Modèles de couple : gros plan sur le couple modèle

Saint-Valentin à Lima en 2008 (Enrique Castro-Mendivil/Reuters).

Cet article est le premier d'une série sur les couples : entre le couple modèle, le couple fidèle mais frustré, celui qui s'installe dans un trio plus ou moins formalisé avec l'amant ou la maîtresse toléré(e), le couple libertin… Les déclinaisons sont infinies et cohabitent avec plus ou moins de bonheur, structurant en douce l'ensemble des vies de tous ceux qui ne sont pas célibataires (soit les deux tiers des français en 2007 d'après l'INSEE).

Le couple hétéro fidèle et heureux existe-t-il ?

Pour cette recherche de témoignages, les réseaux de connaissances ont assez mal fonctionné, personne ne voulait répondre. Mon appel aux riverains de la Rue a d'abord été entendu par des femmes et je m'inquiétais de ce que seules les femmes croyaient être en couple fidèle mais non, il fallait juste un peu plus de temps aux hommes qui ont répondu également.

La fidélité ? « C'est un chouette sujet, mais les couples heureux sont sans histoire et mortellement ennuyeux. Je le sais, j'étais beaucoup plus drôle quand je tombais amoureuse toutes les cinq minutes de mecs totalement improbables. Maintenant, je n'ai plus rien à dire dans les soirées, et en plus, je ne peux pas m'en plaindre », explique Anaïs, 31 ans en couple depuis trois ans avec Arnaud.

Ennuyeux, le couple fidèle ? C'est à voir… Pas si courant en tous les cas, entre 30% et 70% des couples le seraient selon les enquêtes. Et le sujet est plus complexe qu'il n'y parait. Pourquoi être fidèle en dehors de convictions religieuses ? Comment résister à la tentation ? Qu'apporte la fidélité ? Une fidélité qui ne génère pas de frustrations est-elle possible ? Et d'abord, c'est quoi être fidèle ?

Autant de questions auxquelles cinq couples de riverains, ensemble depuis trois ans à trente ans, fidèles et heureux de l'être, ont répondu avec humour et sincérité.

Qu'est-ce que la fidélité : loyauté, exclusivité sexuelle ?

Les informateurs sont très partagés sur la question. Deux couples seulement ont abordé le problème de la fidélité dès la rencontre, dans les deux cas car la femme du couple n'avait jamais été fidèle auparavant et ne se sentait pas prête à l'être.

Si Anaïs se fiche qu'Arnaud fantasme sur les seins d'une autre, lui est très strict sur le concept : pour lui, être fidèle, c'est l'exclusivité sexuelle ET la loyauté.

Plus de souplesse pour Célia, 50 ans, infirmière, en couple avec Charles depuis dix-neuf ans, qui appréhendait la monotonie du quotidien et la frustration :

« Nous distinguons loyauté et exclusivité sexuelle. L'exclusivité sexuelle est déraisonnable comme objectif. Comme toute coercition, elle entraîne inévitablement une transgression. Si l'on se donne pour objectif de ne pas heurter l'autre, les limites se dessinent d'elles-mêmes. »

Bernard, informaticien, 47 ans, en couple avec Bianca depuis vingt-sept ans (j'ai changé tous les prénoms, donc on retient le couple en « A », le couple en « B », etc.) n'éprouve pas le besoin d'en parler :

« Ça n'a pas de sens de séparer loyauté et exclusivité sexuelle. Le couple, c'est une aventure physique et intellectuelle. Seulement physique, c'est la “baise”. Seulement intellectuel, c'est la tendresse. »

Où sont les limites ?

Curieusement, les limites sont bien plus précises pour les couples n'en ayant pas parlé que pour ceux qui en ont discuté. Les massages sans connotations sexuelles sont acceptés mais les échanges intimes ou les discussions sur Internet sont strictement interdits pour Bernard et Bianca comme pour Dan, graphiste, et Dina, costumière, la trentaine, ensemble depuis huit ans.

Pour les deux couples, la masturbation relève de l'intimité de chacun (mais Bernard serait très choqué si Bianca appréciait Nicolas S. lorsqu'elle est seule).

Aller voir ailleurs ensemble (trio ou plus) est inenvisageable. Mais tout cela leur parait absurde. Ces deux couples affirment qu'ils parlent suffisamment pour que « tomber amoureux de quelqu'un d'autre » ne puisse pas rester un secret très longtemps. L'ensemble des couples est d'accord : « Il n'y a pas d'obligation de transparence », comme le formule Bernard. Célia enfonce le clou :

« Un jardin secret, pour ma part c'est certain, et il ne contient pas que la notion de fidélité : il y a aussi la plus grande part de mon “passé”, les fantasmes… »

Les couples confirment tous le besoin de ne pas formaliser les règles. La confiance et l'absence de jalousie semblent un pré-requis indispensable à la fidélité. « Je préfèrerai l'expression “couple de confiance” à “couple fidèle” », précise Dan.

Pourquoi être fidèle ?

Eric et Emilie, enseignant et éducatrice spécialisée, 36 ans, en couple depuis onze ans, mettent en avant leur bonne entente sexuelle :

« Cette sexualité exclusive permet un équilibre supplémentaire dans le couple. Une sexualité hors couple risquerait de nous tirer vers des rivalités, jalousies, comparaisons. Tandis qu'une sexualité exclusive rejaillit positivement sur les autres éléments de la vie de couple. Nous pensons avoir suffisamment de ressources pour nous tirer et tirer l'autre vers le meilleur. La fidélité permet également de ne pas réserver au couple le quotidien (et sa routine ! ) et aux autres (amants) l'extra-ordinaire, la complicité… »

Si la réponse n'est pas toujours exprimée de la même façon, les couples disent finalement tous la même chose : la fidélité, ils y trouvent leur compte.

