés.
            C’est ce qui fait aussi la particularité de cette écriture (BD) alliant un dessinateur qui n’est pas le scénariste...A comparer avec les chanteurs qui ne sont qu’interprètes ?

            • Epimethée
              Epimethée répond à pahpah
              Pas loin
              • Posté à 20h03 le 04/02/2012
              • Internaute 122050
                Pas loin

              Ben j’aurais envie d’insister sur deux points : l’ancrage dans l’histoire du dessin de comics, visible dans le découpage, le choix des couleurs, certaines références.. Et le nombre de références et suggestions croisées voulues par le scénario mais qu’un dessin trop dynamique ou chargé aurait peut être rendu invisible. Bref...

              Le second point m’intéresse particulièrement : je soutiens que les superhéros en général, particulièrement les grandes familles Dc et Marvel, sont à mi-chemin des masques italiens de la comedia del arte et des personnages mythologiques. Ce sont des thèmes réinterprétés dont les attributs sont clairs et les histoires connues, c’est l’interprétation qui prend du sens. Autant dans le dessin que dans le scénario. On peut penser à l’impact de Year One ou du dessin de la Série Animée sur Batman pour se faire une idée.

              Et notez que Moore est spécialisé dans le genre réinterprétons un vieux thème...

        3 autres commentaires
      • Barrabravo
        Barrabravo répond à Epimethée
        Buenos Aires nostalgique
        • Posté à 23h08 le 04/02/2012
        • Internaute 115757
          Buenos Aires nostalgique

        Milton Caniff était un excellent dessinateur, au style ultra-classique et ultra-élégant, et était bien meilleur que Dave Gibbons, sur lequel je partage l’avis de Pahpah. Ce n’est pas vraiment une histoire d’époque, mais de style/talent ; de nombreux illustrateurs contemporains de Gibbons étaient bien meilleurs que lui (mon préféré : Mazzuchelli, pour ne citer que lui). Mais le truc de Gibbons, c’est qu’il était intellectuellement, politiquement, sur la même longueur d’ondes que Moore.

         
        • Epimethée
          Epimethée répond à Barrabravo
          Pas loin
          • Posté à 07h07 le 05/02/2012
          • Internaute 122050
            Pas loin

          Bah, perso, j’ai une passion pour Dave McKean.
          Mais ouais, Year One c’était bien...

          Ceci dt, je pense qu’il ne faut pas confondre deux aspects : la qualité du trait et l’adéquation du dessin au texte. Parce qu’on parle d’art séquentiel graphique, le dessin reste indissociable du texte. Alors oui, en tant que strictement illustrateur, peintre ou technicien, Caniff surplombe toute l’équipe (comme disait Pratt en pleurant devant un crayonné : bon sang, c’est Caniff et je ne suis que Pratt).
          Mais une bd, c’est plus que la performance académique d’un dessinateur.

          Dans ce sens, vous le dites très bien, Gibbons et Moore se sont parfaitement compris, ce qui me faisait réagir à l’affirmation que le dessin de G. vieillirait plus vite que le scénario de M. Selon moi, ils sont parfaitement proportionnés, c’est ce qui fait de cet oeuvre un classique.

        1 autres commentaires
  • James Andros
    James Andros
    Bouffeur de pommes
    • Posté à 19h25 le 03/02/2012
    • 179324
      Bouffeur de pommes

    Je n’ai pas encore lu la BD mais cet article m’a donné l’envie de la lire !
    Merci beaucoup !

  • Glam
    Glam
    juste ce type, vous savez ?
    • Posté à 19h44 le 03/02/2012
    • Internaute 40852
      juste ce type, vous savez ?

    Je dirais bien pourquoi je l’aime, mais... l’article couvre très bien le sujet.

  • FericJaggar
    FericJaggar
    La réalité, c'est ce qui (...)
    • Posté à 19h55 le 03/02/2012
    • Internaute 67506
      La réalité, c'est ce qui (...)

