26/06/2011 à 12h18

Le « walk of shame » : cette (très) longue marche post-coïtale

Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89


Une rue de Paris la nuit, porte d’Orléans (foto_blog/Flickr/CC)

Il y a trois semaines, lors d’un déjeuner chez des amis, la jeune Morgane (tous les prénoms ont été changés), 20 ans, qui fait ses études dans une université anglaise, raconte à table les dernières anecdotes de son campus. Au dessert, l’une d’entre elles, nous fait beaucoup rire et encore dans la journée, en y repensant.

Son amie Mélanie s’est rendue à la soirée de fin d’année universitaire habillée de façon supra-suggestive – les vacances, ça se fête. Talons très hauts, décolleté jusqu’au nombril, jambes trois-quart nues. Madonna, période Erotica.

Ivre – les vacances, ça se fête –, Mélanie est rentrée un mec sous le bras, sans repasser par les vestiaires. Un oubli. Son manteau et son sac y sont restés. Ce soir là, elle a donc juste son portable sur elle, dans une poche.

Les pieds vernis et la gueule défaite

Après avoir fait l’amour (on doute que l’expression soit appropriée ici), dans sa chambre d’étudiant à lui, Mélanie sait qu’elle n’a pas envie de passer la nuit chez cet inconnu. Oui, c’est un inconnu, maintenant elle le réalise. Elle se tire : allez salut, à bientôt, hein.

Il est 6 heures du matin. Au contact du froid, l’acuité revient d’un coup sec. Mélanie réalise qu’elle n’a rien sur elle. Ni les clés de sa résidence. Ni argent. Elle s’agrippe à son portable. Son salut.

Elle passe dix coups de fils à ses « roommates ». Mais elles dorment comme des loirs immunodéficients, forcément – la fin d’année, ça se fête. C’est la catastrophe.

Mélanie seule dans le froid, les pieds vernis et la gueule défaite, erre sur le campus. A 9 heures, elle échoue à la cafétéria : elle ressemble à une star déchue et alcoolique qui ne retrouverait plus sa maison.

L’une de ses copines finira par se réveiller. Morgane termine l’anecdote par un : « Mélanie a vécu le “walk of shame” le pire de sa vie ». Le quoi ? « Walk of shame. » Ah oui, oui, bien sûr (on fait semblant de connaître l’expression pour ne pas passer pour une ringarde).

Le « walk of shame » inspire la pop culture américaine

L’expression est très connue dans les facs anglaises et américaines. C’est probablement dans ces dernières qu’elle a été inventée (en référence au « walk of fame », la promenade étoilée d’Hollywood). Il fallait bien un mot pour décrire ce phénomène bizarre : quand à l’aube, des dizaines d’étudiants circulent dans les couloirs des « dorms », les cheveux emmêlés et l’œil vide.

Le « walk of shame », c’est la marche post-coïtale, le trajet qui sépare l’appartement de son partenaire sexuel du sien.

A l’université de Connecticut, l’expression a inspiré une chanson « a cappella » sur un air de Simon & Garfunkel chantée par un groupe d’étudiants. Et un clip amateur non identifié.

Sur Internet, on trouve des kits walk of shame : celui d’Emily de Bask University, présenté sur son « vlog » et d’autres à 35 dollars (avec la robe en coton taille unique). Et sur Amazon, toutes sortes de « guides de survie » pour rester digne ces matins-là.

Quand l’affaire DSK éclate, le Daily News publie une photo de l’homme politique en pleine « perp walk » (marche du suspect) avec l’expression walk of shame écrite en grosses lettres blanches.

Le lendemain d’Halloween, le double walk of shame

L’expression est entrée dans le patrimoine de la « pop culture » américaine. On la croise dans la série « How I Met Your Mother ». Beaucoup de Français l’ont connue comme ça. (Voir la vidéo)

On en voit aussi dans les « teenage movies » de seconde zone ( « Sorority Boys »), ou dans les talk shows satiriques. Par exemple, dans son Daily Show, John Stewart présente le concept de « double walk of shame » que l’on peut traduire « walk of shame au carré » : celle qui a lieu le lendemain de la fête d’Halloween.

Les sous-vêtements sont sales. Les chaussettes humides

Pourquoi la honte ? D’abord pour des raisons pratiques. Vous l’aurez compris, celui ou celle qui fait son walk of shame a découché. Une fois dans la rue, il ou elle est habillé de façon inadéquate (les filles souvent encore plus que les garçons). Les sous-vêtements sont sales. Les chaussettes humides. « Le sperme coule entre les jambes », ajoute élégamment une trentenaire anonyme.

