11/11/2010 à 18h28

Antisexe ou caressant, has-been ou viril, le poil repoussera-t-il ?



Nous célébrons ce jeudi et pour la seconde année, le 11-Novembre sans poilus, et c'est bientôt sans poilues qu'il faudra le fêter. Un constat édifiant auquel on se résout en lisant les forums ados ou la presse people : le poil disparaît et l'arborer, c'est désormais entrer en résistance.

L'inénarrable Stéphane Rose parvient lui aussi (brillamment) à cette conclusion dans son livre « Défense du poil - Contre la dictature de l'épilation intime ». Entretien.

Camille : Quand as-tu commencé à réfléchir au poil comme un sujet engageant, sinon politique ?


« Défense du poil » par Stéphane Rose.

Stéphane Rose : Pour être honnête, mon point de départ n'était ni engagé, ni militant : c'est juste le constat frustré d'un mec qui aime les poils pubiens, et qui à chaque fois qu'il découvre un nouveau sexe de femme, tombe sur un sexe épilé. J'ai donc cherché à comprendre pourquoi.

J'ai commencé, pour m'amuser, à mener une enquête sommaire dont les conclusions m'ont tellement effrayé que j'ai voulu en faire un livre.

En découvrant que l'épilation était utilisée comme une arme par diverses forces oppressantes et aliénantes pour l'humain (pornographie, presse féminine, industrie cosmétique, hygiénisme...), mon point de vue est devenu politique et engagé.

Penses-tu que les sexes tout épilés se veulent un rappel de la pré-puberté ?

Non, car ce serait nier l'érotisme bien réel du sexe glabre. On peut très bien s'épiler en s'inscrivant dans une démarche érotique visant à s'offrir de nouvelles sensations et/ou en offrir à ses partenaires.

Mais, puisque le poil est un signe de la maturité sexuelle, s'épiler durablement et définitivement (comme c'est le cas quand on le fait au laser) signifie, il me semble, renoncer à cette maturité, bref devenir un perpétuel enfant.

Ce qui va bien dans le sens des courants hygiénistes qui nous contraignent à combattre les poils, mais aussi les rides, le gras et tout ce qui égratigne l'idéal juvénile associé au corps désirable.

Ton point de vue concerne l'épilation des femmes... Que dis-tu de l'épilation des hommes ?

De plus en plus d'hommes s'épilent par soumission à l'idéal fascisant du corps lisse, exactement comme le font les femmes.

Mais pour les hommes, c'est moins manifeste, car beaucoup tiennent toujours à leurs poils en tant que symboles de leur virilité. La preuve : pour vendre une gamme de produits dépilatoires exclusivement réservés aux hommes, la marque Gillette utilise le slogan : « Trees look taller when there's no underbrush » (les arbres ont l'air plus grands sans fougères à leur pied).

Bref, pour les convaincre de renoncer à l'un des signes de leur virilité, on agrandit encore plus l'ultime signe de leur virilité, leur quéquette !

On sait tous que le nerf optique est le nerf le plus long du corps humain... « Tire-toi un poil de cul, tu vas pleurer ! » Ce qui m'amène une question pratique : le poil de cul qui se coince, c'est quand même un frein à la pénétration anale, non ?

N'exagérons rien : un poil n'est pas une barrière insurmontable. Et quand bien même, je préfère un poil qui barre la route qu'un orifice rendu totalement accessible par soumission aux lois d'une pornographie pensée par les hommes à destination des hommes, qui n'a de cesse de réduire le corps de la femme à ses orifices.

Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'épiler, demain elles procéderont toutes à de la chirurgie esthétique pour se faire enlever les bouts de lèvre qui dépassent (pratique de plus en plus à la mode).

C'est bien de vouloir ressembler à un trou, mais il y a plein d'autres choses intéressantes, pour titiller le désir.

[Cette question versait plutôt du côté de la pénétration anale masculine, ce qui a occasionné quelques discussions passionnées sur Twitter où, si tout le monde n'est pas d'accord, le consensus se fait sur l'utilité du lubrifiant, ndlr].