    J’ai bien aimé, personnellement, mais bien moins que From Hell ou V pour Vendetta. Je ne sais pas pourquoi, peut-être les dessins, l’histoire est assez sympa pourtant...
    Sans doute le genre de chose qui ne s’explique pas. Pas vu le film par contre, j’ai tendance à me méfier après avoir vu celle de « V »

    En tout cas Moore est vraiment un artiste à part entière, à refuser des crédits sur des choses qu’il ne cautionne pas. Dommage que Dick n’aie pas eu son mot à dire sur toutes les adaptations foireuses de son oeuvre immense.

  • Bjambo
    Bjambo
    oui
    • Posté à 19h56 le 03/02/2012
    • Internaute 100392
      oui

    « Politique, sophistiqué, novateur », je rajouterai « métaphysique » surtout en ce qui concerne le Dr Manhattan.

    « who watch the watchmen » est aussi toujours d’actualité

  • Zélaïde
    Zélaïde
    breathing
    • Posté à 20h05 le 03/02/2012
    • Internaute 155556
      breathing

    Le bon coté du film (qui ne sera jamais qu’une adaptation) est qu’il a donner envie de découvrir la graphic novel ... et de reconnaitre l’intégrité à Alan Moore face aux grosses machines à fric.

  • bjone
    bjone
    dev 3D
    • Posté à 20h33 le 03/02/2012
    • Internaute 62791
      dev 3D

    Effectivement, j’avais acheté la BD par curiosité après avoir vu le film.
    Et franchement ça a été une très bonne surprise. Clairement pas une BD que j’échangerai, restera à coté de l’Incal et de la trilogie Nikopol.

    Voir le Dr Manhattan dire un moment qu’il se pencherait bien sur les batteries lithium pour les véhicules électriques, pour un scénario de 86, c’était pas mal vu.

    ///////////////////////////
    //
    // SPOILER
    //

    C’est un peu dommage que le trip final avec la vraie-fausse téléportation d’extraterrestres (et la liaison avec la BD de pirates de Shea qu’elle implique dû à l’élimination des designers des bestioles) ait été remplacé dans le film par l’explosion de générateurs d’énergie (heu fusion ?) conçus par Manhattan, mais peut-être que Snyder voulait faire quelque chose de peut-être moins Kitsch pour l’époque actuelle.

    Par contre j’ai trouvé que, dans le film,le petit passage qui n’est pas dans la BD où Rorschach cherche son visage avant de s’enfuir de prison était très sympatoche (mais bon c’est un condensé de ce qui est étalé dans la BD et n’a pas été porté dans le film)

    J’ai trouvé la fin un peut trop « lente », j’ai préféré la fin en pic du film : le réordonnancement du film où Manhattan explose Rorschach puis dit qu’il se casse ailleurs est plus dramatique que dans la BD.
    Le « sbloutch (Rorschach gicle) » - « c’est bon je me casse dans une autre galaxie, monde de merde » m’a bien fait rire dans le film.

    Accessoirement j’ai bien aimé le coup du remplacement de l’ordinateur lambda de la BD sur le bureau de Veidt par un Amiga dans le film (je trouve presque étonnant que pour la BD ils aient pas fait attention à ça à l’époque).

    • Julien83
      Julien83 répond à bjone
      chroniqueur BD au Mague, (...)
      • Posté à 14h34 le 04/02/2012
      • Internaute 37797
        chroniqueur BD au Mague, (...)

      la mort du premier homme de main du big Boss en prison .. meilleure dans le film que la BD ... où le gars a juste un coup de couteau, alors que dans le film, pour dégager les barreaux, on coupe les bras !

  • Epimethée
    Epimethée
    Pas loin
    • Posté à 20h18 le 03/02/2012
    • Internaute 122050
      Pas loin

    Bravo l’équipe, pile pour la réédition française, mais vous manquez largement ceci : Lien Bienvenue dans Before Watchmen !

