15/06/2010 à 09h56

Livres d'été de Rue69, ép. 2 : le « feeding », c'est sexuel ?

Camille | Mauvais genre


de la salade sur une fourchette (bredgur/Flickr).

Vous avez peut-être entendu parlé du « nursing », soit l’allaitement d’un homme adulte par sa femme. Cette pratique (sauf quand elle est imposée comme l’a relevé Slate dans un article ahurissant) est certes érotisante et infantilisante mais, pour étrange qu’elle soit, elle n’est dangereuse pour personne.


« La Saumone » de Virginie-Marika Laszlo.

Pourtant, nourrir son conjoint dans le cadre d’une pratique fétichiste peut être périlleux. Virginie Laszlo a écrit son livre, « La Saumone », choquée par le visionnage d’un documentaire dont il reste des traces sur Internet.

Ce documentaire montrait comment certaines femmes, devenues pachydermiques, en viennent à ne plus pouvoir bouger, devenant complètement dépendantes de leur homme tant pour manger que pour se laver, s’habiller ou tous les actes de la vie quotidienne. Le « feeder » (qui nourrit) domine alors la « feedie » (qui est nourrie). On en arrive à des questions de vie ou de mort.

Le roman pose la question d’une pratique peu connue en France mais qui existe aux Etats-Unis : le « feeding ». Il s’agit de nourrir la personne aimée, souvent la femme mais également des hommes.

« Si les gens prennent leur pied comme ça »

A travers ce roman donc, « La Saumone » pose une question récurrente pour qui veut explorer les méandres de la sexualité : où sont les limites ? Peut-on laisser les gens se faire du mal ? Le doit-on ?

Pour l’auteure, la réponse est claire :

« Pour les pratiques sexuelles, je ne pense pas que des limites soient nécessaires. Entre adultes consentants, où est le mal ? Informer, OK.

Les jeux tournent parfois au drame (étranglement, par exemple), mais je le répète, si les gens prennent leur pied comme ça, pourquoi pas.

Après, concernant les drogues, il y a plusieurs façons de se droguer : est-ce pour être plus performant sexuellement, pour se défoncer ? Ceci ne concerne que moi, mais je suis pour la dépénalisation des drogues (pas que les douces d’ailleurs).

S’il y a autant de violence, d’overdoses, de meurtres, c’est qu’on nous vend n’importe quoi, n’importe comment. Dès qu’il y a trafic, c’est Chicago !

Et honnêtement, les campagnes de pub genre “la drogue, c’est mal”, tout le monde s’en fout ! Les cigarettes et l’alcool sont tout aussi dangereux mais en vente libre et en plus, l’état se fait du blé avec.

En résumé, être la victime d’un cinglé certainement pas, mais en connaissant les tenants et les aboutissants, j’estime que si j’en ai envie, je peux me défoncer, boire, fumer, manger gras et sucré, prendre l’ascenseur plutôt que les escaliers et avoir des pratiques sexuelles que la morale réprouve ! Tant que je ne fais de mal à personne ! »

De telles pratiques semblent peu répandues en France. Si l’on trouve quelques vidéos sur Internet, essentiellement d’hommes, de personnes demandant qu’on les engraisse, je n’ai trouvé aucune victime (même consentante) de « feeders » pour témoigner, et la seule personne qui aurait pu correspondre a détecté tellement vite la perversion de son ami qu’elle l’a quitté très vite sans dégâts :

« Si je n’avais pas eu des relations BDSM avant, je n’aurai peut-être pas su placer les limites à temps ; je pense que mon expérience en matière de relations de domination/soumission m’a permis de constater très vite que ses fantasmes n’étaient pas les miens, que même s’il était flatteur qu’il apprécie mes rondeurs, je n’avais pas l’intention d’engraisser, et que je n’ai pas l’habitude de jouer avec ma santé. »

Finalement, Virginie et cette jeune femme se rejoignent sur un point : plus on est informé, moins on a de chances de se retrouver piégé dans un jeu qui ne serait pas le sien.

Et pour Virginie, il ne peut pas s’agir d’une pratique sexuelle consentante, tant que les deux partenaires n’ont pas pleinement conscience de ce qu’ils font.

