10/02/2010 à 12h28

Livre : « On naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être »

Têtu"

Dans son livre « Biologie de l'homosexualité : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être », le chercheur belge Jacques Balthazart soutient la thèse d'une homosexualité héritée à la naissance et ravive les oppositions avec la psychanalyse et l'Église. Le débat de l'inné et de l'acquis est relancé. Quels en sont les enjeux ?

Études sur les jumeaux et les fratries, données génétiques et hormonales... Pour Jacques Balthazart, directeur du Groupe de recherches en neuroendocrinologie du comportement (université de Liège, Belgique), les études scientifiques sont suffisamment nombreuses pour affirmer que l'homosexualité innée est la théorie « la plus plausible ».

C'est le point de vue qu'il défend dans son livre « Biologie de l'homosexualité : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être ». Il y explique que :

« Une partie des facteurs de l'homosexualité est génétique, c'est la partie que l'on connaît le moins bien. On a beaucoup plus de données sur la partie hormonale de ces facteurs.

Il y a enfin une partie immunologique, une réaction immunitaire développée par la mère contre l'embryon de sexe mâle [qui affecterait les préférences sexuelles]. »

L'ouvrage prend ainsi le contre-pied des psychanalystes ou encore des théologiens qui soutiennent que l'orientation sexuelle résulte principalement de l'éducation et de l'environnement, et donc qu'elle s'acquiert ou qu'elle se choisit.

L'Église catholique, par la voix du pape Benoît XVI, présentait il y a peu « la confusion des sexes comme une menace aussi grave pour l'humanité que les changements climatiques ». Pour le Vatican, l'homosexualité est acquise, volontaire, et s'oppose donc à la sacro-sainte « loi naturelle ».

Avantages et écueils


La couverture du livre de Jacques Balthazart

Du côté de la psychanalyse, le Dr Stéphane Clerget, psychiatre et auteur de « Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel ? » déclarait encore en 2008 :

« Ce que j'affirme à partir de mes recherches, c'est que l'orientation sexuelle se construit. Être homosexuel, ce n'est pas la conséquence d'un événement traumatique, d'une mauvaise éducation, d'un problème génétique, ce n'est donc pas le résultat d'un “ratage”, mais c'est une des formes possibles, minoritaire certes, mais normale de vivre sa sexualité. »

Mais les points de vue du Dr Clerget, des freudiens et post-freudiens sont mis à la marge par le Pr Balthazart, qui invoque dans ses écrits le manque d'études scientifiques rigoureuses pour les étayer.

Innée ou acquise ? Les deux théories sur l'homosexualité ne sont pas nouvelles et chacune a montré ses avantages, mais aussi ses écueils.

L'homosexualité acquise, résultant de l'éducation, reste une thèse culpabilisante pour des parents qui s'interrogent sur les erreurs qu'ils ont pu commettre (mère trop proche, père absent) quand leur enfant fait leur coming out.

En revanche, des mouvements gays et lesbiens préfèrent affirmer que leur orientation sexuelle est un choix, parce qu'ils trouvent dans cette conception les ressources pour mieux s'assumer.

« Soigner » les homos ?

Quant à la théorie de l'homosexualité innée, elle peut être de nature à ressusciter les heures sombres de la médecine. Dans les années 30, le nazisme et de nombreux médecins et psychiatres considéraient l'homosexualité comme une « dégénérescence pathologique héréditaire ». Qui sait si les futures thérapies géniques ou hormonales ne tenteront pas de « soigner » les homosexuels ?

Pour le Pr Jacques Balthazart, pas de doute : la science tranche en faveur d'une homosexualité innée. Mais il est plus optimiste sur notre siècle et affirme que cette théorie est plutôt de nature à permettre aux homosexuels d'être mieux tolérés :

« Les homosexuels ne sont pas pervers (en tout cas pas plus que les hétéros), ils ne sont pas dangereux (l'homosexualité n'est pas contagieuse) et ils ne sont pas, en général, responsable de leur condition [...]

