Passage à l'acte 02/02/2012 à 17h26

Et si on enseignait l'égalité hommes-femmes dès la crèche ?

Reporters d'Espoirs | Agence de presse


Un enfant fait de la peinture à l’eau (Ernst Vikne/Flickr/CC)

Tout au long de leur scolarité, les filles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons. Mais au cours des études supérieures, les garçons reprennent l’avantage et sont les premiers à trouver un emploi, avec un salaire plus élevé.

En cause, une orientation scolaire conditionnée par le genre, les stéréotypes et les attentes des parents : les femmes restent surreprésentées dans les filières littéraires (80%) et médico-sociales (95%), mais se font plus discrètes dans les grandes écoles.

L’idée

Pour lutter contre les idées reçues, depuis 1998, la Suède a mis en place une pédagogie dite « compensatoire », dans les écoles maternelles et les crèches. Les garçons s’y essayent à la danse et les filles sont poussées à prendre la parole ou des initiatives. A s’affirmer en somme. Simone Hall, coordinatrice à Täppan, une école maternelle située dans le centre de Stockholm, l’assure :

« Nous ne transformons pas les enfants. A 12 mois, ils savent déjà à quel genre ils appartiennent. Et tout au long de leur vie, la famille, le matraquage publicitaire ou le cinéma leur rappellent à qui ils doivent s’identifier. »

Pour permettre aux enfants de dépasser les assignations de genre, pas de rééducation donc, mais une évolution des pratiques, le changement ne pouvant être que progressif et global. Toutes les représentations sont repensées sur un mode égalitaire : du choix des jouets, des activités, du langage... jusqu’à la formation des équipes.

En France, Florence Sarthou, chef de service des crèches du département de Seine-Saint-Denis, prend la mesure de la tâche :

« Chacun doit travailler sur ses attitudes, ses manies et remettre en question sa pratique de tous les jours. C’est pour cela que nous ne pouvons généraliser la méthodologie rapidement. »

Comment la mettre en pratique ?

La crèche de Bourdarias à Saint-Ouen dès 2008 et celle de Quatremaire à Noisy-le-sec depuis mai 2010, sont passées à l’acte, explique Florence Sarthou :

« Le modèle scandinave reste la base. Comme eux, on s’intéresse aux représentations. On a procédé à une longue phase d’observation du personnel encadrant, qui avait tendance à appeler les mères quand les enfants étaient malades ou qui alternait systématiquement sécurisation des filles et rappel des règles pour les garçons. »

Lorsque les femmes représentent 99% des auxiliaires de puériculture, il est difficile de démontrer que les hommes sont tout aussi capables de s’occuper d’un enfant, de le laver, de préparer son biberon, etc. Pourtant, montrer l’exemple est efficace. Pour preuve, Arnaud, 2 ans et demi, s’amuse beaucoup avec le fer à repasser en plastique : « Je fais comme Papa ! »

A Stockholm, Lotta Rajalin, directrice de l’école Egalia, souligne l’importance du langage :

« Nous préférons appeler les enfants “les amis”. Nous ne disons jamais “les filles” ou “les garçons”. De cette manière, ils peuvent choisir leur activité sans subir la pression du genre et du groupe. »

Les jouets sont la chose la plus simple à changer, explique Lotta Rajalin :

« Nous proposons des activités dites “neutres”, de la peinture, des puzzles... Et nous mettons tous les jeux dans la même pièce : poupées, motos, voitures, jeux de construction, caisse enregistreuse... Ensuite, nous encourageons garçons et filles à se les approprier indistinctement. Comme Marcus, 3 ans, qui fait faire un tour en moto aux poupées ou vend des briques à la marchande. »

Pour que ces acquis perdurent, la Suède a mis en place, dès l’école primaire, des temps « non mixtes » de quelques heures par semaine. Pendant les cours d’éducation physique, les filles jouent à des sports traditionnellement « réservés » aux garçons. A la cantine, où elles déjeunent entre elles une fois par semaine, les filles peuvent cesser d’être les auxiliaires de service.