    Le débat qui est parti suite à l’annonce sur le créateur et sa création est passablement intéressant si jamais vous cherchez de la matière...

    Ceci dit, Watchmen reste une oeuvre essentielle aussi pour son rapport à l’image et au médium qu’est le comics. Dans ce sens, le film n’avait qu’un seul moyen pour chercher à se mettre à la hauteur : interroger le langage du cinéma.

    Comme toute oeuvre qui pousse les limites d’un média, Watchmen les comprend admirablement, la chronologie, essentielle dans un objet qui traite de Watch, de montre, de garde, est à plusieurs reprise parfaite, diluant ou accélérant l’espace entre les cases pour proposer un regard puissant sur chaque personnage, chaque action. Plusieurs fois, sur Mars, peu avant l’explosion, lorsque la montre tique, on voit le temps presque s’arrêter en proposant ces situation rares que l’art séquentiel est presque seul à pouvoir proposer. Les Tales of the Black Frighter, la bible de Tijuana, renforcent ce lien direct, autant que les inspirations des personnages ou le choix de la quadrichromie (ou presque).
    Bref, une oeuvre majuscule, dans le sens, dans la forme, dans la grammaire du récit et dans celle des images... Les couches de significations sont profondes, tant sur la forme que sur le fond.

    Et les encarts de texte sont magnifiques.

    Ouais, à lire, un chapitre par jour, oubliez pas que c’est une série, faut la laisser s’enfoncer un peu pour mieux en profiter....

  • Samy41
    Samy41
    Président.
    • Posté à 20h57 le 03/02/2012
    • Internaute 112098
      Président.

    Raison 4 : Dans terrible symétrie, ce n’est pas seulement la double page centrale qui est symétrique, C’EST TOUT L’EPISODE !

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 21h07 le 03/02/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Bonne BD. Vachement touffue. Le scénario est servi par un dessin adéquat, et c’est pas toujours le cas pour Moore (« V pour vendetta », fallait s’accrocher. Alors qu’ici, un dessin de super-héros old school était particulièrement approprié).
    Parmi les 4 titres de lui que vous citez, mon préféré reste « La ligue des gentlemen extraordinaires », avec un scénario qui reste exigeant sur un sujet plus fun.
    Et sinon, un mec qui délimite le terrain BD avec « Dark knight returns » et « Maus » m’est tout de suite très sympathique.

  • John Merrick
    John Merrick
    pachyderme que ça
    • Posté à 21h17 le 03/02/2012
    • 179410
      pachyderme que ça

    Ce qui fait de Watchmen une bédé qu´on lit, re-lit et re-re-lit, c´est que contrairement a d’autres comics on sent que chaque case, chaque mot, chaque plan, n’est pas la par hasard ou juste pour faire joli.

    C’est un petit chef d’œuvre graphique, une mécanique séquentielle digne d’une horloge suisse.

    Et surtout, le fait que les persos ne soient pas des super-héros, mais des héros costumés, des gens normaux (ils vieillissent, grossissent, dépriment, perdent, s’aiment, se trompent...) dont l´idéalisme bat plus fort que pour d’autres. Mais les gens normaux ne se battent pas. Alors, le costume le fait pour eux. Et il dit au lecteur : « he, t´aimerais pas ça combattre le mal qui ronge ta vie ? Tu voudrais pas sauver le Monde ? ben qu’est-ce que t’attends ? »

    Le vrai « Watchmen », finalement, c’est celui qui tient le bouquin.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 22h31 le 03/02/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    C’est watchmen intéressant, mais j’arrive pas à accrocher mon wagon.
     ; -))
    Désolé ! .... comme dit Michel Denisot.

  • Ouatcheko
    Ouatcheko
    Du Sarkozistan vers la Mollandie
    • Posté à 22h32 le 03/02/2012
    • Internaute 126192
      Du Sarkozistan vers la Mollandie

    Je n’ai jamais accroché au style des comics américain.

