17/12/2009 à 15h21

Japon : ces hommes qui font le trottoir pour vendre leur affection



Affiches vendant les services d'hôtes et hôtesses (Crédit : Camille)

(De Tokyo) En voyage au Japon au mois d'août, il n'y a pas que les love hotels qui ont attiré mon attention. Dans le Kabuki-chô, le quartier chaud de Tokyo, je regardais les enseignes lumineuses qui faisaient la publicité pour de nombreux hommes et femmes. Mais qui imaginez-vous se vendant sur le trottoir ? Des femmes ? Que nenni non point ! Ce sont les hommes qui tiennent le pavé.



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Les femmes attendent les clients que leur auront envoyé les rabatteurs dans des bars, discrètement situés à l'étage d'immeubles complètement dédiés à l« 'entertainment ». Dans les quartiers animés, les bars s'empilent les uns au-dessus des autres. Au rez-de-chaussée, on trouve des plaques avec les noms des établissements qu'on pourra trouver dans les étages.

« Lorsque le bar indique la mention “snack”, ne crois pas que tu vas y manger un croque-monsieur », m'avertit un ami français installé au Japon :

« En fait, ce sont des bars où les filles proposent leur compagnie contre de l'argent. Pas forcément du sexe, même si ça peut arriver, mais l'idée c'est que les salarymen puissent passer la soirée à discuter avec une jolie femme ou à tenter de la charmer. »

Issei est le « top host », le marchand d'affection le plus rentable du club

Comme le montre la photo ci-dessus, prise dans les rues du Kabuki-Chô, les hommes prennent autant de place sur les murs que les femmes. Et si effectivement on ne voit pas de femmes vendant leurs services dans les rues, les hommes, eux, y sont nombreux. Un très bon documentaire, « The Great Happiness Space », décrit d'ailleurs le monde des « hosts bars » d'Osaka et les relations qui s'y nouent.

Dans un déluge de musique et d'alcool, on y voit des filles flirter avec les hôtes, et déclarer, à l'écart de la caméra, leur amour pour tel ou tel « marchand d'affection ». Le nom d'Issei, le « top host » du club où le documentaire a été tourné, revient très souvent. Les hôtes entretiennent savamment les sentiments de leurs clientes, en évitant d'aller trop loin pour ne pas combler le manque.

Ils iront rarement jusqu'à coucher avec elles : s'ils passent à l'acte, « elles auront obtenu ce qu'elles veulent et arrêteront d'être mes clientes », dit l'un d'eux. Les filles savent pertinemment que c'est leur argent qui nourrit cette « affection », mais certaines ne perdent pas espoir de se marier un jour avec leur hôte préféré. Une cliente d'Issel :

« J'ai déjà tellement investi dans Issei, entre 40 000 et 50 000 dollars, qu'il ne peut que me donner quelque chose en retour. C'est un investissement. » (Voir la vidéo)

J'en ai croisé beaucoup, au coin des rues, de ces jeunes éphèbes à la coiffure très stylée, au look moderne, qui tentent de draguer toutes les filles japonaises. Pour les femmes étrangères, il est difficile d'y pratiquer le « tourisme sexuel » : hormis certains clubs réellement destinés à cet effet, les hôtes fuient à l'approche d'Occidentaux.

Lorsque j'ai tenté d'en approcher un, j'ai bien vu dans son attitude que mon origine le dérangeait fortement, je n'ai pas insisté.

Dans un état déplorable après une nuit de beuverie et d'affection feinte

Qui sont les clientes ? D'après le documentaire, une forte proportion, voire la majorité, sont elles-mêmes hôtesses ou prostituées... Beau cercle vicieux. Quand je vois, à la fin du film, la tristesse et l'état déplorable des hôtes après une nuit de beuverie et d'affection feinte, je me dis que pour gagner ces milliers de dollars, il faut avoir le coeur bien accroché.

Les filles, une fois charmées, vont en effet leur payer bouteille sur bouteille, dépensant des dizaines voire des centaines de milliers de yens (parfois plusieurs milliers d'euros) pour s'attirer les faveurs des hôtes « stars ».

Car il y a un classement des « top hosts », c'est-à-dire ceux dont le chiffre d'affaires est le plus important. Le légendaire esprit de compétitivité de l'entreprise japonaise se prolonge jusqu'aux hosts bars.

