10/12/2009 à 12h35

Ovidie : « Le plus porno, dans notre film, c'est le générique »


« Histoires de sexe(s) », film réalisé par Ovidie (ancienne star du X) et Jack Tyler, a naïvement tenté d'obtenir une classification « moins de 18 ans ». La commission de classification des oeuvres cinématographiques lui a finalement attribué la redoutée classification X, résultat synonyme de mort commerciale, car ces films sont surtaxés et exclus des réseaux de distribution traditionnels.

Au vu du contenu du film, est-ce vraiment un scandale ? Film pornographique ou film « adulte au contenu explicite », j'ai interviewé Ovidie pour comprendre leur démarche et recueillir son ressenti après cette affaire.

Sur quels critères se base la commission pour distinguer les films « interdis aux moins de 18 ans » et les films « X » ?

Alors officiellement, les films « interdits aux moins de 18 ans » peuvent contenir des scènes explicites mais qui ont une « prétention cinématographique ou artistique autre que l'excitation ». On pensait entrer dans cette catégorie, parce que le sexe qu'on montre est aussi parfois déceptif, comme dans « Shortbus » qui a lui été interdit aux moins de 16 ans. Et puis il y a un travail narratif, les scènes explicites arrivent avec du sens et ne correspondent pas forcément aux codes du porno.

Certains membres de la commission ont soutenu une classification « moins de 18 ans », mais ils n'étaient peut-être pas assez nombreux face aux associations familiales et aux pédopsychiatres.



L'affiche du film « Histoires de sexe(s) »

Qu'est-ce que la commission vous a reproché précisément ?

Ça on ne peut pas le savoir, les membres de la commission sont soumis à un devoir de réserve. Ce qui m'a le plus choquée, c'est que certaines personnes du cinéma, des distributeurs, ont trouvé que ce qui était le plus porno dans notre film, c'était le générique.

Voir défiler le nom des acteurs et réalisateurs venant du porno, ça discréditait de suite le film aux yeux de certains. On m'a dit que je n'aurais pas dû signer « Ovidie » mais sous un autre pseudo... c'est quand même le comble.

Vous aviez proposé les rôles à des acteurs « traditionnels » ?

Non, parce qu'il faut quand même une certaine maîtrise de son sexe, pouvoir contrôler son érection, et pour les filles être très à l'aise avec son corps et avec la nudité. Et il était hors de question de prendre des « doublures anus » pour les plans explicites, car d'une part c'est un procédé inhumain, faire figurer des gens juste pour leur cul ou leurs organes génitaux, et d'autre part on filmait pas mal en plan large, donc techniquement ce n'était pas possible.

Mais je trouve que certains acteurs s'en sont très bien sortis sur les dialogues, notamment Lou Charmelle et Phil. Il a déjà fait des centaines de films, il a plus d'expérience avec le texte, même si c'est rarement un texte compliqué dans les pornos, il y a appris à gérer le timbre, l'intonation...

J'ai trouvé le film très pédagogique, on a l'impression qu'à chaque plan, une idée reçue est démontée.

Oui on voulait vraiment montrer une sexualité « normale ». Avec tout ce que ça comporte de ratés, la fille qui apprend la fellation, la sodomie qui ne passe pas. Et cette scène avec le plan échangiste foireux, un des deux mecs ne bande pas, il s'engueule avec sa copine qui elle s'éclate, on me l'a raconté tellement de fois.

Et puis on voulait aussi insister sur le fait que ce qu'on fait, on doit le faire parce qu'on y cherche du plaisir, pas parce qu'il « faut » le faire. Quand Phil dit « Comment ça la sodomie c'est le fantasme de tous les mecs ? Est-ce que tu m'as demandé à moi si c'était mon fantasme ? Eh ben non, justement », ça sonne vrai, parce qu'il le pense vraiment.

Je pense personnellement que les scènes explicites finales, qui sont plus longues et plus rapprochées, font plus penser à un porno « masturbatoire ». C'est peut-être ce qui vous a pénalisé en commission ?

Peut-être oui... Les scènes explicites arrivent plus rapidement vers la fin, une fois que les personnages sont bien en place. Dans un porno classique, la scène la plus hard doit arriver au début, dans les 12 premières minutes, c'est très normé.

On doit voir un maximum de filles dès le début, comme une promesse qu'on les reverra à poil plus tard. Peut-être qu'en ce sens, on a fait un anti-porno. Attention, ce n'est pas une démarche castratrice « contre » l'excitation, qui est le credo du porno, notre volonté était de faire réfléchir tout en montrant explicitement.

Avez-vous d'autres projets de longs métrages dans la même veine ?

On en avait avant le classement X, mais ça n'est plus envisageable. Le film a été financé par Frenchlover TV [une nouvelle chaîne du câble dont le créneau est « l'éducation sexuelle pour adultes », note de Camille] sur ses fonds propres, sans subvention.

Un film classé « X », et donc inexploitable, c'est un perte sèche, car la vente de DVD et les revenux de VOD ne suffisent pas, toute la promotion avait été pensée comme celle d'un petit film traditionnel. Donc pour l'instant on se contente de produire du contenu « éducatif » pour la chaîne.

