14/02/2010 à 22h42

N'embrasse pas qui veut devant Notre-Dame de Paris

De Romilly | Urbain

Ce dimanche après-midi, se tenait à Paris le quatrième Kiss-In (baisers en public). Organisé par deux étudiants depuis quelques mois, il avait d'abord été prévu qu'il se tienne sur le parvis de Notre-Dame. Il avait été déplacé à la Place Saint-Michel suite à des menaces et des insultes diffusées sur des sites de catholiques intégristes.

Ce dimanche les voilà donc environ 500 jeunes et moins jeunes, place Saint Michel à s'embrasser, entre garçons, entre filles, entre garçons et filles. Homo, bi, hétéro. Tout ce joyeux monde se sourit, se marre, en toute insouciance. Les passants sont surpris mais bienveillants. Les photographes photographient. Une joyeuse Saint Valentin.

Au bout des cinq minutes de baisers, des petits groupes se dirigent vers le parvis de Notre-Dame. En tout une petite cinquantaine de personnes s'y retrouvent. Un coup de sifflet pour lancer les baisers et là tout s'enchaîne.

Habeus papam

Je n'ai pas très bien compris ce qui s'est passé. Des hommes ont surgi pour se jeter sur les couples principalement féminins s'embrassant. La violence est inouïe, sortie de nulle part. Deux jeunes femmes sont à terre. N'embrassant personne, j'ai quand même droit à un grand coup de pied. Une journaliste de France Info est bousculée en pleine interview d'un jeune homosexuel. La réalisatrice Emilie Jouvet est heurtée par un casque de moto. Une autre femme prend un coup de poing.

La foule d'environ 200 intégristes (à ne pas confondre avec les catholiques) éructe des slogans aussi divers qu'incompréhensibles. Le seul que je comprends : « Habemus Papam » (Nous avons un pape, en latin). (Voir la vidéo)

La police interpelle quatre des agresseurs, puis elle fait sortir du parvis la cinquantaine d'homosexuels qui scandaient « Y'en a assez, assez, assez de cette société qui ne respecte pas les gouines, les trans et les pédés. »

Après coup, Nicolas, chrétien et militant contre l'homophobie me dit :

« On ne peut pas continuer à considérer que l'exercice de nos droits les plus stricts de citoyens français sont des “provocations inutiles”. Porter une jupe courte devant une Mosquée n'est pas une provocation, manger un kébab devant une synagogue non plus et s'embrasser devant une cathédrale encore moins ! J'ai honte pour mes frères et soeurs chrétiens. »

Certaines des personnes qui furent attaquées ont décidé de porter plainte pour violence et insultes à caractère homophobe.

Je terminerai par une phrase de ma grand-mère catholique pratiquante depuis toujours chez qui j'ai fini mon après midi, « je suis triste pour eux, mais que veux tu, Audiard avait raison, “les cons ça ose tout et c'est même à ça qu'on les reconnaît” »

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  • dodu
    dodu
    En partance pour nulle part
    • Posté à 22h59 le 14/02/2010
    • Internaute
      En partance pour nulle part

    Triste régression, comment peux-t'on continuer à laisser les intégristes de tout bord attaquer des gens dans des lieux publics sous le seul prétexte que leurs actes (qui n'ont rien de délictueux) offensent les valeurs des puritains .

  • Nina.B
    • Posté à 23h35 le 14/02/2010

    Mon comm ne sera pas objectif puisque je connais très bien un des organisateurs et que ça faisait quelques jours que je voyais la pression monter sur facebook avec liens vers les forums des intégristes.

    Quand j'ai reçu la première invitation pour le kiss in à Notre Dame, je n'ai pas pensé une seule seconde à une provocation car je sais que ce n'est pas le but des kiss in. La volonté d'ailleurs de le déplacer pour apaiser les tensions le montre bien.

    Toute cette histoire me fout le cafard même si elle montre bien que malgré les actions pour promouvoir la cause gay, lesbienne et transgenre, on est quand même loin d'avoir gagné la partie et que les kiss in sont une action nécessaire. De mémoire, Dieu a dit qu'il fallait nous aimer les uns les autres. Manifestement, le message n'est pas bien passé chez certaines de ses ouailles.

  • kebra
    kebra répond à Camille
    • Posté à 01h03 le 15/02/2010

    Je résume pour les fainéants du lien et faire avancer l'info présente dans la dépêche AFP en link au début de cet article.

    SOS Racisme avait appelé avant LGBT pour Saint-Michel à 15 h pour un Kiss-in de couples mixtes. Logique le premier lieux des LGBT était ND. Il est même possible que des hétéros kissers de 14 h était en avance pour 15h. Convergence des luttes très involontaire.

    Par contre le lien sur le site de Fabien est édifiant. Un tombereau d'injures homophobes Lien

    Et après il y a encore plein de riverains qui veulent que je sois tolérant avec les religieux orthodoxes. Je ne vois vraiment pas pourquoi. Je ne suis pas centriste.

  • De Romilly
    De Romilly répond à albin
    Auteur(e) de l'article Urbain
    • Posté à 03h50 le 15/02/2010
    • Internaute
      Urbain

    C'est justement par ce qu'on fait trop souvent l'amalgame entre croyant et intégristes dans les autres religions que j'ai bien fait attention à ce qu'on ne confonde pas les deux.

