16/12/2010 à 12h26

Et si les hommes cachaient eux aussi leurs seins à la piscine ?

Camille | Mauvais genre


Lorsque j’ai appris que les Tumultueuses, ce groupe de féministes qui nagent seins nus dans les piscines, planifiaient mercredi soir une nouvelle action dans une piscine parisienne, j’ai voulu voir par moi-même la réaction des nageurs, nageuses, surveillants et policiers devant ces seins qu’on ne saurait voir.

Rendez-vous est pris dans un bar proche de la piscine visée pour communiquer le plan de bataille. Une quinzaine de filles et quelques hommes seront de la partie pour cette action d’un genre nouveau : au lieu d’entrer dans la piscine et d’enlever directement le haut pour nager seins nus parmi les autres nageurs et nageuses, les Tumultueuses, armées de hauts de bikinis, vont cette fois interpeller les nageurs pour leur signaler « qu’ils ont oublié de mettre leur haut », arguant que « c’est indécent d’exhiber ainsi leurs seins ».

Un minuscule haut de bikini ou une brassière taille maousse

Les actions précédentes s’étaient terminées deux fois sur quatre par l’arrivée de la police. « Mais cette fois-ci, je ne pense pas que la police viendra », me dit l’une d’elles, « parce qu’on ne commencera pas par être seins nus ». Prenons les paris, donc.

Une fois les Tumultueuses entrées, les premiers hommes apostrophés réagissent très positivement. « C’est normal, vous avez raison, je suis d’accord avec vous ». Et ces nageurs d’enfiler qui un haut de bikini triangulaire minuscule, qui une brassière taille maousse. Quelques-uns argumenteront que « ah non, pour être à égalité, c’est à vous d’enlever les vôtres ». C’est pas faux.

Il fallait donc voir la moitié des nageurs de cette piscine, retournant à leur entraînement comme si de rien était, enchaîner les longueurs en deux-pièces. « En fait, je me sens beaucoup plus sexy avec que sans », me dira l’un d’eux.

« Mettez-vous à poil tant que vous y êtes, c’est dégueulasse »

La suite est moins drôle. Quand la porte-parole du groupe commence à lire son discours au mégaphone, troublant cette fois la quiétude du lieu (jusque-là l’ambiance était très tranquille), l’un des deux maîtres nageurs s’énerve franchement et la poursuit autour du bassin, poussant légèrement celles et ceux qui voulaient lui barrer la route.

Le mégaphone est confisqué, le groupe refuse de s’en aller sans l’avoir récupéré, et la discussion s’échauffe quelque peu... Le maître nageur finit par appeler la police pour que les militantes « s’expliquent », tout en trouvant leurs seins nus « ridicules ». « Ben mettez-vous à poil tant que vous y êtes, c’est dégueulasse. »

Le temps de distribuer quelques tracts, et voilà qu’arrivent les forces de l’ordre, qui n’auront pas pris le temps d’enlever leurs belles rangers noires avant de fouler les abords du bassin (à quand une police des piscines équipée de rangers-tongs ?).

Les agents, dont je salue au passage le sang froid, calment le jeu, s’enquièrent du pourquoi du comment de ces revendications et si le débat se heurte rapidement à un mur (« Les seins, c’est de l’exhibition sexuelle, c’est la loi »), les policiers se rendent compte que le plus énervé, c’est le maître nageur, et lui font rendre illico le mégaphone à son propriétaire (« Monsieur, c’est du vol ce que vous avez fait, c’est trois ans de prison »).

Montrer ses seins, de l’exhibition sexuelle ? Une interprétation

A la sortie de la piscine, les agents relèvent quelques identités (« Parce qu’on est obligés de relever les identités quand on se déplace en mission, mais il ne vous arrivera rien ») et tout le monde peut quitter les lieux.

« Tu vois, c’était pas un canular finalement », dit l’un d’eux à son collègue. « Non, je savais bien que c’était une mission pour notre collègue R., on aurait dû l’envoyer, il se serait noyé en voyant ça, y avait du 85 A au 110 D ».

Le débat sur la loi reste entier, car celle-ci dit :

« L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. »

Dire que les seins sont sexuels relève donc de l’interprétation.

Conclusion : les nageurs sont ouverts d’esprit, les flics sont zen et rétablissent le calme, et les profs d’aquagym trouvent les seins ridicules. Et il est plus facile de mettre sous contrôle les seins des hommes que de libérer ceux des femmes.

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  • thierry reboud
    • Posté à 12h37 le 16/12/2010
    • Internaute 20923

    Les seins des hommes sont-ils des objets de désir pour les femmes hétérosexuelles et pour les hommes homosexuels ?

    (C’est une vraie question, hein, il n’y a pas de piège...)

  • emiboot
    emiboot
    Mammifère
    • Posté à 12h39 le 16/12/2010
    • Internaute 81944
      Mammifère

    Par tous les seins.
    J’aimerais comprendre pourquoi c’est « dégeulasse » d’être topless pour une femme, mais toléré d’être en bikini minimaliste. J’aimerais comprendre pourquoi on fait un flan de protubérance mammaire, cet amas de graisse, de cellule lactée et de muscle porté par la moitié de la population mondiale, mais qu’on ne trouve pas très choquant les mêmes protubérances exposées à la tv à une heure de grande écoute.
    C’est sûr, le maillot ça cache tout.