    Et puis bon, à force de voir des bons films qui étaient des adaptation de Moore, je me suis dit que ça vaudrait le coup de jeter un œil.

    Et franchement, Watchmen fait partie des meilleures BD que j’ai jamais lues... woah ! Style très particulier, mais bd vraiment bien foutue (histoire, questionnement, recherche graphique).
    J’ai trouvé la bd bien moins violente que le film, où les quelques scènes de bagarre m’ont parues trop appuyées.

    Par contre, n’ayant lu de Moore que Watchmen et V pour Vendetta, je suis preneur de conseils de lecture...

    • Cannibal Ferox-
      Cannibal Ferox- répond à Ouatcheko
      mangeur de chouineur
      • Posté à 22h42 le 03/02/2012
      • Internaute 159072
        mangeur de chouineur

      Essayez « Originals » de Dave Gibbons. C’est un tout autre registre, mais bon.

    • Epimethée
      Epimethée répond à Ouatcheko
      Pas loin
      • Posté à 23h57 le 03/02/2012
      • Internaute 122050
        Pas loin

      Ben tout dépend de ce que vous cherchez : la vague anglaise, dont fait partie Moore, ont amené plusieurs énormes scénaristes : Gaiman dont le Sandman est peut-être un des meilleurs scénario de la bande dessinée tout genre confondu, par l’ambition et l’ampleur de l’oeuvre quasi mythologique, par la profondeur de l’inspiration, la qualité de l’écriture...
      Morisson, plus underground encore que Moore, avec les Invisibles, pamphlet libertaire et mystique, anarchique, politisé à l’extrême, magique et surréalste, entre Wilson et Crowley, qui aurait inspiré les meilleurs moment de Matrix aux Wachowsky (et Arkham Asylum A serious House on Serious Earth, sorti la même année que Watchmen, Dave McKean dessine superbement un conte de la folie utilisant Batman)

      Ce sont deux bonnes adresses, exigeants et adultes. Mais tout dépend de ce que vous aimez : par exemple, on trouve des objets superbes comme Transmetropolitan, Warren Ellis et Darrick Robertson, qui revisite l’obscène et génial Hunter S. Thompson dans un monde post cyberpunk sans Histoire, un 1984 anarchique, hédoniste, hyperconnecté et sordide, où les enfants grattent les veines des cadavres rock star pour récupérer leur fix de Noel, un monde où les élections approchent et où le Sourire se prépare à affronter la Bête pour accéder à la fonction suprême grâce au suffrage universel.

      Une saine lecture en ce moment...

      • Ouatcheko
        Ouatcheko répond à Epimethée
        Du Sarkozistan vers la Mollandie
        • Posté à 00h30 le 04/02/2012
        • Internaute 126192
          Du Sarkozistan vers la Mollandie

        Merci à vous ainsi qu’à Cannibal ferox !

        Difficile de dire ce que je recherche : je connais mal le monde des comics.
        Je sais juste que je ne veux pas me plonger dans une série interminable qui implique de lire d’autres séries dans le même uni/multivers... et que je cherche autre chose que « des gentils en collant se battent avec des méchants maquillés ».

        Je note vos conseils de lecture, et j’irai tester... on verra si une magie entre le livre et le lecteur opère.

         
        • Epimethée
          Epimethée répond à Ouatcheko
          Pas loin
          • Posté à 00h54 le 04/02/2012
          • Internaute 122050
            Pas loin

          Les trois séries que je vous propose sont complètes et oscillent entre six et dix volumes. C’est imposant, pas interminable. Et on en redemande à la fin. J’insiste, le Sandman est particulièrement monumental dans sa construction, plutôt unique et très subtil. Plusieurs dessinateurs ont participé, c’est aussi un bon résumé des styles graphiques de l’époque. Franchement, c’est un truc qui vaut la peine de forcer ses à-priori visuels. L’univers est unique et pourtant incroyablement familier, original et réussissant à rendre à nouveau pertinentes des figures immémoriales... C’est très fort. On pourrait dire qu’il s’agit d’une réflexion sur deux pièces de Shakespeare mais ce serait limiter l’objet.

