Has been 05/06/2012 à 10h52

Espagne : t’as voulu voir Sitges, spot gay branché, et t’as joué à la belote

Emmanuel Grabey | Etudiant


Le centre-ville de Sitges (Emmanuel Grabey)

(De Sitges, Catalogne) Sitges. Son église, sa mairie, ses plages, ses façades blanches, sa communauté gay. Depuis le début des années 50, la petite ville de bord de mer catalan jouit d’une réputation d’ouverture d’esprit qui a rameuté beaucoup de marginaux, hippies et homos.

Making of
Ce reportage a été réalisé par un étudiant en journalisme de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (Ijba) dans le cadre du projet Barcelone Kultur Lab (BKL).

« Franco détestait les gays et les hippies », explique Patrick, un Bordelais exilé à dans la petite ville espagnole depuis douze ans :

« Plutôt que de tous les tuer, il leur a officieusement attribué Sitges et Ibiza, deux villes de Catalogne, qu’il détestait aussi, et leur a foutu la paix tant qu’ils y restaient. »

Comme les gays sont (presque) tous des danseurs d’exception et des clubbers en puissance, c’est tout le milieu de la nuit des années 80 qui a déferlé, faisant de Sitges et de la boîte de nuit Pacha « the places to be » pour se déhancher sur « La Isla Bonita » ou les tubes de David Lyme.

Diaporama présentant Sitges

Pas de Lady Gaga à l’horizon... Aujourd’hui, Pacha a fermé. Autour de son souvenir, les maisons bourgeoises se sont multipliées. On a posé à l’entrée du quartier des caméras de surveillance, et les mères de famille avec poussettes et sacs de courses ont remplacé les fashionistas en débardeur Choose Life ou Frankie Says Relax.

Les mamies tapent la belote avec les ours

Bars, boîtes et commerces gays sont désormais regroupés dans le centre, près de la plage. Ils alternent avec les charcuteries tradi et les boutiques de fringues de plage. Une station balnéaire comme une autre : Sitges, La Grande Motte, Rimini...

« Ici, tout le monde se côtoie et se mélange », raconte Stéphane, un Québécois rigolard de 37 ans. Son copain et lui ont pris une année sabbatique pour venir s’installer au soleil :

« Les mamies tapent la belote avec les ours [les gays poilus et gros/musclés, ndlr], y a les drags en haut de la rue, les Hollandais et les Anglais qui vivent là à l’année, les petits du rugby, les couples hétéros avec leurs gosses... Tout ça en bonne entente ! »

Eduardo, installé dans la capitale catalane, raconte :

« J’aime Barcelone, parce que c’est une ville vraiment ouverte. Ces dernières années, les mentalités ont vraiment évolué, on peut être gay sans flipper de quoi que ce soit. Après, c’est une grande ville, un peu oppressante. Je vais souvent à Sitges parce que mon copain vit là-bas, et surtout parce que ça me permet de décompresser. Il y a vraiment une atmosphère de petit village. »

Branchée, Sitges ne l’est plus trop. En témoignent les nombreux commentaires narquois qu’on peut entendre à Barcelone. Un peu l’équivalent de Saint-Tropez : on y va parce que c’est Saint-Trop’, qu’il faut l’avoir fait au moins une fois, mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est quand même un peu has been...

Tout se passe à Ibiza et Myconos

Ryan, clubber parisien de 24 ans, enterre d’emblée l’ex-lieu culte :

« Le Circuit [une sorte de méga-gaypride, ndlr] se passe à Barcelone, pas à Sitges. Les gros évènements, c’est à Ibiza ou Myconos, pas là-bas. Quand t’as dit ça, t’as tout dit. »

Hans, quadra hollandais, tempère :

« Je préfère les lieux ouverts, comme Barcelone. Si je veux aller dans la communauté, il y a toujours Gaixample, le quartier gay de Barcelone. Après, je comprends que certains aient besoin de se retrouver dans des endroits où ils savent qu’ils ne seront pas discriminés, quitte à se discriminer eux-mêmes. »

Ivo, un Portugais de 24 ans en vacances chez son frère, est allé pour la première fois à Sitges, et en est revenu très déçu :

« Je m’attendais à trouver Gayland, un truc vraiment décadent. Au final, c’est une jolie station balnéaire, point. A Lisbonne, par exemple, il y a des saunas bien plus déjantés que ceux qu’il y a à Sitges. »

Ivo achève :

« C’est peut-être le lot de tous les lieux avant-gardistes... Ce sont eux qui finissent par devenir les plus conservateurs. »


La plage de Sitges (Emmanuel Grabey)

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  • Bernardo Zorro-
    Bernardo Zorro- répond à Moorice
    non connue
    • Posté à 12h25 le 05/06/2012
    • 185266
      non connue

    oups je suis d’accord avec vous, tout arrive finalement, je trouve plus sains que les homos soient parfaitement « intégrés » plutôt qu’ils se cantonnent entre eux exacerbant en plus les pires intolérances de part et d’autre...

    Les homos qui ne veulent des lieuxque pour eux sont aussi peu tolérants que les homophobes au final et feraient mieux de se demander pourquoi ils ont choisi cette sexualité là si c’est par nature (et donc normal) ou bien si c’est pour simplement se démarquer... Faut arrêter avec le principe « si vous n’êtes pas avec moi vous êtes contre moi. »

  • Cyril_H
    Cyril_H
    étudiant à Pau
    • Posté à 12h40 le 05/06/2012
    • Internaute 5367
      étudiant à Pau

    « Les mamies tapent la belote avec les ours [les gays poilus et gros/musclés, ndlr], y a les drags en haut de la rue, les Hollandais et les Anglais qui vivent là à l’année, les petits du rugby, les couples hétéros avec leurs gosses... Tout ça en bonne entente ! »
    J’adore ! Si seulement on pouvait se rapprocher de cette situation un peu partout, parce que, dans le sud-ouest, les insultes homophobes (soi-disant sans penser à mal) continue de voler bas !

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