23/01/2012 à 11h09

« Millénium » de Fincher ravit les auteurs de la BD « Stieg Larsson »

Louis Lepron | Journaliste

L’écrivain barbu attend le dessinateur (barbu) devant un café dans le hall du Ciné Cité des Halles. Ils viennent de publier « Stieg Larsson. Avant Millénium ». Pas l’écrivain à succès, mais le militant politique, le journaliste antifasciste qui disait à l’époque :

« Je vais écrire un roman, j’y injecterai toutes nos idées, et nous toucherons des millions de gens ».


« Stieg Larsson, Avant Millénium » (Frédéric Rébéna et Guillaume Lebeau)

Guillaume Lebeau (écrivain et spécialiste du roman policier) et Frédéric Rébéna (dessinateur) ont accepté d’aller voir le film « Millénium » pour Rue89. A la sortie du film, les réactions sont nombreuses.

Un peu plus de six mois après la tuerie en Norvège, ils expliquent que les idées de Stieg Larsson, qui avait compris la mutation de l’extrême droite suédoise dès 1995, sont bien restituées :

« Le message politique est présent, mais c’est aussi celui de Fincher : il faut se méfier des apparences, elles sont trompeuses. En effet, celui qui doit aider Lisbeth Salander la viole ; les industriels qui portent économiquement la Suède sont en réalité des nazis.

C’est tout ce jeu des apparences qui est respecté par le cinéaste américain. »


« Stieg Larsson, Avant Millénium » (Frédéric Rébéna et Guillaume Lebeau)


« Stieg Larsson, Avant Millénium »

En effet, selon Guillaume Lebeau, qui avait écrit un essai très détaillé sur l’auteur suédois, le simple fait que David Fincher se soit intéressé au personnage de Harald Vanger, frère nazi de l’industriel Henrik Vanger, est symbolique :

« Harald Vanger est le symbole de ce qui est amené à disparaître. On ne vient plus voir l’extrême droite qu’il représente, on vient voir le dirigeant respectable qui a laissé le costume nazi pour porter un costume-cravate. Sans pour autant oublier les idées.

C’est ce passage de flambeau de la vieille Suède à la nouvelle Suède qui est ici retranscrit. »

Guillaume Lebeau effleure le sujet même de la bande-dessinée « Stieg Larsson. Avant Millénium » :

« C’est pour toutes ces raisons qu’on a voulu faire une BD politique. On a voulu montrer une attitude, celle d’un héros moderne qu’est Stieg Larsson, face aux extrêmes. Il en était très conscient, il a compris qu’ils n’étaient jamais une réponse. “Millénium”, à 80%, ce n’est pas de la fiction ».

Informer par les images, pas le bavardage

Alors que, selon eux, la première adaptation européenne occultait la dimension politique, l’œuvre de Fincher la conserve, même si elle est amenée « en filigrane », par les images.

D’après les auteurs, le cinéaste a volontairement cherché à aseptiser son propos, à rester dans la symbolique. C’est justement ce qui a captivé le dessinateur Frédéric Rébéna :

« Le parallèle intéressant entre l’art du cinéma et l’art de la bande-dessinée, c’est la façon d’informer par les images. Au contraire du cinéma européen qui fait dans l’écrit et le bavardage, Hollywood fait tout passer par l’illustration. »

Une des scènes qui a par exemple marqué Frédéric Rébéna et Guillaume Lebeau, c’est lorsque Lisbeth Salander « hurle » car « à chaque fois, David Fincher coupe, laissant aux spectateurs poursuivre dans leur esprit le cri ».

Avec une musique « anxiogène, paralysante et froide » de Trent Reznor et Atticus Ross, le dessinateur et l’écrivain sont comblés.

Et même si Frédéric Rébéna critique le placement éhonté des marques dans le film, il loue une façon de filmer « lisse et sobre », obtenant une réaction faussement outrée de Guillaume Lebeau :

« La mise en scène est aussi très complexe ! Par exemple, quand il suit Lisbeth Salander, il imagine des plans très soignés. On est éloigné d’elle quand il y a une discussion, on est face à une fragilité quand elle est de dos, et face à sa force lorsqu’elle est devant nous. Fincher, c’est un enlumineur. »

« L’info est libérée, la vengeance assumée »

Les références fusent pour essayer de raccrocher « Millénium » au cinéma contemporain.