Un sexe épilé, c'est aussi tout doux et on a moins de poils coincés entre les dents lors du cunnilingus. Tu n'es pas de cet avis ?

Non. Je ne trouve pas toujours ça « tout aussi doux ». Parfois oui, parfois non. Un sexe épilé est doux quand il est bien épilé, et seulement deux ou trois jours après l'épilation. Un sexe rasé est quant à lui plus irritant qu'une barbe de trois jours. Alors que certains pubis soyeux offrent une caresse plus douce que celle du velours.

Quant au poil entre les dents, même réponse que pour le poil qui bouche l'entrée de l'anus. Vos questions témoignent, il me semble, d'une sexualité qui se résume aux parties génitales, omettant le reste de la géographie du corps, pourtant siège de mille et une réjouissances potentielles.

Ta barbe est-elle un moyen de cracher le poil à la face de tes interlocuteurs ?

J'ai laissé pousser ma barbe, à l'époque, pour faire plaisir à mon ex-amoureuse, qui aimait les hommes barbus. En échange, elle accepta de ne plus se ratiboiser la chatte.

Cette barbe étant le signe d'un pacte érotique entre deux amants bien résolus à transgresser les dogmes établis, je la porte aujourd'hui en effet de façon politique.

Un de mes petits plaisirs déviants consiste d'ailleurs à me faire insulter sur les sites de rencontres échangistes parce que je la porte !


Merci à Stéphane pour ses réponses au poil (non, je n'ai pas pu résister). Comme toutes les modes, cet engouement sera passager, et en extrait du livre, je reprends ici une citation de Laetitia Casta, qui a un discours très féministe sur le poil :

« Vous allez voir, ça va revenir à la mode, les poils. Elles vont être bien emmerdées, celles qui se sont fait épiler définitivement. »

Concluons en musique par une ode au poil extrait de la comédie musicale « Chienne » d'Alexandre Bonstein, majestueusement interprétée par Isabelle Ferron. (Voir la vidéo)

Illustration : « L'Origine du monde », tableau de Gustave Courbet (Wikimedia Commons)

  • 232569 visites
  • 342 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • speedy38-
    • Posté à 18h46 le 11/11/2010

    C'est un article au poil ! ! !

    Quelle importance d'avoir ou non des poils ? C'est naturel après tout.

    Personnellement je suis barbu... Lors d'un cunnilingus ça n'a jamais fait velcro...

    Je suis même sorti dans ma jeunesse avec une fille superbe, relativement glabre, mais qui avait quelques poils... sur les aréoles ! ! !

    Après la tétée, il fallait faire peuteupeuteu pour recracher les poils qui étaient partis, mais ça faisait partie du jeu...

    C'est surtout la relation intime qui compte, l'ensemble.

    Les poils, c'est secondaire, seuls les cons et les connes s'y intéressent et fantasment sur leur présence ou leur absence... en passant à côté de l'essentiel.

  • DISASTROUS
    DISASTROUS
    artiste assez maladroit
    • Posté à 19h04 le 11/11/2010
    • Internaute
      artiste assez maladroit

    Petite anecdote. Les extrême orientaux, surtout les Japonais, sont plutôt glabres et le poil représente un surcroît d'érotisme. Il y a de celà quelques siècles, j'étais professeur aux Bx Arts dans une riante ville du Sud où il y avait une « Place des Poilus » Une de mes élèves, Japonaise, fut tout à fait marrie & désolée le jour où je lui expliquai la raison de l'intitulé de la dite place, alors que je lui demandais d'en tracer un relevé. Pendant des années elle avait pensé qu'en France on glorifiait les hommes velus, à tel point de leur dédier des espaces publics !