Bernard, avec sa « logique informatique » explique ainsi :

« En soi, la fidélité ne nous apporte rien. Notre couple nous apporte. Comme la fidélité est une base de notre couple, disons que la partie vaut le tout. C'est une synecdoque. Ou un machin dans le genre. » (« synecdoque » convient, le machin peut également être appélé « métonymie », ndlr)

Célia, elle, aurait bien aimé essayer les jeux du marivaudage interdit mais ce n'est pas advenu car elle a trouvé, avec son couple, « quelque chose qu'[elle] ne veut pas perdre ».

La sexualité dans un couple fidèle, c'est marrant ? Peut-on se renouveler ?

Un grand « oui » à l'unisson pour ces questions. Le renouvellement vient de ce que « en couple, on peut se secouer les puces », explique Bernard qui a juré sur la tête de Nicolas Sarkozy être le sosie complet de Rocco Siffredi. Emilie insiste sur les ressources infinies, les variétés de lieux et positions de deux personnes tandis que Célia confirme qu'il faut toujours trouver des solutions lors de passages à vide, ne pas laisser s'installer le « pas envie » de relations sexuelles :

« Il ne s'agit pas de forcer le désir mais, au contraire, de laisser exister les fantasmes y compris infidèles puisqu'ils nourrissent le couple. »

Les deux plus jeunes couples (Dina et Dan, Anaïs et Arnaud) insistent sur le fait qu'ils évoluent, apprennent et découvrent. Pour Anaïs, tout est encore à faire :

« Je n'ai même pas utilisé mon canard vibreur depuis que je suis avec Arnaud. Pour être plus explicite : mes orgasmes sont bien plus forts avec Arnaud qu'avec le photographe alcoolique, le puceau de Grenoble, le kitesurfer breton, le pianiste nécrosé, etc… Et puis comme il progresse beaucoup dans la connaissance de mes désirs, du coup, c'est de mieux en mieux. Donc les vingt prochaines années avec lui m'intéressent… »

Comment résister à la tentation ?

Pas de réponse d'ensemble pour cette question, à chacun son truc. Bernard résiste en pensant à l'autre :

« C'est hyper-efficace. Les tentations existent. Mais elles ne restent qu'à cet état-là. Si on raisonne par analogie : il y a bien des gens qui vous énervent au point d'avoir envie de les gifler, voire plus ? Pourtant, vous ne passez jamais à l'acte (je suppose). »

Dina et Célia ont un peu la même technique : laisser exister la tentation, se faire des film sans passage à l'acte. Cela leur permet de laisser passer le désir, voire de rire un peu, parfois même de créer une complicité avec les « tentateurs ».

Dan n'a jamais été tenté. Dina est sa première relation. Il est sorti avec elle à 21 ans et, statistiquement, cela augmente très nettement ses « chances » d'être fidèle. De fait, 25% des hommes ayant eu leur première relation sexuelle après 20 ans n'ont pas eu d'autres partenaires passé 30 ans. Ce taux tombe est de 9% pour les hommes ayant été plus précoces (d'après l'enquête sur la sexualité en France 2006).

Eric et Emilie notent qu'ils n'ont pas subi de tentation « qui lierait à la fois l'envie du corps et le désir (intellectuel) d'une relation physique ». Eric serait plus sensible aux charmes féminins sans pour autant se laisser séduire. Emilie caresse parfois l'idée d'une autre relation sans que cette envie ne prenne corps.

La fidélité fonde-t-elle le couple ?

« Fonder le couple sur la fidélité nous parait un peu réducteur », explique Dan rejoint par tous les autres couples. Le couple, c'est aussi « la complicité, pas mal de discussion, de la patience et de la compréhension de l'autre, un support moral et social » (D), « l'amour, la proximité intellectuelle, la famille, l'autonomie et la co-responsabilité. » (B), « la présence à l'autre et avoir des enfants » (E). Je laisse la conclusion à Célia et à sa vision poétique de la fidélité :

« En résumé, c'est à soi-même qu'on est d'abord fidèle, au choix, non pas seulement d'un partenaire sexuel, mais d'un compagnon pour le voyage à travers le temps, au voyage lui-même, au mot qui s'écrit au fil des jours. »

Photo : Saint-Valentin à Lima en 2008 (Enrique Castro-Mendivil/Reuters).

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Portrait de compte supprimé 19

à Mon-Al Portrait de Mon-Al De compte supprimé 19

22H27 | 16/09/2008 | Permalien

Plus qu'une vie de couple, c'est une assurance-vie.

Portrait de Naïva

De Naïva

00H37 | 16/09/2008 | Permalien

L'homme et la femme sont faits pour s'aimer mais pas pour vivre en couple. On peut aimer quelqu'un toute sa vie mais pas tout le temps. De plus nous n'avons pas les mêmes envies en même temps. Alors vivons séparés et ne partageons que les moments de plaisirs, prévus puis fantasmés avant d'être partagés. De plus le quotidien tue l'amour et l'autre finit toujours par nous agacer à un moment ou un autre. Vivre a deux constitue une suite de compromis, donc de frustration.

Portrait de RETRO

De RETRO

artiste guitariste/chanteur/travell... | 08H20 | 16/09/2008 | Permalien

NOUS ONT VIES EN MARGE COLLé COMME DES SIAMOIS DEPUIS 8ANS CERTAINS NOUS TROUVENT BARGES,MARGINAUX VOLONTAIRES ? LE SEULE IMPERATIF EST D'ETRE HEUREUX,et DE RENDRE HEUREUX(ENGEULEDE COMPRIS)on parle ,et surtout on baise comme des ados,notre vie ce doit d'etre un delire, pour l'autre, car les fantasmes sont important afin que l'autre desir……..rever,faite rever,soyer vous meme !

