13/08/2010 à 15h39

J'ai payé pour tourner dans un porno : est-ce de la prostitution ?



Des billets de 10, 5 et 20 euros épinglés (Lusobrandane/Flickr).

Suite à un de mes articles sur le porno (sujet que je n'affectionne pas particulièrement, mais il faut croire qu'il s'impose à moi), un lecteur m'a fait part de son témoignage de casting porno pour une petite boîte de production. Au fur et à mesure de notre échange, j'ai pu me rendre compte que cette expérience de casting avait été très riche d'enseignements...

Ce lecteur, donc, appelons-le Michaël, a tout d'abord voulu réaliser un fantasme en captant ses ébats sur bande :

« Je m'étais déjà constitué mon petit porno amateur, j'avais payé une actrice pour ça. Personne ne filmait, mon caméscope était posé un trépied et je filmais certaines scènes directement avec l'iPhone et les scènes tournées ne sont pas diffusables. »

Pour accéder à un résultat plus probant, il décide donc d'offrir ses services à une boîte de production lors d'un casting. Lorsqu'il contacte celle-ci, on ne lui offre pas de le rémunérer, mais on lui annonce qu'il faut payer pour réaliser une scène : il en coûtera à Michaël 150 euros (moitié d'avance et moitié après la performance) et la cession de ses droits pour les images tournées :

« Je les ai cédées pour... 99 piges. Ma partenaire, elle, a touché 300 euros, soit 150 de plus que ce qu'elle avait touché précédemment pour d'autres prod plus importantes. »

La scène qu'a tournée Michaël était un trio, un autre acteur a donc payé 150 euros... Au final, l'actrice a donc touché exactement ce que les acteurs ont payé. Pour ce qui est du vivier d'actrices, il semblerait que les candidates ne se bousculent pas :

« La prod avait eu du mal à trouver une amatrice motivée pour tourner à visage découvert... L'actrice pro avec laquelle nous devions tourner à posé un lapin à la prod seulement quelques heures avant le casting. Heureusement, elle a pu être remplacée par une amatrice n'ayant que 2-3 tournages à son actif. »

La limite entre prostituée et actrice devient très floue...

Candidates peu nombreuses et candidats impatients, la production profite donc de ce déséquilibre pour obtenir des images sans que les acteurs ne leur coûtent quoi que ce soit. Un déséquilibre qui s'explique selon Michaël (et selon moi aussi) par la différence de perception sociale entre acteurs et actrices porno :

« Un homme qui tourne dans un porno n'est pas vu de la même manière qu'une femme. Alors que celle-ci passera tout de suite pour la “salope de service”, le mec sera “celui qui gère”. A mon avis c'est une approche assez basique.

On est simplement des personnes qui aiment le sexe et sans doute un peu exhib puisqu'on accepte l'idée d'être diffusés à grande échelle. C'est une envie que j'avais, je l'ai réalisée, j'assume. »

La limite entre prostituée et actrice devient dès lors très floue. On pourrait parler de « sex workers », monnayant leurs services que ce soit en privé ou devant des caméras. A ceci près qu'une fois la vidéo disponible sur Internet, elle laisse une trace sociale difficile à effacer.

« Toutes les escorts n'acceptent pas d'être filmées, c'est même assez rare. Puis coucher avec une actrice porno est un fantasme pour pas mal d'hommes. Certaines actrices sont également escorts oui, mais pas toutes. Et si elles ne font pas les deux activités, elles n'apprécient pas du tout l'assimilation. »

Les producteurs risquent 20 ans de prison et 3 millions d'amende

Selon l'avocat parisien Emmanuel Pierrat, l'aventure vécue par Michaël tombe clairement sous le coup des articles de loi régissant le proxénétisme :

« Trois ingrédients constituent le proxénétisme : la mise en relation de plusieurs personnes, l'acte sexuel, et l'échange d'argent. Il faut évidemment que la personne qui a facilité la relation ait un intérêt à le faire. »

C'est ici le cas, puisque la boîte de prod gagnera de l'argent en vendant le film. Mais l'avocat précise que « toute l'industrie du porno » répond, en théorie, à cette définition :

« En France, tel que l'arsenal juridique contre le proxénétisme est fait, tout le porno est condamnable, mais il y a une tolérance.

Le fait qu'il y ait échange d'argent entre les acteurs serait, selon moi, un facteur à charge qui pourrait aggraver la peine. Ce cas est juridiquement comparable à ce qu'on appelle le “proxénétisme hôtelier” : le patron de l'hôtel ne prend pas d'argent sur la transaction entre le prostitué et son client, mais en bénéficie dans la mesure où le prostitué paie sa chambre. »

Me Pierrat rappelle que la prostitution en tant que telle n'est pas prohibée. En revanche, le proxénétisme est « un des délits les plus sanctionnés en France, avec le trafic de stupéfiants ». En vertu des articles 225-5 et suivants du code pénal, les deux dirigeants associés de la boîte de prod pour laquelle Michaël a « travaillé » sont passibles de vingt ans de prison et trois millions d'euros d'amende pour proxénétisme « en bande organisée ».

Ceci montre que cette loi est définitivement très large (si votre père ou votre mère se prostitue, le jour de votre majorité vous devenez théoriquement proxénète car vous profitez de l'argent de leur prostitution) et que le commerce du sexe reste beaucoup plus sacré que tous les autres.

En tout cas, Michael est heureux d'avoir pu réaliser son fantasme et n'exclut pas d'y donner une suite :

« Ce qui me motive si je dois continuer : le délire, plus qu'autre chose. Cela peut me coûter mon image c'est un fait, mais j'ai pris, il y a quelques années, la décision de vivre ma vie selon mes envies dans la mesure où cela ne nuit pas à autrui (dans une certaine limite).

