18/01/2010 à 13h30

Les préservatifs en distributeurs sont-ils vraiment fiables ?

Camille | Mauvais genre

Dans les distributeurs, les préservatifs sont exposés à des températures qui peuvent être extrêmes. Protègent-ils bien ?

Infosignalée par
un internaute



Un distributeur de préservatifs (Soline Ledésert/Rue89)

C’est l’hiver : bonjour la neige, le froid et les températures qui font le yo-yo entre gel et dégel. Installés à l’extérieur des pharmacies ou de bâtiments publics, les distributeurs de préservatifs sont exposés à des températures qui peuvent parfois être extrêmes, en plein soleil ou en plein courant d’air. Qu’en est-il de la fiabilité des préservatifs qu’ils contiennent ?

Sur la suggestion d’une riveraine, qui avait fait preuve de curiosité en pleine vague de chaleur aoûtienne, j’ai enquêté là-dessus.

Températures fatidiques

Ce que les fabricants annoncent sur leurs notices, c’est que les préservatifs doivent être conservés à température ambiante. Si ça n’est pas le cas, il devient dangereux de les utiliser car les propriétés du latex ne sont plus les mêmes et sa structure moléculaire est modifiée. Sa fiabilité est donc mise en question.

Qu’en est-il donc au mois d’août à Perpignan ou en février dans le Jura ? Suffit-il que le distributeur passe plus d’une journée au-delà des températures fatidiques pour altérer définitivement les préservatifs qu’il contient ?

J’ai contacté, avec l’aide de l’équipe de Rue89, plusieurs fabricants : Manix, Durex, Softcondoms, Protex condoms... Aucun n’a daigné répondre à mes questions, sauf Softcondoms, dans des termes flous :

« Dans le cas où, effectivement, le produit serait détérioré, il n’y a pas d’obligation quant au remplacement : il appartient au fournisseur de veiller au stockage des marchandises qu’il commercialise et s’il y avait remplacement, il s’agirait d’un “geste commercial” de sa part. »

Les fabricants s’en remettent donc aux revendeurs. On pourrait penser que les distributeurs sont thermo-régulés, mais ce n’est pas le cas. Ils peuvent donc faire cuire ou geler notre compagnon de sortie préféré.

« On remplit quand c’est vide, mais c’est tout »

Questions : les préservatifs sont-ils changés régulièrement ? En cas de gel ou de températures élevées, y a-t-il des consignes de remplacement ? Rien de tout ça, m’ont dit les pharmaciens de mon quartier :

« Non, on ne fait rien de tel. Vous savez, on vient nous installer le distributeur, on remplit quand c’est vide, mais c’est tout. Vous avez raison, on devrait peut-être faire quelque chose... »

D’autant que c’est au propriétaire du distributeur de s’assurer de la bonne qualité des produits qu’il contient. Et dans la plupart des cas, le distributeur appartient au pharmacien. Selon Georges, revendeur de préservatifs :

« En fait, ça se vend mal en distributeur. En lycée, on peut mettre 2 ans pour changer le stock de 144 boîtes de préservatifs, et ils ne sont jamais remplacés. Dans ce cas, l’opérateur c’est le pharmacien ou le directeur du lycée. Les fabricants de préservatifs ne sont pas responsables. »

Modification de la « structure moléculaire »

Dans tous les cas, les fabricants de préservatifs sont couverts : les emballages stipulent qu’ils doivent être conservés « dans un lieu tempéré ». Commentaire de Georges :

« Les préservatifs sont faits pour fonctionner entre +5° et +37°C. Vous imaginez bien que ce n’est pas le cas dans un distributeur installé à l’extérieur. Une exposition prolongée peut leur faire subir un changement moléculaire.

