Il n'y a pas que Nicollin : le modèle hétéro domine le foot, même féminin
« On est des hommes, pas des gonzesses ! » On ne rigole pas avec les genres dans le foot… C'est pas moi qui le dit, c'est Loulou Nicollin, le président du club de foot de Montpellier, dans sa dernière saillie. Pour Rue69, Annabelle Kajbaf met en lumière l'obligation de projeter une image hétéro quand on évolue dans le foot. Camille.
Faire son coming out dans le monde du football, que l'on soit un homme ou une femme, c'est mission impossible. Pour les joueurs, le silence est dicté par la pression des entraîneurs et des sponsors. Quant aux joueuses, c'est parfois leur féminité qui est remise en question.
« Souvent, les joueurs des petites équipes sont exclus après avoir fait leur coming out », témoigne Vikash Dhorasoo, parrain du Paris Foot Gay (PFG). Ce qui dérange, c'est l'image qui est renvoyée. Chez certains supporters, la nouvelle pourrait remettre en question l'amour qu'ils portent à leur équipe.
Et ça, les sponsors l'ont bien compris. Pascal Brethes, président du PFG :
« D'après une étude sociologique [menée par Sylvain Ferez, ndlr], les grandes marques de vêtements sportifs font très attention à leur image. Les joueurs doivent être aux bras de belles jeunes femmes pour rassurer la clientèle. »
Pour financer un club, les gros chèques sont essentiels. Il faut à tout prix éviter qu'un joueur ne porte préjudice à l'équipe : autrement dit, qu'il sorte du placard. Alors l'entraîneur entretient le mal être du footballeur en l'obligeant à se taire. Et ponctue son attitude homophobe à coups de phrases choc en conférence de presse.
Petit florilège des dernières années :
- Marcelo Lippi, sélectionneur italien : « Je n'ai jamais connu d'homosexuels en quarante ans de carrière. »
- Otto Baric, entraîneur de la Croatie : « Il n'y aura pas un seul pédé dans mon équipe. »
- Didier Deschamps, alors entraîneur de la Juventus de Turin, en 2007 : « Je n'aime pas le rose, car c'est la couleur des gays. » Avec ce raisonnement, on peut conclure que les rugbymen du Stade français sont bisexuels : leur maillot est bleu… et rose !
Trois joueuses de l'équipe de France féminine posent nues
Pour prouver leur féminité -et avec leur hétérosexualité ? -, les footballeuses de l'équipe de France ont fait tomber le maillot. De quoi faire concurrence aux gros plans de France télévisions sur les petites culottes des joueuses à Roland Garros : trois joueuses de l'équipe nationale ont accepté de poser nues au mois de septembre pour une campagne d'affichage nationale.
Pour Bruno Bini, sélectionneur de l'équipe de France de football féminin, il s'agit là d'« une campagne un peu novatrice ». L'idée, lancée par la Fédération française de football (FFF) a suscité une vive émotion dans le milieu.
Première interrogation : la beauté est-elle un critère pour rendre la discipline intéressante ? Non, répond Bruno Bini. « L'important, c'est une belle équipe, pas une équipe de belles », déclare-t-il dans But Lyon.
L'essentiel, dans le football, c'est le jeu et la technique, non ? Chez les femmes, l'image aussi joue un rôle-clé, répond Bruno Bini : « En dix ans, les chignons soignés ont remplacé la coupe porc-épic. Plus les filles donneront une bonne image, mieux ce sera. » Il précise : « Au niveau du jeu. »
On se dit qu'en mettant en avant la féminité de ses pratiquantes, la discipline « rassure » aussi le public sur leur hétérosexualité. Le message serait « bien foutues = hétéros » ? Bruno Bini ne répond pas sur ce point.
« Plus les filles donneront une bonne image, mieux ce sera »
Quant à la campagne dénudée, qu'en ont pensé les parents des gamines qui admirent leurs aînées ? « Figurez-vous que ça a beaucoup rassuré les parents qui inscrivent leurs filles dans les clubs amateurs. » (On imagine la scène : « mais oui ma chérie, toi aussi tu pourras montrer tes charmes sur une affiche grand format, même si tu joues au foot ».)