Et cette pédagogie porte ses fruits : la Suède est le pays du monde qui compte le plus grand nombre de femmes élues au Parlement et dans les communes. Au sein des couples, les Suédoises assument 60% des tâches ménagères, quand les Françaises restent à la peine (80%). Les assignations de genre ont la vie dure !

Ce qu’il reste à faire

Les stéréotypes conservent une dimension identitaire qui rassure des parents parfois dépassés, note Delphine Bovas, directrice de la crèche Quatremaire :

« Certains pères refusent que leur garçon joue à la poupée ou se déguise en princesse. On leur répond que si l’enfant le désire, on ne l’en empêchera pas. D’où des rapports parfois virulents avec l’équipe encadrante. »

Et les acquis restent fragiles. L’absence de formation spécifique à destination des enseignants du primaire et du secondaire permet au naturel de revenir au galop. En France, les politiques publiques se focalisent encore le plus souvent sur les inégalités sociales, de classe et d’origine. Le genre repassera.

Léa Lejeune

Aller plus loin
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  • lebondoscié
    lebondoscié
    Clair-obscurantiste
    • Posté à 10h05 le 03/02/2012
    • Internaute 150550
      Clair-obscurantiste

    le naturel ne revient jamais tant au galop qu’il est culturel. Le marchandisage hypersexué, vestimentaire et matériel nous rappelle à la triste conception machiste du gros baiseur convoitant la petite baisée.

    Le gros baiseur s’habille en noir et blanc, la couleur le discalifie. Son parapluie noir protège mieux ses larges épaules.
    La petite baisée porte des lunettes en aile de papillon que jamais le gros baiseur n’oserait porter. Attention, elle utilise un sac à main très dangereux.

    Le gros baiseur circule dans une bagnole volumineuse, jamais dans un véhicule italien de petite baisée. En avez vous jamais croisé ne serai-ce qu’à la place du passager.

    Oh la vieille crainte pour le gros baiseur de passer pour un pédé justifie tous les excès du marchandisage de genre. Il reste du boulot à faire dans les maternels que la vie sociale démolie joyeusement sur les écrans et dans les maisons des « grands ».

  • craken
    craken
    gestionnaire
    • Posté à 12h07 le 03/02/2012
    • Internaute 130098
      gestionnaire

    La Suède est un pays sexiste.
    Pas envers les femmes mais envers les hommes.
    Et apparement c’est que l’on appel l’égalité.

    • anini
      anini répond à craken
      terrienne de souche !
      • Posté à 22h01 le 03/02/2012
      • Internaute 51759
        terrienne de souche !

      Vous ne vous sentez pas légèrement ridicule ? ....

  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 13h05 le 03/02/2012
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    Quelle est la différence entre un homme et une femme ?

    - La différence entre...

  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 13h14 le 03/02/2012
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    L’Homme : « La seule espèce dont les mâles tuent les femelles »,
    d’après Françoise Héritier, anthropologue et professeure émérite au Collège de France.

    Lien

    • tpmtp
      tpmtp répond à Lionel06
      libre
      • Posté à 13h44 le 03/02/2012
      • Internaute 91555
        libre

      a Lionel06

      Apres toutes les inepties lues dans les precedents commentaires
      merci beaucoup pour ce lien ! je n’aurai pas perdu mon temps. Francoise Heritier est une scientifique brillante.Son analyse rigoureuse est precieuse. On peut regretter qu’elle ne soit pas assez mediatisée et trop ignorée de l’ensemble de nos journalistes/politiciens. Nous avons en France des scientifiques brillants (des philisophes aussi comme Michel Onfray), nos politiciens devraient les consulter plus souvent.

