Pour les hommes 12/01/2012 à 16h44

Sida : un essai de prévention pour les gays et trans séronégatifs

Gilles Pialoux | Chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, rédacteur en chef de VIH.org, co-investigateur de l'étude Ipergay

L’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) a lancé le 4 janvier un essai de prévention inédit, Ipergay. C’est une expérimentation dirigée vers des volontaires, séronégatifs, qui consiste en une intervention en prévention auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH).

Le terme n’est pas une pudeur sémantique, un sacrifice au politiquement correct : on s’intéresse bien aux hommes ou aux trans qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, régulièrement ou épisodiquement. Sans référence identitaire obligée.

Risque de 3% de contamination dans la population ciblée

Ipergay en pratique

Ipergay s’adresse à des hommes et à des personnes trans, tous séronégatifs pour le VIH, ayant des relations anales avec des hommes sans utilisation systématique d’un préservatif. Et ce, avec au moins deux partenaires sexuels différents dans les six mois précédant leur participation à l’essai.

L’essai s’étalera pour les volontaires sur une durée minimale de 12 mois et maximale de 48 mois. On y compare deux stratégies retenues par tirage au sort dans deux groupes de participants : l’un recevra Truvada, un antirétroviral qui associe des analogues nucléosidiques et nucléotidiques du VIH, l’autre un placebo.

L’essai ANRS- Ipergay (Intervention préventive de l’exposition aux risques avec et pour les gays) devrait déterminer si un traitement antirétroviral pris au moment (entendez avant, pendant et après) des relations sexuelles à risques, mais néanmoins associé à une stratégie globale et renforcée de prévention (dépistage et traitement des IST, « counselling », distribution de préservatifs, vaccination, prophylaxie après exposition, etc.), peut réduire le risque d’être infecté par le VIH.

Ce risque de contamination est estimé dans la population ciblée à 3% par an. Ce qui est beaucoup, mais correspond à une certaine réalité.

Si l’essai est probant, la prévention proposée devrait casser par deux ce taux de contaminations VIH « attendu ».

Pourquoi un tel investissement de l’agence d’Etat, l’ANRS, pour un essai qui devrait couter 1 million d’euros pour la phase pilote (300 volontaires dans trois centres dont deux à Paris et un à Lyon) et près de 19 millions d’euros (non encore financés) pour l’ensemble de l’essai qui devrait concerner au bout du compte 1 900 personnes à recruter sur 24 mois ?

En France, chez les migrants et les HSH

Aujourd’hui, le sida (1981-2011) a trente ans. C’est une pandémie jeune. Mais pour certains, une maladie ancienne, comme « réglée », contenue, banalisée et bien souvent – nous le voyons dans les services hospitaliers à l’occasion de certaines annonces de séropositivité à des jeunes – ringardisée.

A tort, bien sûr. Force est de constater que l’épidémie continue pourtant de se propager, malgré les progrès thérapeutiques engrangés. Au nord comme au sud. Et en France, plus particulièrement chez les migrants et les HSH.

En France, l’objectif prioritaire, tel que défini dans le Plan national 2010-2014 , en termes de prévention du VIH, reste de :

  • réduire l’incidence – c’est-à-dire le nombre de nouvelles contaminations – dans la population ;
  • amorcer une baisse de celles-ci parmi les HSH ;
  • et améliorer la baisse d’incidence observée chez les migrants.

Le tout en poursuivant les efforts vis-à-vis de la population générale.

Une nouvelle approche de la prévention

L’histoire est d’ailleurs là pour rappeler la difficulté d’éradiquer des maladies infectieuses même quand on dispose de moyens efficaces. Beaucoup ont imprudemment crié à l’éradication, « The Cure ! », en 1996, en 1999, puis encore ces derniers mois.

Alors à quoi bon chercher de nouveaux modèles de prévention ?

Depuis plusieurs années, nous sommes dans une approche plus globale de la prévention. Il ne s’agit pas de remplacer le préservatif mais de développer des concepts de « prévention combinée ». A l’image de l’association limitation de vitesse + ceinture + airbag en prévention routière. Plus les gens dans une communauté sont dépistés, traités et bien traités et moins le virus circule.