Marion, qui raconte sa vie amoureuse sur un blog, est plus polie :

« Vous pouvez toujours squatter sa douche, mais il n’aura ni eau micellaire, ni crème de jour, ni lisseur à cheveux, ni votre fond de teint “make-up for ever” qui s’applique au pinceau. Rien, que dalle, nada, pas de quoi être présentable. »

Puis au téléphone, elle raconte :

« Moi le matin, comme j’habite dans la banlieue lyonnaise, je devais prendre le bus de 10 heures pour rentrer chez moi. J’étais en mini-short à talons et j’avais l’impression que les vieilles dames et les mères de famille me regardaient bizarrement. Je ne sais pas si c’était le cas. »

Celui qui vit le walk of shame est en léger état de paranoïa, c’est normal.

Ça s’assume, et ça peut même devenir le « walk of pride »

Honte aussi, parce que dans les cultures les plus puritaines, on n’assume pas : en nous voyant, les gens peuvent imaginer ce qu’on a fait toute la nuit.

Mais la plupart des Françaises que j’ai interrogées ne voyaient pas très bien ce que le mot « honte » venait faire là-dedans.

Elles assument très bien cette balade matinale et ce qu’elle implique. Quelques-unes adorent ça, même. Et parlent de « walk of pride » dont les icônes pourraient être Audrey Hepburn dans l’ouverture de Breakfast at Tiffany’s (sublime dans les rues de New-York en robe longue et collier) ou cette jeune femme en tenue de soirée dans le métro parisien, en 1947.

Ces filles que j’ai interrogées préfèrent mille fois marcher seules à l’aube que d’inviter un mec chez elles. Comment s’en débarrasser après ?

« Pas besoin de s’accrocher au mec après, comme un panda »

Chez Eloise, 27 ans, le walk of shame procure en fait un sentiment de liberté :

« Le walk of shame est le signe qu’on est allé chez l’autre, pas que l’inconnu a squatté son lit douillet.
Ça, pour moi, c’est intolérable parce qu’une fois qu’il roupille dans mon
lit, c’est impossible de le déloger. Or, je n’aime pas dormir avec l’inconnu, ou le plan cul.

Ça surprend les mecs, qui, bizarrement, nous considèrent encore comme des romantiques qui ont besoin de s’accrocher à eux toute la nuit après avoir baisé, comme des pandas à leur tronc de bambou.

Sortir en pleine nuit de chez un mec avec qui je n’aurai plus
jamais affaire me procure un sentiment de liberté. »

Sa première expérience la fait encore rire :

« Je crois que mon premier walk of shame remonte à ma première fois. Des l’adolescence, j’ai compris que la vision romantique de la première fois avec son petit copain de lycée inexpérimenté dans le lit des parents qui sont au théâtre, c’était pas pour moi.

Un soir, dans un bar, je rencontre un groupe d’étudiants en médecine. L’un d’entre eux était beau.

Je suis rentrée le lendemain. Le problème, c’est qu’à cet âge-là, le walk of shame n’est pas discret. Je suis rentrée fraîche comme une rose (mais une qui aurait été coupée trois semaines avant et qu’on n’aurait pas arrosée), le maquillage flou, les cheveux en pagaille, le cerne violet bien épanoui.... pour retrouver ma mère avec qui je partais en voiture en Espagne en tête à tête pendant une semaine. »

Sylvie, la quarantaine, se souvient avoir volé quelques billets dans les poches de son amant de la nuit (qui ronflait) pour rentrer chez elle en taxi. Elle le raconte, encore réjouie par son insolence. Pas du tout honteuse.

Quand le trajet retour tourne au walk of dépression

Mais mieux vaut aller bien pour encaisser le walk of shame. Il peut être impitoyable : l’après orgasme, l’aube et ses questions existentielles, la solitude. Anaïs :

« Tout dépend du mec et de comment ça s’est passé. Si tu t’es sentie comme une chose, pas respectée, que le mec n’a pensé qu’à lui, que ce n’était pas un échange... tu te sens blasée et tu fais un peu le bilan de ta vie. »

Sophie se souvient de ce mec qui n’a même pas fait semblant de prendre son numéro le matin, et qui n’avait pas l’air intelligent à la lumière du jour. En minijupe et talons hauts de 10 cm dans le métro, elle riait de désespoir et d’autodérision. En rentrant, elle a trouvé un message de lui sur Facebook, et ça a un peu regonflé son ego.