Portrait de Cogito de Paname

De Cogito de Paname

EnervéE | 08H33 | 16/09/2008 | Permalien

Je suis fatiguéE. FatiguéE et énervéE qu'on fasse encore des catégories sexuelles entre les couples.
Encore un article bien hétérocentré. Vous ne pensez pas qu'un couple homo n'a pas de problématique autour de la fidélité ? De la durée du désir ? De l'amour ? Il faut encore les mettre à part, pour stigmatiser quoi ? Une préférence sexuelle ?

Portrait de Camille

à Cogito de Paname Portrait de Cogito de Paname De Camille (auteur)

Mauvais genre | 08H51 | 16/09/2008 | Permalien

Enfin ! Toute la discussion que nous avions eue avec La webmistress (elle m'a dit la même chose que ce que vous dîtes et je lui ai dit que j'espérais qu'un/e riverain/e relance la problématique pour que nous puissions en parler)

Comme l'indique le titre de l'article, je parle là du « couple modèle » et, il me semble que pour le moment, le couple modèle (au sens social) n'est pas encore indifféremment homo et hétéro MAIS je vous retourne la question, les homosexuels ne peuvent-ils pas du tout se retrouver dans les réponses qui ont été données là par des couples hétérosexuels ? Pensez-vous que leur problématique sur la fidélité se pose différemment et si oui pourquoi ? (j'envisage de faire un article sur la question, vos réponses m'intéressent)

Portrait de alenia

De alenia

demandeur d'emploi | 11H11 | 16/09/2008 | Permalien

Bonjour,
Je suis étonnée de voir que l'on ne parle pas des conséquences d'une infidélité, parce que nos actes quels qu'ils soient ont des conséquences, combien d'hommes et de femmes trompés en gardent une méfiance voir une défiance face au sexe opposé, combien sont tombés dans la dépression ou la dépréciation après avoir vu leur partenaire partir ou même simplement s'évader temporairement, parce qu'ils se demandent encore pourquoi « l'autre est mieux que moi… ». Vous me direz, que ce n'est pas une question de mieux ou de moins bien, mais peu importe celui qui s'est senti trahi voit son égo se désintégrer, il perd confiance en lui et en sa capacité à rendre un autre être heureux. On est à l'abri de rien certes mais il me semble que lorsque que l'on dit je t'aime à quelqu'un il faut ensuite assumer le poids de ces simples mots, parce que qu'on le veuille ou non il résonne comme une promesse comme un engagement. Ce qui me fait peur aujourd'hui c'est que l'on a oublié le sens de bien des choses, le respect de l'autre, mais peut-être que cela n'a jamais vraiment existé… En tout cas, le jour où vous vous sentez l'âme libertine, faites comme ces personnes de l'article réfléchissez à l'impact que cela peut avoir, parce que même pour celui qui trompe, je pense que le sentiment de culpabilité, le sentiment d'avoir blessé l'autre n'est pas des plus agréable à vivre…Mais ce n'est que mon avis.

Portrait de Camille

à alenia Portrait de alenia De Camille (auteur)

Mauvais genre | 11H25 | 16/09/2008 | Permalien

Dans un article sur le couple « modèle », je ne parle pas des conséquences de l'infidélité.

Je ne compte pas tellement en parler à dire vrai et si j'en parlais ce serait probablement en sens inverse du votre : combien d'infidélités manquées ont généré tristesse et frustrations, combien d'hommes et de femmes auraient pu éviter la dépression en allant jeter un oeil ailleurs… je crois que je prendrais bien ce sujet là à contre-courant aussi. Pas pour dire que c'est bien ou mal, juste pour ouvrir un peu le débat et sortir du discours classique sur « l'infidélité c'est mal, ça détruit, etc… ».

J'ai beaucoup apprécié dans les témoignages les motivations à la fidélité (développer une sexualité intéressante, etc…) notamment car elles n'étaient pas ou peu « négatives » (ce n'était pas « contre » l'infidélité) mais surtout « positives » ( « pour » ce qu'apportait la fidélité )

Portrait de soleillevant

De soleillevant

retraitée | 11H30 | 16/09/2008 | Permalien

Il semble bon de rappeller que la femme dominait à l'ère de l'homo sapiens - elle avait plusieurs mâles à sa disposition et en choisissait 1 pour procréer - et s'isolait avec leur progéniture (pour éviter l'inceste ? ) les hommes ne comprenant pas encore qu'ils étaient responsables de la fécondité - puis les hommes prirent le pouvoir et se partagèrent plusieurs femmes - puis leur évolution firent qu'ils s'assemblèrent pour vivre à deux et apprendre l'un de l'autre et arriva le christianisme qui ne sachant que faire de la sexualité des individus l'inscrivirent dans le couple avec unique fonction de procréation…on connait la suite ! jusqu'à nos jours.
Je pense quele couple crée « sa danse » en fonction de ce passé, du contexte sociologique et éducatif de chacun des partenaires !
A l'aube de mes soixante et un ans je reste inscrite dans le respect de la liberté de mon partenaire et de la mienne - nous préservons nos jardins secrets - d'accord sur ce qui nous paraît essentiel : le plaisir à vivre côte à côte et ne partageant que ce que nous voulons bien partager.
Il est important de bien analyser ce qui est en jeu et semble nous mettre en danger dans l'infidélité. Pourquoi ai-je peur de l'infidélité ? en quoi est ce menaçant pour moi ? en quoi suis-je trahi ?
Cela compris - je peux écrire je suis épanouie dans mes fidélités et dans mes infidélités

Portrait de jojo1er

à soleillevant Portrait de soleillevant De jojo1er

19H18 | 16/09/2008 | Permalien

« elle avait plusieurs mâles à sa disposition et en choisissait 1 pour procréer »

Cette théorie a été vivement remise en cause il semblerait plutôt que nos ante-grand-mères aient pratiqué pendant très longtemps la compétition spermatique comme mode de sélection du géniteur, dont des traces subsistent toujours chez nous, sinon pourquoi un homme trouve-t-il plus humiliant (en quoi l'est-ce ? ) d'être suivi que suivant ?