  • sevinilud
    sevinilud répond à framboise92
    GAULOIS
    • Posté à 20h48 le 11/11/2010
    • Internaute
      GAULOIS

    je préfère la mode du glabre. en effet, certaines personnes, par ailleurs fort avenantes, sont dotées d'une pilosité...abondante, si luxuriante que lorsque j'en approche mon visage, mon esprit me joue des tours et une panique insensée me submerge. j'ai beau lutter, je ne peux m'empêcher de chercher la bête tapie dans cette jungle, prête à m'agresser ou bien les jours fastes, j'ai l'impression de faire une gâterie à fidel castro. un enfer, je vous dis.

  • sevinilud
    sevinilud répond à Camille
    GAULOIS
    • Posté à 20h53 le 11/11/2010
    • Internaute
      GAULOIS

    bon, sérieux, je vais vous dire pourquoi je me rase. fana de vélo le plus souvent en montagne, ma pilosité...du bas me gêne énormément, transpiration, macération, tout celà peut engendrer des irritations qui deviennent insupportables au fil des kilomètres. donc, rasibus en bas, en haut et au milieu.

  • ibn
    ibn
    • Posté à 07h45 le 12/11/2010

    Le poil c'est moche, et pas du tout hygiénique chez l'un ou l'autre sexe !
    Franchement vous les trouvez sexy nos cousins les singes ?
    Heureusement, les lasers ont résolu ce problème !
    Hélas, nous sommes entourés de fénéants de l'arrachage du poil parasite surtout les hommes qui veulent faire croire que c'est sexy de porter une barbe de 3 jours de SDF !

  • Camille
    Camille répond à sevinilud
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 09h04 le 12/11/2010

    Je me permets d'insister sur le fait que je n'ai pas d'avis sur la pratique intime des gens : ils font ce qu'ils veulent et plus il y a de variété, plus c'est sympa. Tant mieux s'ils sont libres de s'épiler, de ne pas le faire, de le faire mais juste un peu, etc.

    Par contre j'ai un avis sur la contrainte sociale qui fait qu'on insulte les femmes, voire des ados, (voire les hommes sur les sites libertins comme l'explique Stéphane Rose dans son livre) qui « osent » ne pas être « parfaitement glabre » (lisez le premier lien de l'article,je le trouve flippant).

  • Darkoflex
    Darkoflex
    Piéton
    • Posté à 10h02 le 12/11/2010
    • Internaute
      Piéton

    J'ai moi-même mené mon enquête auprès de mes collègues essentiellement féminines dans mon écosystème socioprofessionnel (santé) et il en est ressorti que les femmes de 20 à 28 ans estiment qu'un homme qui n'entretient pas sa pilosité comme elles le feraient (aisselles, torse, pubis) ne finira jamais dans leurs lits.
    A l'inverse, les hommes glabres n'intéressent que très moyennement les femmes à partir de 30 ans qui n'y voient qu'un signe de manque de maturité (on ne parle pas de virilité) et de coquetterie mal placée. Elles se sentent de plus mal à l'aise face à un homme éventuellement plus lisses qu'elles.
    My two cents

  • Vortexrom
    • Posté à 11h44 le 12/11/2010

    C'est marrant parce qu'en Chine et au Japon, c'est tout le contraire. Dans les pornos Japonais on ne voit jamais de sexe rasé comme dans les films occidentaux, la pilosité est parfois très abondante ! Un rapport avec la législation sur le porno (tout du moins au Japon ? )

    Sur un marché de Shanghai, j'ai réussi à dénicher un livre de photos érotiques chinoises assez récent, la plupart des modèles n'ont pas le sexe intégralement rasé (mais il a l'air bien entretenu et assez appétissant) et certaines ont même des poils sous les bras !
    D'ailleurs un nombre assez conséquent de chinoises ont du poil sous les bras et l'affichent sans complexes ; et il s'agit souvent de jeunes.
    Sur certains forums chinois, il se dit que les poils sont une barrière à la saleté, réduit la possibilité d'infection.

    L'auteur aurait pu choisir « L'origine du Monde » comme couverture, mais ça aurait été probablement moins vendeur.

