03/07/2010 à 10h06

Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle révolution sexuelle ?


Tout le monde se souvient de la fin des années 60, de Woodstock et de la « libération sexuelle ». Pour les jeunes d'aujourd'hui, on dirait une légende, mais des témoins de l'époque me l'affirment : « Si, si elle a bien existé ».

Quand je leur explique que ma mère n'y avait probablement pas participé, ils admettent que si le mouvement a été global, il n'a pas forcément touché tout le monde. Philippe Combessie, sociologue, me le confirme :

« La première chose à savoir quand on parle de révolution sexuelle, c'est que ça reste marginal, ça touche essentiellement une population diplômée, jeune et urbaine. »

Beaucoup disent que ce mouvement s'est éteint à partir des années 80 avec l'arrivée du sida. Depuis, toute une génération se trouvait en recherche de jeux et de sensations nouvelles... mais sûres. Le début de l'exploration du « safe sex ».

Un seul partenaire sexuel dans toute sa vie

Hervé Latapie me disait en interview que « la révolution sexuelle n'a pas remis en cause le modèle traditionnel de l'amour hétéro-normé ». Là encore, Philippe Combessie appuie :

« La révolution des années 70 a permis de commencer la dissociation sexualité/procréation avec la pilule, et l'IVG. Elle a permis une remise en cause du modèle patriarcal traditionnel avec, par exemple, plus de divorces demandés par des femmes.

Mais l'enquête sur les comportements sexuels en France de 2006 montre qu'aujourd'hui encore, une part importante des Français n'ont eu qu'un partenaire sexuel dans toute leur vie, quels que soient leur tranche d'âge ou leur sexe ; on est loin d'un changement radical et rapide des comportements. »

On voit quand même émerger actuellement, avec les mouvements polyamoureux, les mouvements « no kids », ou le développement des théories « queers », des personnes en recherche d'une autre façon de vivre leur(s) couple(s) et leur(s) sexualité(s), de nouvelles façons d'aimer et de vivre son corps, encore plus détaché de la procréation et même de la cellule familiale « traditionnelle ».

Peut-être une nouvelle « libération sexuelle » ? Pour Philippe Combessie, « c'est possible, mais comme la précédente, elle risque de rester plutôt urbaine et d'avoir peu d'effets visibles, même s'il est possible qu'elle trouve une caisse de résonance par le biais d'Internet ».

Alors que les ateliers proposés par l'association Paris-M (prononcez « Paris s'aime »), que ce soit sur la pansexualité ou le fétichisme des pieds, rencontrent une affluence grandissante, il semble bien que le sujet soit dans l'air du temps, et que même la catégorisation lesbien/bi/homo/trans puisse devenir caduque à l'avenir. C'est ce que pressentait la philosophe Judith
Butler
qui a participé à leur déconstruction.

Plusieurs faits alimentent ma perception de la naissance d'un mouvement de fond :

1

L'OuSePo pour ouvrir son potentiel sexuel

Ouvrir son potentiel sexuel : cette envie agite actuellement beaucoup de monde en France et en Allemagne. En fait, quand je dis que ça s'agite, c'est que la concordance des personnes qui m'ont parlé d'organiser des expériences sexuelles ces derniers temps est troublante.

Cela reflète peut-être la qualité (scientifique ? obsédée ? ) de mon entourage, mais cela signe certainement aussi la naissance d'une nouvelle vague dont je ne connais pas encore bien la forme. Et il est assez étrange d'avoir la sensation d'assister ainsi à une naissance quand on ne connaît pas encore la forme du bébé.

Un ami m'a demandé en privé, ainsi qu'à quelques autres personnes, si nous accepterions de participer à des expériences scientifiques diverses (embrasser des personnes à l'aveugle pour voir si l'on reconnaît un homme d'une femme par exemple). Il parle de l'OuSePo, pour « OUvroir des SExualités POtentielles », référence à l'OuLiPo.

2

Un site français lance un laboratoire des sexualités

Quelques semaines plus tard, un autre ami, l'inénarrable Stéphane Rose, lance un laboratoire d'expérimentations sexuelles !