Seuls des critères de survie liés à la sédentarisation auraient favorisé le « couple », chacun établissant un contrat avec un partenaire privilégié, partenaire alimentaire d'abord, sexuel ensuite, bien sûr à l'initiative de l'homme qui trouvait là un bon moyen d'interrompre la compétition, en cas d'interruption le dernier partenaire a davantage de chances d'être le géniteur car son sperme n'est pas chassé par le suivant…(oui j'adore parler d'amour), sur fond de partenariat alimentaire, les femmes ne parcourant pas ou peu les territoires de chasse avaient besoin des hommes et les hommes s'absentant avaient besoin de d'un gardien pour leur foyer…si la femme avait chassé autant que l'homme, le couple homosexuel nous aurait sans doute semblé plus naturel. Dès le début de l'établissement du couple l'infidélité a été ressentie comme une menace au couple sans doute plus pour le partenariat alimentaire (si elle baise mon homme j'aurais moins de lapin car il va lui en donner aussi) que pour la sexualité, l'homme comme la femme peuvent physiquement avoir suffisamment de rapport pour se lasser. L'homme se sent violé quand il est victime d'une infidélité car la femme devant garder son foyer et gérer sa sédentarité (en échange d'alimentation et de sexe) a accepté de se mélanger avec un autre qui aura pu piocher dans sa réserve alimentaire et jouir de ses biens personnels au premier rang desquels dans une société patriarcale se situe la femme.

Si le couple hétéro et _déclaré_ fidèle est la norme ce n'est que la conséquence des différences physiologiques entre homme et femme et de la sédentarisation.

« Il est important de bien analyser ce qui est en jeu et semble nous mettre en danger dans l'infidélité. Pourquoi ai-je peur de l'infidélité ? en quoi est ce menaçant pour moi ? en quoi suis-je trahi ? »

Effectivement l'infidélité est annoncée préjudiciable à l'autre et donc au couple, en quoi l'est-elle ? Est-ce que manger du poisson nuit à ma réserve de viande ? A côté du concept d'infidélité si nous nous interrogions sur celui de non-fidélité, quand une partie du couple sort du désir de l'autre et au final de sa vie sexuelle.
J'aurais tendance à me définir comme fidèle car je désire ma compagne et j'essaie d'être aussi désirable que possible à ses yeux, mais si en chemin nous nous arrêtons pour ramasser une fleur, prendre une bouffée d'air de montagne ou admirer le vol d'un oiseau nous devenons « infidèles »…mais restons fidèles à nous mêmes et à l'autre car dans le désir pour cette fleur, cette brise ou cet oiseau on retrouve toujours le désir de l'autre et ce dernier ne faiblit pas, il se renforce nourri à la complicité et à l'admiration face au plaisir de l'autre, celui qu'on lui donne mais aussi celui qu'on lui permet.

« Cela compris - je peux écrire je suis épanouie dans mes fidélités et dans mes infidélités »

En terme de fidélités et d'infidélités, il s'agit là du seul but.

Jojo1er, …

Portrait de soleillevant

De soleillevant

retraitée | 10H40 | 17/09/2008 | Permalien

Non l'instauration du couple n'est pas liée à la sédentarisation par contre elle favorise l'exogamie pour éviter la dégénérescence des espèces et ensuite à des échanges de territoires et de connaissances. Jusque là les femmes transmettait le savoir à leurs enfants et les nourrissaient - les hommes chassaient et protégeaient.
C'est lorsqu'ils comprirent qu'ils étaient responsables de la fécondité que la notion de famille se substitue au groupe et que l'homme prend la place prépondérante (on peut discuter des motivations de la femme à laisser faire…)
Et effectivement les couples homosexuels se sont constitués et semblaient naturels (du fait de l'infériorité du nombre de femmes) jusqu'à, j'y reviens,l'appararition du christianisme qui a voulu que l'homme soit à l'image de dieu (et dieu n'a pas de sexe..) donc on a limité les rapports entre hommes et femmes à la procréation, légalisant le fait que l'homme devait pourvoir à la nourriture (l'homme a toujours chassé et la femme toujours conservé et transformé les produits de la chasse) et à « l'entretien de la famille » en niant le droit et l'existence des femmes. On a commencé alors à chasser les hommes célibataires.
Cette fidélité imposé par le christianisme puis par l'état ne visait qu'à protéger les patrimoines vous le savez bien !
Alors réduire la peur de l'infidélité à la peur de se départir d'un lapin….est un raisonnement bien de nos jours. Justement ! En voilà une belle raison de la fidélité : la peur de perdre !
Quant à permettre à l'autre de désirer (et donc d'être infidèle d'après vous - mais pourquoi pas ? )c'est justement permettre à l'autre d'exister en tant qu'homme ou femme, différent l'un de l'autre, quelques soient les spécificités de chacun et il s'agit là de partage de plaisirs communs (vous aimez les mêmes choses ? bien) Je reste perplexe quant à la notion de « permettre le désir de l'autre » qui viendrait renforcer la fidélité ? ? qu'en serait-il si vous voyiez l'autre contempler un autre homme ou femme ?
La fidélité ou l'infidélité ne sont pas qu'un but, elles ne sont que l'expression de soi et de l'autre, permis,il est vrai, par chacun et fonction du postulat établi au tout début de la constitution du couple.
Merci pour votre interpellation

Portrait de compte supprimé 19

à soleillevant Portrait de soleillevant De compte supprimé 19

14H31 | 17/09/2008 | Permalien

Tout d'abord, la monogamie ne date pas du christianisme. Les grecs comme les romains pouvaient avoir toutes les courtisanes, concubines, prostituées qu'ils voulaient, mais ils étaient tenus de n'avoir qu'une seule épouse. Ensuite ce n'est pas le christianisme qui décrète que l'Homme est à l'image de Dieu, l'Ancien testament étant beaucoup plus ancien que le christianisme, et la monogamie apparaît très tôt chez les Juifs.