« Elle est très manipulatrice, comme beaucoup de clientes »

Les clientes ont l'impression d'être manipulées par leurs hôtes, mais l'inverse est vrai aussi. Issei le dit :

« Cette cliente va dire ce que je veux entendre pour que je continue à lui donner mon attention. Elle est très manipulatrice, c'est le cas de beaucoup de clientes. J'ai du mal à la supporter. »

Les hôtes éprouvent aussi un certain sentiment de gêne après avoir extorqué ces sommes astronomiques à des jeunes femmes en mal d'affection. « Si je ne dépasse pas les 50 000 dollars de gains par mois, c'est que je ne peux pas encaisser plus de culpabilité », dit l'un d'eux.

Au Japon, l'affection est donc un service marchand comme un autre. Entre les love hotels amusants et assumés et les hommes sur le trottoir, j'ai pu constater par moi-même quelques-unes des nombreuses différences entre les sexualités françaises et japonaises. Et je comprends mieux pourquoi ma collègue Agnès Giard fait du Japon un objet du désir.

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  • anini
    anini
    terrienne de souche !
    • Posté à 15h53 le 17/12/2009
    • Internaute
      terrienne de souche !

    Si les japonaises sont prêtes à payer l'affection d'un inconnu à ce prix , il y a des questions à se poser sur leur vie affective en effet !
    C'est pain béni pour les baratineurs mais ça laisse beaucoup à imaginer sur leur solitude !

  • Dudesque
    Dudesque répond à ecor1
    généralement sur mon séant
    • Posté à 16h31 le 17/12/2009
    • Internaute
      généralement sur mon séant

    Comme expliqué dans l'article, les hotes/hotesses (qui si je ne m'abuse sont un genre de déclinaison moderne de la geisha) sont principalement pour parler, discuter, faire consommer son client/cliente.
    Hors les japonais ne parlent pas anglais. Certain bar à hotesses sont spécialisés dans la clientèle etrangere, mais dans Kabukicho, il n'y a que les masseuses thailandaises et les rabatteurs (pour le coup c'est de la prostitution tel que nous la connaissons) qui vont interpeller les etranger en anglais.
    Voila pour l'experience des quelques semaines nippone, corroboré par plusieurs amis qui vivent dans le kabukicho depuis 4 ans

  • Enki
    • Posté à 16h42 le 17/12/2009

    Les occidentaux sont souvent interloqués, voire effrayés par l'ambition des roboticiens japonais de remplacer hotesses d'accueil, voire enseignants et nounous par ce genre d'androïdes :

    Lien

    ... qu'ils sont tout-à-fait prêts à respecter et aimer !

    C'est la réaction de notre culture d'influence judéo-chrétienne face à une culture animiste. Nous tendons à dissocier l'âme du corps, alors que pour les japonais, un objet, une plante, un tamagochi en possèdent une. Au pays du soleil levant, aller faire baptiser sa nouvelle voiture par les prêtres shinto n'est pas plus excentrique que de la doter d'un Saint-Chistophe.

    De même, nos réactions face à ce que nous assimilons à une forme de prostitution sont souvent marquées d'incompréhension parce que les codes y sont différents. Les mêmes familles occidentales qui souhaitent « un bon parti » en forfait-épousailles à leur fille voient l'enfer à ce qu'elle se marchande à l'heure. Quelle différence entre la servilité mercantile d'un serveur et les attentions hypocrites et intéressées d'un escort-boy au restaurant ? Le caractère sexuel de la séduction, celui qui ne doit se pratiquer qu'en vue d'un mariage procréatif pour la gloire du seigneur ?

    Les codes de l'amour, de l'affection, de la sexualité sont différents au Japon, mais la culture de la marchandisation nous englobe tous. L'affection y est un service marchand comme un autre parce la culture ne l'y distingue pas de la même façon qu'ici des autres besoins humains par une sacralisation hypocrite.

    J'ai fait le même job ici, j'ai été serveur. Je savais très bien que certaines clientes revenaient consommer du sourire et un peu de galanterie. J'ai vendu des fringues, ce qui nécessite de vendre le miroir :
    -« Miroir, mon beau miroir, dis moi que je suis la plus belle. »
    - Insert a coin...