Quand je lui demande ce qu'il compte faire, sa réponse est confuse :

« L'idée nous est venue, plutôt que de faire de l'expérimentation une pratique personnelle, introspective et intime, d'en faire une pratique collective, bref “d'organiser” des “expériences” et de les soumettre à une réflexion collective, les guillemets pour t'indiquer à quel point c'est à prendre avec des pincettes.

Nous n'avons rien planifié, partons complètement à l'aveugle sans vision ni avis sur le planning de nos futures expériences, le but étant d'examiner au fur et à mesure ce qu'elles révèlent tant sur le fond que sur la forme, en nous laissant surprendre nous-mêmes, et quitte à aller dans le mur, peu importe.

J'ai lancé l'idée dans le feu de l'action, il ne s'agit donc pas d'une révolution sexuelle, mais d'une espèce d'expérience à grande échelle, aux formes multiples (ne t'attends pas forcément à un truc hyper libertin et déluré) et surtout qui ne part sur aucun postulat, ou alors sur un postulat perpétuellement renouvelable. »

Comme me l'expliquait Felix Ruckert, chorégraphe et organisateur du stage BDSM où je m'étais fait mal aux fesses :

« Il faut construire un espace, un cadre dans lequel les grands enfants que nous sommes pourraient “se lâcher”. Et où les explorateurs en puissance qui sommeillent, dans ce qui reste d'adolescence en nous, pourraient découvrir de nouvelles facettes d'eux-mêmes et des autres. »

3

Un festival d'exploration sexuelle cartonne en Allemagne

L'évènement X-plore, existe depuis sept ans et se définit comme un lieu de « sexualité créative » à travers une quarantaine d'ateliers, démonstrations, conférences et performances.

Le festival vise à présenter des jeux originaux, des personnes qui ont exploré d'autres facettes de leur sexualité, des techniques ou des rituels spécifiques. Les objectifs peuvent être de nature thérapeutique, esthétique, quête spirituelle ou recherche de ses limites : chacun les siens. Les organisateurs parlent de « culture sexuelle ».

Un ami berlinois qui s'y était rendu l'an passé et qui y retourne enthousiaste cette année, m'expliquait -traduction approximative par ma pomme- :

« Il y a des cours de yoga, du massage, du bondage. Il y aussi des expériences étranges comme cette tentative de faire l'amour dans un bassin recouvert d'huile...

Ça glissait, on n'arrivait pas à s'attraper mutuellement mais c'était un bon moment de rigolade à défaut d'érotisme. »

« Respiration érotique », éveil des sens, « Mots crus »

Les intitulés des ateliers cette année s'attardent sur la « respiration érotique », l'éveil des sens (« Sens, goûte et touche ») en passant par « Mots crus », bref de quoi stimuler votre imagination.

Si quelqu'un se rend à Berlin et veut témoigner ici, j'aurai des dizaines de questions sur ce qui m'apparaissait il y a un an comme une bizarrerie berlinoise et qui me semble être aujourd'hui les prémices d'un « quelque chose » qui arrive aussi en France.

4

Le grand public explore lui aussi

Ce n'est pas une nouvelle, mais des tendances qui pouvaient paraître incongrues ou délurées il y a cinq ans le sont beaucoup moins aujourd'hui. Les sextoys sont sortis du placard, même TF1 en parle, c'est dire.

Dans une enquête toute récente commandée par un site Web, le chiffre de 7% de Français ayant déjà eu une relation sexuelle à trois ou plus est avancé, et Internet entraîne un rajeunissement du public concerné.

Bref, autant de manières de vivre « autrement » sa sexualité et/ou son couple, en dehors du schéma sexuel ou familial standard. Ce sont peut-être des tendances de fond qui n'ont pas fini de se développer.

« Quand tu es le premier à [croire] détecter une nouvelle tendance, l'avenir dit si tu es un génie ou un imbécile, mais il n'y a pas de juste milieu », m'explique Yann Guégan, le webmaster de Rue89. C'est encourageant.

Alors, l'avenir dira qui j'étais en ayant la perception en 2010 qu'on est en train de vivre une seconde révolution sexuelle, encore à peine naissante et balbutiante mais irrésistiblement présente... Celle de l'ouverture du potentiel sexuel en dehors des notions de couples.

Vidéo : la bande annonce d'« Emmanuelle », film érotique sorti en 1974.