Enfin Françoise Héritier a démontré que le matriarcat est un mythe, en tous cas qu'il n'existe nulle part, dans aucune société connue. Je ne pense pas que vous soyez anthropologue pour affirmer ce que vous avancez comme allant de soi. On peut seulement affirmer que des sociétés matrilinéaires ont existé et existent encore dans de rares endroits, ce qui n'est pas la même chose que le matriarcat, et que dans les sociétés archaïques, c'est à dire avant l'antiquité classique, le statut des femmes était plus égalitaire qu'à l'époque gréco-romaine.

Portrait de jojo1er

à soleillevant Portrait de soleillevant De jojo1er

15H19 | 17/09/2008 | Permalien

La guerre au moins entre tribus a sans doute bien plus contribué à l'exogamie que le couple aidés en cela par les formes primitives de commerce.

Je pense que vous attribuez au christianisme un rôle d'initiateur qui n'a pas lieu d'être, les sociétés qui n'ont pas connu le christianisme ont elle évolué si différemment ? J'avais été fort impressionné par l'exposé de cette théorie d'un partenariat avant tout alimentaire (avant la compréhension des phénomènes génétiques complexes) je ne pourrais malheureusement vous le refaire aussi bien mais il n'est pas si facile de la balayer que de mettre ça sur le dos d'un testament, ancien ou nouveau…sans toutefois vous contester lorsque vous dites que cette stratégie de l'église et l'état visait à garantir les patrimoines….d'ailleurs surtout génétique. Par contre l'exclusivité du contrat de mariage associé a son interdiction dans le cercle familial, ont certes fait énormément pour l'exogamie, mais tout cela me semble bien plus récent que les origines du couple, je ne crois pas que le couple ait ressemblé dès le départ à l'arnaque qui nous sert de modèle.

« Alors réduire la peur de l'infidélité à la peur de se départir d'un lapin….est un raisonnement bien de nos jours. Justement ! En voilà une belle raison de la fidélité : la peur de perdre ! »
Oui la peur de perdre un lapin, un lave-vaisselle tout automatique ou tout le confort que peut apporter le couple. Je ne sais pas si ce raisonnement est de nos jours et seulement de nos jours…il n'empêche que la peur de l'infidélité réside surtout dans la peur de la perte, certains ayant même peur de perdre l'autre, un peu comme s'il leur appartenait.

En effet permettre à l'autre d'être infidèle (ou de désirer autrui) c'est permettre à l'autre d'exister, lui imposer la fidélité n'est-ce pas alors la négation de son existence, et être fidèle n'est-ce donc pas se nier soi-même, des trois parties ne reste plus que le couple mais où sont passés ses membres. Un couple n'est-ce pas trois parties distinctes (toi, moi et nous) ?

Si je vois l'autre contempler un(e) autre, je ressens un intérêt avant tout. Comme quand l'autre contemple un tableau ou une sculpture que je n'avais pas remarqué et je m'interroge : si l'autre éprouve de l'intérêt, est-ce que moi aussi j'en éprouve ? Pourquoi ? Je n'ai pas dis que permettre le désir de l'autre renforçait la fidélité mais le désir que l'on éprouve pour l'autre, notre intérêt pour lui et selon mon ressenti notre attachement à l'autre.

Le postulat est en évolution constante dans un couple ou chaque membre peut exister, j'ai connu des couples fidèles décidant d'un commun accord de ne plus l'être ou alors l'inverse, il est vrai que le postulat de départ a toujours la vie un peu dure mais dans un couple durable il a bien le temps d'être réétudié.

Merci pour vos contributions.

Jojo1er, …

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 11H48 | 16/09/2008 | Permalien

mmm… c'est donc à ça que ça ressemble un couple modèle, ça l'air intéressant, je vais peut être faire ça pour ma retraite.

Ce qui est très amusant dans cette histoire, c'est de voir des gens tenter d'expliquer ou de décrire par de grands mots et des concepts abstraits une chose qui au final n'est rien de plus qu'un mélange infiniment complexe de gênes et d'hormones.
C'est toute la beauté de l'humanité.

Portrait de Miss Bouzland

De Miss Bouzland

Cow girl | 12H47 | 16/09/2008 | Permalien

http://www.youtube.com/watch ? v=IpawevtNEOg

Place aux poetes pour parler d'amour

Portrait de azerty69

De azerty69

ExecutieveBranleur | 12H54 | 16/09/2008 | Permalien

Si mon conjoint raconte ma vie intime a une journaliste de rue89 sans m'en parler, dans quelle mesure peut on parler d'infidélité et de tromperie.

On restreint trop souvent la fidélité a la sexualité. Le mariage c'est « pour le meilleur et pour le pire ». Si j'ai un accident et que je deviens tétraplégique, dépendant et sans ressource, j'attends la fidélité de mon conjoint.

