19/01/2010 à 15h18

Le point G n'existe pas ? Même l'éjaculation féminine existe !


Le 4 janvier dernier, un blog du Monde.fr, Le Veilleur, et Rue 89 titraient de concert que la preuve de l'existence du point G avait été fortement mise à mal par des études scientifiques menées par des chercheurs britanniques au King's College de Londres.

L'affaire semble être sérieuse puisqu'elle a été diffusée dans le Journal of sexual medicine, puis dans le Sunday Times et le Daily Mail. Les deux articles français employaient le vocabulaire attendu à ce sujet, en l'occurrence celui du mystère, de la subjectivité, du caché, de l'intimité, de la magie et de la quête. C'est peu de dire que l'appréhension du sujet n'était pas neutre !

Ce mystérieux trou noir appelé vagin

Les études sur la sexualité des femmes -et de toutes les personnes qui ont eu un vagin à la naissance- sont conditionnées par des conceptions, au mieux sexistes (basées sur la croyance en une différence de nature entre les hommes et les femmes), au pire misogynes (véhiculant du mépris pour les femmes).

C'est ainsi que parmi les 1 800 personnes ayant participé aux recherches du King's College, aucune n'était lesbienne parce que, pour les chercheurs, sans pénis, pas de coït et sans coït, pas de point G... Cela en dit long sur les prémisses scientifiques à l'œuvre dans cette pseudo étude objective.

Pourtant, les chercheurs n'ont pas attendu le XXe siècle pour affirmer l'existence du point G. En 1672, l'anatomiste néerlandais Regnier De Graaf a étudié avec précision l'appareil sexuel des femmes et en a fait des croquis sur lesquels il a indiqué la présence d'une prostate possédant plusieurs canaux éjaculatoires. C'est cette prostate qui porte le nom de point G, en référence à son découvreur.

Après lui, le slovaque Milan Zaviacic, fort de près de 20 années d'études approfondies sur le sujet entre 1982 et 1999, a reconnue pleinement la prostate comme organe fonctionnel (production et excrétion d'éjaculat, production d'hormones) chez les femmes.

Le plaisir féminin boycotté

En 1981, la Fédération des centres féministes de promotion de la santé des femmes a publié un livre qui a défrayé la chronique et qui s'intitulait « A New View of a woman's body ». Les chercheurs/es qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage ont entrepris des recherches dans les livres médicaux. Le vaste réseau de tissu érectile (le point G, le tissu spongieux urétral et le clitoris), dont ils avaient prouvé l'existence, n'était pas illustré dans les traités de médecine disponibles.

Alors que le pénis et ses parties voisines étaient parfaitement connus, décrits et étudiés, dans la plupart des cas, le vagin et les parties voisines du vagin étaient laissés en blanc sur les illustrations.

En outre, c'est en 2001, lors d'un congrès du Comité fédératif international de terminologie anatomique, qui s'est tenu à Orlando en Floride, que le terme « prostate féminine » a été intégré au journal Histology Terminology. Cependant, on trouve toujours dans la plupart des dictionnaires à l'article « prostate » : « glande de l'appareil génital masculin ». Faites le test, vous verrez.

Le point G n'est pas un point

Pourquoi alors, malgré la crédibilité qu'apportent ces connaissances scientifiques, des chercheurs s'évertuent-ils toujours à remettre en question l'existence du point G ?

Il serait facile de répondre qu'il est rassurant d'attribuer l'absence de plaisir chez les femmes à leurs états d'âme, voire à la dysfonction de leur mystérieux vagin, plutôt qu'à un défaut de technique de leurs partenaires.

Plus sérieusement, parce qu'ils ne cherchent ni au bon endroit, ni la bonne chose. Le point G n'est pas plus un bouton magique pour déclencher des orgasmes sur commande qu'une zone topographiquement imprécise que seules quelques initié(e)s ont eu la chance de trouver sur leur passage.

Selon l'acception de Deborah Sundahl, experte sexuelle américaine :

« Le point G n'est pas à proprement parler un point sur la paroi du vagin. C'est un organe que l'on peut sentir et stimuler à travers la paroi vaginale. »

Comme sa forme et sa taille, la sensibilité du point G varie d'un individu à l'autre. Aussi est-il vain de le chercher sur le critère du plaisir, ce qui semble pourtant avoir été l'unique critère lors des recherches récentes du King's College de Londres.

L'éjaculation, c'est bon pour la santé

Par ailleurs, le docteur Zaviacic a indiqué dans ses recherches que l'éjaculat était un agent protecteur pour l'urètre contre les effets agressifs de l'urine. A contrario, l'inhibition de l'éjaculation chez les femmes (lorsque le liquide remonte dans la vessie selon le processus appelé éjaculation rétrograde) est favorable au développement d'infections.

Aussi est-il frappant de constater que plus de la moitié des visites chez le gynécologue sont à attribuer à des maladies de type infections vaginales dans un contexte social où l'éjaculation des femmes est dévalorisée, voire méconnue.