          Sinon, y a Bone, de Jeff Smith, un truc à lire en famille, une sorte de successeur de Carl Barks au dessin excellent et à l’humour délicieux. La version anglaise fait un volume complet pour 50 balles, la traduction doit être plus chère et en plein de volumes.

          Et on doit encore citer au moins Black Hole, dans un genre plus underground et psychologique qui expose le mal être hédoniste du middle class américain sur des dessins sordides...

          Soyez heureux, vous avez des mondes à découvrir...

          • Ouatcheko
            Ouatcheko répond à Epimethée
            Du Sarkozistan vers la Mollandie
            • Posté à 19h03 le 04/02/2012
            • Internaute 126192
              Du Sarkozistan vers la Mollandie

            Aaaah oui ! j’ai lu Black Hole et c’était en effet très très bon !

        • Rivendell
          Rivendell répond à Ouatcheko
          Toléré par [censored] Guéant.
          • Posté à 03h23 le 04/02/2012
          • Internaute 102483
            Toléré par [censored] Guéant.

          Sandman pour rêver.

          Transmetropolitan pour râler.

          Preacher pour rigoler.

        3 autres commentaires
    • Almo
      Almo répond à Ouatcheko
      Mediathecaire
      • Posté à 00h57 le 04/02/2012
      • 180738
        Mediathecaire

      Bonsoir.

      Petits conseils perso...

      - D’une part, vous retrouverez le génie de Moore à son zénith dans « From hell » : documentation maniaque + imagination débridée = VLAM !
      Bon, c’est un pavé (six cent pages !), le dessin est encore différent (avec Eddie Campbell, il faut s’y reprendre à deux fois pour ne pas confondre les différents personnages, notamment féminins), mais cette interprétation de l’histoire de Jack l’Eventreur a bien plus de choses à révéler que la simple identité du tueur. De toute façon, je ne crois pas qu’il existe un autre Alan Moore pour faire ce qu’il sait faire à sa place mais la question est ouverte. [Note : évitez à tout prix de commencer par le film, probablement la plus traîtresse de toutes les adaptations d’une oeuvre de Moore.]

      - Dans le genre « grand oeuvre » toujours : le méditatif « Cages » de Dave Mc Kean, artiste au vocabulaire pictural ébouriffant. A connaître, même si on n’aime pas.

      - Grimm + Grimault + Disney + Tex Avery + Visconti + Max Pécas + Lynch + Tati + Crumb + l’infini = « Pinocchio » de Winshluss. Le beau, fou, frappadingue et pourtant cohérentissime Lauréat d’Angoulème en 2009, si je ne m’abuse.

      - « Là où vont nos pères » de Shaun Tan. Récit initiaque, conte pour enfants et même film d’animation : ce type sait tout faire et va le faire savoir.

      - Deux petites histoires SF datant de l’année dernière : « Les derniers jours d’un immortel », par Vehlmann et De Bonneval, merveille de poésie et de rétrofuturisme pop ; et puis « Château de sable » de Peeters et P.-O. Levy, beau comme un épisode de la « Quatrième dimension ».

      - Allez, pour finir, une BD qui explique la BD, mais pas seulement : « L’art invisible » de Scott McCloud. Les éloges du quatrième de couverture justifient à eux seuls l’achat de cette petite somme passionnante et drôle, signée par une sorte de Jean-François Zygel de la BD.

      Voilà, ça n’engage que moi. Bonne lecture !

      • neutron
        neutron répond à Almo
        juriste
        • Posté à 10h33 le 04/02/2012
        • Expert 54951
          juriste

        C’est très étrange, j’aurai cité quasiment les mêmes titres que vous. Soit la nuit je me relève sous l’identité d’Almo et je laisse des messages sur Rue 89 à mon insu, soit mes goûts sont très mainstream, soit on est fait pour se boire une bière.

