Stream suédois 05/12/2011 à 17h44

Musique en ligne : Spotify, pari (à moitié) réussi

Martin Untersinger | Journaliste Rue89

Dans un secteur en crise, le service de streaming est un succès, mais ne répond ni à la question du modèle économique, ni aux critiques de certains professionnels.


Des cartes de visite Spotify (Andrew Mager/Flickr/CC)

Le marché de la musique enregistrée est sinistré (-5,7% en France au premier semestre) : les ventes numériques peinent à compenser le désamour des consommateurs pour le CD (-12%).

Dans ce contexte, l’entreprise d’origine suédoise Spotify, avec 10 millions de membres dans le monde (dont 2,5 millions d’abonnés) et un lancement réussi aux Etats-Unis, veut redonner un second souffle à l’industrie de la musique.

Lancé en Suède en 2008, Spotify est un logiciel qui permet l’écoute légale de plusieurs millions de titres en utilisant Internet mais sans les télécharger (streaming). Il repose sur un système dit « freemium », qui mêle des offres de musique gratuites (mais limitées et avec publicité) et des offres payantes avec plus ou moins de fonctionnalités.

Nombre d’abonnés multiplié par trois

Présente dans une douzaine de pays, l’entreprise suédoise a frappé un grand coup le 14 juillet en se lançant aux Etats-Unis après des mois de rumeurs. Au mois de septembre, Spotify a annoncé son intégration à Facebook, le réseau social aux 700 millions d’utilisateurs.

Ce virage « social » et ce lancement outre-Atlantique semblent avoir porté leurs fruits. Spotify a annoncé il y a quelques jours avoir atteint le nombre de 2,5 millions d’abonnés payants et revendique 10 millions d’utilisateurs actifs dans le monde. L’année dernière, elle en comptait 7 millions au total, dont seulement 250 000 abonnés payants.

De quoi redresser rapidement les résultats financiers de l’entreprise, après une perte de 30,5 millions d’euros en 2010, liée à l’investissement de lancement. Entre-temps, le nombre d’abonnés payants a été multiplié par trois...

Spotify se tourne vers les applications

Spotify a annoncé mercredi une nouvelle évolution dans son service. Les développeurs vont pouvoir enrichir la plateforme en y greffant leurs propres applications musicales. Des médias, comme The Guardian ou Rolling Stone, sont déjà présents sur Spotify, mais les services de recommandation musicale comme Last.fm ou d’agenda de concerts comme SongKick sont également de la partie.

A terme, tous les développeurs pourront le faire, ce qui ouvre la voie à des « appli » d’artistes, de marques, de festivals, mais aussi à d’autres types de services (recommandations personnalisées ou géographiques, intégration de la musique dans toutes sortes de contenus...).

Labels et industrie de la musique plus sceptiques


Daniel Ek et Martin Lorentzon, fondateurs de Spotify (Spotify)

Selon l’Ifpi [PDF en anglais], Spotify est la deuxième source de revenus digitaux pour l’industrie de la musique, la première étant la plateforme iTunes Store, d’Apple. L’entreprise se targue d’avoir reversé 150 millions de dollars aux ayants droit depuis son lancement il y a trois ans.

Pourtant, le service ne fait pas l’unanimité parmi les professionnels.

Mi-novembre, le distribueur britannique ST Holdings annonçait sa décision de retirer son catalogue de Spotify, soit 200 labels indépendants. Et d’expliquer :

« Bien que ces services permettent de promouvoir notre musique à des millions de personnes, nous avons peur qu’ils ne cannibalisent les revenus des ventes digitales traditionnelles. »

Cette peur de voir l’écoute gratuite se substituer à l’achat constitue le cœur du mécontentement de certains professionnels. Contacté par Rue89, Maxime Péron, manager du label indépendant Underdog Music, explique :

« On nous fait croire que nous avons tout à gagner en venant sur ces plateformes. Certes, nous avons un taux d’audience intéressant et de bons retours, mais cela ne monétise pas nos sorties sur lesquelles nous avons investi. »

« Un énorme déséquilibre » entre l’usage et les revenus

Plus généralement, c’est le modèle du streaming légal (Spotify, Deezer, YouTube...) qui suscite beaucoup de réserves.

Un certain nombre de professionnels, notamment les majors du disque, ont remis le modèle en question en début d’année. Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music France, s’y était lui-même collé (avant de réclamer carrément une limitation du temps d’écoute) :

« Il existe un énorme déséquilibre entre l’usage des services de streaming gratuit et les revenus qu’ils génèrent pour financer la création. »

Spotify (en avril) et Deezer (en juin) se sont pliés à la volonté de la profession et ont modifié leurs offres et limité le temps d’écoute pour les utilisateurs de leurs formules gratuites. Ce qui a semblé satisfaire les producteurs mécontents, du moins les plus gros.