  • rafalo
    rafalo
    trouveur
    • Posté à 12h44 le 16/12/2010
    • Internaute 92996
      trouveur

    Je ne comprends pas en quoi nager seins nus sert la cause féministe ? Est-ce que les Tumultueuses revendiquent l’égalité TOTALE des hommes et des femmes ? Je pense qu’il y a des différences qu’on ne pourra jamais nier (comme les seins par exemple, et le fait que c’est sexuel est également dur à nier).

  • bibimbap
    bibimbap répond à emiboot
    en travaux
    • Posté à 12h45 le 16/12/2010
    • Internaute 86441
      en travaux

    Le problème n’est pas tant de cacher / montrer la forme des seins (on est bien d’accord, la plupart des maillots de bains laissent peu de place à l’imagination) que de penser ce que « signale » un sein nu : dans ma propre expérience, et dans celle, je pense, de nombre de mes semblables, mes seins sont nus lors d’un rapport sexuel (ou chez le gynéco, mais bon). Du coup la nudité complète m’évoque immédiatement un contexte sexuel. D’où le fait que oui, ça me mettrait mal à l’aise d’être entourée de femmes aux seins nus à la piscine.

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 12h48 le 16/12/2010
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    -« Et si les hommes cachaient leurs seins à la piscine ? “

    Cette démarche rejoint (involontairement) celle de certains ‘nageurs’ qui voudraient que les hommes portent à la piscine des bermudas, des boxers ou des shorts de bain.

    Ces mêmes qui voudraient que les piscines publiques pratiquent la ségrégation sexuelle ( hommes & femmes séparés).

    Certaines municipalités cèdent - hélas - à ces requêtes ...

  • sot6son
    sot6son répond à bibimbap
    Pâtre apatride
    • Posté à 12h52 le 16/12/2010
    • Internaute 120134
      Pâtre apatride

    Cet article ressemble beaucoup à une réponse à un article de Chloé Leprince du 2 août Lien
    Et mon avis n’a pas changé, c’est toujours :
    « La liberté c’est dans le choix d’agir comme on le souhaite, hors des diktats politiques, économiques, sociaux ou culturels.
    Evidemment que topless ou non c’est pas l’emblème d’une liberté acquise ou perdue, ça ne reste qu’un point de détail. Mais l’évolution qu’on constate (généralisation du topless de 68 aux années 90, retour au maillot couvrant dans les années 2000) dans son ensemble est assez symbolique d’un retour global aux “valeurs traditionnelles” dont la pudeur n’est qu’un cache...sexe justement.

    On se place sur des univers différents, mais c’est un peu le même problème qui se pose avec le retour des discours religieux de tous bords sur la scène publique, la radicalisation des propos concernant l’immigration, les demandes de “moralisation” récemment notées dans le sport, les nombreuses interdictions pour motifs sanitaires (tabac, alcool, nourriture bientôt),... toutes ces petites choses, en apparence indépendantes, qui créent un climat de tension et de pulsions rétrogrades. On force le citoyen moyen à adopter un mode de vie “ultrasain” selon les critères que la publicité, les medias et les politiques veulent nous renvoyer. Toute la sphère du “négligé” et de l’interdit est renvoyée à la sphère privée et se communique dès lors de manière plus brutale : la laïcité devient un “combat” là où elle était une valeur, la consommation stigmatisée du cannabis a laissé la place à la consommation dissimulée de la cocaïne (forte progression depuis les attaques frontales du clan Sarko sur le THC), etc. Tout est fait pour opérer la rupture, la cassure brutale, souligner la division. Tout ça sous une chappe de plomb prétendûment “morale” qui n’est qu’un prétexte à l’établissement d’une société policée, surveillée...

    Bref je m’égare, mais les femmes sont victimes de cette évolution des genres où la condamnation du sexe et de la sexualité apparente a multiplié le nombre de pervers et fait le bonheur des sites porno. La vraie émancipation de la femme passerait par un changement global des mentalités où l’égalité des choix est normale, pas imposée comme un dogme. Là réside toute la difficulté dans une société où les rapports humains sont construits par la communication (corporate, gvt, médias), et que celle-ci va totalement à l’encontre de ces préceptes. »

  • Jerome_B
    Jerome_B répond à Dadourunrun-
    • Posté à 12h55 le 16/12/2010
    • Expert 81512

    Ils vous ont fait quoi les naturistes ? ça vous dérange en quoi un sein ? Qu’est ce que ça a de sexuel d’abord ? ? ? ? ?

    En Suisse, les nageurs (dont je fais partie) se changent librement dans les vestiaires des piscines (bon, hommes et femmes sont séparés, évidemment). Serait-ce de l’exhibition sexuelle au regard de la loi française ? ? ? ? ? ?