En retour, la société devrait, comme elle le fait de façon croissante mais pas encore uniforme, les accepter sans aucune forme de discrimination... »

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Publié initialement sur
Têtu
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  • Payul
    Payul
    étudiant chômeur
    • Posté à 12h51 le 10/02/2010
    • Internaute
      étudiant chômeur

    « En revanche, des mouvements gays et lesbiens préfèrent affirmer que leur orientation sexuelle est un choix, parce qu'ils trouvent dans cette conception les ressources pour mieux s'assumer. »

    Que l'homosexualité soit acquise au cours du développement social et sexuel de l'enfant, et c'est l'avis vers lequel je tends, ne veut pas dire qu'elle est un choix.
    La plupart des homosexuel-le-s que je connais sont scandalisés chaque fois que l'on parle de leur orientation comme un choix, impliquant que celui-ci est réversible.
    Lorsque ceux-ci ont souffert de trop de culpabilisation, pouvoir affirmer au contraire « ce n'est pas un choix » est salvateur, je crois ?

    Pour le reste, je trouve normal que chaque science explique la chose par son point de vue en niant les autres ?
    Le débat n'en est pas moins intéressant, c'est le trop d'empressement à conclure des sciences « dures » que je critique.

  • Sowinski
    • Posté à 12h51 le 10/02/2010
    • Internaute

    C'est curieux cette obsession de certaines sciences (génétique et neurosciences en particulier) à vouloir chercher la « cause » de l'homosexualité... Déjà on aimerait qu'ils prennent plus souvent conscience que nos catégories d'orientation sont nécessairement des vues de l'esprit et sont le fruit de notre époque.

    Par ailleurs, on verrait mal ces mêmes chercheurs chercher les gênes de l'homosocialité, fait que certaines personnes ne veulent faire ami-ami qu'avec des personnes de leur sexe. Ou chercher des causes biologiques du sexisme. Sans doute parce que pour eux ces phénomènes sont « naturels » et non-problématiques. Pourtant, ces deux dimensions sont fondamentales dans le rapport qu'ont les gens a à l'autre sexe.

    Bref je crois que ces chercheurs auraient besoin de faire de solides recherches en histoire des comportements humains avant de construire leur hypothèses de travail.

  • Gibert Because-Youno
    • Posté à 13h40 le 10/02/2010

    Les théories sur les « gênes de » sont aussi vieilles que les théories scientifiques issues du 19e siècles (physiognomonie et autres). On cherchait à expliquer, pèle-mêle, le crime, l'alcoolisme, la violence, l'homosexualité, la religion, et j'en passe. Régulièrement, des labos nous pondent des études bidons sur le gêne de l'amour, l'hormone du désir, la molécule du crime, etc, etc

    Ce qui me paraît sidérant, c'est que ce genre de théories totalement farfelues (il n'y a qu'à lire dans le détail l'étude de ce monsieur, qui explique gentiment que les facteurs sont simultanément génétiques et hormonaux, et que d'un point de vue hormonal, l'homosexualité serait due à une attaque hormonale de la mère sur l'embryon mâle !
    C'est à s'étouffer de rire) puisse encore trouver une certaine résonance aujourd'hui. Et surtout, là où je m'étonne, c'est que des associations gays puissent les relayer.

    Non seulement, tout cela revient à ranger l'homosexualité dans la catégorie du handicap, et donc, d'en faire de pauvres victimes (c'est tellement pratique), mais surtout, cela revient à renier totalement le choix de la jouissance. Si il est bien un domaine où le choix du sujet (sujet conscient ou sujet de l'inconscient, mais c'est là une distinction à laquelle les pro-sciences vont pousser des hauts-cris) est déterminant, c'est bien la jouissance. Merde quoi. On ne jouit pas là où la nature vous dit de jouir. Si ce n'est pas un tout petit peu agité par le fantasme, d'où est-ce que ça sort ? On est des animaux ? On bande comme ça, hop, parce que c'est dans les gênes ?

    Quand à l'argument débile, consistant à dire que ça « déculpabilise », c'est vraiment la tarte de la crème de cette société marchande. Il faudrait une sexualité débarrassée de la culpabilité, avec des gentils acheteurs, des sex-toys, des poupées gonflables, plus de culpabilité - et tout le monde est content. La culpabilité (ou appelez ça comme vous voudrez, il y aura sans doute des petits malins pour venir dire : oh, mais vous vous sentez coupable quand vous baisez, oh, pauvre coincé), elle concerne tout le monde, pas seulement les homosexuels.

