
Les peintres couchent-ils avec leurs modèles ?
Le festival de la correspondance de Grignan avait pour thème cette année la peinture. « Les artistes font rêver, leur vie, leurs relations amoureuses… », disait Jean, un festivalier.
Il venait de voir « Pascin, le prince de Montparnasse », lecture brillante par Bruno Abraham-Kremer et sa femme de la correspondance d'un peintre libertin et monogame à la fois. Pascin de son surnom, Jules Pinkas de son vrai nom, enchaînait les relations sexuelles avec ses modèles, tout en restant fidèlement éperdument amoureux de l'une d'entre elles.
Jean allait voir « Suzanne, Gertrude, Kiki et Niki, ou l'école des insoumises » de Yvan-Jules Bradiloff, avec Julie Marboeuf dans le rôle de Kiki de Montparnasse, amante et modèle de plusieurs grands artistes dont le photographe Man Ray et le peintre Foujita. Julie/Kiki y racontait comment Foujita lui cherchait des morpions pour être sûr de les peindre.
Jean-François a un rapport asexué à son oeuvre, malgré leur intensité érotique
Mais aujourd'hui, quels rapports entretiennent les créateurs avec celles qu'ils font poser ? Le village de Grignan ne manquant pas de peintres, j'ai décidé de rencontrer l'un d'entre eux afin de vérifier ce qu'il en était de la vie sexuelle des peintres avec leurs modèles.
Vous l'aurez compris, Jean-François Blanc, ne peint pas les odorants paysages de lavande qui ont inspiré Nicolas de Staël, mais des corps. Nus. Qui sentent la sueur avec l'énergie de la peinture, la puissance des éclairages et la chaleur de la région.

Jean-François est un paradoxe vivant, le moins séducteur des Don Juan. Jean-François a un rapport asexué à son oeuvre, malgré la force brute animale et sexuelle qui se dégage de ses toiles (et alors totalement asexué avec moi, mais peut-être ne suis-je pas son genre). Il peint des nus de femmes et d'hommes superbes, mais prétend ne pas les toucher. (Voir la vidéo, je vous demande un peu d'indulgence, c'était ma première).
Il précise :
« Lorsque je peins des modèles, je le fais d'après photo. La séance photo peut durer entre une heure et une heure et demie. Il fait souvent très chaud avec le projecteur à fond. Il s'agit souvent d'une femme, parfois d'un homme, parfois encore d'un couple. »
Mais lorsque qu'un couple teste des positions devant vous, cela ne vous touche pas ? « C'est pas du tout sexuel ; ça se verrait… C'est très physique, mais ils sont très concentrés à faire des positions complexes, c'est une œuvre à trois. Je recherche la lumière » , me rétorque-t-il.
« Sur le tableau dont vous parlez je recherchai surtout les ombres d'une personne sur l'autre. Ils bougeaient, me faisaient des propositions de positions [graphiques, je sens votre esprit mal tourné, ndlr] et je les arrêtais lorsque la lumière m'intéressait »
« Il est possible que parfois certaines femmes soient très ouvertes à mon égard »
Quand à l'absence de tête, le peintre pense superflu de donner dans la délation en montrant le visage de ses muses (comme le chantait Brassens, « si je publie les noms, combien de Pénélope / Passeront illico pour de fieffées salopes »). Les formes qui l'intéressent sont les rondeurs du corps, et peu lui importe les extrémités : les pieds, les mains, la tête.
La tête ravalée au rang d'inutile extrémité tandis que les seins, ventres et fesses s'exhibent fièrement. Est-ce la une négation de l'esprit par le corps ? Du modèle lui-même ? Jean-François se défend avec amusement :
« Je ne sais pas. J'ai peint des ventres de femmes pour une exposition à New-York sur les femmes enceintes à la demande d'une directrice de collection ; les gens viennent me voir pour que je les peigne nus, je ne cherche pas à savoir leurs motivations. »
Il finit par admettre « qu'il est possible que parfois certaines femmes soient très ouvertes à [son] égard » mais pense que « c'est surtout par jeu ou parfois par narcissisme ».
La difficulté pour le peintre est alors la réciprocité du désir : « Tant que je n'ai pas vu le corps, je ne sais pas s'il me plaira, et je ne peux pas dire à un modèle nu devant moi d'aller se rhabiller car son corps ne me touche pas. »
Il lui est arrivé de se forcer à trouver ne serait-ce qu'une photo sur toute une séance à partir de laquelle peindre un tableau.
Mais toutes ces femmes si offertes, tous ces hommes aux muscles saillants et ronds, vous ne touchez qu'avec les yeux, insistai-je ? Je voyais venir la fin du mythe de l'artiste… Jean-François a fini par concéder que certaines des femmes modèles avaient été ses compagnes de route, et s'étaient couchées dans son lit avant de l'être sur ses toiles. A défaut d'avoir une vie sexuelle si trépidante, au moins ce sympathique peintre n'est-il pas si asexué qu'il semble le dire.