        J’ajouterai mes marottes à moi :

        - Bienvenue au Gamurakan, de Yoji Fukuyama. L’inventeur du style Jap Horror.

        - Bien sûr l’indispensable The Walking Dead de Kirkman et Adlard (on pourrait lancer un nouveau débat sur pour ou contre l’adaptation en série ?)

        - Et, enfin, quasiment tout ce que fait Marc-Antoine Mathieu : Julius Corentin Acquefacques prisonnier des Rêves (les 5 Tomes) ; Le Dessin ; 3’ (par contre, je ne suis pas fan de Dieu en Personne, trop bavard à mon goût).

        Pour finir (vraiment), je me suis (enfin) lu les 6 tomes d’Universal War One de Bajram. De gros défauts dans cette BD, faut pas le nier (des dialogues souvent niais, des gros marronniers). Mais faut avouer que le scénario est jubilatoire et très bien monté (pourquoi le cinéma français ne l’a-t-il pas encore adapté avec un réalisateur comme Jeunet ?).

        Froid + Rhume + Cet article = Je vais me passer une après midi BD moi.

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 23h22 le 03/02/2012
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    V pour Vendetta, du même auteur, est bien meilleur et a peu de rapport avec le film du même nom (dont l’auteur s’est désolidarisé). Watchmen n’est rien qu’une démonstration de l’absurdité des histoires de super-héros Américains. C’est pour cela qu’il est considéré comme une oeuvre importante chez les fans de comics.

    V pour Vendetta, c’est une réflexion sur l’insurrection, la soumission, la culture et sa destruction, sur l’anarchisme et le terrorisme. C’est autrement plus profond et actuel.

    • Epimethée
      Epimethée répond à Iv
      Pas loin
      • Posté à 00h08 le 04/02/2012
      • Internaute 122050
        Pas loin

      Euh... D’abord, V pour Vendetta et Watchmen recoupent en partie les même thèmes. La différence, c’est que V traite de la réalité de la politique anglaise tatchérienne tandis que les Watchmen se préoccupent des scories de l’imaginaire américain. Au fond, et réfléchissez bien au leitmotiv « Who Watch the Watchmen », ce sont passablement les notions de coercition qui sont explorées par ces deux ouvrages mais sous des angles différents.

      Les thèmes de Watchmen sont cependant plus vastes et ne se limitent pas à l’exposition d’une distopie de plus. Ils adressent aussi toute une partie importante de la culture américaine et mondiale, une mythologie qui court sur les trois quart du siècle. Tout au long de la bande dessinée, Moore glisse les référence qui, loin et même au contraire de rendre ridicule la figure du Super Héros, en fait un compagnon indispensable de l’histoire du vingtième siècle. Ce qui est parfaitement pertinent, totalement justifié et rarement aussi bien synthétisé que dans cette oeuvre. On pourrait parler des heures de la différence entre le Comédien et les Minutemen qui par hasard prend place vers les années soixante et met en scène avec une remarquable économie de moyen l’honneur perdu de l’Amérique.

      Au final, V est peut être plus engagé mais la réflexion de Watchmen sur le média lui même, sur l’histoire, sur sa société, est plus profonde, l’art plus abouti et les thèmes plus nombreux. V est un travail intéressant et engagé, les Watchmen ont changé entièrement la façon de considérer un média.

      On doit pas avoir la même notion de la profondeur du coup.