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  • 14240
    • Posté à 13h54 le 10/12/2009

    Moi...je suis plus tout jeune...y me faut du temps ! ! ! alors j'espère que le gérénique....est long ! ! !

  • Myxomatos
    • Posté à 13h55 le 10/12/2009

    « Certains membres de la commission ont soutenu une classification “ moins de 18 ans ”, mais ils n'étaient peut-être pas assez nombreux face aux associations familiales et aux pédopsychiatres. »

    Il va vraiment falloir un jour remettre tous ces bien pensants à leur place. Parce qu'un tel film permettrait peut être d'amener un peux d'éducation sexuelle à notre jeunesse (et aux autres).
    Aujourd'hui, pour toute éducation sexuelle, ils ont le porno « gonzo » qu'ils peuvent trouver en abondance sur tous les réseaux que constitue Internet, ou la femme est réduite la plupart du temps à « réceptacle à sperme » qu'autre chose.

  • Valentina
    • Posté à 14h06 le 10/12/2009

    Ce serait pas mal d » arrêter d » intellectualiser tout et n » importe quoi .... Franchement quel est l » intérêt de ce type de film ? On est dans une société d » assistés, je suis désolé mais même moi qui me branche sur you porn et qui n » est aucun, mais alors aucun tabous en matière de sexe, je pense qu » il serait bon d » arrêter de trouver du sens a ses conneries. Le sexe c » est comme le reste faut laisser l » opportunité a chaqun de le découvrir a sa façon.
    Finalement tout ça est très cohérent, on rentre dans un époque ou on doit absolument être guidé par un support extérieur, leçons de cul, leçons de vie, leçons de lecture etc .... et peu importe le discoure d » Ovidie ou autre, le résultat reste le même, vous nourrissez la machine d » Assistanat. Et non je suis désolé mais ce type de film sera aussi vite oublié que réalisé .... vous faites un film de boules les enfants, restons cohérent s » il vous plaît, UN PEU D » HUMILITE ET D » OBJECTIVITÉ SUR VOUS MÊME.

  • Cliiiint
    Cliiiint
    adjuvant
    • Posté à 14h13 le 10/12/2009
    • Internaute
      adjuvant

    Ovidie, aussi aussi pédagogique voudrait-elle être, joue néammoins avec le feu. Le risque est toujours de se brûler. Alors aux grandes inspirations humanistes de vouloir faire de la pédagogie sexuelle, j'oppose la citation « Un film classé “ X ”, et donc inexploitable ». Effectivemment on veut rentrer dans ses frais c'est bien normal, mais dans ce cas on se plie à la loi « des petits films ». Vouloir jouer avec ces commission en étant juste à la limite, c'est un peu hypocrite. Représenter de la « sexualité normale », on ne le fait pas avec des acteurs pornos, en invoquant la maîtrise d'un professionnel, les dés sont pipés ! Adopter une position de franc-tireur finalement, est une chose, encore faut-il jouer le jeu jusqu'au bout ...

  • manulours
    manulours
    salarié
    • Posté à 07h04 le 11/12/2009
    • Internaute
      salarié

    Pour l'éducation sexuelle de la jeunesse, je ne suis pas persuadé qu'un film explicite même avec un propos autre que pornographique soit trés accessible ou soit un outil de communication approprié entre jeunes et adultes. Je travaille avec des ados et jeunes adultes et je ne me vois pas forcemment regarder un tel film avec eux malgré tout l'intérêt de discussions sur les pratiques sexuelles, la considération du ou de la partenaire, des formes de sexualité, etc.... Des supports comme le documentaire ou des films moins directs (dans les images proposées) peuvent permettre ces échanges en respectant une forme de tabou quand même nécessaire parfois.
    Par contre je trouve complètement hallucinante et décalée la forme de censure qui consiste à refuser aux travailleurs du porno de proposer une expression artistique, d'avoir une réappropriation différente de leurs pratiques et de la rendre accessible au public. A quoi sert l'interdiction aux moins de dix-huit ans ?
    Pourquoi leur interdit-on d'avoir quelquechose à dire de « normal » partant de leurs expériences qui ne sont quand même pas banales.
    J'aurais aimé pouvoir aller voir ce film dans une salle classique, j'aurais aimé que les jeunes avec qui je bosse puissent aller le voir dans un cinéma classique et là j'aurais pu en discuter avec eux.
    Je ne sais pas ce que vaut ce film mais quoiqu'il en soit on nous innonde de films minables, éducativement aberrants et parfois diffusés en prime time sur de grandes chaînes télévisées, qui même sans la moindre image explicite exposent des clichés catastrophiques sur les rapports sociaux et les comportements humains. Si on interdit à Ovidie de présenter son film au public (averti quand même, mais pas perverti), j'aimerai bien qu'on trouve une classification our des films comme le « Taxi » de Besson par exemple...
    De toute façon notre jeunesse a accés à des contenus hallucinants sur la sexualité, régulièrement on intercepte sur les portables et consoles des images extrémement violentes (simulations d'actes forcés, zoophilie et j'en passe) alors finalement chers censeurs ne serait-ils pas important que des gens qui connaissent leur sujet aient le droit de s'exprimer.
    Que ce soit un navet, un chef d'oeuvre ou même un coup commercial je soutiendrais l'initiative d'Ovidie. A bas la censure !