Edit le 16 juin à 19h43 : remplace « fait fureur » par « existe »

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h02 le 15/06/2010
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Pas contre , attention : le Feedfoiegrassing ( ou le nourrisseur déguste le foie de la personne aimée engraissée à la fin du jeu sexuel ) , même pratiqué entre adultes consentants, est non seulement réprimé par la loi mais vous expose en plus à la vindicte des associations anti gavage..

    « plus on est informé, moins on a de chances de se retrouver piégé dans
    un jeu qui ne serait pas le sien ».

  • Éric  Perrin
    Éric Perrin
    Ginkonaute
    • Posté à 13h12 le 15/06/2010
    • Internaute 51185
      Ginkonaute

    Le roi du feeding :

  • Tyrian
    Tyrian
    Informaticien
    • Posté à 18h58 le 15/06/2010
    • Internaute 61861
      Informaticien

    J’ai croisé un cas peut-être similaire. Une connaissance réellement obèse a eu une relation avec un homme qui disait apprécié ses rondeurs. Jusque là tout va bien.

    Mais elle a rapidement été gênée par le fait que, de manière insidieuse, il la poussait régulièrement à manger plus, à la fois par le discours, mais également par des cadeaux sous forme de divers mets de choix (le bonhomme était fin gourmet apparemment). Lui-même n’était pas obèse, juste un peu plus enveloppé que la moyenne.

    Elle a fini par rompre par défiance envers ce comportement bizarre.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 20h36 le 15/06/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    Le « consentement mutuel » a bon dos.

    Quand un homme (ou une femme) encense sa moitié en compliments, en regards amoureux, en commentaires béats, tout cela afin qu’elle mange, peut-on facilement résister ?
    Résister à l’amour (ou ce qui est pris pour tel)ce n’est pas facile et c’’est bien ce qui explique en partie que des femmes restent avec leurs conjoints violents.

    De plus, le regard de notre conjoint sur nous est une part importante de ce qui nous construit, de ce qui nous réalise.

    L’influence du conjoint sur nous-même est donc grande, très grande ; et l’influence n’est pas une obligation. Si l’obligation a un caractère de contrainte, l’influence a un caractère de consentement. C’est pourquoi, dans le cadre d’une influence, on ne se rend pas même compte que nous sommes influencés. Dans un tel cadre, parler de « consentement mutuel » apparait n’être qu’une fuite pour ne pas gérer le problème. Après tout, il y a « consentement mutuel » chez les membres d’une secte. Ils sont là et font ce que la secte dit parce qu’ils le veulent bien (c’est ce qu’ils affirment). Alors ne faut-il pas intervenir ?

    Évidemment, le sujet est complexe. D’un côté, il y a la liberté de tout un chacun de faire ce qu’il veut. De l’autre, il y a la mise en danger de quelqu’un, qui plus est : de sa chère moitié.

    Une des clefs du problème pourrait être non pas les feedies, mais les feeders. Aimer, c’est accepter l’autre, avec ses kilos en trop, ses bourrelets, ce n’est pas transformer l’autre pour en faire un objet marquant notre toute-puissance.
    Bien sûr, il y a des jeux où l’on transforme l’autre, mais ce sont des jeux, avec mot des sûretés (pour tout arrêter), avec l’idée qu’après le jeu, tout redevient « normal ». Ici, avec les feeders, la normalité devient la transformation elle-même, non pas le temps d’un jeu, mais toute une vie. Ce n’est alors plus un jeu.

  • vinzouille
    vinzouille
    californien
    • Posté à 18h23 le 16/06/2010
    • Internaute 117477
      californien

    Dire que la pratique fait fureur aux US est tellement sensationaliste que je commence a mettre en question la qualite journalistique de vos articles.
    Il y a toutes sortes de pratiques excentriques, mais on est ici encore tres loin d’une pratique que ferait soit disant fureur
    Si le but est de generer un « ils sont fous ces ricains ! » je suis sur que vous pouvez trouver quelque chose qui fait vraiment fureur, car dans ce cas, vous me faites doucement rigoler.