Dans les « nouveaux outils de prévention » de la transmission du VIH, on compte donc :

  • la circoncision (en Afrique mais en ne protégeant que les hommes) ;
  • le traitement post-exposition (TPE, soit la prise d’un traitement ARV immédiatement après un acte possiblement exposant au VIH, pendant une durée d’un mois) ;
  • l’utilisation du traitement antirétroviral comme outil de prévention individuel (ou Tasp) ;
  • la stratégie appelée prophylaxie pré-exposition ou Prep : oit la prise quotidienne, ou bien dans l’essai Ipergay de façon intermittente, d’antirétroviraux par des séronégatifs afin de réduire le risque d’acquisition du VIH .

D’autres essais de Prep sont en cours chez l’homme-HSH, chez les hétérosexuels, en Afrique comme à San Francisco, et quelle que soit la raison de l’exposition au risque (refus du préservatif, mauvais usage du préservatif ou non accès, prises de drogues concomitantes, sexe tarifé…).

48% des nouvelles infections chez les gays

Pourquoi mobiliser une telle recherche chez les gays ? Certes, cette population est aujourd’hui celle qui, en France, a le plus souvent recours au dépistage du VIH et qui utilise le plus les préservatifs. Mais selon la dernière Enquête presse gays et lesbiennes, 33% des répondants ont eu au moins une pénétration anale non protégée par préservatif avec des partenaires occasionnels dans l’année.

En 2008 et 2009, 3 320 nouvelles contaminations ont eu lieu dans cette population, soit 48% des nouvelles infections. Dans la population des gays et des HSH, la prévalence déclarée (nombre de personnes atteintes par le VIH) varie selon les enquêtes entre 13% et même 17% pour ce qui est de l’étude Prevagay menée dans le quartier du Marais à Paris.

Un niveau de contamination par le VIH que l’on constate dans les pays d’Afrique du Sud, Lesotho ou Botswana… Le choix de réaliser l’essai ANRS-Ipergay dans la population gay et HSH répond donc à un impératif épidémiologique.

Une inconnue : le nombre de volontaires

Comme l’a précisé le professeur Jean-Michel Molina (université de Paris-VII Diderot et hôpital Saint-Louis, responsable scientifique de l’essai ANRS- Ipergay) :

« Tout doit être fait pour diminuer le nombre de nouvelles contaminations par le VIH dans les populations les plus exposées. »

Au-delà des résultats attendus reste une énigme : les trois centres recruteront-ils, à partir du 30 janvier prochain, les « gays lambda » pour participer à cette recherche, essentielle au développement de nouveaux outils de prévention dans leur communauté et bien au-delà ?

MERCI RIVERAINS ! bee.caroline
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  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 18h13 le 12/01/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    1 million d’euros pour la phase pilote et près de 19 millions d’euros pour l’ensemble ... mais c’est considérable !

    • Herostrate
      Herostrate répond à Anastaze
      mal barré...
      • Posté à 18h41 le 12/01/2012
      • Internaute 147050
        mal barré...

      En fait c’est pas cher pour un essai « clinique ». Ceci car il est question ici principalement de prevention et non pas d’evaluer un benefice therapeutique. Dans ce dernier cas, une etude est beaucoup plus chere (facteur 10 a 100 grosso modo).

      Ha, et je me eprmet d’ajouter que pour une fois on a droit a un article scientifique clair, bien ecrit - peut etre que le fait que ce soit quelque’un qui sait de quoi il parle... ?

  • alexandra75014
    alexandra75014
    Parisienne
    • Posté à 18h20 le 12/01/2012
    • 179169
      Parisienne

    Le sujet doit apparemment parler des trans’ séronégatives... Il n’y a qu’une phrase sur l’ensemble du texte. Et il y a un amalgame inconscient de l’auteur de l’article qui est fait entre hommes et trans’. Une transsexuelle se considère femme, opérée ou pas, hormonée ou pas. Une transsexuelle qui a un rapport avec un homme est une hétérosexuelle. Le distinguo est très important.

