29/04/2010 à 14h01

Le viagra féminin, une conception de la sexualité axée sur le genre

Tiphaine Besnard | Éducatrice sexuelle, auteure, performeuse - http://vitaorlando.canalblog.com/

Le grand débat des sexologues du moment, c’est le viagra féminin (ou flibansérine), qui devrait arriver sur le marché mondial pour 2011, soit plus de vingt après l’arrivée de la petite pilule bleue.

Les recherches sur un médicament pour doper la libido des femmes ne datent pas d’hier. Car dès les années 1970, la pilule contraceptive avait la fâcheuse tendance d’altérer le désir de ses consommatrices.

En 1997, un congrès d’urologie, tenu à Cape Cod et baptisé « Sexual Function Assessment in Clinical Trials », permit de baptiser une nouvelle maladie : le Female sexual disorder (FSD ou frigidité).

La pathologie officialisée, il s’agissait d’alerter la population sur l’urgence et la nécessité d’un médicament visant à guérir le manque de désir chez les femmes.

Il faut préciser que ce congrès avait été sponsorisé par des laboratoires pharmaceutiques. C’est ainsi que Procter and Gamble consacrèrent 100 millions de dollars à la promotion d’un traitement contre le FSD, des patchs à la testostérone disponibles depuis 2007, avant même que leur produit soit accepté par la Food and Drug Administration américaine.

Quant à Pfizer, ils firent des tests sur des milliers de femmes entre 1997 et 2004 avant d’abandonner, faute de résultats cliniques convaincants.

Médicaliser la sexualité des femmes, est-ce la considérer ?

Que révèlent ces recherches ? En quoi consistent ces tests ? Qu’est-ce que le FSD ? Que penser d’un viagra féminin ?

A la lecture des articles spécialisés, on constate que rien n’est acquis entre :

  • la dénonciation de la médicalisation de la sexualité, qui réduirait le désir à une simple fonction physiologique,
  • l’éloge d’une prise en considération, tant attendue, de la sexualité des femmes.

Quelque soit l’avis des protagonistes, ces débats révèlent surtout une conception « genrée » de la sexualité et une confusion entre les trois notions que sont l’excitation, le désir et le plaisir sexuel.

En cela, la sexualité masculine est trop souvent réduite à la capacité d’être en érection et d’éjaculer, en d’autres termes à la capacité de réaliser le coït hétérosexuel et de procréer.

Des capacités volontairement diagnostiquées et appréhendées comme uniquement mécaniques, donc faciles à soigner.

A contrario, la sexualité féminine est, elle, interprétée comme plus compliquée, liée aux émotions, à l’éducation -en somme, moins physique que psychologique et donc moins facile à traiter avec une pilule.

Ces présupposés ajoutés au fait que le désir des femmes ne conditionne pas le coït, on comprend pourquoi le viagra féminin n’est toujours pas sur le marché. Ainsi, comme le dit Alain Giami, psycho-sociologue et chercheur à l’Inserm, « même dans l’industrie pharmaceutique, la différence des sexes reste de mise ».

Des traitements efficaces contre les effets de la ménopause

Il y a aussi une tendance à concevoir le désir comme une faculté physique naturelle et spontanée dont on attend un fonctionnement optimal, ce qui signifie que le désir sexuel est vu comme quelque chose qui va de soi et qui accompagne un bon état de santé général.

Dans cette perspective, renforcée par la honte, la déception et la culpabilité liées à l’absence d’orgasme, il est très rassurant et confortable de croire que l’anorgasmie et le manque de désir sont des maladies que l’on peut guérir avec des médicaments.

S’il n’est pas question ici de nier le fait que certains problèmes sexuels (absence de désir ou de plaisir, par exemple) sont dus à un dysfonctionnement physiologique, il me semble très inquiétant de les y réduire.

Si les hormones, antidépresseurs et autres vasodilatateurs peuvent produire un état physiologique d’excitation (tel que l’engorgement des tissus, l’afflux sanguin ou encore la lubrification), ils sont incapables de créer du désir sexuel chez quelqu’un qui est complexé, malheureux, ou encore en situation d’insécurité affective ou physique.

De la même manière, une pilule de viagra pourra stimuler l’excitation d’une femme mais sera sans effet sur les performances sexuelles de son/sa partenaire.

En l’occurrence, si les femmes qui souffrent de FSD -et elles sont nombreuses à en croire les laboratoires pharmaceutiques- s’attendent à solutionner tous leurs problèmes sexuels avec un médicament, sans faire de travail sur leurs conceptions morales, la communication avec leur/s partenaire/s et leurs pratiques érotiques, beaucoup risquent d’être déçues.