Portrait de Camille

à azerty69 Portrait de azerty69 De Camille (auteur)

Mauvais genre | 13H00 | 16/09/2008 | Permalien

Comme indiqué dans l'article, normalement, les couples ont répondu ensemble. Après, je vous rejoins, si un partenaire va voir l'autre en disant « chéri, on répond ensemble à un questionnaire sur la fidélité » et que l'autre ne lui dit pas « c'est n'importe quoi, on n'est pas fidèle » ou « je refuse que tu étales notre vie privée »…

Portrait de Nébuleuse

à azerty69 Portrait de azerty69 De Nébuleuse

Ras les Antennes | 16H58 | 16/09/2008 | Permalien

Hum azerty, vous êtes très exigeant quant au dernier point… Il me semble…

Portrait de azerty69

à Nébuleuse Portrait de Nébuleuse De azerty69

ExecutieveBranleur | 19H59 | 16/09/2008 | Permalien

La fidélité dans le sens : « pas abandonné ». Dans cette situation extrème, que le conjoint se fasse consoler « ailleurs » : oui. Mais qu'on abandonne le conjoint en cas de malheur : non. Par exemple, si par un accident, l'un devient un « total légume », l'autre devra s'occuper de lui. Même si par ailleurs il/elle refait sa vie avec qq'un d'autre. La est le sens de « pour le meilleur et pour le pire ». Dans mon exemple il y a fidélité sur le serment, même si il y a un amant.

Portrait de Nébuleuse

à azerty69 Portrait de azerty69 De Nébuleuse

Ras les Antennes | 23H59 | 16/09/2008 | Permalien

@ azerty : OK j'adhère dans ce cas particulier avec cette précision.. comme quoi, c'est très fluctuant…

Portrait de Claire_Zoom

De Claire_Zoom

Citoyenne critique | 18H15 | 16/09/2008 | Permalien

C'est intéressant de parler de la sexualité, c'est plus agréable de la vivre. Mais la sexualité n'est pas la seule chose importante dans un couple, il y aussi le fait d'avoir (ou ne pas avoir) des enfants, de fonder ainsi une famille. Et pour certains, cela tourne au parcours du combattant, voir au cauchemar ! Comment vivre quand l'un des deux est infertile ? Est-ce plus difficile ou plus facile quand les deux sont infertiles ? Qu'est-ce qui fait qu'un membre du couple restera solidaire de son conjoint pour affronter l'Assistance Médicale à la Procréation, l'adoption, ou faire le deuil d'une progéniture ? Ce sont des questions très difficiles, et que l'on sous-estime tant que l'on a pas été confronté à cette situation.

J'ai lu un livre bouleversant à ce sujet, et qui donne beaucoup à réfléchir :
Interdits d'enfants (Editions Michalon).

Ce récit sur un parcours de 10 ans dépasse la question de l'infertilité. Il met en relief ce qui définit la parenté, mais aussi la fidélité, dont la dimension dépasse largement le cadre des relatons sexuelles.

Voici ci-dessous le résumé d'Interdits d'enfants :
Sylvie et Dominique Mennesson sont les symboles malgré eux des révolutions familiales contemporaines. En 1998, après avoir découvert l'infertilité de Sylvie, ce couple décide de devenir parents grâce à une mère porteuse. Cette « grossesse par procuration » étant illégale dans notre pays, ils choisissent de se rendre en Californie, un État américain précurseur en matière de gestation pour autrui (GPA). Après trois ans d'attente et d'espoirs déçus, Mary, leur gestatrice, donne naissance à deux superbes jumelles, Isa et Léa. Sylvie et Dominique sont enfin parents. Mais, en France, cette filiation est contestée et leurs filles se retrouvent comme des sans-papiers, enfants de personne. Le couple va devoir affronter sans relâche la justice française pour être reconnu comme le père et la mère de leurs propres filles. Leur combat, soutenu par des personnalités telles qu'Elisabeth Badinter, Geneviève Delaisi de Parseval ou le professeur François Olivennes, va ébranler bien des certitudes et relancer le débat sur la bioéthique. Interdits d'enfants, l'histoire bouleversante d'une famille trop extraordinaire pour notre société et une réflexion intime sur les nouvelles formes de parenté.

Portrait de Oursin_des_calanques

De Oursin_des_calanques

19H33 | 16/09/2008 | Permalien

Alors Almitra dit, Parle-nous de l'Amour.

Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s'étendit sur eux. Et d'une voix forte il dit :

Quand l'amour vous fait signe, suivez le.

Bien que ses voies soient dures et rudes.

Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.

Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.

Et quand il vous parle, croyez en lui.

Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.

Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu'il vous fait croître, il vous élague.

De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,

Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.

Il vous broie jusqu'à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.

Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.

Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.

Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,

Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.

L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.

L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.

Car l'amour suffit à l'amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, « Dieu est dans mon cœur », mais plutôt, « Je suis dans le cœur de Dieu ».

Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.

L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.

Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :

Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Connaître la douleur de trop de tendresse.

Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour ;

Et en saigner volontiers et dans la joie.

Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour ;

Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour ;

Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;

Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

Khalil Gibran
Le prophète
L'amour

Portrait de Oursin_des_calanques

De Oursin_des_calanques

19H34 | 16/09/2008 | Permalien

Alors Almitra parla à nouveau et dit, Et qu'en est-il du Mariage, maître ?

Et il répondit en disant :

Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours.

Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours.

Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu.

Mais laissez l'espace entrer au sein de votre union.

Et que les vents du ciel dansent entre vous.

Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne.

Laissez le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.

Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même coupe.

Donnez à l'autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.

Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.

De même que les cordes du luth sont seules pendant qu'elles vibrent de la même harmonie.

Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l'un de l'autre.

Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.

Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :

Car les piliers du temple se tiennent à distance,

Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre.

Khalil Gibran
Le prophète
Le mariage

Portrait de Oursin_des_calanques

De Oursin_des_calanques

19H38 | 16/09/2008 | Permalien

Alors, un ermite, qui visitait la ville une fois par an, s'avança et dit, Parle-nous du Plaisir.
Et il répondit, disant :

Le plaisir un chant de liberté,

Mais il n'est pas la liberté.