  • baba264
    baba264 répond à Camille
    Analyste
    • Posté à 11h44 le 12/11/2010
    • Internaute
      Analyste

    J'aimerais réagir à la dernière partie de ce commentaire lié à la perception des poils sur les sites libertins ou plus généralement sur les sites de rencontres. Portant une barbe (entretenue), je me sens particulièrement concerné par ce sujet qui a plusieurs fois été l'occasion pour moi de m'énerver seul devant mon écran.
    En effet, il est courant sur ces sites de lire dans une annonce (de couples ou de femmes) un message de l'ordre de « interdit aux hommes poilus » ou autre variation (non épilés, pilosité non entretenue etc…). Jusque là, tout va bien, après tout chacun ses goûts et je comprends que certains puissent, pour des raisons qui sont les leurs fuir la moindre trace de poils.
    Là où la chose m'énerve est que, souvent, ce message est juxtaposé à une liste d'autres qualificatifs que fuit aussi l'annonceur et qui sont tous particulièrement péjoratifs. On peut ainsi régulièrement lire des choses comme :
    « Interdit aux violents, sales, brutaux, poilus » et autres variations sur ce thème. La notion de poilu étant particulièrement souvent associée à celle d'un manque d'hygiène ; un rapprochement que je ne m'explique pas. On peut très bien être poilu et propre ou rasé et sale, il n'y a pas de contradiction !

    Ce petit coup de gueule passé, juste une dernière remarque. Pourquoi est ce que tout ces fanas de l'épilation ne poussent ils pas le vice jusqu'à se tondre la tête comme ils se tondent le reste ?
    Après tout, la différence fondamentale entre un poil et un cheveu n'est pas si énorme que cela. Et puis les cheveux aussi ça se salit, ça peut être gras, ça favorise la transpiration et ça se coince parfois dans la bouche au détour d'un baiser un peu trop fougueux. Alors pourquoi un cheveux est il forcément beau et propre alors qu'un poil est moche et sale à leurs yeux ?

  • marl.karx
    marl.karx
    sans emploi
    • Posté à 17h29 le 12/11/2010
    • Internaute
      sans emploi

    épilé,rasé du jour, après 3 jours, les 2 partenaires ou un seul sur les 2 (ou plus...) , je vous invite à essayer un peu tout au lieu de donner des avis qui me semblent finalement assez personnels. Le picotement de poils naissants sur la peau en zone érogène, je trouve cela assez excitant, comme le lisse d'une peau fraichement rasée. Ce qui est sur , c'est qu'un poil est creux, et donc qu'il ramasse des déchets. Et quand on y met la bouche... bon appétit !

  • Salaves
    Salaves
    Métallo
    • Posté à 19h15 le 12/11/2010
    • Internaute
      Métallo

    Les humains auraient perdu leur pilosité volontairement.
    En effet, certaines thèses supposent que les humains mâles auraient préféré les humains femelles les moins poilus. Celles étant les moins poilues étant préférée par les hommes, c'est leur progéniture et donc les descendants mâles et femelles porteurs de cette faible pilosité de plus en plus accentuée génération après génération qui ont donné à notre espèce cette particularité.
    Ce choix des hommes pour des femmes moins poilues est expliqué par une volonté de lutter contre les parasites qui envahissaient les fourrures. Mais on pourrait aussi dire que les femmes auraient elles aussi préféré s'accoupler avec des hommes moins velus pour les mêmes raisons.
    Les poils pubiens étant préservés, car ils sont censés conserver les odeurs sexuelles excitant le partenaire du sexe opposé. Ceux du crâne étant eux conservés pour protéger du soleil et des chocs, la peau qui a une faible épaisseur à cet endroit. Et quelques petits résidus par-ci par-là.
    L'utilisation de vêtement cachant presque la totalité du corps et l'usage de moyens artificiels pour cacher sa vraie pilosité fait que cette évolution est aujourd'hui perturbée.