    Par contre, il serait bien de préciser que la communauté trans’ n’est pas forcément une population à risque. Toutes celles que je connais, sont très « rangées » et n’ont pas plus de risque de contracter la maladie que la population cisgenre.

    La communauté trans’ fragile est plus majoritairement celle contrainte à la rue, et/ou celle migrante en France, sans ressource, et peu ou pas défendue, donc en précarité totale. Cette population est souvent en grand danger face à la maladie, en effet. D’ailleurs Act’Up ne cesse de le répéter, à raison.

    @Anastaze : 1 million d’euros pour des tests à risque avec des gens prêts à prendre un risque, pour sauver des millions de personnes dans le monde à terme. En l’occurrence, ce sont des homosexuels et des transsexuelles qui jouent les cobayes pour sauver à terme le restant de la planète. Je trouve que c’est peu cher payer au final.

    • Anastaze
      Anastaze répond à alexandra75014
      inconsolable absolument
      • Posté à 18h29 le 12/01/2012
      • Internaute 53186
        inconsolable absolument

      En période de prospérité, je voudrais bien vous croire, mais après tout « on achève bien les chevaux ! »

      C’est pour ça qu’il vaut bien mieux se concentrer sur les questions techniques.

      • alexandra75014
        alexandra75014 répond à Anastaze
        Parisienne
        • Posté à 18h33 le 12/01/2012
        • 179169
          Parisienne

        La réponse est assez bizarre... Il y aurait donc des humains et des sous-humains ? Et des humains techniquement à sauver, et d’autres non ?
        Ai-je bien compris le sens de votre propos ?

         
        • Anastaze
          Anastaze répond à alexandra75014
          inconsolable absolument
          • Posté à 10h22 le 13/01/2012
          • Internaute 53186
            inconsolable absolument

          Les tests de 2006 et de 2007 étaient des tests de tolérance concernant des volontaires a comportement « sans risque ».

          Aujourd’hui, ce sont des volontaires dans une population qui a été identifiée « à risque » qui sont sélectionnés.

          Il va de soi que derrière ce très technique HSH se cache un « sans protection » ou tout moins avec « protection aléatoire », ce qui risque de « favoriser » une population jeune fragilisée par la crise et mal informée... en plus des belles âmes prêtes à se sacrifier.

        1 autres commentaires
    • Herostrate
      Herostrate répond à alexandra75014
      mal barré...
      • Posté à 18h51 le 12/01/2012
      • Internaute 147050
        mal barré...

      Le terme « jouer les cobayes » n’est pas tres heureux. Il ne sera suggere a aucune des personnes de l’etude de prendre des risques - ou plus de risques. Sinon l’etude ne serait jamais autorisee.
      Il s’agit d’utiliser (au sens de « rendre utile », pas de « manipuler ») le comportement a risques de ces personnes pour faire progresser la qualite des traitements preventifs et/ou precoces.

      Par ailleurs, si je trouve le terme « sauver la planete » est un fort, il faut quand meme souligner que les personnes inclues dans l’etude font ca de maniere volontaire et altruiste - assez rare pour etre souligne...

      • alexandra75014
        alexandra75014 répond à Herostrate
        Parisienne
        • Posté à 21h20 le 12/01/2012
        • 179169
          Parisienne

        Ouf ! J’ai eu très peur un instant ! J’étais clairement sur la défensive. Je suis très sensible sur le sujet, même si je ne fais pas partie de la population concernée par les risques. J’ai pour ma part une vie personnelle et affective très classique, un travail... Maintenant que vous avez précisé le fond de votre pensée, tout va bien !

        On rencontre tellement d’idées préconçues à nos sujets que je suis plus que méfiante à la lecture de certains posts.

        Je suis d’accord que le terme cobaye n’est pas heureux, mais c’est le terme le plus communément employé pour toute expérience médicamenteuse en vulgarisation scientifique.

