06/01/2010 à 11h51

Des Sœurs pour recueillir les confessions des homos

Camille | Mauvais genre



Soeur Mystrah

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence ont fêté en 2009 leurs trente ans. Les sœurs, vous les avez peut-être déjà croisées si vous luttez contre le Sida ou si vous êtes homosexuel : c’est une association gay de lutte contre la honte et la culpabilité, qui promulgue la joie partout où ses membres passent, et qui se bat contre le sida.

Si leur mission est aujourd’hui associée à la lutte contre toutes les maladies qui font le sexe moins beau et moins libre, il n’est pas accessoire de rappeler que leur première vocation est de se battre contre cette culpabilité qui fait le cœur et l’esprit moins larges.

Mais pourquoi parler de « sœurs » ? Elles ont le militantisme et la foi des religieuses, elles en ont également le folklore avec des prières, des vêtements (en particulier la cornette) faits pour qu’on les identifie.

Elles suivent, comme les sœurs de l’église, un chemin initiatique qui commence par le noviciat, prononcent des vœux et partent en mission pour aider leur prochain et appuyer là où ça fait mal (oui, les sœurs sont parfois en colère).

Bref, c’est un ordre tout à fait respectable, et leur habit n’a pas pour but de choquer, mais de rappeler qu’elles ont fait un chemin spirituel et qu’elles donnent beaucoup autour d’elles.

Recueil de confessions

Il s’agit également d’être identifiées rapidement : la tenue des sœurs invite naturellement les homos à aller confesser auprès d’elles une sexualité qu’ils vivent parfois comme une « faute ». Certaines sont croyantes, d’autres non. L’ordre est laïque mais ne partage pas le point de vue de l’église catholique sur le préservatif.

Pour mieux comprendre leur action, j’ai retrouvé mes deux copines sœurs avant une de leurs tournées des boîtes gays du Marais. Direction le couvent de Paname, localisé ce soir-là chez les parents de Sœur Rose.

Avant que les sœurs n’enfilent leurs tenues d’apparat, je goûte l’accueil chaleureux des parents Rose. Repas dominical familial, l’occasion de parler de militantisme et des projets cinématographiques du couvent.

Lorsqu’elles arrivent dans une boîte, elles vérifient d’abord la disponibilité des préservatifs. Une fois que c’est fait, elles font le tour de l’endroit pour signifier leur présence, et recueillent les « confessions » des mecs : confidences sur leurs difficultés, ou parfois ils vont exprimer le malaise d’une sexualité inavouable, ou se libérer du « péché » d’avoir fauté sans capote.

Sœur Mystrah raconte :

« En général je m’installe au bar avec mon tricot, et ils savent ou sentent qu’ils peuvent venir me parler.

On recueille beaucoup de confessions, de gens qui ne peuvent pas parler à leurs familles, des mecs de banlieue qui ne peuvent absolument pas assumer d’être gays face à leurs copains. »

« Oh oh, ça sent pas bon »

Avant leur départ en tournée, nous nous soumettons à un petit rituel : notre petite assemblée se réunit en cercle, nous prononçons quelques mots pour les sœurs malades, et beaucoup d’émotions transitent entre nos mains.

Ça a l’air niais, raconté comme ça, mais tout ce que sont les sœurs est là, dans cet instant : beaucoup de joie, d’amour, d’écoute et d’enthousiasme.

Car c’est ça qu’elles offrent, un discours d’amour et de solidarité avec tous. On les accompagne ensuite jusqu’au premier lieu de leur tournée. En chemin, on croise un groupe de jeunes gens qui nous font redouter quelques invectives. « Oh oh, ça sent pas bon », dit Sœur Mystrah.

C’est vrai que, dans leurs déplacements, à pied ou en métro, les sœurs ne sont jamais à l’abri d’une agression verbale ou physique. C’est déjà arrivé.