    Au XXIème sciècle, on devrait quand même en avoir fini avec cette pudibonderie ridicule ......... et très culturelle d’ailleurs ..... pas sûr qu’on fasse autant d’histoires en scandinavie ou au nord de l’allemagne .......

  • streetninhtyeight
    streetninhtyeight
    étudiante
    • Posté à 12h56 le 16/12/2010
    • Internaute 134500
      étudiante

    Personne n’approuve cette action alors ? c’est bien triste. En quoi est-ce féministe de pouvoir aller à la piscine les seins à l’air ? et bien parce qu’être féministe c’est se réapproprier son corps, être féministe c’est montrer que si les hommes passent leur temps à mater les seins des nanas qui s’étalent sur les abribus, il serait bien étrange que comme ce bon maître nageur ils trouvent ça dégueu de voir de vrais seins, être féministe c’est affirmer que le corps d’une femme n’est pas qu’un objet de désir, que les seins ne sont pas là, uniquement, pour rendre ces messieurs contents.

  • Azza
    Azza
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 12h58 le 16/12/2010
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Ca va se finir avec des piscines a theme :

    Lundi soir : seins nus pour tout le monde
    Mardi : seins caches pour tout le monde
    Mercerdi : tout le monde a poil
    Jeudi : tout le monde en combi plongee integrale
    Vendredi : on nage dans le noir
    Samedi : on nage en cuissardes
    Dimanche : on nage pas du tout (parcequ’apres six jours, on est fatigue, surtout que nager en cuissardes, bonjour les courbatures !)

  • Éric  Perrin
    Éric Perrin répond à Camille
    Ginkonaute
    • Posté à 13h05 le 16/12/2010
    • Internaute 51185
      Ginkonaute

    Bah je pense qu’elles ont raison au fond, au début le mono-kini sur les plages paressait scandaleux et puis c’est devenu très banal ensuite.

    Ça s’appelle l’évolution des mœurs.

  • Jooe
    Jooe
    étudiant
    • Posté à 14h35 le 16/12/2010
    • Internaute 97691
      étudiant

    A la piscine où je vais, en période estivale, beaucoup de femmes sont topless pour le bronzage. Alors certes, elles ne le sont pas dans le bassin mais il me semble que ça n’a pas de connotation sexuelle dans l’esprit des gens qui fréquentent la piscine. Ni exhibition, ni voyeurisme, c’est devenu naturel pour la « plupart » des gens.

    C’est une question d’habitude, de pratique, de convention. D’où le fait qu’il y ait des espaces à conquérir.

  • phroz
    phroz répond à Camille
    it's aliiiive !
    • Posté à 17h21 le 16/12/2010
    • Internaute 115548
      it's aliiiive !

    C’est là le point central du débat.

    Il faut accepter le principe que les seins sont des organes sexuels secondaires dont la stimulation participent à l’excitation sexuelle, chez les hommes comme chez les femmes.

    Donc que la vision d’un sein, masculin ou féminin, soit susceptible de susciter du désir chez les hommes comme chez les femmes et que cette vision ne soit pas plus (ou moins) décente qu’il s’agisse d’un sein d’homme ou de femme.

    Partant de là, sur la base du principe d’égalité, soit hommes et femmes se couvrent les seins, soit on accepte que chacun dispose de son corps comme il l’entend et soit libre, homme comme femme, de montrer ses seins ou pas.

    Le reste est affaire de savoir-vivre et de respect.

  • Qûr Tharkasdóttir
    Qûr Tharkasdóttir
    Décédée (sur R89). Bien le (...)
    • Posté à 12h39 le 17/12/2010
    • Internaute 100260
      Décédée (sur R89). Bien le (...)

    Ah, la France des contrastes laïques ! Il y a quelques hivers de cela, Musée du Quai d’Orsay, gros public dans les salles à l’étage, je me repose sur une banquette. Près de moi, un petit couple qui semblait un peu provenir de la France rurale profonde, avec leur nouveau-né que la fille décide d’allaiter. Un instant après, on se serait cru aux Etats-Unis : un garde imbu de son uniforme, sans doute le grand frère du maître-nageur de l’article, lui tombe dessus et l’engueule devant tout le monde, soi-disant pour l’atteinte qu’elle commettait à la décence.

    De toute évidence, pour le médiocre de service, le bébé aurait dû rester sur sa faim, ou la fille se réfugier dans les toilettes pour le nourrir. Ou mieux encore, quitter le musée, sous la neige. Il aura fallu l’intervention de la soussignée, par engueulade également et en pointant du doigt les nénés à tous vents, sur toile ou en pierre, pour que le garde, la queue entre les pattes, retourne à sa niche et qu’un semblant de soulagement civilisé retombe sur la salle. La fille, passée sa frayeur, remercie.

    Mais si personne n’était intervenu ? Pas pour me glorifier, mais pour insister sur le fait que trop souvent, dans des cas de racisme intempestif et d’abus de pouvoir, pas seulement quand des seins sont mis à nu, ce qui « leur » permet de faire ce qu’ils veulent, c’est que le public reste muet.

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