Il apparaît que certains traitements hormonaux ont été d’une grande efficacité pour des femmes dont la libido avait été affectée par la ménopause, et c’est une bonne chose.

J’estime qu’il est dangereux, réducteur et inopportun de considérer le viagra comme l’unique solution aux problèmes de dysfonctionnements sexuels. En somme, le Female sexual disorder semble être bien plus le symptôme d’un manque d’éducation sexuelle et d’une société corsetée par une morale castratrice qu’une pathologie.

Aller plus loin
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  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 14h34 le 29/04/2010
    • Expert 51226
      professeur

    Pour les femmes souffrant d’anorgasmie, c’est plus souvent un problème d’estime de soi, d’estime de son propre corps, de peur de s’abandonner dans les bras de son partenaire et aussi peur d’avoir du plaisir (comme s’il était quelque chose de sale ou de choquant).

    Un excellent bouquin de la gynécologue Danièle Flaumenbaum était paru sur ces questions en 2006. Le titre : femme désirée, femme désirante.
    Je le conseille à toutes les femmes et c’est un livre que beaucoup pourront offrir à leurs filles et qui aide beaucoup et souvent rassure.

    Et je vous laisse ces deux vidéos (avec interview de la gynéco) qui me semblent plus utiles au plan compréhension de la sexualité et du désir féminin que n’importe quel viagra.

    Lien

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  • adrak
    adrak répond à londomolari
    • Posté à 15h40 le 29/04/2010
    • Internaute 31361

    La maternité est elle aussi un peu trop médicalisée à mon goût. On impose à la femme enceinte beaucoup de dogmes et de pratiques, pendant la grossesse et l’acouchement, sans lui demander son avis. En réduisant la grossesse à son aspect médical, on en fait presque une maladie. D’ailleurs, sauf erreur de ma part, la maternité est prise en charge par la caisse d’assurance maladie, non ?

    Je ne fais pas d’amalgame entre sexualité féminine et procréation, mais dans les deux cas le corps de la femme est objectivé.

  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    Fonctionnaire. A voté!
    • Posté à 15h40 le 29/04/2010
    • Internaute 100046
      Fonctionnaire. A voté!

    En effet le Viagra ne rend pas le désir.... le Viagra durcit mécaniquement la quéquette, fût-ce à la vue d’un numéro de « Que Choisir » de février 1978, qui n’a je le suppose aucune chance d’inspirer quelque pensée friponne à qui que ce soit (ou alors vraiment...). Ce doit être doux pour le (la) partenaire, ça, de penser que finalement il (elle) n’est pas plus excitant(e) qu’un numéro de « Que Choisir » de février 1978....

    Et en plus ça ne sauvera pas les rhinocéros et les narvals, les plus cons des milliardaires chinois s’obstinant à recourir à ces remèdes naturels quand leur zizi fait flubulubulub.

    « En 1997, un congrès d’urologie, tenu à Cape Cod et baptisé “Sexual Function Assessment in Clinical Trials ”, permit de baptiser une nouvelle maladie : le Female sexual disorder (FSD ou frigidité) »... Méditons plutôt cette pensée de Léandri : « 40% des hommes pensent que leur femme est frigide. 90% des femmes frigides estiment que leur mari s’y prend comme un manche ».

    Plus sérieusement, voir Lien de Jörg Blech, sur ces labos et autres qui, ayant mis au point une molécule qui ne sert à rien, essayent de trouver une maladie adaptée. Exemple (mais ça c’est pour de rire) : Lien.

  • Pseudo
    Pseudo
    Enfin libre : -)
    • Posté à 16h18 le 29/04/2010
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    Le meilleur viagra, c’est l’amoooooooouuuuuuuuurrrrrrrrr ! ! ! !

    * C’était ma contribution romantique.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h34 le 29/04/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Oui, bien sur, tout le monde il est égal, tout le monde il est pareil.
    Alors si ce genre de propos tient la route quand on parle de droit de vote ou de salaire, ça fait rigoler quand on parle de biologie...
    Refourguer un cacheton qui augmente la production de sperme à une femme aura peut être de l’effet, mais je crains que ça ne soit pas l’effet qu’on attend à l’origine...

    la sexualité féminine est, elle, interprétée comme plus compliquée, liée aux émotions
    Là ouais je suis d’accord, ce truc c’est une connerie de premier plan. Quant on est pas érotomane, faut un minimum de stimulation pour choper la gaule, du moins quand on a plus 15 ans et qu’on se vide les burnes plus d’une fois par semestre : D

    Bon après, prendre des médocs pour arriver à tirer un coup, pour s’envoyer en l’air de façon plus efficace, pour prendre son pied à une altitude inconnue... bin je suis pour.
    Au-delà du côté industriel, de l’efficacité douteuse et du pognon que certains se font, je serais le dernier des hypocrites si je disais que c’était mal de se défoncer pour baiser.