Ceci me permettrait en outre de rencontrer de nouvelles personnes que je n'aborderai pas forcément la plupart du temps, découvrir l'envers du monde du X, vivre de nouvelles expériences. »

Avec Augustin Scalbert (l'article, pas le film)

Photo : des billets de 10, 5 et 20 euros épinglés (Lusobrandane/Flickr)

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  • Raphaelle-B
    • Posté à 16h11 le 13/08/2010

    Heureusement qu'il y en a des comme lui ... ca arrange bien les boites de prod ! : D

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 16h14 le 13/08/2010
    • Petit agité

    Ca lui fera des souvenirs à montrer à ses petits-enfants.

  • LouisDuComptoir.Net
    • Posté à 16h15 le 13/08/2010

    Bon... on voit une fois de plus que l'actu n'est pas très chargée aujourd'hui !
    Plus sérieusement, je pense que ce qui sépare le X de la prostitution, c'est l'intention finale.
    Dans le cas du X, l'idée est de vendre un film (dvd, revenu publicitaires sur les sites spécialisés etc.). La relation sexuelle n'est qu'un moyen d'y parvenir.
    Dans le cas de la prostitution, c'est l'acte sexuel la fin en soi.

    Louis Lien

  • oyibo
    • Posté à 16h29 le 13/08/2010

    « Trois ingrédients constituent le proxénétisme : la mise en relation de plusieurs personnes, l'acte sexuel, et l'échange d'argent. Il faut évidemment que la personne qui a facilité la relation ait un intérêt à le faire. »

    - donc les producteurs des emissions de tele-realite peuvent etre poursuivis de la meme facon ?

  • Lady Principia
    • Posté à 16h30 le 13/08/2010

    Et « je me suis fait exploiter dans un bureau (ou à l'usine si vous voulez) par un patron pendant 40 ans » c'est pas de la prostitution ? ...

  • impertinent3
    • Posté à 17h03 le 13/08/2010
    • Internaute

    Tout à fait !

    Je lis dans l'article : $

     » ... à ce qu'on appelle le « proxénétisme hôtelier » : le patron de l'hôtel ne prend pas d'argent sur la transaction entre le prostitué et son client, mais en bénéficie dans la mesure où le prostitué paie sa chambre. ... »

    On pourrait écrire :
    à ce qu'on appelle le « proxénétisme fiscal » : le fisc ne prend pas d'argent sur la transaction entre le prostitué et son client, mais en bénéficie dans la mesure où le prostitué paie ses impôts.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h44 le 13/08/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Comparer prostitution et porno c'est comme comparer un restaurateur et un traiteur.
    Le premier fournit un service qui varie pour chaque client (même si en pratique...), tandis que le second fournit un produit qui sera identique pour tous ses clients.

    Et ça fait au moins un domaine où les femmes sont mieux payés que les hommes.

    Enfin lâcher 150€ pour tirer un coup avec un mec derrière une caméra, ça fait quand même cher. Avec quelques petites annonces sur le Net ça doit aussi pouvoir se faire pour pas un rond.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h18 le 13/08/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    [ « C'est ici le cas, puisque la boîte de prod gagnera de l'argent en vendant le film.
    Mais l'avocat précise que “ toute l'industrie du porno ” répond, en théorie, à cette définition ».]
    Quant à l'Avocat, il se fera aussi beaucoup de pognon avec cette histoire de cul...
    ...mais lui ne fait que protéger la victime, l'Etat qui est lésé. (Lui n'est pas proxénète)

    En fait, il y a réellement proxénétisme lorsque l'Etat n'y trouve pas son compte, et que la TVA, les impôts et cotisations diverses lui passent sous le nez. Sinon, c'est du commerce agrée, même si c'est alors l'Etat lui même qui devient le premier proxénète du pays. Dans le même esprit, le fisc fait passer les protituées à la caisse.

    En bref, voilà un garçon qui se rend complice de proxénétisme, simplement parce qu'il a décidé de lui-même de faire ce qu'il veut de son cul !

    * Son CUL appartient aussi totalement à l'Etat, mais ça, il ne le savait pas !

    (Bref : Il y a beaucoup d'hypocrisie pudibonde dans tout ça ! )

  • Bestfriend
    • Posté à 22h55 le 13/08/2010

    Les lois sur le proxénétisme en France sont ineptes, d'une profonde hypocrisie et assorties de peines d'une lourdeur insupportable. Dans le cas présent, cela ressemble effectivement pas mal à de la prostitution, mais si la nana n'est pas dans un circuit d'exploitation, on ne voit pas trop où est le mal.

    Il y a eu aussi un cas d'un type poursuivi pour proxénétisme parce qu'il avait aidé une escort girl à gérer son site internet contre une scéance gratuite.

    Et malgré tout cela, la prostitution semble se développer continuellement. Il y a le net, bien entendu, mais également, c'est à la fois amusant et navrant au regard de l'exploitation des femmes, la présence maintenant de petites camionnettes dans les coins les plus reculés de l'héxagone, par exemple au fin fond du Limousin.

    Lien

  • noziroc
    • Posté à 11h43 le 14/08/2010

    la ligne est plus que floue .. Peut etre qu'au point de vue juridique on fait une difference mais dans les deux cas ( prositution et film ) les personnes sont payées pour des prestations sexuelles donc je ne vois pas ou est la différence ( a part la camera et un faux semblant d'art ) .

    De plus Michael n'a pas eu l'air de fair parti d'un film ( avec scenar , ok on connai les scenar du porno ) mais juste de l'exhib ,
    Enfin le pellos a l'air heureux donc tant mieux pour lui ! !