Ne serait-ce que par mesure sanitaire, il serait donc plus que temps de réhabiliter l'éjaculation vaginale.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 15h59 le 19/01/2010
    • Internaute
      non connue

    Sexe féminin sur lequel les pros s'tatent...

    Très bon article.

  • Slovan
    Slovan
    Baroudeur
    • Posté à 16h36 le 19/01/2010
    • Internaute
      Baroudeur

    Pas très scientifique, votre exposé.

    Déjà, vous définissez le sexisme comme « la croyance en une différence de nature entre les hommes et les femmes », ce qui est original, et témoigne d'une vision très militante. A ma connaissance, le corps, et le cerveau des hommes et des femmes ne sont pas sous l'influence des mêmes hormones, ce qui rend forcément différent leur développement, et ce dès les premiers stades.
    Donc je ne sais pas bien ce que vous entendez par « différence de nature ».

    Ensuite :
    Vous multipliez les procès d'intention, si jamais des chercheurs font une étude sur le point G et disent que le point G n'a pas d'existence physiologique, c'est que :
    - « ils s'évertuent toujours à remettre en question l'existence du point G »,
    - voire ils pensent que « l'absence de plaisir chez les femmes doit venir à leurs états d'âme, voire à la dysfonction de leur mystérieux vagin, plutôt qu'à un défaut de technique de leurs partenaires. »

    Où ces chercheurs disent-ils cela ? On ne saura pas. Où le sous-entendent-ils ? On ne saura pas davantage.

    Ensuite, vous décrétez que le point G existe parce que le point G est nécessairement l'organe d'éjaculation féminine. Quelles sont les études qui prouvent le lien entre les deux ? On ne saura pas.

    Plus loin, quelqu'un qui aurait le malheur de ne pas employer le mot « prostate » concernant les glandes de Skene, serait forcément sexiste.

    Encore plus loin, vous décrétez que « l'éjaculation des femmes est dévalorisée, voire méconnue ». Quels sont vos arguments pour dire cela ? On ne saura pas non plus.

    Enfin, vous décrétez que l'éjaculation féminine normale (non rétrograde) serait d'ordre culturel puisqu'il suffirait de la « réhabiliter » et elle serait davantage commune, ce qui limiterait les infections vaginales. Arguments, études ? On n'en saura pas davantage.

    Je ne prends pas partie dans ce débat, mais je trouve que votre exposé manquent un peu de faits et études tangibles...

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 19h27 le 19/01/2010
    • Internaute
      Littéral

    Il me semble que l'étude du King's college n'a pas été comprise du tout.

    Autrement dit, qu'en dehors de ce qu'on en a rapporté, peu de gens l'ont lue, en dehors de Damien Mascret et de Beverly Whipple qui ont fait une critique raisonnée de l'expérience des médecins anglais.

    Ce que l'étude remet en cause, ce n'est pas comme on l'a dit, l'existence du point G, c'est l'absence de corrélation entre les sensations orgasmiques et les stimulations de cette zone érogène.

    Si les lesbiennes ont été écartées des populations étudiées cela se justifierait, selon les auteurs de l'étude, par leurs pratiques beaucoup plus régulières et systématiques de stimulations et d'excitation du vagin avec les doigts.

    Dans le cadre stricte de l'étude, c'est cohérent, dans un cadre plus général, comme la sexologue Beverly Whipple l'a exprimé, cela exclut de facto de prouver cette corrélation d'excitation intra-vaginale et une forme d'orgasme encore mal connu.

    Car si la très grande majorité des femmes, près de 80 %, ont des orgasmes,c'est grâce à l'excitation du clitoris.

    Cependant, et de nombreuses études se recoupent, plus de 20 % des femmes déclarent éprouver une forme d'orgasme par excitation intra-vaginale.

    Une minorité d'obstinées maintient ainsi la question de l'existence d'un orgasme féminin vaginal.

    Quand à la glande de Skene (un gynécologue américain qui l'a décrite) dont on a constaté que certaines femme pouvaient en extraire un liquide par éjaculation, toutes les femmes n'en sont pas pourvues, tandis que la position de ces glandes varient d'une femme à une autre. Pour certaines, ces glandes sont proches du méat sur la face antérieur du vagin, alors que pour beaucoup d'autres elles sont présentes plus en profondeur le long du vagin.
    Certaines femmes dont on excite la zone de la vulve où se trouve le méat peuvent provoquer ces jets de fontaine et ressentir des sensations orgasmiques.

    Pour revenir à l'étude son objet précis était de rechercher un fondement génétique pour des femmes qui déclarent avoir et connaitre leur point G.

    D'autres questions permettaient de connaitre leur mode de sexualité.

    D'où l'organisation de deux groupes, l'un une population de jumelles monozygotes (identique génétiquement), l'autre population étant des jumelles dizygotes (au plus 50 % de gènes en commun).
    L'objectif étant de discerner des contradictions de déclaration entre les jumelles des deux groupes.