  • Srgvlt
    Srgvlt
    Twitter @srgvlt
    • Posté à 15h03 le 03/02/2012
    • Internaute 23660
      Twitter @srgvlt

    Ce genre d’initiative est généralement à double tranchant : il s’agit de changer les représentations, et c’est important. Mais il ne faudrait pas que l’obligation de voir les choses autrement devienne la nouvelle représentation - autrement dit le politiquement correct, non intériorisé par les acteurs sociaux -, car alors chacun s’efforcerait de s’y conformer sans que ce soit spontané et ça générerait un carcan que les générations suivantes éclateront joyeusement dans tous les sens.

    Ayant joué « à la marchande » (sic) et aux poupées quand j’étais petit, ainsi qu’à la grue de chantier, aux petites voitures et au football, tout ça me semble aller de soi.

    Ce que pointe à un moment l’article, et qui me semble le plus intéressant, c’est que le travail le plus dur n’est pas celui qui est fait sur les enfants, mais sur les adultes, tant toutes ces histoires d’inégalités dans les genres passent à travers des toutes petites choses : une petite remarque, une façon d’être inattentif, un regard, une suggestion...

    L’autre point important, qui lui aussi est un peu dit dans l’article et ne transparaît pas dans le titre ni dans les arguments assénés au début, c’est que plutôt se reposer sur des variables fixes extérieures aux gamins et décidées arbitrairement (un nombre égal de militaires hommes et femmes s’opposant aux chiffres de tous les hommes militaires et toutes les femmes travaillant en crèche ; une masse musculaire proportionnellement identique chez chacun s’opposant aux muscles des hommes et à la grâce des femmes, etc. etc.), ce qui semble passablement crétin (pourquoi être tous pareils ? !), l’important me paraît plutôt de faire reposer ces méthodes pédagogiques sur le désir de l’enfant. Et c’est là qu’il est important de travailler tôt avec les enfants sur ces plans-là, dès les touts débuts de la socialité, avant que le désir de chacun ne soit trop structuré par les normes sociales combattues.

    Bon ceci dit cela ne doit pas empêcher les efforts pour rendre intelligent (et donc structurer... d’où l’importance de comprendre positivement les structures que l’on fabrique plutôt que les légitimer simplement par une opposition à des structures existantes et réprouvées...), pour se démarquer et se débarrasser assez rapidement, en grandissant, de toutes les normes arbitraires qu’on nous impose, même les très bien pensantes.

    • lebondoscié
      lebondoscié répond à Srgvlt
      Clair-obscurantiste
      • Posté à 00h02 le 04/02/2012
      • Internaute 150550
        Clair-obscurantiste

      Avant que le carcan change d’épaule passeront encore des générations reproduisant le schéma ancestral des asservissements : homme-chasseur, femme-mère-éducatrice.

      L’idéal étant que le carcan s’allège et change d’épaules de façon volontaire. Les relations hommes-femmes y gagneront, par un rapprochement des genres, un rapprochement tout court. La fin des rôles transmis réduisant les écarts biologique : sexe fort actif, sexe faible passif.

      Les émancipations féminines de la deuxième moitié du XXeme siècle ont ouvert cette voie sur laquelle on ne reviendra pas, droit de vote des femmes, autonomie financière des épouses, contraception, avortement, sauf grave confusion mentale des citoyens- électeurs en mars avril ?

  • all
    all
    • Posté à 15h11 le 03/02/2012
    • Internaute 9005

    Et si on enseignait l’égalité hommes-femmes dès la crèche ?
    En embauchant du personnel masculin dans les crèches ?

