01/02/2010 à 20h30

Homosexualité : le rétropédalage de l'Education nationale ?

Emmanuelle Bonneau | Editrice Rue89

Après une levée de boucliers lancée sur le Net, un dessin-animé pédagogique sur l'homosexualité pourrait être interdit.

En juin prochain, « Le Baiser de la lune », un film d'animation de 26 minutes, devait servir de support pédagogique pour évoquer l'amour homosexuel au sein de classes de CM1-2.

Signé du réalisateur rennais Sébastien Watel, ce dessin-animé, qui utilise les codes des contes de fées, raconte « l'évolution du regard archaïque d'une grand'mère sur les relations amoureuses ». En l'occurence, il s'agit de l'amour entre Félix (un poisson-chat) et Léon (un poisson Lune). (Voir la vidéo)

Mais le réalisateur Sébastien Watel est allé un peu plus vite que la musique. Sur le site Web dédié à son court-métrage, produit par la société rennaise l'Espace du mouton à plume, il a apposé le logo de l'Education nationale sous l'onglet « Partenaires ». L'inspection académique de Rennes a demandé courant janvier le retrait de la griffe.

Le réalisateur, qui a déjà collaboré avec le ministère au sein d'ateliers réalisation de films, raconte avoir consulté « des enseignants et des conseillers pédagogiques » en février 2009 :

« J'avais évalué la pertinence de mon projet, de son format et du public auprès d'eux. Ils ont rendu un avis favorable : l'homophobie, on la constate au collège ; donc il faut prévenir ces comportements dès l'école. Je pensais avoir un partenariat de fait avec l'Education nationale. »

Une « discrimination particulière »

Jean-Charles Huchet, inspecteur de l'Académie de Rennes, explique lui qu'il a été un peu surpris de voir le réalisateur confondre l'inspection avec le ministère :

« Il y a eu un débat un jour dans une école de la région mais pas de partenariat strict. Je n'ai jamais rencontré M. Watel, j'ai donc été un peu surpris de voir le logo de l'Education nationale. »

La demande de partenariat officielle est depuis partie au courrier. Dans quelques temps, l'inspection académique de Rennes devra décider si, oui ou non, elle cautionne l'utilisation du DVD-livret pédagogique « Le Baiser de la lune » pour faire réfléchir les élèves de primaire sur l'amour homosexuel.

L'inspecteur de l'Académie de Rennes hésite :

« La diversité des réactions invite à réfléchir. La question est de savoir à quel niveau on peut aborder cette discrimination particulière. Il y a un véritable débat et s'il y a débat, c'est que cela ne va pas de soi. »

« Propagande du lobby homosexuel »

Entre-temps, la polémique a dépassé la seule ville de Rennes. Jeudi, la députée de Paris Martine Billard (Parti de gauche) s'est émue de la reculade de l'inspection. Elle a interpellé le ministre de l'Education nationale Luc Châtel dans une question écrite qui paraîtra mercredi prochain au JO, lui demandant de revenir sur sa décision :

« Alors que ces dernières années les chefs d'établissement ont reçu des circulaires appelant à la vigilance et à la fermeté contre les manifestations d'homophobie (au même titre que toutes les discriminations), le retrait du logo de son ministère, suite aux pressions homophobes de milieux ultra-conservateurs, est un mauvais coup porté à la lutte contre les discriminations à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. »

Les « pressions homophobes » auxquelles fait référence la députée ont commencé sur le Net. Dès la mi-décembre, l'hebdomadaire de droite libérale Les 4 Vérités a lancé une pétition pour réclamer l'arrêt du soutien de l'inspection de l'Académie rennaise et celui des collectivités territoriales au court-métrage, taxé de « propagande du lobby homosexuel ».

Pour l'instant, la région Bretagne, les départements des Côtes d'Armor et du Finistère et la ville de Rennes (tous à majorité socialiste) ont renouvelé leur soutien au « Baiser de la lune », malgré les 15 000 signatures que revendique le site Web des « 4 vérités ».

Hétérosexualité et homosexualité sur un pied d'égalité

Côté enseignant, si la Ligue de l'enseignement d'Ille-et-Vilaine soutient le projet, l'Association parents d'élèves de l'enseignement libre du 92 (Apel92) dénonce, elle, « une tentative de manipulation des consciences de jeunes enfants » :

« L'Apel nationale exprime les plus sérieuses réserves concernant ce projet qui consiste à présenter à de jeunes enfants, sans qu'ils en soient nécessairement demandeurs, une information sur la sexualité des adultes mettant sur le même pied hétérosexualité et homosexualité. »

Ce week-end, c'est Christine Boutin qui leur a emboîté le pas en adressant une lettre ouverte à Luc Châtel, sur le site Web du parti chrétien-démocrate réclamant « au nom du respect de la neutralité de l'Education nationale », « l'interdiction de la diffusion du film ».