Il est l'épanouissement de vos désirs,

Mais non leur fruit.

C'est un abîme appelant un sommet,

Mais ni un abîme ni un sommet.

C'est le prisonnier prenant son envol,

Mais non l'espace qui l'entoure.

Oui, en vérité, le plaisir est un chant de liberté.

Et je serai trop heureux de vous l'entendre chanter de tout votre cœur ; mais je ne voudrai pas vous voir perdre vos cœurs en ce chant.

Certains parmi vos jeunes recherchent le plaisir comme s'il était tout, et ils sont jugés et châtiés.

Je ne voudrais pas les juger, ni les châtier. Je voudrais qu'ils cherchent.

Car ils trouveront le plaisir, mais pas lui seul ;

Sept sont ses sœurs, et la moindre d'entre elles est plus belle que le plaisir.

N'avez-vous point entendu parler de l'homme qui creusait la terre pour découvrir des racines, et qui trouva un trésor ?

Et certains de vos anciens se souviennent du plaisir avec regret, comme des fautes commises en état d'ivresse.

Mais le regret est pour l'esprit un obscurcissement, et non son châtiment.

Ils devraient se souvenir de leurs plaisirs avec reconnaissance, ainsi qu'ils se souviennent d'une récolte d'un été.

Pourtant, si le regret les réconforte, laissez-les en être réconfortés.

Et il y a parmi vous ceux qui ne sont ni assez jeune pour chercher, ni assez vieux pour se souvenir ;

Et dans leur crainte de chercher et de se souvenir, ils fuient le plaisir, de peur de négliger l'esprit ou de lui faire offense.

Mais dans leur renoncement même est leur plaisir.

Et ainsi ils trouvent également un trésor, bien qu'ils creusent à la recherche de racines de leurs mains tremblantes.

Mais dites-moi, qui peut prétendre offenser l'esprit ? Le rossignol offensera-t-il la tranquillité de la nuit, ou la luciole celle des étoiles ?

Et la flamme ou la fumée de votre feu sera-t-elle un fardeau pour le vent ?

Croyez-vous que l'esprit soit un étang paisible que vous pouvez troubler d'une perche ?

Souvent, en reniant le plaisir vous ne faites qu'accumuler le désir dans les replis de votre être.

Qui peut savoir si ce qui paraît oublié aujourd'hui n'est pas dans l'attente de vos lendemains ?

Votre corps, lui, connaît son hérédité et son juste besoin et ne voudra pas être déçu.

Et votre corps est la harpe de votre âme,

Et il n'en tient qu'à vous d'en issir une musique ravissante, ou des sons discordants.

Et maintenant vous vous demandez en votre cœur, « Comment allons-nous distinguer ce qui est bon dans le plaisir de ce qui ne l'est pas ? ».

Allez dans vos champs et vos jardins, et vous découvrirez que butiner le nectar de la fleur est le plaisir de l'abeille,

Mais c'est aussi le plaisir de la fleur de donner son nectar à l'abeille.

Car pour l'abeille, la fleur est une source de vie,

Et pour la fleur, l'abeille est la messagère de l'amour,

Et pour tous deux, l'abeille et la fleur, donner et recevoir le plaisir sont un besoin et une extase.

Peuple d'Orphalese, soyez en vos plaisirs comme la fleur et l'abeille.

Khalil Gibran
Le prophète
Le plaisir

Portrait de Nevertheless

De Nevertheless

Etudiante? | 20H13 | 16/09/2008 | Permalien

Bonjour à tous et toutes !

Avez-vous déjà entendu parler du polyamour ou de la polyfidélité ? Peut-être l'auteur de cette série d'articles y consacrera-t-il un texte, mais je voudrais d'ores et déjà réagir puisque c'est mon mode de couple.

Pour ma part, j'estime qu'aimer quelqu'un, c'est être heureux de son bonheur, et si ce bonheur se trouve aussi dans une relation amoureuse ou autre avec quelqu'un d'autre, pourquoi pas ? Il faut accepter qu'on ne soit pas la source unique et éternelle d'épanouissement des gens qu'on aime. On leur offre ce qu'on a, et c'est beau, mais il faut savoir s'ouvrir au monde extérieur, et de toutes les façons possibles selon moi. Cela enrichit d'autant plus les couples, et évite aussi des hypocrisies ou des jalousies absurdes qui peuvent naître de l'illusion qu'on ne peut et doit donner de l'amour qu'à une personne à la fois.

Concrètement je suis en couple depuis 5ans avec T., 2ans avec G. et 7mois avec F. Pas de mensonge, tout est clair, l'amour est là et chacun vit sa vie comme il l'entend, dans le respect de tous et sans (s')imposer de présupposés. Les couples se construisent indépendamment, avec chacun leurs codes, leurs projets, dans une harmonie toujours en construction.

Pour tous ceux qui pensent que ce n'est pas de l'amour « véritable », je pense être mieux au fait de ce que je ressens et de ce que je vis.
Pour ceux qui se demandent si cela peut durer quand on entre dans la vie active, et puis « et les enfants ? », je répondrai que les schémas de vie sont multiples et que je suis bien partie pour ne pas suivre celui d'une famille traditionnelle.

Si ça vous parle, fouillez sur le net, il y a quelques sites qui en parlent bien (http://www.xeromag.com/fvpoly.html en anglais par ex), ou sinon je suis ouverte à des discussions plus approfondies !