Maxime Péron, d’Underdog, voit les services de streaming comme Spotify comme des « radios » et souhaiterait une limitation encore plus importante, à savoir « mettre en écoute un ou deux titres des albums et non plus l’album dans son intégralité. »

Un débat loin d’être tranché

Le phénomène Spotify vient relancer un débat aussi ancien que la musique en ligne. Deux camps s’opposent :

  • d’un côté, celui des optimistes, dont fait partie Pascal Bittard, créateur d’Idol, un distributeur spécialisé dans le numérique. Joint par Rue89, il explique :

« C’est faux de dire que les artistes sont moins bien rémunérés avec le streaming, les volumes sont très différents. C’est comme l’achat et la location : la location rapporte beaucoup moins cher mais il y en a beaucoup plus.

Le streaming est un modèle qui marche. Je ne sais pas si on va s’en sortir grâce à ça, mais c’est le modèle le plus prometteur sur le moyen-terme, à nous de ne pas nous laisser faire et défendre notre part de revenus. »

  • de l’autre, les pessimistes, qui ne voient pas le streaming comme un modèle pérenne. Romain Germa, du label Makasound, a publié une tribune dans Libération, lors de la fermeture de son label :

« [Deezer, Spotify, YouTube...] ne paient pas la musique. Ou ils la paient selon un modèle qui les arrange. 100 000 écoutes rapporteraient dans les 150 euros. La vérité, c’est que par un tour de magie qui n’a pris que quelques années, la musique enregistrée a perdu toute sa valeur. »

Faire payer ce qui n’a plus de rareté : voilà un défi que Spotify, pas plus que les autres, n’est encore parvenu à relever.

MERCI RIVERAINS ! Kafé kmao
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  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 18h46 le 05/12/2011
    • Internaute 111221
      fée

    J’ai l’habitude d’écouter la musique sur mon ordinateur. Pour le dernier CD que j’ai acheté, ainsi que ceux qui l’ont précédé, je n’ai pas réussi à les copier sur mon PC. Résultat : j’ai du les télécharger pour pouvoir les écouter ! ! !
    (Un comble, tout de même, pour une musique achetée en magasin dans la plus parfaite légalité.)

    Tant que les professionnels continueront à chercher des boucs émissaires comme le téléchargement illégal ou les formules du type Spotify ou Deezer pour expliquer leurs piètres résultats, jamais leur situation ne s’améliorera. Ils feraient mieux de se remettre en question et de comprendre que :

    1 - Les supports physiques de la musique sont un modèle du passé en voie rapide de disparition.

    2 - Les consommateurs ne sont pas des pigeons et comprennent que les prix proposés des albums et des chansons en téléchargement légal, et donc pour lesquels il n’y a plus aucun coût de distribution ou de packaging, sont une arnaque pure et simple.

    3 - Les consommateurs veulent pouvoir écouter un album avant de l’acheter. Vu le prix d’un CD, une « mauvaise surprise » ne donne qu’une envie : ne plus jamais acheter de nouvel album (à titre d’exemple, je plains sincèrement les inconscients qui ont acheté la dernière daube de Metallica, « Lulu », sans l’avoir entendu une seule fois au préalable...)

    4 - Le succès de Spotify ou de Deezer prouvent que les gens sont encore tout à fait prêt à payer pour écouter de la musique. Ce n’est donc pas à cause de ça que le secteur musical voit son chiffre d’affaires diminuer. La principale raison, sans doute, c’est que dans la part du revenu des ménages dédié au loisir, la musique est maintenant en compétition avec des secteurs qui, tout simplement, n’existait pas auparavant (internet, téléphonie mobile, etc.). Ce revenu n’étant pas illimité, la part consacrée à la musique ne peut que diminuer. Et ce n’est pas le fait de lutter contre le téléchargement illégal ou contre la musique en streaming qui y changera quoi que ce soit.

    Si les majors et l’industrie du disque ne prennent pas en compte ces évidences, alors ils mourront, tout simplement. Et je ne pense pas que je serai la seule à penser qu’ils l’auront bien mérité.

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 19h15 le 05/12/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    De toute façon, rien ne vaut un bon vieux vinyle.

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 19h34 le 05/12/2011
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Il y a quand même un discours sacrément naïf (les utilisateurs) ou sacrément de mauvaise foi (les utilisateurs et les professionnels du numérique tel ce sympathique Pascal Bittard) qui veut qu’avec le numérique les amateurs de musique et les artistes seront les grands gagnants au détriment des méchantes maisons de disques qui ne pensent qu’à se gaver.

    Certes elles pensaient à se gaver, probablement un peu trop à la grande époque, mais leur boulot sera difficile à remplacer, et là on écoute gratos des artistes découverts AUSSI gräce à elles et bon courage pour faire émerger autant de nouveaux artistes sans leur concours à l’avenir.