  • screugneugneux
    screugneugneux
    râleur-NRV
    • Posté à 23h43 le 03/02/2012
    • Internaute 43534
      râleur-NRV

    mes souvenirs de la BD datent d’il y a une 20aine d’années, mais bien que je n’ai aucune culture comic’s, j’avait beaucoup aimé la BD, pour son cote politique, critique social .. voir meme « philosophique » qui est esquissé par certains themes abordés indirectement ( peut on faire le bien des gens malgres eux ? ? , qu’est ce que le bien, le mal......)
    ce n’était en rien une BD d’action, et les heros sont des anti heros en queques sorte.
    j’ai trouvé que le film réussissait a bien retranscrire l’atmosphère de la BD,

  • Almo
    Almo
    Mediathecaire
    • Posté à 00h04 le 04/02/2012
    • 180738
      Mediathecaire

    Bonjour,
    l’admiration que je porte à « Watchmen » ne m’avait jamais jusqu’ici poussé à en creuser les zones d’ombre sur le web. Mais l’amour et le respect qui se dégagent de cet article autant que de vos réactions (fait assez rare pour être signalé) m’obligent à vous soumettre, à vous qui me lisez, un poignée de réflexions et d’interrogations...

    1°) Il faut effectivement insister sur ce fait : le travail de traduction française réalisé par J.-P. Manchette en son temps est d’une valeur inestimable. J’en ai fait l’expérience par l’absurde le jour où j’ai offert à un ami un exemplaire paru dans la foulée de la sortie du film, édition dont la traduction s’avéra, à ma grande surprise, différente... et - autant le dire - considérablement inférieure. De nombreux éléments de dialogue en faisaient les frais, dont l’ultime et savoureuse réplique (que je ne révèlerai pas !).

    Joignons-nous donc à Mr. Graf pour conjurer les futurs acquéreurs : n’achetez que la traduction de Manchette, LA SEULE QUI VAILLE. Reste cette question : pourquoi diable y en a-t-il d’autres ? Why the hell ? ! !

    2°) Le chapitre consacré au personnage de Rorschach est celui qui, personnellement, me pose le plus de « problèmes ».
    On y trouve par exemple une allusion à l’authentique affaire Kitty Genovese, que Moore a le génie d’intégrer à son récit, mais en la rudoyant un peu... Plus prosaïquement, il y a la fameuse séquence de la nuit séminale, celle où tout bascule (comme dans le cas de « V », d’ailleurs) : après avoir tué de sang froid son premier criminel, « Kovacs [son vrai nom] ferma les yeux, mais c’est Rorschach qui les rouvrit ».
    Or, le sort reservé par Rorschach à cet homme (qui vient de tuer un fillette par cupidité) et qui consiste à lui laisser le choix entre périr par le feu et [vous savez quoi], eh bien ce sort peu enviable est EXACTEMENT LE MÊME que celui auquel le personnage de Mad Max abandonne l’assassin de sa femme et de son enfant à la toute fin du premier volet de ses aventures. Le même.

    Les chronologies de réalisation du film de George Miller et du livre de Moore / Gibbons me semblant pratiquement superposables, je vous pose la question :
    Qui a copié qui ?

    3°) Ceci dit, comme dit l’autre, « seuls les grands artistes volent ». Cela marche aussi dans l’autre sens : ne trouvez pas par exemple que la production Pixar « Les Indestructibles » de Brad Bird, avec ses super-héros retraités et nostalgiques, son méchant qui se plante en voulant sauver le monde et son monstre en forme de sphère à tentacule dévastant une métropole, est une resucée de Watchmen à la sauce Disney ?

    4°) Allez, juste pour finir, un petit jeu : quelle case isolée vous a particulièrement ému ?
    [Perso, c’est la n°1 de la page 117. Oui, je sais, c’est un peu codé mais ça restera entre nous.]

    A vous.

    • Rivendell
      Rivendell répond à Almo
      Toléré par [censored] Guéant.
      • Posté à 03h33 le 04/02/2012
      • Internaute 102483
        Toléré par [censored] Guéant.

      Euh... Mad Max (le seul, l’unique) : 1979/80.

      Watchmen : 1985.

  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 00h15 le 04/02/2012
    • Internaute 88960
      inadapté

    bon ben je rejoins la plupart des commentaires, l’une des meilleures BD que j’ai lue. D’ailleurs pour les sceptiques, c’est véritablement une œuvre littéraire, à lire, à relire, à méditer.