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  • A déménagé le 9-8
    • Posté à 10h54 le 03/07/2010

    embrasser des personnes à l'aveugle pour voir si l'on reconnaît un homme d'une femme par exemple

    Y'a mieux...

    C'est le jeu de la fin du repas :
    La maîtresse de maison doit tâter le gourdin de tous les invités mâles à l'aveugle, et reconnaître son mari.

    J'en ai connu une qui avait réussi à reconnaître tout le monde sans une seule erreur. Et c'était au repas annuel du club de pétanque : 35 membres (hé, hé ), dont Mr le curé.. Belle performance, non ? ? ? ?

  • Autist Reading
    Autist Reading
    Plus fort que Brogilo
    • Posté à 10h54 le 03/07/2010
    • Internaute
      Plus fort que Brogilo

    Le mode de vie hétéro-monogamique reproductif étant surprivilégié par le législateur, toute évolution naturelle des rapports est fortement contrariée.

    Les aventuriers mastercard peuvent faire toutes les expériences qu'ils veulent, cela ne change rien pour le vulgum pecus.

    A quand un mouvement pour la laïcité institutionnelle étendue à la sexualité, au mode de logement, à la reproduction ?

    A quand l'abolition de la CAF, du contrat de mariage, et de l'héritage ?

  • framboise92
    framboise92
    en mal de choix.
    • Posté à 11h25 le 03/07/2010
    • Internaute
      en mal de choix.

    Depuis 1968, on a compris (enfin, pas tous, mais bon...) que le sexe : « ce n'est pas sale ». A notre époque du 21ème siècle, après de nombreuses recherches dans le « plaisir ».....on arrive enfin à se déculpabiliser de nos désirs, de nos fantasmes, de nos besoins de renouveau, d'inconnu....
    De là à passer à l'acte..... ? ? ? ? voilà une réflexion que Camille soulève et qui, quand on a du recul sur notre propre regard et sur celui qu'on a envers les autres . Nous sortons ainsi de cette morale judéo-chrétienne qui nous culpabilise. Sachons parler franchement .

    Personnellement, je ne condamne personne et j'aimerais que personne ne juge. Si dans une relation extra-conjugale personne n'en souffre....à quoi bon juger ? Un potentiel qui ne doit pas faire l'objet d'une potence ....on est assez bridé par tout le reste !
    Alors, Camille, si elle a « mauvais genre » de part son profil en octets.....a saisi les deux genres : le féminin et le masculin en laissant de côté le couple.
    Je pense que c'est on ne peut plus sérieux comme article !
    C'est de l'énergie VITALE !
    NB : je n'ai jamais voulu signer au bas d'un parchemin. Pour moi, aimer ne regarde personne que moi . J'étais un mouton noir à l'époque, c'était rare. A présent, les couples divorcent. Le mien est resté. Ce n'est pas un modèle du genre et je ne vous dis pas tout...mais tout ceci pour vous dire que notre vie sexuelle ne regarde que nous-mêmes ! Sachons d'abord être en accord avec nous-mêmes, ce n'est pas facile, mais, au moins, ce n'est pas soumis à l'impôt !
    Bref, le regard des autres ? ? ? ? pfffffff Sachons plutôt ménager l'autre dans notre chemin de notre propre plaisir : on n'a qu'une vie !

  • Anthropia
    • Posté à 11h31 le 03/07/2010
    • Internaute

    Marrante cette remarque sur votre mère, Camille, qui n'aurait pas vécu la révolution sexuelle post-68. Les psys disent que la plupart des gens ont du mal à imaginer la vie sexuelle de leurs parents. Non, qu'il faille le faire, mais comment peut-on se concevoir enfant de quelqu'un sans imaginer le reste.

