06/09/2008 à 14h49

L'orgasme et la fidélité : le duo gagnant des scientifiques



La princesse Anne dans un laboratoire de recherche au Botswana (/Mike Hutchings/Reuters).

Les amateurs de sexe feraient bien de reprendre leur copie de philo et d'écouter un peu plus Rabelais qui nous alertait il y a quelques siècles déjà que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Dans les dernières semaines, au moins deux grosses études scientifiques sont parues dans la presse grand public pour comprendre la sexualité, l'analyser scientifiquement, la mesurer et finalement lui ôter son caractère humain .

La première, mise en scène par le truculent Damien Jayat dans son blog Infusion de science traitait de « comment savoir si elle simule » et, mieux qu'un livre de science fiction, nous expliquait qu'à coups d'ondes alpha dans le derrière, on pouvait détecter la simulation féminine.

Je n'ai pas vu un mot sur la simulation de l'orgasme masculin qui, curieusement, n'interrogerait pas les équipes de recherche médiatisées ; les hommes ne pourraient pas simuler le plaisir ? L'éjaculation en serait l'indicateur ultime ? J'attends qu'une équipe se penche sur la question.

En attendant, je peste, je râle, je gueule : mais enfin, pourrait-on laisser les femmes simuler tranquillement ? Jusqu'où va la volonté de contrôle des femmes et de leur plaisir ? Les commentaires de l'article de Damien étaient éloquents de bonne volonté « mais si elle simule, elle ne m'aide pas à lui donner du plaisir ».

Et alors ? C'est donc pour la performance de l'autre que la femme doit « ne pas simuler » ? Et si elle, elle n'a pas envie de vous donner un cours lors de vos ébats ? Si elle a envie de simuler ? Si ça lui fait plaisir de rejouer la scène mythique de « quand Harry rencontre Sally » malgré l'absence de caméra et de restaurant ? Pour l'égo de son partenaire, elle devrait s'abstenir ?

En plus, avec tous ces chiffres qui circulent, elle a peut-être lu le compteur des calories sexuelles disant que le vrai orgasme grille cent douze calories tandis que le simulé en consomme trois cent quinze (jusqu'où va la mesure ? je vous le demande ! ) et elle veut profiter de votre présence pour faire son sport hebdomadaire.

Infidélité masculine et gêne de l'attachement

Les clichés ont la vie dure, c'est donc l'orgasme simulé pour les femmes qui fait l'objet de l'attention des équipes de recherche et des médias ; et pour les hommes, je vous le donne en mille, c'est la difficulté des hommes à nouer des relations conjugales stables et fidèles, pour laquelle les chercheurs auraient trouvé un gêne.

Ça se veut très sérieux, c'est une équipe de recherche suédoise qui, d'après un communiqué de l'AFP relie statistiquement la présence de l'allèle 334 au degré d'attachement d'un homme à sa partenaire. Hasse Walum du Karolinska Institut nuance :

« Il y a bien sûr beaucoup de raisons pour expliquer le fait qu'une personne ait des problèmes relationnels, mais c'est la première fois que la variante d'un gène spécifique est associée à la manière dont les hommes se comportent avec leur partenaire. »

Damien Jayat, lui, se méfie « d'autant plus que je sais, par expérience, que les grands médias montent forcément le sujet en épingle, et sans m'être penché sur l'article des chercheurs, je suis déjà certain qu'ils n'ont pas trouvé le gène de la fidélité ! En effet, expliquer les relations maritales avec un seul gène est un peu désespérant, au moins autant que la fidélité et la simulation en tous cas ».

Ouf, si même les scientifiques le disent, on peut encore avoir des relations sexuelles sans électrodes, sans que la transparence ne saccage la magie des rencontres, sans que le désir ne soit contraint à être dans son objet alors que, comme le disait Roland Barthes, « le désir se place toujours à côté de son objet ».

Photo : la princesse Anne dans un laboratoire de recherche au Botswana (/Mike Hutchings/Reuters).

  • 36389 visites
  • 116 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 15h31 le 06/09/2008
    • Internaute
      Retraite invalidité

    La princesse Anne, elle ne doit pas savoir où se trouve Condom, vu la tête qu'elle fait sur la photo. Eh bien madame, c'est dans le Gers où il est interdit de simuler... !