Paul Piemontese, le dirigeant de l'équipe de l'OL féminin, voit les choses d'une autre manière :
« Il y a dix ans, les filles portaient des treillis larges, elles se tenaient bossues. C'était pour se protéger et pour cacher leur corps. Je leur ai dit : “Soyez-vous même ! ” Au fur et à mesure, elles ont changé de look, comme pour s'émanciper.
Quand il y a des cérémonies à la mairie, elles sont élégantes et très féminines. Pareil lorsqu'on est en déplacement. Et ça, c'est parce qu'on les a traité avec respect. »
Certes, il existe des lesbiennes dans l'équipe de Lyon, mais Paul Piemontese ne s'y intéresse pas trop : « Je leur parle comme à des femmes, non à des filles. Leur vie privée ne me regarde pas. »
Quant aux photos officielles de l'équipe destinées aux séances de dédicaces, elles ont été prises pendant les matchs. Avec des shorts, des chaussures et des maillots.
« Ce que je souhaite, c'est le droit à l'indifférence »
Mais la dominante hétéro du foot est parfois contestée, et le gay friendly marque des points : certains respectent les différentes sexualités voire en font leur business, comme David Beckham en slip moulant pour Armani, ou Yoann Gourcuff dans Têtu. Pour le PFG, c'est la créatrice de mode Agnès B et le designer Philippe Starck qui ont crée les maillots.
Pascal Brethes estime que c'est un bon début. Mais il voudrait que les mentalités changent davantage :
« Ce que je souhaite c'est le droit à l'indifférence. Que tout le monde se foute de l'homosexualité de l'un ou l'autre. »
Et que tout le monde ne s'occupe d'une seule chose : le jeu.
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 17H15 | 04/11/2009 |
Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.
Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?
Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ca ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.
Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : «Ah, la fille !» ou bien : «Tiens, il est malade», tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footabilité. Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.
Pouf, pouf.
Pierre Desproges
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 18H22 | 04/11/2009 |
De Gabrielle é
sportive et pas contente | 20H09 | 04/11/2009 |
marrant le nombre de gens qui se dépêchent de commenter pour dire qu'ils détestent le foot et le sport...
les pseudos sportifs ne regardent les femmes sportives que pour se rincer l'oeil, alors effectivement si elles préfèrent les femmes, elles ne jouent pas pour séduire les mâles, ça tue le fantasme.
et c'est bel et bien uniquement du jeu qu'il faudrait se préoccuper mais pour ça, à mon humble avis il faudrait se priver d'un bon nombre de spectateurs.
et PS: j'adore (et je pratique) le sport, en plus j'aime le foot.
De un homme dans la foule
chef de projet | 10H59 | 05/11/2009 |
Bonjour,
je suis un peu ému, c'est mon premier commentaire sur "rue 69".
le problème avec les footeux (je m'y inclu) c'est qu'ils sont malgré tout assez représentatif de l'état d'esprit de la population masculine.
En effet, on trouve des amateurs de foot, pratiquants ou spectateurs, dans toutes les couches de la société, dans toutes les régions, dans toutes les sensibilités politiques, à la ville ou à la campagne, et surtout, ils sont nombreux (trop nombreux à voir les réactions de la plupart...)
l'avis du milieu du foot sur les représentations et les stéréotypes de genre retrace donc assez fidèlement des opinions et des ressentis enracinés dans la population masculine.
le vocabulaire lié au football, des insultes entre joueurs ou supporters jusqu'aux analyses des entraîneurs et journalistes utilisent massivement des images exprimant la supériorité des organes sexuelles masculins, et l'indignité des pratiques homosexuelles (des cojones cher à José Anigo manager de l'OM, à l'insulte "arbitre enc..."
pour Nicollin, dans sa vie de tous les jours, traiter quelqu'un de Tarlouze, ça n'a rien d'une transgression. C'est juste que la phrase est sorti du milieu...
ça montre le chemin qu'il reste à parcourir pour le droit à l'indifférence sur les pratiques sexuelles de chacun...
plusieurs décennies de combat pour les droits des femmes et des homosexuels n'ont que faiblement entamé les préjugés macérés depuis des millénaires
Pour finir par un peu d'ironie, dans certains milieux, avouer qu'on adore le foot, c'est un peu comme avouer son homosexualité dans le foot...