    Putain, j’adore avoir le contenu de trois grosses bouffées de joint dans les poumons au moment de l’éjaculation pour une défonce total la tête à deux doigts du vertige ; de la coke jusqu’aux oreilles j’ai fini dans un plumard avec plus de monde qu’il n’est admis par les curetons ; j’ai passé des soirées sous LSD sans même à qui je roulais des pelles ; et je parle même pas ce lubrifiant social qu’est l’alcool sans lequel je n’imagine même pas draguer la nuit...

    Alors si les straights effrayés par le côté illicite se rabatte sur des pilules bleus et rouges vendues en pharmacie, je serais bien salaud de leur reprocher quoi que ce soit. Je leur conseillerais seulement de tester doucement au début et de pas faire confiance à n’importe quel dealer, même s’il a des diplômes de l’Ecole Nationale de Deal.

  • enfumage
    enfumage répond à anini
    parti de rien pour arriver (...)
    • Posté à 16h37 le 29/04/2010
    • Internaute 97031
      parti de rien pour arriver (...)

    une société libérée qui sert en modèle pour les mères et les filles une petite pute à 20.000 euros/mois servie en cadeau d’anniverssaire serait donc corsetée ? ...les méres n’en ont jamais rien eu à cirer de la satisfaction sexuelle de leurs filles ..ce qui les intéresse c’est le beau parti et le fric ... ce sont les mères qui souvent habillent leurs filles en petites putes.... elles pourront donc trouver dans Match lu essentiellement par des femmes des bons conseils pour valoriser leur progéniture ...le désir viendra après vendu par des labos pharmas qui te feront payer des drogues et des sexetoys non remboursés par la sécu ....

  • Désinscrit le 15-6
    • Posté à 19h13 le 29/04/2010
    • Internaute 83404
      nc

    Je ne comprends pas la partie centrale de votre article qui en inspire le titre :
    […]une conception « genrée » de la sexualité et une confusion entre les trois notions que sont l’excitation, le désir et le plaisir sexuel. […]

    La sexualité ne serait donc pas genrée, devons nous comprendre : un homme a la même sexualité qu’une femme ? Le genre n’intervient pas dans la sexualité ?

    Quelle est cette confusion dont vous parlez le désir précède l’excitation que suit le plaisir (si tout va bien) c’est un tout, on peut avoir juste du désir sans le reste, c’est valable pour homme et femme. Est sur ce point que la sexualité ne serait pas genrée ?

    Le milieu de votre article semble dire : On analyse la sexualité masculine juste sur l’aspect physique et la féminine juste sur l’aspect psychologique, ce sont des présupposés, puis la fin semble dire : Les femmes doivent travailler les aspects psychologiques pour avoir du plaisir et ne pas compter sur une pilule. Est que cette contradiction est volontaire ou je lis de travers ?

    Le titre milieu pose une question fermée et orientée : médicaliser la sexualité féminine est ce la considérer ? Mais je ne vois pas ou est développée cette idée dans le paragraphe qui suit.

    Bref, j’ai beau relire la partie centrale je n’y saisis pas vos pensées, je ne vois pas dans votre conclusion le rapport avec le titre même si la suite parait un peu plus claire : Le viagra féminin met la sexualité sur un plan purement physique alors qu’il faut parfois tenter, en cas de frigidité, de trouver une solution dans son éducation.

    Trop de style, de synthetisation (ou de coupes ?) tue la clarté de vos pensées si je puis me permettre cet avis perso sans volonté d’agressivité.

  • egide
    egide répond à Camille
    Littéral
    • Posté à 09h01 le 30/04/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    as sexualité au sens de l’aspect « physique » du terme bien sûr quoique les sexes hommes/femmes soient beaucoup plus symétriques qu’on ne le pense

    Étrange car c’est exactement le pari que certains laboratoires pharmaceutiques, pas tous, ont exploité pour fournir une molécule qui «  réveille  » (un des sens de arousal) la libido féminine, du moins en ce qui concerne les signes physiques.