Ce qu’on sait, c’est que si vous conservez un préservatif plusieurs jours dans la poche de votre pantalon, il est foutu. A mon avis, en plein soleil à Marseille ou en Corse, il sera foutu au bout de 24h. Et dès qu’il gèle dehors, ce ne sont clairement pas de bonnes conditions pour utiliser ces préservatifs. »

Pas rassurant... La norme NE/93/42/CEE sur les dispositifs de santé stipule ceci :

« Les parties accessibles des dispositifs (à l’exclusion des parties ou des zones destinées à fournir de la chaleur ou à atteindre des températures données) et leur environnement ne doivent pas atteindre des températures susceptibles de présenter un danger dans des conditions normales d’utilisation. »

« Le latex est sensible au chaud et peu au froid »

Qu’en disent donc les autorités sanitaires ? On est ici en présence d’un dispositif médical, c’est donc à l’Afssaps qu’il faut s’adresser. Réponse des intéressés :

« Une étude interne à l’Afssaps a été faite en 2005 suite à la canicule. Des industriels du préservatif ont été contactés, ils ont étudié la rupture après étuvage à 70°C pendant 48 heures, aucun problème n’a été rencontré. Ils se sont rapprochés du réel avec des températures de 40°C mais plus longuement, sans plus de problèmes.

Les conditions “réelles” (variations de températures jour/nuit sur une longue période) n’ont pas été étudiées en tant que telles car on se base sur l’idée que le stock tourne rapidement. De plus, le froid n’a pas été étudié car le latex, de par ses propriétés, est sensible au chaud et peu au froid. »

La porosité ? Une « légende urbaine » pour Sida Info Service

Toujours pas d’info précise sur des conditions réelles, avec variation de température entre +40°C et -10°C sur plusieurs mois, ou sur le gel... Le plus surprenant -et inquiétant- reste cette réponse par mail de Sida Info Service, obtenue après quelques relances et une « perte de correspondance » :

« Vous aurez noté vous-même que les distributeurs de préservatifs situés dans des endroits climatiquement exposés sont en général dans un état déplorable. [...] Le fait qu’ils aient été exposés à des températures extrêmes peut éventuellement fragiliser le latex, ce qui peut entraîner une éventuelle rupture dudit préservatif.

Mais les préservatifs ne sont pas fragiles au point de devoir être conservés dans un réceptacle climatisé.

A noter que l’idée de la porosité relève plus de la légende urbaine que d’un réel souci de santé publique. Un préservatif est fiable dès lors qu’il a été utilisé et qu’il n’a pas cassé. »

Accidents de capotes

Ça m’a fait peur... Une voiture est fiable dès lors qu’elle ne vous a pas envoyé contre un platane ? Chers lecteurs et lectrices, auriez-vous déjà eu des accidents avec des capotes achetées dans des distributeurs, et des raisons de penser qu’ils avaient subi des chocs de température ?

La conclusion, je la laisse à un chercheur dont les travaux portent sur le caoutchouc :

« Pour ma part, j’éviterais les distributeurs en plein soleil ... et irais plutôt à la pharmacie, mais ... c’est pas facile pour tout le monde. »

Devant l’absence de répondant des acteurs du monde du préservatif (le LNE, qui se charge de la certification des préservatifs, a aussi évité de me répondre), j’attendrai moi aussi une règlementation plus stricte ou d’autres études plus complètes avant d’utiliser ces distributeurs.

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  • Anonyme

    La capote ? Uniquement en pharmacie !

  • Nils Wilcke
    Nils Wilcke
    Etudiant
    • Posté à 15h16 le 18/01/2010
    • Internaute 49020
      Etudiant

    Quand j’étais au lycée, une copine a utilisé une capote du distributeur pour s’envoyer en l’air avec son mec.

    Le soir-même elle m’appelle en larmes :
    - La capote s’est déchirée et on s’en est pas tout de suite aperçu, qu’est ce que je fais ?
    - Comment ça, « qu’est ce que je fais » ? Tu vas dans une pharmacie pour demander une pilule histoire de ne pas avoir de problème ! Vous avez bien couché ensemble pour la première fois ?
    - Ben oui…
    - Pas de coucherie ailleurs depuis ?
    - Pas de mon côté en tous cas, mais pour lui heuuu…
    - Il faut que tu lui en parles ! C’est super important !
    - Voui, voui…

    Et qui s’est retrouvé dans une pharmacie le lendemain avec une pleureuse à ses côtés ? Bibi !

    Pas de petite graine ou de MST mais une belle frayeur. Nous n’avons jamais suspecté les capotes du distributeur…

    Comme quoi…

    Merci Camille !

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h11 le 18/01/2010
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    La vie n’est pas fiable à 100 % non plus , notez bien .
    Ceci dit , ce n’est pas une raison pour s’abstenir
    1) De baiser
    2) De faire chier des fabricants et des pharmaciens..