    (vous ne pouvez plus me nazer, amis internautes tellement manichéens, c’est la V2, hé hé)

  • mrleon
    mrleon
    Chanteur Country
    • Posté à 19h52 le 05/12/2011
    • Internaute 6328
      Chanteur Country

    Pour mémoire et pour être clair, Spotify me reverse 0,0044$ par streaming. C’est pas avec ça que je vais faire le plein de ma Porsche Cayenne

    Lien

  • actiondiscrete
    actiondiscrete
    Terroriste
    • Posté à 20h02 le 05/12/2011
    • Internaute 141532
      Terroriste

    Les labels ont toujours autant de mal à comprendre internet et les nouveaux modes de consommation de la musique. Il est clair que leurs revenus ne sera plus ce qu’il était, maintenant il faut s’adapter et Spotify est un excellent modèle.

    à quand des arguments objectifs sur ce débat ?
    1) regardons combien de personnes sont monétisées par Spotify (2.5 millions sur 10 millions c’est énorme, et selon moi une validation du modèle freemium que les majors auraient intérêt à ne pas tuer)
    2) regardons qui sont les personnes qui s’abonnent (souvent des jeunes qui ne payaient pas avant, et en ceci l’argument de la cannibalisation ne tient pas)
    3) regardons combien de revenus par utilisateur génère Spotify pour les ayants droits, et là aussi Spotify est généreux

    Cet excellent article Spotify, Rdio, And MOG On Artist Payments : Don’t Blame Us indique que sur un abonnement de 10$ par mois, Spotify en reverse environ 6 aux labels (et donc Spotify serait plus avantageux qu’iTunes). Libre ensuite à ces labels de le redistribuer aux artistes, il se trouve que souvent les labels se gavent et que dans tous les cas ils manquent de transparence sur les rémunérations des artistes...

    Pour info également, voici comment Spotify marche ; Spotify Technology : How Spotify Works. Ce n’est pas vraiment du streaming ; mix très intelligent entre streaming, p2p et mémoire cache de l’utilisateur

  • actiondiscrete
    actiondiscrete répond à mrleon
    Terroriste
    • Posté à 22h34 le 05/12/2011
    • Internaute 141532
      Terroriste

    D’après cet article (Spotify, Rdio, And MOG On Artist Payments : Don’t Blame Us ), Spotify n’a pas un montant fixe qu’il donnerait par streaming ;
    - il prend l’argent des abonnements payants (je ne sais pas comment cela se passe pour le gratuit)
    - il donne ~60% du total aux labels (chiffre arbitraire mais devant être proche de la réalité), au pro-rata du nombre de lectures par label (et ceci quelque soit le label, major ou label indépendant)

    Les labels sont ensuite libre de redistribuer aux artistes comme ils l’entendent. Mais la majorité des abonnements serait quand même reversé aux labels ; 2,5 millions d’abonnés actuellement x 10 euros par mois, ce qui fait qu’un abonné Spotify raporterait plus qu’iTunes

    Etes-vous aussi sur iTunes et si oui, est-ce intéressant ?

    96% de 60% cela n’est pas du vol. Mais ce que vous indiquez, c’est qu’une chanson rapporte très peu (les abonnements doivent donc peu rapporter comparé au nombre de musiques streamées). A moins que l’article soit faux pour certaines boites ’indépendantes’ type CD Baby ? Est-ce un label ? Peut-être CD Baby prend plus d’argent que vous ne le croyez (4% c’est rien comme commission) ou qu’ils ont mal négociés avec Spotify (parce que ce n’est pas un label) ? A-t-on un estimatif des gains pour un artiste lors d’une diffusion radio ?

    Ou alors vous vous trompez et vous allez toucher plus d’argent. D’après cet article (If Spotify is the new radio, the artists are winning), il y a 2 chèques ; royalties et artistes, le 2ème étant bien plus important. Dans les commentaires, ils parlent également de labels recevant jusqu’à 0.03$ par lecture

  • mrleon
    mrleon répond à actiondiscrete
    Chanteur Country
    • Posté à 00h56 le 06/12/2011
    • Internaute 6328
      Chanteur Country

    ITunes, c’est à peu près 70% du prix de vente mois les 4% de CDBaby. Beaucoup plus honnête.

  • nevenoe
    nevenoe
    ONG
    • Posté à 09h42 le 06/12/2011
    • Internaute 95578
      ONG

    Spotify est sorti le même mois en Belgique et en version stable sous Linux. Je suis depuis des années un pirate lourd et sans scrupules. J’ai pris un abonnement spotify il y a 2 semaines et n’ai pas encore téléchargé un album depuis.... Donc oui, cela limite le piratage ^^ Par contre je n’ai pas encore franchi le pas d’acheter de la musique via la platforme... il faudra que je m’y mette si je veux mettre les fichiers sur mon lecteur MP3 mais sont ils dispo en FLAC ? Je pense que je téléchargerai « illégalement » de manière plus occasionnelle, tout en gardant mon spotify au chaud.

    Le coup du compte facebook est lourd sous windows mais sous Ubuntu on choisit de ne rien mettre en ligne et on est plus embêté... je me suis quand même créé un compte bidon pour être peinard...

    En tous cas c’est vraiment génial de découvrir autant de trucs en albums complets et en instantané... et le principe des playlists communautaires est génial.. .

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