Addendum le 3/2 à 13h15. Mercredi, sur RMC, Luc Chatel a précisé que « Le Baiser de la lune » était une « une initiative privée ». Non financé par le ministère de l'Education nationale, le film d'animation « n'a pas vocation à être diffusé en primaire à l'école ». (Voir la vidéo)

Addendum le 5/2 à 10h15. Jeudi sur RMC/BFM, Martin Hirsch a déclaré que le Haut-Commissariat à la jeunesse avait financé « à hauteur de 3.000 euros » le film d'animation « Le Baiser de la lune ». « J'ai vu ce film. Je suis fier qu'on ait participé à ce film qui me paraît un film plutôt sympathique. Il ne m'a pas choqué », a ajouté le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. (Voir la vidéo)

  • 47189 visites
  • 375 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 21h00 le 01/02/2010
    • Internaute
      oiseau

    Il y a deux problèmes complètement distincts.

    Le premier problème concerne l'usage du logo de l'éducation nationale comme étant, abusif, abusivement prématuré ou normal.

    Le deuxième problème est beaucoup plus grave puisqu'il s'agit d'une lutte où les enfants sont pris en otage des volontés éducatives des adultes. Apès tout, tout le monde veut protéger les enfants. Pour certains, ce sont des homosexuels ; pour les autres, c'est de l'homophobie.

    Il n'en reste pas moins que toute éducation est nécessairement une influence. L'argument de la lutte contre l'influence ne tient donc pas. De plus, les enfants au collège découvrent leurs sentiments et, parfois, leurs sexualités. Il semble donc pertinent de les renseigner sur le sens que donne la société à ces choses. L'homophobie existe. En tant que discrimination, elle est à condamner. Les enfants doivent le savoir. Et si d'aventure certains d'entre-eux ressentent des émotions pour une personne du même sexe, ils doivent savoir qu'ils ne sont pas des malades, mais tout aussi normaux que les autres. Sinon, c'est de la souffrance qu'on leur offre !

    Enfin, pour ce qui est de donner une information « sans qu'ils en soient nécessairement demandeurs », c'est un tant soit peu biaisé. Ils ne sont probablement ni demandeurs de cours de français, d'anglais ou de maths.

  • A_déménagé_le_1_septembre
    • Posté à 21h17 le 01/02/2010

    CM1-CM2 ?
    N'est-ce pas un peu jeune pour parler d'orientation sexuelle ?
    Est-ce que cela n'implique pas une sexualisation de ces enfants, pour comprendre ces questions ? pouah !
    Et puis l'amour cela ne se décrète pas.
    Et puis, cela implique également que les parents feraient mal leur job. C'est possible, mais est-ce majoritaire ? Et est-ce que cela autorise l'éducation nationale à s'ériger en gardien d'une morale précise ? Est-ce son job ? Moi, cela me semble malsain et dangereux. Les dérives me semblent évidentes. Je crois qu'il faut laisser la liberté à certains parents de faire des erreurs, c'est peut-être dur, mais c'est nécessaire pour que la société vive.
    Et puis alors, c'est un film destiné avant tout aux futurs hétéros, dont on présuppose a priori qu'ils risquent d'être homophobes, sur une question dont ils n'ont même pas encore d'opinion ! c'est du délire ! evidemment que c'est de l'endoctrinement.
    Et puis, cela implique que nous sommes encerclés par une horde d'homophobes qui tabassent les pédales le soir au fond des impasses sombres et lugubres, au point de « rééduquer » nos gosses prépubères, pour qui ce genre de désir pour un sexe n'est encore qu'un vague concept (même pas en fait).
    Moi je n'en croise jamais. J'entends parfois des blagues de mauvais gout, oui, des insultes mal choisies, fruit d'une tradition difficile à corriger, oui, mais rien qui implique de perturber nos gosses avec des questions qui les dépassent. La bêtise est humaine. On ne peut l'éradiquer. Ce concept est aryen.
    Est-ce qu'on ne pourrait pas leur épargner les dernières années d'innocence et d'irresponsabilité qui leur reste, par pitié ? ! Je pense qu'ils ont bien le temps de voir leur poils pubiens ou leur moustache duveteuse concurrencer leur acné et leur torturer le cerveau avec des questions existentielles sur l'amour et le désir de l'autre.
    CM1-CM2, moi ça me pose un problème, parce que c'est idiot et malsain.
    Pour autant, les arguments de ceux qui veulent interdire ce film (« propagande du lobby homo » par exemple) sont assez mauvais je trouve.

  • Désinscrit le 21-6
    • Posté à 06h37 le 02/02/2010

    2 points distincts :

    Le logo Education nationale : et bien oui,il est très difficile de l'obtenir et c'est tant mieux . Il faut que les innombrables mouvements sectaires quelque-soit le domaine concerné sachent que l » Ecole est une forteresse imprenable. Le gardien des valeurs républicaines et laïques .

    Pour la sensibilisation des pré-adolescents aux différences : OUI à fond OUI . Quelque-soit le sujet . Le suicide est la deuxième cause de décès des 18-24 ans . Beaucoup de ces jeunes, qui se sentent ou se savent différents finissent par perdre toute estime d'eux-mêmes ( l'insulte N°1,à tout propos reste : PD ),si dans le milieu familial ils rencontrent les mêmes commentaires, le risque de suicide est très important .