  • Soeur Rose
    Soeur Rose
    Bonne Soeur MiliTante Hurlante (...)
    • Posté à 16h41 le 18/01/2010
    • Internaute 87170
      Bonne Soeur MiliTante Hurlante (...)

    La plupart du temps, quand un préservatif casse, c’est dû à un problème de lubrification.

    Peu de gens pensent à lubrifier leurs capotes. Il le faut absolument et pas que pour la Sodomie.

    C’est important de le rappeler.

  • b4bou1
    b4bou1
    Etudiant
    • Posté à 16h45 le 18/01/2010
    • Internaute 91279
      Etudiant

    A propos de fiabilité des capotes, j’ai moi même distribué des préservatifs pour le compte du secours populaire, préservatifs gracieusement offerts par la marque « Sure », après les avoirs utilisés moi même et en avoir fait profité mes proches il s’est avéré que environ 50% des dites capotes craquaient lors de l’utilisation. J’ai donc immédiatement suspendu mon opération de prévention, mais malheureusement plusieurs centaines avaient déjà été distribuée dans la communauté étudiante (forte consommatrice de ce genre de produits). Je vous laisse imaginer les mauvaises surprises pour certains (50% d’entre eux ?) après des parties de jambes en l’air éthyliques... C’est le centre de dépistage local qui a du être surchargé de boulot.

    La question qui se pose est de savoir si le fabricant se débarrassait sciemment des produits défectueux auprès des associations de prévention, ou si tout simplement la qualité de ses produit laissait à désirer. Dans tout les cas le résultat reste le même, l’utilisateur est trompé, et certains y ont peut être perdu la vie.

  • Camille
    Camille répond à Tita
    Auteur(e) de l'article Mauvais genre
    • Posté à 17h02 le 18/01/2010
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Par rapport au fait que les préservatifs sont faits pour fonctionner « entre +5°C et +37°C », j’ai contacté Geroges qui complète :

    « Le préservatif restera efficace, même si le rapport dure plusieurs heures ( !). Il ne se détériore que si il est exposé à une chaleur pendant un laps de temps prolongé, mais bien évidemment supérieur à plusieurs heures, voire quelques jours. »

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 22h02 le 18/01/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Je vais être un peu sérieux, vu que d’autres riverains le sont sur ce sujet sérieux (merci Camille).

    Un produit industrialisé comme le préservatif, qui plus est dans le domaine paramédical, subit tout un tas de tests de qualification. Nul doute que ces produits ont déjà été testés à des températures extrêmes.

    Mais autant il est simple de faire la preuve qu’un produit peut, pour une durée établie (pas forcément courte d’ailleurs), supporter des températures extrêmes, autant il est impossible de prouver qu’il peut supporter n’importe quel cycle de température.

    Autrement dit, on se cogne à deux problèmes :
    -1- Le fait que le « profil » de température subi soit aléatoire (et on ne se prononce jamais sur de l’aléatoire)
    -2- Le fait qu’un choc thermique (variation brusque de température) vient à bout de n’importe quoi, lorsqu’il est répété.

    Ainsi, on peut dire intuitivement qu’un distributeur exposé au soleil dans un lieu froid subira des contraintes bien plus fortes qu’un distributeur continuellement au chaud, ou continuellement au froid.

    On imagine alors la difficulté des fabricants à se prononcer sur la question.

    Ce genre de problème est généralement réglé en imposant une date de péremption telle que dans les pires cas, on n’ait pas de problème.
    Seulement voilà : date de péremption courte = freinte du distributeur = prix au rabais...

    En résumé, on pourrait dire qu’un distributeur mal placé n’est dangereux que dans la mesure où il n’est alimenté que rarement, car les lots présents seront plus anciens.

  • Pseudo
    Pseudo répond à Zibel
    Enfin libre : -)
    • Posté à 09h13 le 19/01/2010
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    Il y a quand même quelque chose de bizarre.

    Lors des séances d’information que j’ai eues au lycée, on nous a toujours dit de ne pas utiliser les vieux préservatifs que l’on avait depuis trop longtemps dans une poche, dans un sac... Pourquoi serait-ce différent pour ceux qui sont depuis trop longtemps dans un distributeur ?