    Je pense au contraire de vous que la révolution sexuelle a concerné toutes les jeunes filles de l'époque et même parfois leurs mères.
    Qu'on est sorti alors de la mythologie de la fille-mère, qui mettait ces femmes en marge de la société. Que si toutes ces femmes n'ont pas forcément pris la pillule avant de faire l'amour, elles ont toute compris que leur corps était à elleS : ensuite, certaines ont mis plus ou moins longtemps à en jouir, mais toutes l'ont appris à cette occasion.
    Car la première révolution sexuelle -et je vous accorde que nous vivons une mutation-, cela a été le droit à jouir pour les femmes, le droit à concevoir qu'elles pouvaient faire l'amour « comme un homme », multiplier les aventures, les essais-erreurs. On peut revendiquer le droit, l'avoir fait sien et ne pas en profiter, c'était peut-être le cas de votre mère. Moi, je pense que toutes en ont pris conscience.
    Aujourd'hui, et là je vous rejoins absolument, la nouvelle époque sexuelle porte sur les modalités de la jouissance, sur la liberté de faire couple ou pas ; une fois le droit acquis, on peut l'explorer, le démultiplier ; et je parlerais alors d'évolutions sexuelles pour les hommes et pour les femmes, pas de révolution. Car dans la pratique, la vraie révolution sexuelle, c'était celle des femmes, -que les hommes ont bien dû accepter (certains avec plaisir parce qu'on sortait de la menace de l'enfant dans le dos et certains pas, ceux qui tuent leur compagne tous les jours ne l'ont pas fait)- cela a été de pouvoir vivre pleinement notre sexualité à nous les femmes.

    Lien

  • A déménagé le 6-2
    • Posté à 11h41 le 03/07/2010

    quand on vous dit que le sexe est politique... pas étonnant, à vous lire, que l'homosexualité, pourtant éminemment naturelle et banale chez l'humain, soit honnie par la frange la plus réac de la société... donner la liberté dans le sexe c'est donner la liberté tout court et ça, certains ne le supportent pas, ils veulent à tout prix assujettir la société entière à leur modèle judéo-chrétien étroit et étouffant, alors même que personne ne les oblige à vivre autrement que comme ils veulent vivre... les ayatollahs n'ont pas forcément de barbe et ils sont parmi les défenseurs d'un modèle unique de sexualité !

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 11h52 le 03/07/2010
    • Petit agité

    Je suis le seul à trouver qu'aller dans les bars pour lever des meufs est toujours marrant ?

  • Victin
    Victin
    Ange
    • Posté à 12h20 le 03/07/2010
    • Internaute
      Ange

    C'est le mot « révolution » qui me perturbe. Il implique un changement radical à l'échelle d'une société, même si commencé par un petit nombre. Je préfère l'idée de « mutation ». Plus en douceur. Et là encore, je ne sais pas si le mot convient. Mutation induit l'idée de changement. Et si celui-ci a bien lieu dans la sexualité d'un petit nombre, rien ne prouve, pour le moment que ce changement va concerner un plus grand nombre de personnes... Un peu comme l'évolution ou les paradigmes...

    De manière plus concrète, je vois surtout se dessiner une nouvelle tendance en effet. Parce que je la vis tout simplement. Parce que je rencontre des personnes qui s'épanouissent dans cette tendance, des amis qui sont intéressés quand on en parle... Bref en effet cette « tendance » existe, concerne certaines personnes... Quant à ce qu'elle peut devenir à l'échelle de la société.... La question est intéressante, mais en attendant... jouissons !

    Quelle « tendance » alors ? « Celle de l'ouverture du potentiel sexuel en dehors des notions de couples », tout simplement, comme le dit si bien Camille. Sans faire de généralité ou de de programme pour l'avenir, c'est cette tendance que j'expérimente ainsi que plusieurs de mes amis et connaissances... Le « couple » s'efface en tant qu'entité relationnelle. Il laisse place aux individualités de chacun, à la rencontre de ces individualités (intellectuellement, affectivement et sexuellement) à deux ou à plusieurs, selon les moments... On expérimente selon nos envies, le libertinage, le polyamour, le dépassement des genres, le BDSM même... On ne cherche pas la construction d'une utopie politique revendiquée, un programme pour l'avenir, un changement pour la société... On vit notre liberté, telle que nous l'entendons et avons envie de la vivre... Sans condamner ceux qui se retrouvent dans un modèle plus normé, modèle qui nous emmerde nous profondément. Et ne nous convient absolument pas.

    C'est vrai que beaucoup d'entre-nous ne souhaitent pas d'enfant. C'est mon cas personnellement. Et celui de la plupart de mes partenaires. Un désir de non-reproduction (biologique, mais finalement aussi intellectuel et social) qui de un, à mes yeux, permet de mieux profiter de sa liberté hic et nunc, mais qui de deux, n'empêche nullement une réflexion, une vision et un engagement politique.