    Laissons ce sujet aux conseillères conjugales du planning familial et aux infirmières scolaires qui font très bien leur boulot .

  • Yp2
    Yp2
    Sale gauchiste d'IEP
    • Posté à 09h23 le 02/02/2010
    • Internaute
      Sale gauchiste d'IEP

    Après Disney et Consorts qui abreuvent les gosses d'amours hétéros à plus soif, il serait peut-être temps de montrer aux enfants un modèle d'attirance différent. Juste histoire qu'ils ne trouvent pas « bizarre » plus tard les homos ou qu'ils ne réfrènent eux-même leur attirance homo par peur d'être rejeté comme « anormal ».

    Il n'y a qu'à voir tous les petits « couples » qui se forment dès la maternelle entre garçons et filles : les enfants reproduisent les modèles qu'on leur donne.

  • jiminibzh
    jiminibzh
    gentlewoman fermière
    • Posté à 09h33 le 02/02/2010
    • Internaute
      gentlewoman fermière

    Et si donc ce film avait mis en scène un poisson femelle et un poisson mâle, aurait-on parlé de propagande hétérosexuelle ?
    Parce qu'à lire certains, on ne devrait pas parler d'homosexualité à l'école parce que les enfants sont assexués. Je vous entends bien que je ne sois pas d'accord, mais ça n'est pas mon sujet). A lire d'autres, on ne devrait pas parler d'homosexualité à l'école parce que l'école est là pour instruire uniquement. Je vous entends aussi.
    Pourtant, de mes souvenirs d'école, je me rappelle mes livres de lecture où un monsieur aimait une dame, un petit garçon était très amoureux d'une petite fille, un petit chien était amoureux d'une petite chienne. Et là, on ne parle pas de propagande hétérosexuelle, on ne dit pas qu'on ne devrait pas en parler parce que les enfants sont assexués... Etrange...
    Pourtant, moi qui en CE1 étais amoureuse de la jolie V., je me sentais déjà « pas normale » puisque tout autour de moi, on m'apprenait que l'Amour, c'était entre un homme et une femme.
    Moi, il me semble que l'apprentissage de la diversité, ça n'est pas de la propagande... Juste dire aux enfants par un dessin animé qu'il existe un autre modèle que celui qu'on leur martèle au quotidien, c'est plutôt bien non ? Parce qu'au final, je n'ai pas vu le film, mais je suppose que ce dessin animé parle d'AMOUR, pas de sexe... Et qu'y a-t-il de plus beau que l'amour, quel qu'il soit ?

  • écrits vains
    • Posté à 13h39 le 03/02/2010

    Oui, enfin rappelons-le l'Etat s'est quand même bien immiscé dans la chambre à coucher,
    - Le code pénal de 1791 dépénalise la sodomie, qui était auparavant un crime.
    - Les homosexuels étaient livrés à la gestapo entre 1940 et 1944 pour finir dans les camps de concentration (voir à ce sujet « le triangle rose », très bon film)
    - La dépénalisation des relations sexuelles entre personnes du même sexe n'ayant eu lieu qu'en 1978
    - L'OMS a considéré l'homosexualité comme une maladie mentale jusqu'en 1981.
    - En 1991, l'assemblée a fait barrage a un projet de loi visant à recriminaliser l'homosexualité comme sous le régime de Vichy...

    Alors après, on peut me dire que ça ne regarde pas l'Etat, ce que je fais dans mon plumard, mais malheureusement je pense qu'il s'est arrogé le droit de décréter ce qui était bien ou mal voilà bien longtemps...
    Et si l'hétérosexualité est la norme, cela signifie que les enfants doivent tout ignorer de ce qui n'est pas la norme ? Les gens bien portants sont la norme, donc on doit cacher les malades et les handicapés aux enfants ? (attention, je ne fais aucun amalgame entre handicap et homosexualité, comme j'ai pu le voir plus haut)
    Et quant à dire que les gosses sont ignorants de la sexualité, je me rappelle plutot bien mes copines et moi cherchant les planches d'anatomie dans le dictionnaire, pour voir « comment c'était », et mes petits camarades ne jouant pas au foot avec mon pote S., déjà « différent » sans que personne puisse dire pourquoi, et qui nous a menti toute son adolescence, prétendant avoir des amoureuses, etc... Je pense que ça l'aurait bien aidé, lui, de se savoir normal (et par normal, j'entends « dans la norme »).
    Donc oui à l'ouverture d'esprit, dès le plus jeune âge, sans crainte de « contagion » (ridicule), ou de « promotion » (« -50% sur l'homosexualité aujourd'hui, profitez-en c'est pas cher ! ) avec certes un débat avec les parents si c'est nécessaire, mais ce film me parait quand même bien innocent, si ce n'est le titre, qui me parait assez marrant, mais où à priori, les gosses ne verront pas l'ironie.