Une autre se rappelle qu’un jour elle s’est mise à pleurer dans la rue, sans raison, au milieu des cadres dynamiques frais en costard cravate et tailleur uni. Elle se souvient : « L’alcool, la fatigue, j’ai eu un coup de tristesse. Dans ces moments-là, ça sort tout seul. »

Les hommes aussi ont leur walk of shame

Les garçons aussi peuvent mal le vivre. Ils sont plus touchés par la dimension psychologique du « walk of shame » (le côté propreté et vêtements inadéquats les touche moins, on l’a déjà dit). Paul, 34 ans, voyait une fille régulièrement qu’il n’aimait pas vraiment. Pudique :

« A chaque fois que je sortais de chez elle, j’avais le moral dans les chaussettes. Conscient que je n’aimais pas cette fille et que j’étais venu pour des mauvaises raisons. »

Tandis que Bixente raconte et c’est peut-être l’une des meilleures anecdotes :

« En Espagne, hyper bourré, plein d’absinthe, je chope une
meuf pas belle, grosse. Je passe la nuit chez elle.

Le lendemain matin, je me barre vite et sur le pas de la porte, elle me tend mon portable qui est tombé de la poche de mon jean’s et un billet de 50 euros. Pendant tout le chemin du retour jusqu’à chez moi, je me demande d’où sort ce putain de billet, et je me suis douché deux fois, j’étais pas très bien, j’avais un peu honte. »

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  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 12h36 le 26/06/2011
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Et en exclusivité , voici vingt ans après, le portrait des mêmes « walk of shame » qui se sont rangés des voitures.

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 12h41 le 26/06/2011
    • Internaute 79165
      Fou du volant
  • Fonction phatique du langage
    • Posté à 12h46 le 26/06/2011
    • Internaute 106156

    Je suis très surprise de lire que des hommes éprouvent parfois ce walk of shame... mais à vrai dire aussi surprise que je l’avais été lorsque j’avais appris que c’était une sensation relativement courante chez les femmes : où l’on mesure à quel point les femmes (certaines, en tout cas) ont intériorisé le système essentiellement masculin des valeurs vouant la femme à la pureté et à la chasteté.

    Au passage, contrairement à ce que soutient l’auteure de l’article et si les mots ont un sens, un walk of shame est, par nature, très différent d’un walk of pride.

    Cela m’est beaucoup arrivé de me faire un mec (ou des filles) pour la nuit, à l’occasion de baiser toute la nuit (mais pas très souvent : les faits sont têtus, camarades), même si je me suis beaucoup assagie depuis.

    Et alors ? Et alors, certaines fois c’était bien, d’autres moins, parfois carrément calamiteux (mais, à tout prendre, pas si souvent que ça). Pas de quoi avoir honte. Dans les pires des cas, je me suis dit que j’avais un peu perdu mon temps et que la journée suivante serait difficile. Pas de quoi être fière non plus, même quand ça s’était très bien passé et que la journée suivante serait également difficile : juste extrêmement satisfaite.

    Honnêtement, mettre de la honte ou de la fierté là-dedans, c’est vraiment mettre du moralisme, très différent de la morale, là où il n’a rien à faire, si tant est que le moralisme ait jamais quoi que ce soit à faire où que ce soit.

  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 12h54 le 26/06/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    Comprends pas.
    On doit avoir une image parfaite vis à vis de l’extérieur, quoique l’on fasse de son corps et de sa vie. On ne peut pas être mal jugé par le regard des autres, c’est trop insupportable. C’est ça ?
    Cette nouvelle culture de la perfection nous tuera tous, nous ne sommes pas des machines, nous sommes tous différents !
    Parfois on est mal, moyen, crade, con, mais non c’est intolérable de passer par ces états, faut vite revenir dans le monde du paraitre des conventions sociales panurgesques.
    C’est comme au boulot, plus personne ne fait d’erreur, tout le monde dissimule le vrai pas beau sous le tapis en douce. Faut que personne ne le sache.
    Ouvrez l’issue de secours, j’étouffe.

  • Juggernaut
    Juggernaut
    intello précaire ?
    • Posté à 12h54 le 26/06/2011
    • Internaute 93472
      intello précaire ?