    Le film est sympa, sans plus, et occulte malheureusement le meilleurs de la BD, notamment les histoires et personnages secondaires

  • big némo
    big némo
    charcutier- coiffeur et je m'en (...)
    • Posté à 00h40 le 04/02/2012
    • Internaute 86763
      charcutier- coiffeur et je m'en (...)

    difficile d’appeller ça une bd, car cela va beaucoup plus loin qu’une bd dite classique, un roman dessiné je dirait plutot..tres novateur pour l’époque, precurseur qui a ouvert la porte a plein d’autres choses..Le dessssin m’a un peu rebuté au départ, mais le scénar est vraiment genial, le découpage, la progression, le theme ..Waouuuuu !
    J’ai vraiment bien aimé le film que je trouve assez fidele, et rien que pour cela je dit chapeau..effectivement, sur le papier c’était pas gagné....
    Who watch the watchmen est quand meme le message central du bouquin, avec des super heros a la retraite, tous plus ou moins névrosés ( souvent plus que moins), alcolos, dépravé....Comme des vieilles stars d’hollywood...

  • pradoc
    pradoc
    Aucune
    • Posté à 01h58 le 04/02/2012
    • Internaute 61194
      Aucune

    Effectivement Watchmen reste une oeuvre formatrice pour beaucoup de lecteurs. Quelque chose comme un passage à l’âge adulte de la BD de super-héros.
    Je l’ai lu à l’adolescence et c’était entièrement nouveau, très attirant et le scénario était particulièrement retors et prenait son temps. Une des meilleures sagas et je trouvais Rorschsach fascinant.

    Le film n’est pas honteux, on peut frémir sur quelques scènes mais ne restitue pas complètement l’atmosphère.

    PS : Je n’avais jamais fait attention que Manchette avait traduit l’album. Merci pour l’info. Il a dû discrètement apporté sa patte....

  • lonesome
    lonesome
    un parmi tant d'autres
    • Posté à 09h08 le 04/02/2012
    • Internaute 165032
      un parmi tant d'autres

    Ma version en français n’est pas traduite par Manchette mais une certaine Geneviève Coulomb ; assez médiocre la traduction d’ailleurs avec des phrases du style : « je vais prendre un peu d’exercice » ou « un nommé Blacke, un ami à moi » bref Mme Coulomb n’est pas pas une ami à nous question traduction.
    c’est peut-être ce qui m’a rebuté à considérer Watchmen comme le chef d’oeuvre annoncé : toujours eu du mal avec les lectures estampillées chef d’oeuvre ou alors c’en est un du style Ulysse de Joyce ou « Au dessous du volcan “ catégorie oeuvres ultimes qu’on n’arrive jamais à finir...

  • JulianMylo
    JulianMylo
    Lorrain !
    • Posté à 10h30 le 04/02/2012
    • 173713
      Lorrain !

    Le meilleur super-héros au monde c’est Milkman de toutes façons.. !
    Un personnage qui mériterait largement d’être adapté en BD ! :)

    Milkman

  • Florian Defontaine
    Florian Defontaine
    Dessinateur de presse
    • Posté à 11h34 le 04/02/2012
    • 180179
      Dessinateur de presse

    N’étant pas un adepte inconditionnel des comics, je dois reconnaître que la facture adulte et « réaliste » de cette saga est attractive ! Les auteurs actuels orientent leurs franchises dans les bonnes directions je trouve !
     :)

  • LienRag
    • Posté à 12h09 le 04/02/2012
    • Internaute 34767

    Avec Watchmen Moore a mis le point final au genre, mais la machine continue pourtant de tourner... largement à vide comme le montrent d’ailleurs la tendance aux adaptations cinématographiques.

    Mais concrètement, j’avoue n’avoir jamais compris le sens des « Tales of the Black Freighter » et j’apprécierais tout avis informé sur la question.

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