  • Maggigrigri
    Maggigrigri
    mère de famille, cadre active
    • Posté à 16h16 le 03/02/2012
    • Internaute 97926
      mère de famille, cadre active

    A l’entrée en maternelle, ma fille a rejeté violemment ses pantalons, son ballon spiderman et tout ce qui n’était pas rose bonbon.
    C’est déjà un cauchemar d’essayer d’équilibrer vie professionnelle et vie de famille, il faut équilibrer image de papa et image de maman ! Parce que maman elle travaille entre 40 et 50 heures par semaine, se déplace parfois toute la semaine, et répond aux exigences masculines mais quand elle rentre le soir, quelle que soit l’heure, elle doit faire à manger, ranger, laver et répond aux stéréotypes féminins.
    Cela serait vraiment un bonheur si, au lieu de tout casser, l’école nous aidait à la faire cette fameuse égalité...

  • A.L.
    A.L.
    Salariée
    • Posté à 18h24 le 03/02/2012
    • Internaute 149119
      Salariée

    Je suis persuadée qu’effectivement, la plupart des différences de conduite filles/garçon sont induites culturellement. Je trouve très positif qu’on tente d’avoir le maximum de neutralité.

    La question n’est pas de créer un groupe uniforme, mais des individus qui se distinguent en fonction de leur caractère intrasèque et non d’un modèle imposé.

    Je pense que les hommes ont autant à y gagner que les femmes. Car si ses dernières sont désavantagées au niveau professionnelle et dans la répartition des tâches dans le couple, les hommes sont privés également de la possibilité d’exprimer leurs sentiments, de choisir certains métiers et loisirs.

    Dans le numéro de Sciences et Avenir de ce mois ci, il est indiqué que les expériences modernes montrent que les personnes

    1/ montrent plus de différences entre individus qu’entre les deux sexes

    2/ que les cervaux masculins et féminins sont conçus pareils mais qu’ils sont d’une incroyable plasticité. Donc ce sont leurs expériences qui vont les amener à se différencier, plus que leur structure initiale.

    Deux expériences témoignent de ce phénomène :

    On prend des étudiants en mathématiques (donc tous assez bon) et on leur fait passer un test :

    Groupe 1, on ne dit rien => les hommes obtiennent en moyenne 18/30 et les femmes 17/30

    Groupe 2 : on dit « cette expérience a tendance à faire apparaitre une différence entre les sexes »
    => les femmes obtiennent 11/30 et les hommes 23/30 en moyenne
    On remarque
    a) que les hommes ont été boostés par l’affirmation
    b) qu’il est sous-entendu que la ’différence entre les sexes’ est au détriment des femmes

    [il est possible que je me trompe un peu dans les chiffres, j’ai pas l’article sous les yeux. mais l’idée est là.]

    Autre expérience :
    On procède pareil, sauf qu’on dit au groupe testé que l’expérience a tendance à faire apparaitre « que les asiatques sont meilleurs »
    =>les non asiatiques ont des résultats apparentés à celui des femmes du groupe précédent et les asiatiques celui des hommes
    Donc non, les femmes ne sont pas plus impressionnables que les hommes. On est juste sensibles aux a priori de notre culture

    Edifiant, non ?

    PS : quelqu’un plus haut parlait de la galanterie. Faut quand même se rappeller que la galanterie est apparue historiquement pour répondre à l’irrespect de la part des hommes envers les femmes. A partir du moment où le respect mutuel existe, elle n’a plus lieu d’être, je suis bien d’accord. Mais encore faut-il que le respect soit là. Certains commentaires me font douter.

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 11h21 le 04/02/2012
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    remplacer un diktat par autre diktat ... bref continuer de formater les individus au mépris de ce qu’ils sont,

    en faire de la bonne main d’oeuvre docile et sans revendication, sous payé quel que soit le sexe.

    quel progrès ! ! ! ! y’a pas à dire ...

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 22h37 le 06/02/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    magnifique de s’attaquer au problème à la racine. Les problèmes sont là : « tout au long de leur vie, la famille, le matraquage publicitaire ou le cinéma leur rappellent à qui ils doivent s’identifier », peur des parents, des assistant-e-s maternelles qui reproduisent inconsciemment des différences...etc

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