« Certaines positions demandent une réelle maîtrise de son corps »
Et de l'autre côté du miroir ? Je n'ai pas trouvé de modèle bénévole, mais Andréa, une charmante danseuse, qui fut modèle professionnelle pour écoles de peinture en attendant de vivre de son art, a accepté de témoigner de son expérience.
Encore rougie par l'effort du spectacle de danse qu'elle venait de nous offrir, Andréa nous propose un autre point de vue. (Voir la vidéo.)
Pour elle, le travail avait ses avantages artistiques parfois « Certaines positions étaient intéressantes pour la danse et demandaient une réelle maitrise de son corps » et parce que, bien qu'observée, elle regardait l'expression du corps des apprentis peintres, l'utilisant ensuite pour sa propre création.
Pour autant, le tableau n'était pas rose : elle n'osait pas toujours poser ses limites, limites qui plus est mal définies dans son travail, mais une seule fois un peintre lui a fait des avances mal venues.
Par ailleurs, cette activité n'est pas toujours déclarée, et demande parfois des trajets assez longs et non rémunérés. Bref, une situation précaire et peu enviable, loin du plaisir d'une Kiki des faubourgs, loin aussi du jeu des modèles bénévoles.
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De Frusky
Piéton | 14H23 | 05/08/2008 |
C'est fou comme cette dame est rouge… Faites quelque chose ! ! !
à Frusky
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 23H42 | 05/08/2008 |
Elle a honte !
De les_canards
14H35 | 05/08/2008 |
Vous ne voulez pas parler de Pascin, plutôt ? : )
à les_canards
De Yann Guégan
Rue89 | 14H44 | 05/08/2008 |
C'est corrigé, merci pour votre vigilance !
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H38 | 05/08/2008 |
La question est : les peintres couchent-ils mieux avec leurs modéles que les photographes ejaculateurs précoces ( clic , clac , merci kodak) ?
Et le sculpteur , serait-il un papouilleur ?
à Numerosix
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 14H45 | 05/08/2008 |
Comment ? !
Les photographes couchent très bien avec leur modèle.
Ce n'est pas qu'une question de vitesse d'obturation !
Mais aussi d'ouverture du diaphragme et de longueur focale…
à Blaise11
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H51 | 05/08/2008 |
Je parie que vous etes photographe ..
Cordialement
http://elizabethwong.files.wordpress.com/2007/08/blowup.jpg
à Numerosix
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 15H10 | 05/08/2008 |
Un chasseur de viesages !
Blow Up est une merveille, merci pour ce rappel visuel.
Cordialité partagée
à Blaise11
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H09 | 05/08/2008 |
Question idiote : par combien de personne Mlle Carla B. a-t-elle eu de photographes dans sa carrière professionnelle (avant d'être auteur-compositeur et « interprête » j'endends…) ?
De eben
14H43 | 05/08/2008 |
Avez-vous poser la même question aux peintres animalier ? Je suis curieux, j'avoue : p
à eben
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H52 | 05/08/2008 |
..Ca a bien du se produire ..
à Numerosix
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H09 | 05/08/2008 |
…mais pas se reproduire.
Max, mon amour !
à FabiendeMénilmontant
De merle-moqueur
16H25 | 05/08/2008 |
et que dire de ceux qui peignent des natures mortes ?
à merle-moqueur
De Gandijyn
18H32 | 05/08/2008 |
Il s'en passe des bonnes, là aussi, chez les pompes funèbres… parait que les toiletteur et toiletteuses, après avoir mis de la colle super-glue aux machoires, usent gaiement de la rigidité organique … On ne sait pas combien de temps ça dure, … ni quel réel plasir, ils en tirent… et à quel degré (charges émotionnelles, température de la pièce, ou du corps ? )
Y'a plus qu'à proposer à un(e) artiste d'aller exprimer ses talents, pinceaux et tubes à la main…
à eben
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 14H56 | 05/08/2008 |
Je ne connais pas de peintres animaliers mais à l'occasion je vous ferai un petit article sur la zoophilie… De fait, la zoophilie a été tour à tout décriée, acceptée, décriée…
Jusqu'en 2004, elle était légale en France. Dans la mesure où elle est interdite aujourd'hui (enfin la législation est un peu complexe : on est passé d'une situation où l'on avait pas le droit de faire mal aux animaux (sexualité autorisée si l'on pouvait prouver qu'il n'y avait pas acte de torture) à une situation où la relation sexuelle (y compris recherchée par l'animal) est sévèrement punie…et que je n'ai pas envie de faire dans la délation moi non plus… Mais on pourra en reparler à l'occasion…
PS : le peintre m'a fait savoir qu'il était en plein désaccord avec moi sur la force que je qualifie « d'animale » qui se dégage de ses tableaux. mais je maintiens… C'est la liberté de la perception de l'art, on sait ce qu'on fait et non comment on est (com)pris
à Camille
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 15H09 | 05/08/2008 |
- Ah évidemment j'en suis pas encore aux toiles de maître, mais enfin c'est un début !
- Oh… c'est un début qui promet. Mais tu vois si j'étais chez moi comme tu le disais si gentiment, bah j'mettrai ça ailleurs.