    Lien

  • newf
    newf répond à Phil2922
    essaye de s'en sortir
    • Posté à 17h03 le 06/09/2008
    • Internaute
      essaye de s'en sortir

    Exact et même qu'à Condom dans le Gers, il ya le musée du préservatif (véridique ! ). En plus on y arrive par la RN 124 qu'on doit donc rebaptiser 334 dès aujourd'hui. Moi je trouve çà génial le scientisme. La prochaine fois qu'un gars trompe sa femme, il pourra dire « j'y peux rien, c'est mon allèle qui déconne ».

  • Sensuelle
    • Posté à 22h51 le 06/09/2008

    Hummmm, toutes ces pseudo-explications scientifiques de l'amour et de l'infidélité réduisent le libre-arbitre l'homme. Le fait de dire que l'infidélité est une affaire de génes enlève toute responsabilité personnelle.Ce qui m'a fait céder sexuellement, ce n'est plus moi en tant que conscience libre et responsable capable de choix mais le géne de l'infidélité...
    On voit bien en quoi cette vision scientifique relevant des neurosciences est dangereuse pour la liberté.
    Dans un monde qui tend vers le fichage , cet archivage génétique qui réduit l'homme à des cases génétiques est sans doute l » un des plus gtands dangers que nos démocraties auront à combattre

  • gg56
    gg56
    bonne
    • Posté à 23h01 le 06/09/2008
    • Internaute
      bonne

    Je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une blagounette de potache : Un prof, désolé de ne pas être écouté pendant son cours de biolo, demande de façon provocatrice à une jolie blondinette du premier rang « Est-ce que vous savez ce que fais votre trou du cul lorsque vous avez un orgasme ? » La jeune étudiante lui réponds d'un air tranquille : « Il doit être au bistrot avec ses copains » ... Le vieux professeur a eu tout le temps de méditer sur le changement des générations en attendant que l'amphi retrouve un peu de clme.

  • FdT
    FdT
    • Posté à 04h52 le 07/09/2008

    Fort heureusement le devenir comportemental et intellectuel d'un être humain ne serait être entièrement dépendant d'un petit gène.

    Certes nous ne sommes pas génétiquement égaux (et heureusement ! sans cela le monde serait bien monotone ! )
    J'aime comparé l'humain à une feuille de papier ; il y a diverse qualité de grain mais l'important c'est moins la qualité du papier (génotype) qui compte que ce qui a été écrit dessus(phénotype, éducation, influence de l'environnement...)
    Sur un papier de piètre qualité peuvent être écrites des choses magnifiques tandis que sur un papier surfin de qualité supérieure peuvent être inscrits des immondices, des choses sans intérêts...en d'autres termes l'important n'est pas le profil génétique que la nature nous a donné mais ce qu'on en fait !

  • Panama
    • Posté à 12h17 le 07/09/2008

    Voilà une excellente suggestion ! La littérature d'anticipation vaut souvent mieux que des heures d'éducation civique.

    Dans 1984, Orwell décrit une société totalitaire où la sexualité est réprimée et, de de fait, constitue par elle-même un ferment révolutionnaire. Or je trouve que ce n'est pas l'idée la plus lucide du roman. Je trouve plus pertinente, et plus angoissante aussi, la vision d'Huxley dans Le meilleur des mondes : il a pressenti que l'oppression serait encore plus complète si la sexualité devenait obligatoire et scientifiquement réglée. Au nom de l'hygiène et du gène…

    Huxley est plus subtil, car il a vu que la « tyrannie du plaisir », pour parler comme Guillebaud, pouvait s'instaurer avec le consentement général : le plaisir sexuel et la science ont l'approbation de tous. En les justifiant l'un par l'autre, on peut supprimer la liberté sans que quiconque ait même l'idée de s'en offusquer.

    À Huxley, j'ajouterais Homo faber, de Max Frisch : pour réfléchir sur l'obsession de la jeunesse et la façon dont l'homme de la technique finit par refuser le passage des générations. À la fin, dit Frisch, nous finissons par vouloir coucher avec nos propres enfants…

    Mais bien sûr, le « héros » de Max Frisch ne lit pas de romans. Il préfère les articles scientifiques : c'est du concret, c'est du prouvé, et ça favorise le sacro-saint progrès.