Finalement, il s’agit d’un groupe de jeunes gays banlieusards très amusés de croiser les sœurs. Elles ont toujours un petit mot pour les gens qu’elles croisent, des interventions bon enfant souvent ponctuées d’un « et n’oubliez pas la capote ! » de circonstance.

Soulager une homosexualité parfois mal vécue

Avant que les sœurs n’entrent dans la première boîte, Sœur Mystrah me dit :

« On trouve ici pas mal de gays qui ne vivent pas forcément très bien leur homosexualité, qui vont venir assouvir une pulsion, et repartir sans être plus à l’aise avec ce qu’ils sont que quand ils sont rentrés. »

Une autre sœur, elle, trouve que l’ambiance n’y est pas toujours très sympa mais qu’il lui arrive de venir « en garçon » pour le plaisir de relations furtives.

Sur ce, je les laisse entamer leur tournée, qui sera encore une fois utile. Sœur Rose raconte :

« Dans la dernière boîte qu’on a visitée, on a eu un nombre étonnant de confessions de jeunes séropos. C’était assez fort. »

Si les sœurs n’existaient pas, il faudrait les inventer.

Pour les nostalgiques, quelques images de la folle prestation de Sœur Rose et Sœur Mystrah à la soirée des 1 an de Rue69.

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  • Lohiel
    Lohiel
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 12h56 le 06/01/2010
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    Les religions du livre ont « transformé » la perception de la sexualité d’une manière assez désespérante.

    Chez les Païens (gens discrets s’il en fut depuis que les différents clergés ont pris le pouvoir, vu qu’il n’est jamais très agréable d’être mené au bûcher) l’acte sexuel est considéré à sa juste valeur, puisqu’il est de fait le seul qui soit capable de créer la vie ex nihilo.

    Et même quand il n’est pas effectué dans ce but, il crée du bonheur et un sentiment de symbiose avec l’autre, voire avec l’univers dans les bons jours, ce qui est largement suffisant pour en faire une activité hautement respectable, y compris dans ses aspects purement ludiques - le rire, le sourire, le plaisir et la joie sont très bons pour la santé (les païens sont des gens pragmatiques).

    C’est donc très logiquement une fête et même parfois un acte « sacré ». Il est en tout cas impensable de le vivre avec culpabilité : dans ce cadre, c’est une absurdité incompréhensible.

    (attention : par « païens » je n’entends pas ceux qui se déguisent en druides pour aller couper du gui, ça c’est du folklore... les autres se reconnaîtront : -)

    Ainsi, chère Camille, dans une société païenne, vous n’auriez pas eu « mauvais » genre (séquelle du christianisme) mais vous auriez été quelque chose comme un(e) Vestale ou Bacchante, respecté(e) et courtisé(e) pour son exploration délicate du mystère sensuel... et les soeurs n’auraient pas été obligées de se déguiser en leurs pires ennemies pour brouiller les cartes.

    Quoiqu’il en soit, longue vie et fastueux bonheur à elles !

  • Alcide Nikopol
    Alcide Nikopol
    Passé a l'Est
    • Posté à 13h09 le 06/01/2010
    • Internaute 5725
      Passé a l'Est

    Je connaissais un type, collègue de boulot, qui a la suite de divers aléas a fait un beau jour son coming-out en « avouant » (et pas en anonçant, ou déclarant, c’était vraiment une démarche honteuse pour lui) son homosexualité.

    Il nous racontait alors être très très croyant, chrétien pur jus qui fait sa prière tous les soirs, va à l’église et tout le tra-la-la.
    Adolescent, il avait prié Dieu d’interminables heures pour qu’Il fasse de lui « un bon hétéro, normal ».

    Ca n’avait pas marché (les desseins du Très-Haut sont, eux, impénétrables). Et ça lui a ruiné une bonne partie de sa vie d’ado et jeune adulte.

    Alors je me dis que s’il était tombé sur ce genre de sœurs, il y a 10 ou 15 ans, peut-être que les choses se seraient passées différemment. Et qu’il aurait pu être, tout bêtement, heureux.