- Qu'est-ce que je disais, y s'rait mieux près de la fenêtre. Tu le verrais où toi ?
- À la cave.
B.Blier/J.Gabin
( Le cave se rebiffe)
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 15H08 | 05/08/2008 |
Je ne parlerais qu'en présence de mon avocat !
à adaunis
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 15H11 | 05/08/2008 |
tres beau !
Mais je prefere pas passer ton tableau au spectogramme concernant les taches blanches en haut à gauche ..
à Numerosix
De merle-moqueur
10H25 | 07/08/2008 |
Spermogramme,on dit spermogramme…..
De Pierrrrre
15H59 | 05/08/2008 |
»….Les peintres couchent-ils avec leurs modèles ? … »
►► IL apparaît évident qu'ils couchent déja leur modèle sur leur toile.
c'est à dessein, y'a pas photo !
si vous ne voyez pas ce que je veux dire,
je vous ferai un dessin !
à Pierrrrre
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 17H09 | 05/08/2008 |
Pierrrrre au « Caveau de la République » dès la rentrée.
Ne loupez pas son actualité internationale :
http://ilsbohu.free.fr/gen2bio/tubihh.html
De Panama
enseignant | 17H06 | 05/08/2008 |
Aviez-vous vu l'expo Marilyn : la dernière séance ? C'était la dernière fois que Marilyn posait, et la première depuis très longtemps qu'elle acceptait de poser nue, et c'était pour le photographe Bert Stern. Il y avait une photo sublime, où on la sent totalement abandonnée. Elle est sur un lit, dans des draps vaporeux, une coupe de champagne posée par terre, un désir magnétique dans le regard. Et Stern ne s'est pas approché, il a continué de photographier, comme si saisir la lueur de ce désir comptait plus qu'y répondre. Peu après, Marilyn a murmuré un truc du genre « tant pis… » (ou peut-être « Tu ne comprends rien… », et la magie de l'instant s'est envolée.
Quant à Stern, en racontant cette séance mémorable (Marilyn s'est suicidée quelques semaines plus tard), il disait : « Quand on désire une femme aussi ardemment et qu'elle est aussi près, on éprouve une sensation délicieuse du seul fait de ne pas la toucher. L'appareil photo joue un rôle considérable parce que l'amour traverse l'objectif. »
(Ajout après révision express sur les balises html : ))
Bon, ce n'est pas à cette photo que je pensais, mais c'est la même série. « La mienne » était en couleur, et plus troublante.
De Journalisteennherbe
Rédactrice d'un mémoire sur Rue89 | 16H40 | 05/08/2008 |
Pour appuyer la conclusion de ton article, je n'ai posé que deux fois pour un jeune peintre amateur…qui est devenu mon petit ami ! Pour une modèle débutante, le jeune homme armé de son pinceau, les mains recouvertes de peinture ont un charme certain !
à Journalisteennherbe
De TARPON
17H47 | 05/08/2008 |
« armé de son pinceau » ,jolie metaphore.
à TARPON
De Gandijyn
18H26 | 05/08/2008 |
Oui… ou, mets dans l'amphore ! …
De meg
17H27 | 05/08/2008 |
Les peintres couchent-ils avec leurs modèles ? ( ! ! ! ) On dirait un titre pour cerveaux confit dans la crème solaire.
J'imagine qu'il y a de tout à moins que les peintres soient des clones. Certains peignent leurs maitresses ou amants, d'autres peignent pour séduire leur modèle, d'autres sont séduits par leur modèle en les peignant, d'autres deviennent amis ou ennemis, d'autres ont des relations simplement professionnelles… Il y a autant de cas de figure possible que de combinaisons de rencontre entre deux individus et une toile à un instant T.
à meg
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 17H35 | 05/08/2008 |
Les cervaux confits de rue89 apprécieront votre compliment : -) pour le reste, je suis complètement d'accord avec vous…. d'ailleurs entre la situation de Pascin, celle de Jean-François ou celle d'Andréa ou encore celle de la jeune femme qui témoignait quelques lignes avant ; on voit effectivement cette diversité.
Sauf peut-être pour la situation des modèles femmes professionnelles. Je préume que la situation qu'Andréa décrit avec la difficulté à placer les limites, le fait de se faire positillonner dessus, de ne pas savoir quand dire non est spécifique d'un métier non professionnalisé (il n'y a pas d'école pour être modèle ni de règles de travail précises, pas de contrats non plus m'expliquait-elle).
Bref, je suppose que sa situation à elle n'est pas unique.
à Camille
De Gandijyn
18H20 | 05/08/2008 |
Cette problématique est aussi valable dans les sociétés de castings … et pourtant, professionalisées ! … C'est difficile de changer les moeurs, et les mentalités !
à Camille
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 23H38 | 05/08/2008 |
Les comptables à lunettes couchent ils avec leurs collègues comptables à lunettes ?
De AdamPollo
"out of disorder" | 17H52 | 05/08/2008 |
Moi je suis modèle et je couche avec la femme qui me peint.