    Accepter ses choix de jouissance, c'est justement ce qui fonde le sujet. Dire qu'on n'est pas responsable, c'est ce qui fonde les petits sujets capitalistes passifs et béats.

  • nico.451
    nico.451
    Penser global - Agir local
    • Posté à 06h11 le 12/02/2010
    • Internaute
      Penser global - Agir local

    Le commentaire du pape est genial :
    « aussi grave pour l'humanité que les changements climatiques » son equipe de communication doit etre bien payee. En plein dans le mille, ils ont prit le nb 1 dans leur classement des peurs qui se vendent le mieux en ce moment sur le marché de l'information.

    Jacques Balthazart lui aussi est un petit malin, il va en vendre avec un titre pareil. J'espere au moins pour sa conscience professionnnelle que c'est son editeur qui le lui a imposé.
    « On naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être. » Le « On nait homosexuel » va rassurer tous les gens qui auraient peur de pouvoir l'être, et le « On ne choisit pas de l'être » va rassurer les trop nombreux homosexuels qui culpabilisent. On dirait un message de notre Naboléon faisant passer des fausses vérités dans des messages malhonnetes.
    Le sujet est suffisement discuté par des milliers de scientifiques pour qu'une telle affirmation des annees 40 ne soit amenée avec un peu plus de réserve.

    Je ne connais pas grand chose sur le sujet, mais je voulais partager avec les quelques lecteurs de commentaires 2 facettes sous lesquels j'aime observer l'homosexualité :
    L'exemple de l'homosexualité dans la grece antique.
    De nombreux historiens s'accordent à dire que l'homosexualité jouait un rôle éducatif dans la Grèce de l'Antiquité.

    Chez les Crétois par exemple avait lieu un rite initiatique particulier. L'éraste (= adulte) annonçait trois jours à l'avance à ses proches qu'il allait enlever un jeune mâle de la cité. La famille de l'éromène (l adolescent) qui devait être enlevé ne cachait pas le garçon. Il s'agissait en fait d'un grand privilège que de voir son fils choisi. L'amoureux remettait des cadeaux à son jeune protégé et les deux amants partaient en forêt chasser durant deux mois. Pendant cet « exil », ils avaient des relations homosexuelles. Des textes et des vases montrent la pratique d'un coït intercrural (entre les cuisses) mais plusieurs prouvent aussi qu'il y avait sod omie.
    Photos ici (je vous rassure ce ne sont que des vases greques) :
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    À la fin du séjour, les amoureux retournaient à la cité et se livraient à des cérémonies rituelles qui rendaient hommage à Zeus. L'éromène avait l'obligation de raconter en public les relations qu'il avait eues avec son maître. Le jeune garçon était alors prêt à entrer dans le monde des adultes.

    Je tiens même d'un professeur qui s'était amusé a nous replacer dans notre context actuel les pratiques Greques : qu'il n'aurait pas été choquant par exemple pour deux patrons en Greces Antique d'avoir un relation sexuelle apres avoir signé un contrat. Cela aurait même été percu comme un exces de virilité.
    Bref, il y a 2500 ans la civilisation greque, qui demeurent aujourd'hui encore dans les fondations de notre culture, voyait l'homosexualité d'un angle très différent. Ajoutez 2000 ans de Judeo chretient et des fondations il n'y a plus grand chose de visible...
    source :
    Lien

    Dans un autre domaine, les Bonobos nous renvoient un tres bel exemple d'homosexualité : leurs problemes de pouvoir, ils les reglent par le sexe (contrairement aux chimpanzes qui eux reglent leur problemes de sexe par le pouvoir). L'homosexualité est pratiquée a l'egale de l'heterosexualité, et ils sont un exemple d'équilibre sociale. Il va sans dire que les scientifiques commencent à peine à publier ouvertement sur cette espece sans se faire lincher.
    Pour les curieux une photo : Lien.

    Merci à Balthazart d'avoir sucité le débat ; )