Côté dessinateur, l’ambiance de « Millénium » fait directement penser à « Festen », un film danois oppressant réalisé par Thomas Vinterberg en 1998. Le pitch ? Une famille réunie en huis clos pour les soixantes ans du chef de famille. Des secrets dissimulés vont alors bouleverser l’unité du clan.


« Stieg Larsson, Avant Millénium » (Frédéric Rébéna et Guillaume Lebeau)

Mais, côté « tête pensante », Guillaume Lebeau estime que David Fincher fait le lien avec son précédent film, « The Social Network » :

« Ce qui semble intriguer encore une fois Fincher dans “Millénium”, c’est le thème de l’information », nous explique t-il :

« Doit-elle être libre ? Dans ce film, comme dans le livre, si on la verrouille, on ne remonte pas à la la vérité. David Fincher indique justement que la modernité, la techonologie, peut nous libérer. Je suis par exemple sûr qu’il fera un jour un film sur Anonymous ou les hackers. »

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  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 13h08 le 23/01/2012
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    Très intéressant, merci : bonne idée que ce témoignage. Cela donne envie d’aller voir un film dont je me méfiais un peu.

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    VALLSS89
    • Posté à 14h35 le 23/01/2012
    • Internaute 50571
      VALLSS89

    c’est ça cuisinons de l’esthétique, fabriquons du mythe c’est toujours de la came qui se vend bien, à l’inverse ce qu’il aurait été intéressant de faire c’est d’extraire les vraies affaires qui ont inspirées Larsson. C’est un autre boulot, plus ingrat et plus difficile que de faire les vautours, un boulot de canards enchaînés quoi..

    • Louis Lepron
      Louis Lepron répond à tOrDrE L¤RdRe
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 10h16 le 24/01/2012
      • Journaliste 40018
        Journaliste

      Je crois que vous devriez dans ce cas lire l’essai de Guillaume Lebeau sur Stieg Larsson.

      Ici, l’idée de Guillaume Lebeau et de Frédéric Rébéna était d’illustrer par l’image la formation politique de Stieg Larsson. De comprendre les parties de sa vie, de son enfance jusqu’à sa mort, qui l’ont décidé à vouloir écrire « Millénium ». C’est donc une bande-dessinée politique qui explique très bien le chemin parcouru. C’est en tout cas une première dans le monde de la BD de traiter un tel sujet.

  • keranao
    keranao
    lalalali lalila
    • Posté à 16h13 le 23/01/2012
    • 177385
      lalalali lalila

    allez on balance des esquisses a l’imprimeur,et on fait passer ça pour une bd...

    • frederic rebena
      frederic rebena répond à keranao
      pseudo
      • Posté à 17h13 le 23/01/2012
      • 179859
        pseudo

      Le dessin peut revêtir toutes sortes de formes.
      Celle-ci en est une.
      La bd ne se résume pas à un exercice de virtuosité.
      Elle est aussi un champ d’expression libre.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h28 le 23/01/2012
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « les industriels qui portent économiquement la Suède sont en réalité des nazis »

  • JSC
    JSC
    PACA
    • Posté à 15h08 le 24/01/2012
    • Internaute 98125
      PACA

    Et tout ce monde-là, a-t-il même vu une copie de la trilogie en forme papier/mots ?

  • Jean Michel Abitbol
    Jean Michel Abitbol
    Dinosaure Partouseur de Droite
    • Posté à 10h53 le 25/01/2012
    • Internaute 134333
      Dinosaure Partouseur de Droite

    Bonjour,
    les libertés avec l’histoire originelle (celle du livre) rendent certains passages soient obscurs, soient incompréhensibles dans le meilleur des cas. Et parfois trahissent complètement l’histoire.

    Je comprends qu’on ne veuille pas être scolaire.

    Mais bon, si Roméo se tape la mère de Juliette pendant que son père filme, ça sera pas scolaire, certes, mais ça sera un peu n’importe quoi non ? Ben là pareil.

    • Jean Michel Abitbol
      Jean Michel Abitbol répond à Jean Michel Abitbol
      Dinosaure Partouseur de Droite
      • Posté à 10h55 le 25/01/2012
      • Internaute 134333
        Dinosaure Partouseur de Droite

      Oh put*** j’ai oublié la fin...

      c’était quand même un assez bon film

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