Portrait de egide

De egide

Littéral | 21H32 | 16/09/2008 | Permalien

Voilà ce qui me gène, c'est la manière.
Oui, la façon d'aborder le sujet comme si nous étions tous dans la même envie : Apprendre par le témoin lui-même le pourquoi de ce qu'il vit, et d'en tirer une leçon pour nous seuls. Sans avoir à s'exposer. Car discuter autour de la mise en mots par les gens de leur expérience, ce n'est pas donner ni risquer quoi que ce soit.
C'est une illusion de penser que la réalité viendrait exclusivement de ceux-là qui s'appréhenderaient assez de leur cas singulier pour nous l'exprimer clairement.
Vote rôle Camille dans cette médiation est-il de penser ou bien de nous faire participer par empathie à votre propre curiosité ?
Non que je croie votre intérêt suspect ou indigne, j'ai comme vous ce besoin d'en savoir un peu plus sur les thèmes que vous proposez dont celui-ci précisément. Je suis donc complice mais pris de scrupules.
Je ne vous reproche pas de recueillir des témoignages. Seulement de les soumettre abruptement à notre avidité. Et de nous laisser à notre fascination de ces clichés bien trop précis pour en tirer quoi que ce soit de général.
Pour reconnaitre quelque chose et le partager il faut le représenter , pas seulement le mettre en exposition.
Il n'y a rien derrière la nudité qu'une vérité qui affleure de ceux qui se montrent et n'est propre qu'à eux-mêmes.

Portrait de Camille

à egide Portrait de egide De Camille (auteur)

Mauvais genre | 23H18 | 16/09/2008 | Permalien

En voila une question ardue ! Disons que si je retravaille trop les témoignages, j'ai peur de trahir la pensée des personnes qui ont témoigné pour qu'ils deviennent « ma pensée », ou un message que je voudrais transmettre a priori.

J'ai essayé de regrouper les témoignages pour y trouver un début d'analyse et, pour autant laisser le lecteur faire la sienne à partir du matériau.

C'est une question de positionnement aussi. Avec le système sur rue89 de réactions/Débats, il me semble que donner le matériau « brut » (« juste » quelques dizaines d'heures pour cet article -qui est depuis le début, celui qui m'a demandé le plus de travail-) n'empêche pas, ensuite des discussions plus générales et personnelles à la fois.

L'autre soucis c'est que je me refuse effectivement à tirer du général, avec un mauvais jeu de mot, je dirai qu'on ne tire que du particulier…

Portrait de egide

à Camille Portrait de Camille De egide

Littéral | 10H22 | 17/09/2008 | Permalien

qu'on ne tire que du particulier…
Jolie formule, moins fondée qu'il n'y parait.
Si par général vous entendez généralités vous avez parfaitement raison.
Trahir la pensée des témoins vous a arrêtée, soit mais qu'en est-il de la nature de leur discours ? N'est-ce pas une intellectualisation du constat qui fonde en partie votre article, entre 30% et 70% des couples se déclarent fidèles. Et si ces témoignages n'étaient que des justifications qui masquent des situations plus complexes, plus difficiles à exprimer ?
J'en viens à ce qui me préoccupe, l'effet de réel ne provient pas des témoignages en eux-mêmes, il est constitué par la communication que vous en faites (gros travail assurément), il y a vraiment des couples qui affirment être fidèles et heureux, vous en avez trouvé, d'ailleurs ils le disent eux-mêmes, et par le découpage en paragraphes qui scandent la parole des témoins et dessinent par les intertitres une forme de conditionnement « dramatique » par réitération du questionnement, vous rendez vivante cette expression directe :

Le couple hétéro fidèle et heureux existe-t-il ?
Qu'est-ce que la fidélité : loyauté, exclusivité sexuelle ?
Où sont les limites ?
Pourquoi être fidèle ?
La sexualité dans un couple fidèle, c'est marrant ? Peut-on se renouveler ?
Comment résister à la tentation ?
La fidélité fonde-t-elle le couple ?

Les réponses des personnes valideraient, in fine, la tautologie, le couple hétérosexuel fidèle et heureux est fondé sur la fidélité.
Je ne sais vraiment pas qu'elle est votre intention de reporter à ce stade. Mais la tension est là, c'est un véritable succès de votre parti-pris de focaliser les dialogues successifs. Le questionneur est en « voix off ». C'est nous tous. Derrière le miroir sans tain de nos écrans.
Je n'exclus pas le fait que je ne sois gêné que de ma propre et excessive attraction de la palpitation de ce qui est pris sur le vif et très sensible aussi à l'adornement subtil de votre reportage.

Portrait de Camille

à egide Portrait de egide De Camille (auteur)

Mauvais genre | 11H29 | 17/09/2008 | Permalien

Dois-je rendre ce petit reportage scientifique à l'exrême et publier le questionnaire d'origine qui était… un peu différent ? d'autant qu'il y a eu un dialogue complémentaire avec la plupart des couples…

Bien sûr, les situations sont plus complexes et mon ressenti à l'égard de chacun de ces couples est assez différent. Je crois l'avoir laissé paraitre : entre ceux qui ne se posent pas de questions (cette idée d'évidence), ceux dont c'est la première relation, ceux pour qui l'énigme c'est d'être fidèle (le cas de Célia par exemple)…

Pour autant, je ne veux pas normaliser les choses. Je ne plebiscite pas la fidélité comme une valeur qui serait indispensable et « oubliée ». Je ne la condamne pas non plus comme quelque chose de rétrograde ou ringard. Je crois que ce tableau dessine des fidélités, chacune un peu à leur façon et qu'on fait tous un peu comme on peut dans nos vies (avec ça j'ai tout dit ; -) )

Portrait de Nevertheless

De Nevertheless

Etudiante? | 21H41 | 16/09/2008 | Permalien

Autant pour moi je n'avais pas vu que Camille voulait consacrer son prochain article au polyamour ! Chouette en tous cas qu'on en entende parler sur un site comme ça, c'est pas facile d'aborder le sujet dans la vie de tous les jours ! Si besoin de personnes pour participer : )

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