    Comme quoi, les filles ont largement dépassé les mecs dans le genre glauque. hardi compagnons mâles, nous sommes les derniers tenant du romantisme !

  • pelicano
    pelicano
    intermittent
    • Posté à 12h56 le 26/06/2011
    • Internaute 156246
      intermittent

    Par pitié, ne mêlez pas Audrey Hepburn, le Génial Blake Edwards et encore Henry Mancini à vos turpitudes, Merci.

  • Man_Dong
    Man_Dong
    étudiant
    • Posté à 13h01 le 26/06/2011
    • Internaute 141559
      étudiant

    Moi j’ai me bien l’image de la femme qui serait un panda accroché à son tronc de bambou...

  • iJer
    iJer
     ? ?
    • Posté à 13h13 le 26/06/2011
    • Internaute 63550
       ? ?

    Très amusant, je me sens moins con d’un coup.
    A lire au réveil, un dimanche matin à 13h, au fond de sa couette, on mesure mieux son bonheur...

    (- :

  • Sentenza84
    Sentenza84
    étudiant
    • Posté à 14h04 le 26/06/2011
    • Internaute 106332
      étudiant

    J’ai eu moi-même quelques « walks of shame » avec toujours la peur de croiser une connaissance, voir un membre de la famille et de devoir trouver une explication au fait qu’on erre dans la rue un dimanche matin avec une haleine de cow-boy et les yeux en trou de pine.

    J’ai toujours trouvé le réconfort dans mon I-pod, je trouve que l’écoute de goodbye stranger de supertramp facilite la walk of shame.

    Autre technique qui marche bien pour mieux vivre la WofS se rendre à la buvette des halles. on est sur d’y rencontrer d’autres personnes dans la même situation, l’effet de groupe diminue la honte.

  • GaiusMarius
    GaiusMarius
    Latiniste en voie d'extinction
    • Posté à 14h20 le 26/06/2011
    • Internaute 137924
      Latiniste en voie d'extinction

    Encore un article mal construit qui démontre que le walk of shame n’en est pas un en France parce qu’on éprouve pas vraiment de honte. Encore un article qui démontre qu’importer des concepts débiles des États Unis pour faire branché n’a aucun intérêt, et qu’il faut tordre les mots et leur sens pour y faire entrer la réalité.
    Le plus gros problème à mon avis, c’est qu’à force d’utiliser des expressions toutes faites, on va finir par en intérioriser le sens et pour le coup finir par bien la ressentir, cette honte !

  • Tormante
    Tormante
    Faulosophe.
    • Posté à 15h53 le 26/06/2011
    • Internaute 100540
      Faulosophe.

    C’est amusant, juste après avoir lu cet article, j’ai lu celui-ci :
    Lien

    Deux articles qui parlent de la rue, mais pas du tout de la même manière.

  • zimm
    zimm
    consultant
    • Posté à 18h16 le 26/06/2011
    • Internaute 116661
      consultant

    Je ne peux pas croire qu’a l’inverse,une ivresse legere d’un amour naissant quand on est reparti chez soi parce qu’il est peut etre trop tot par exemple pour se reveiller a deux,ce sentiment de legerete,ce sourire un peu niais (la banane quoi) que votre barman favori remarques aussi sec et qu’il ponctue d’un cordial « ah ben t’as pas l’air de t’etre ennuye toi ! » sans plus parce que on se connait bien et qu’on est courtois ca existe ?

    Enfin moi je veux bien faire 10 walk of shame pour retrouver le sentiment leger du petit matin amoureux (un peu tout simplement)
    Je me souviens meme avoir eu envie de danser dans la rue et l’avoir fait (esquisser tout seul quelques pas dansants) sans craindre le regard des passants qui etaient plutot bienveillants d’ailleurs comme cela m’arrive d’etre content quand quelqu’un est content juste comme ca...pour rien ou si peu...

  • Perkolator
    Perkolator
    Fatigué de naissance
    • Posté à 01h08 le 27/06/2011
    • Internaute 156183
      Fatigué de naissance

    C’est un article sur la sexualité ou sur l’abus d’alcool et ses conséquences ?

  • La_Mouche Du_Coche
    La_Mouche Du_Coche
    Dépasse les borgnes (du côté de (...)
    • Posté à 22h49 le 27/06/2011
    • Internaute 147122
      Dépasse les borgnes (du côté de (...)

    Si j’ai bien compris, elles ont honte de se promener décoiffée.