    Quelques mots et réactions en vrac.
    Rien de très construit.
    D » « Ange » à « Ange » ! : )

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 14h04 le 03/07/2010
    • Internaute
      Littéral

    La révolution sexuelle  ?
    « Si, si elle a bien existé »

    Non. Dans les années soixante, il n'y a pas eu de révolution, ni politique, ni sexuelle, ni industrielle, ni rien.

    La marque de la deuxième moitié du XXe siècle, c'est bien l'absence de toute révolution. Et pourtant, on ne parlait que de cela, la révolution.
    Elle n'a pas eu lieu.

    Par contre, il s'est passé bien des choses qui ont placé au cœur du quotidien la sexualité comme question d'un discours ordinaire, non pas le pan-sexualisme mais, celui, plus insidieux, de l'hédonisme consumériste.

    Quand à la « ټrévolution  » sexuelle, c'est la généralisation du spectacle de la sexualité, la légitimation de la volupté enfin débarrassée du discrédit culpabilisant de la faute.

    C'est une première renonciation à l'Humanisme, la Nef des Folles vient de sombrer.
    Il n'est plus interdit de voir ce qui ne doit pas être vu.
    Il n'est plus interdit de montrer ce qu'il est interdit de montrer.

    Le pervers, profitant du discrédit absolu du père édicte désormais la Loi.

    C'est ainsi dans la république des fistons, on établit le seul communisme acceptable pour un jeune conservateur, le communisme des femmes.
    Ou plutôt sa version libertine le marché libre des femmes libres

    Cependant, pour que «  les performances  » à caractère sexuel puisse devenir ce spectacle permanent qu'il est depuis les années soixante, il faut des corps disponibles.

    Il y a d'abord, visible et effronté, le corps des femmes enfin libéré du risque de parturience et la revendication politisée de leur responsabilité et de la légitimité de leurs désirs de sexe.

    Il y a enfin l'assouplissement du joug familial grâce à la réforme du code de la famille et la facilitation du divorce (1975) qui font des femmes adultes des sujets sociaux à part entière.

    Toutes ces transformations du Droit en faveur des femmes sont l'œuvre de législateurs conservateurs.
    On est très loin de la Révolution.
    On est en pleine réforme.

    En général, lorsque les conservateurs (pas tous, les plus modernistes seulement) sont en phase avec leur époque, comme cela le fut brièvement pendant une courte décennie, c'est qu'ils en escomptent des bénéfices patrimoniaux incommensurables.
    Et ce fut le cas effectivement.

    Une autre affaire encore ignorée aujourd'hui, ce fut la l'émancipation du corps des jeunes hommes.
    Car, c'est à cette époque que le sentiment anti-militariste a poussé des centaines de milliers de jeunes gens à refuser par tous les moyens le service militaire et ainsi ne plus reconnaitre la légitimité du sacrifice symbolique de leur corps pour la Patrie.

    Et ne parlez pas de ces imbéciles christiques que furent les objecteurs de conscience.
    Non, je parle de ces jeunes gens qui ont utilisé toutes les ruses pour se faire réformer.

    Au mitan du XXe siècle, dans les nations occidentales débarrassées du fanatisme nationaliste des millions de corps jeunes étaient à la seule disposition des personnes même.

    Quand on est jeune et qu'on s'ennuie un peu, on cherche quelque «  chose  », à ces âges, «  la chose  » se trouve assez facilement et c'est ainsi qu'il y eut des milliards d'étreintes sans pour autant procréer des millions de moutards.

    Dans le fond, à y bien regarder, c'est l'extension à l'ensemble de la population d'une certaine culture de la sexualité.
    C'est aussi la prise de conscience de sa propre misère sexuelle.
    Depuis, la précarité culturelle, économique, sociale, affective et sexuelle est devenu la norme de la jeunesse du monde.

    Ce qu'on va appeler, peut-être, la nouvelle révolution sexuelle, c'est la tentative, ambivalente, d'établir des nouvelles normes d'être, la «  nouvelle féminité  » et «  la nouvelle virilité  ».

    Et on croira cela d'autant plus «  moderne  » qu'on ne fondera pas ça sur le genre mais plutôt sur la préférence sexuelle.