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 10h39 le 15/02/2010
    • Internaute
      ici et là

    Je suis passé faire un tour vers 14h histoire de voir ce que ça donnait. J'avais appris que pas mal d'appels à une contre manifestation avaient été lancé sur des sites cathos tradis ou fafs.

    14h, personne qui ressemble de près ou de loin à un activiste gay préparé pour un kiss in, en revanche un grand nombre de militants marqués à droite : cheveux courts, gants en cuir (pour les coups), perfecto, pull à capuche et jean de rigueur. Quelques bérets, mais surtout une troupe très zid, facho versaillais. Mais pas que, on trouvait aussi des petites gonzesses en tailleur qui excitaient leurs hommes, une en particulier était particulièrement virulente (on la voit d'ailleurs sur la vidéo). On pouvait aussi voir des gens, jeunes pour la plupart, plus Rueil/Saint-Mandé que Versailles clairement pas habitués à l'action de rue ou même à Paris (plan de la ville qui dépassaient des poches) mais qui qui n'étaient pas plus gênées que ça de manifester avec des raclures.

    A ça rajoutez un bon brassage de personnes relativement jeunes (entre 20 et 25 ans) clairement habituées à la violence de rue et venues pour en découdre, pas des skins mais plutôt le militant natio de base ainsi que de cadres plus âgés (trentaine et plus) venus eux pour coordonner. Ainsi je me suis retrouvé au milieu d'un groupe qui discutait des interpellations, de la marche à suivre, des avocats à appeler ou de l'endroit ou étaient emmenés leurs amis. Ils savaient exactement quoi faire et suivait la procédure.

    Ils sont restés assez longtemps, créant quelques mouvements de foules après l'épisode de la vidéo, pour rien. La police a bien fait son travail, le lieu hyper touristique empêchait tout risque de débordement. j'ai même du prévenir quelques ados américains qui se sont précipités sur le lieu de la vidéo pour les prévenir de la situation... Paris is so romantic...

    Bilan, une capacité de mobilisation assez importante pour une mouvance assez clairsemée, les zids sont souvent païen et les cathos tradis n'ont pas véritablement de mouvement équivalent qui puissent les fédérer autre que la vieillissante AF.

  • fabricker
    • Posté à 17h20 le 15/02/2010

    Juste un détail sur le point « mais ils doivent être prêts à en assumer les conséquences » ...

    Cela me rappelle le jour, où roulant en moto, j'ai doublé une voiture, alors qu'il y avait une ligne continue. Il y avait suffisamment de place, c'était sans danger, je ne l'ai pas provoqué, j'ai juste doublé.
    Alors que c'était interdit. Bon.
    J'assume, que le mec me klaxonne, qu'il m'engueule, car en effet, j'ai fait quelque chose d'interdit (une ligne continue ! ! ! Heureusement que c'était il y a plus de dix ans, la fôôôôte grâââââve ! ! ! ).
    Ce que je n'assume pas, c'est que le mec fasse un écart avec sa bagnole, pour que je me prenne une voiture en stationnement.

    J'ai évité la bagnole, puis j'ai retrouvé le conducteur au feu rouge suivant. Et je lui ai demandé, pourquoi avoir fait ça. Pertinemment, il me répond, que j'avais fait un truc interdit.
    Bon.
    Je lui fait alors remarquer, que si je m'étais pris la bagnole en stationnement dans les gencives, les chances de me tuer eussent été assez élevées, qu'il avait raison quand à ce que j'avais franchi une ligne continue, mais que a priori la peine requise à cette faute n'était pas la peine de mort, et que je trouvais sa réaction un chouilla disproportionnée.
    Il a pâli et s'est excusé. J'ai accepté ses excuses, lui ait souhaité une bonne journée et me suis barré.

    Pourquoi cette petite histoire ?

    Parce que là aussi actions et réactions sont disproportionnées.

    Le fait d'embrasser devant une église une personne de même sexe n'autorise *personne* à frapper.
    On peut commencer une discussion, argumenter, montrer, que l'on est choqué ... Mais ces scènes de haine, de phénomènes de groupe, que montre la vidéo, c'est une monstruosité inhumaine, dont personne ne peut décemment être fier.

  • Chakado
    Chakado répond à kutabali62
    Ingénieur consultant
    • Posté à 20h15 le 15/02/2010
    • Internaute
      Ingénieur consultant

    Je ne conteste pas qu'il y ait eu volonté de faire du buzz et de « provoquer ». Mais c'est bien là l'intérêt, c'est de montrer que s'embrasser publiquement, qui est quand même un peu le geste le plus inoffensif du monde, quelque chose qui devrait paraître parfaitement normal, a aujourd'hui une portée provocatrice. Et déclenche des réactions de haine complètement irrationnelles.

    Le but est justement de montrer que la réaction est totalement disproportionnée par rapport à l'acte provocateur. Un groupe qui se roule des pelles devant le parvis de Notre-Dame... franchement... Les free hugs, tout le monde trouve ça sympa, les manifestations freeze aussi, les hommages spontanés à Michael Jackson dans la rue... Autant de rassemblement publics sympa qui ne dérangent personne, mais un kiss-in, alors que tout le monde devrait trouver ça mignon, c'est une provocation ? « Tain, faut arrêter...

    Quant au coup du “ils l'ont bien cherché quand même”, c'est un peu se tromper de coupable. Ça sent un peu les relents nauséabonds d'un “d'accord, elle s'est fait violer, mais bon elle portait une mini-jupe quand même, elle l'a un peu cherché...”