        Alors, maintenant je donne mon sentiment. Je me dis que les personnes qui vont recevoir le placebo, dans un tel cas, j’en ai froid dans le dos. Je prie simplement pour qu’il n’y ait pas de victimes...

        J’ai volontairement employé « sauver la planète » m’attendant à une réaction très négative. Sauver les personnes séropositives sera fantastique. Voilà. J’ai moi aussi rétabli le propos.

  • olivier1971
    olivier1971
    Enseignant-chercheur
    • Posté à 22h39 le 12/01/2012
    • Expert 124389
      Enseignant-chercheur

    @Alexandra75014
    Oui, vous avez parfaitement raison... Sur toute la ligne !
    Les transsexuelles MTF sont en majorité hétérosexuelles (j’en connais des lesbiennes tout de même) ; et les FTM sont aussi en majorité hétéros. Mais, la plupart de nos concitoyens continuent de refuser de le reconnaître. C’est bien le plus gros problème pour les transsexuels à qui, très souvent, le changement de sexe sur les papiers d’identité est refusé. Ce qui entraine une grande partie de ces personnes vers la prostitution, car sans papiers d’identité « en règle », pas de travail « honnête »... Grande hypocrisie, déjà, de la part des pouvoir publics sur la question.
    Par ailleurs, vous avez aussi parfaitement perçu l’hypocrisie complète qui se cache derrière ces prétendues belles intentions de tests de traitements !
    1. Non, les services hospitaliers ne vont pas « encourager » ouvertement les relations non protégées ? ? ! ! Non, bien sûr, jamais ! ! ! Ô grand jamais...
    Petit détail tout de même, il est bien précisé dans l’article que pour savoir si le traitement testé est bien efficace (et pour pouvoir comparer les résultats de contamination entre ceux qui reçoivent le traitement et ceux qui n’ont droit qu’au placébo), il faut tout de même que les cobayes (il n’y a pas d’autre mot) aient au moins 2 pénétrations anales non protégées dans le mois (alors si ça ce n’est pas un encouragement voilé, je ne sais pas ce que c’est).
    2. Quand bien même les homosexuels sont très touchés par la contamination du VIH, les hétérosexuels sont loin d’être parfaitement épargnés par ce fléau... Alors, pourquoi ne pas avoir des cobayes hétéros pour ce nouveau programme, puisque la grande question est bien de savoir combien de cobayes vont accepter de jouer à la roulette russe ? ? Mais, il serait peut-être mal vu (politiquement incorrect), vis-à-vis de ces braves gens sexuellement hortodoxes, de leur demander d’accepter d’avoir des rapports non protégés afin de voir les résultats de contaminations, avant d’être sûr que le traitement préventif est véritablement efficace ! !

  • webjoyz
    • Posté à 09h04 le 13/01/2012
    • Internaute 166029

    sans doute intéressant mais oh combien dangereux !
    il faudrait que cet essai et surtout les résultats soient conservés par des instances médicales !
    3% d’infection supplémentaire chaque année, effectivement c’est beaucoup trop !
    il ne faudrait surtout pas que l’on se mette à croire qu’une « prévention » pourrait suffire...
    le seul vaccin est le préservatif et encore il ne peut être garant à 100% de sa fiabilité... disons 99.999% et c’est déjà formidable ! !

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 09h20 le 13/01/2012
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !

    Et pourquoi ce ne sont que les gays et les trans qui s’y collent ? Le VIH fait aussi des ravages chez les hétéros non ?

    • ElNix
      ElNix répond à Autruchette
      Apprenti
      • Posté à 11h18 le 13/01/2012
      • Internaute 150680
        Apprenti

      « 48% des nouvelles infections chez les gays ». Or les gays ne représentent pas plus de 5% de la population masculine. Pour que l’étude soit intéressante il faut malheureusement qu’il y est des infections et mathématiquement il faut suivre moins de gays que d’hétéros pour avoir autant d’infections.

      Suivre les gays plutôt que les hétéros est plus économique.

      Je n’ai pas parlé des trans car je n’ai pas les chiffres qui vont avec mais la situation doit être similaire.

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