    L'hypothèse étant que si des jumelles identiques se contredirait moins que les jumelles dizygotes en raison même de leur similitude génétique.

    Les femmes plus jeunes, actives sexuellement et plutôt satisfaites
    de leurs sexualité déclarent plus que les autres avoir un point G.

    Les résultats n'ont pas démontré de différences notables entre les deux groupes. Comme si l'aspect physiologique n'avait pas d'influence sur les déclarations.

    De là à en déduire que le point G n'existe pas, c'est sans doute exagéré. Mais mettre en cause le sérieux de l'étude n'est pas fondée.

    Ce qui est remis en cause, c'est la corrélation entre point G et orgasme vaginal.

    Si toutes les femmes peuvent jouir avec leur clitoris,on ne s'explique pas vraiment pourquoi certaines déclarent ressentir un orgasme par la seule excitation vaginale.

    Par contre, eu égard à la grande différence de complexion des glandes de Skene selon les femmes, toutes ne peuvent pas forcément produire des éjaculats.

    Et si ce rapport ré-instaurait le primat du clitoris pour l'orgasme féminin, est-ce si scandaleux ?

  • saturnain
    • Posté à 20h48 le 19/01/2010

    La longue méconnaissance de l'anatomie sexuelle féminine est un triste cadeau de
    notre histoire, des siècles d'obscurantisme religieux moyen ageux ayant fait leur oeuvre. Et donc : les études sur le sujet sont incroyablement récentes,
    ce qui est le premier point frappant.
    (il y a moins d'un siècle, on connaissait mieux la chimie de Saturne que les organes féminins ! )

    Cette nouvelle étude par contre ne m'a pas semblé s'intéresser au point G en
    tant qu'organe, et n'a pas remis en cause l'existence de la prostate féminine.
    (je dis ça, j'admet avoir lu l'article certes, mais pas étudié pendant 2 jours).

    En bref j'ai plus perçu que cette étude désignait par « point G » le mythique
    triangle des bermudes intimes internes féminines où « y a qu'à cliquer, et c'est parti », et non pas comme un organe à part entière.

    A ce titre l'étude est scientifiquement bien menée, en tâchat d'éliminer au
    plus les facteurs qui d'emblée fausseraient les observations, d'autant plus qu'elle s'intéresse à du « ressenti », de la « sensation », donc du subjectif.
    (éliminer la différence génétique pour se focaliser sur le comportement, restreindre le panel à une « catégorie » sociale (pas de lesbiennes par exemple, mais pas de bonnes soeurs je parie non plus)... tout est parfaitement justifié)

    Pour ce genre d'études attention, le panel choisi n'a pas lieu d'être représentatif de la population générale, bien au contraire, et ça n'a rien de choquant.

    Quand Agnès Giard dit
    « Tout ce que cette étude démontre c'est : on n'hérite pas génétiquement de la faculté de trouver son point G. » ... ma foi elle a raison, ce qui signifie également qu'on ne parle pas ici d'organe tangible, anatomique, mécaniste.

    Donc finalement, je n'ai pas vu de dénégation obscure dans cette étude. Après, naif que je suis devant l'éternel, je peux me tromper.

    Au final comme toujours, bon article, bien documenté, même si le procès d'intention est un peu à côté à mon goût. (comme d'autres réactions sur cette étude d'ailleurs)

    Un bémol sur l'éjaculation rétrograde : c'est un peu rapide de la justifier uniquement par l'aspect socio culturel - même si son influence est vraisemblable. La reconnaissance du « droit à jouir » ne solutionera pas à lui seul malheureusement les infections vaginales.
    (et pour le coup je plussoie Solvan. « plus de la moitié des visites chez le gynécologue » ... est un chiffre aussi vague que douteux, quant à l'évaluation du « contexte social » j'aimerais savoir qui peut facilement le cataloguer sur un tel critère... et oui, encore de l'obscurantisme. Manque de rigueur inacoutumé que tout celà.)

    On reconnaît aussi un bon article aux réactions qu'il suscite... celui-ci est bien parti ; -) (de même que l'étude d'ailleurs)

  • anini
    anini répond à dodu
    terrienne de souche !
    • Posté à 22h25 le 19/01/2010
    • Internaute
      terrienne de souche !

    L'absence de représentation de l'anatomie féminine dans les livres et l'ablation du clitoris sont sans doute intimement liés !

    Comment expliquer autrement que d'un côté il n'existe pas , de l'autre et depuis très longtemps , on s'est acharné à le supprimer et pas que dans des pays dits peu évolués !

    On traitait les femmes médicalement en Europe de cette façon lorsqu'elles semblaient un peu trop « énervées “ !

    Sans compter que pour certaines sommités , l'orgasme clitoridien était considéré comme ‘inférieur’ à l'orgasme vaginal et donc sans intérêt car représentant une sexualité peu évoluée pour ne pas dire ‘enfantine’ !
    Combien de femmes et d'hommes ont détruit leur intimité et leur joie de vivre ensemble par méconnaissance !
    Mais à qui profite ce genre de dissimulation ?