Erophil, un salon pour une littérature érotique allemande encore frileuse

Vous avez déjà pu lire sur Rue69 son témoignage sur ses expériences sado-masochistes. Lorsqu'Alexandre Gamberra, écrivain et professeur d'université, m'a dit qu'il était convié à Erophil, le premier salon de littérature érotique de Berlin qui a eu lieu du 23 au 25 octobre, je lui ai demandé de me raconter ce dont il s'agissait. Voici son compte-rendu circonstancité.

Dans mon esprit, nos voisins d'outre-Rhin et notamment les Berlinois entretiennent un rapport aux sexualités et aux productions artistiques qui de près ou de loin s'en inspirent bien plus avancé et libre que celui qui règne dans notre pays.

Telle n'est pas exactement la perception qu'en a l'équipe (Rolf Dziergwa, Maurice Schuhmann, Maria Evans-von Krebk, Claudia Schattach et Tom Wagner) qui a pensé et conçu Erophil, le premier salon de littérature érotique organisée dans la capitale allemande, du vendredi 23 au dimanche 25 octobre.

« La littérature érotique végète au fond d'un placard sombre »

Ceux-ci souhaitent en effet bousculer une scène littéraire allemande encore un peu trop frileuse à leur goût. Il s'agit pour eux de faire sortir la littérature érotique du ghetto dans lequel elle est confinée. Pour Maurice Schuhmann, « en Allemagne, la littérature érotique végète encore au fond d'un placard sombre et inconfortable. »

Dans cette perspective, Erophil a su d'entrée nouer de nombreux partenariats, ses initiateurs ayant par exemple le souci de travailler de conserve avec le collectif du 4e Porn FilmFestival de Berlin : cette synergie s'est manifestée par l'organisation des deux manifestations aux mêmes dates et dans des locaux tout proches, le Studio 70 accueillant Erophil se trouvant à cent mètres du cinéma (le Moviemento-Kino) où se déroulait le Porn FilmFestival.

Par ailleurs, tous les efforts d'Erophil ont visé à créer un espace d'échange et de rencontre à caractère professionnel, sans reproduire le cloisonnement habituel entre les sphères hétéro et homosexuelles.

« En France, vous êtes fiers de vos auteurs contemporains »

De même, un des soucis des organisateurs a été de proposer chaque fois que possible une réflexion scientifique et universitaire (ainsi de l'intervention du professeur Marcus Stiglegger lors de la soirée d'ouverture consacrée à la projection de « Salò, les cent-vingt jours de Sodome » de Pier Paolo Pasolini).

Enfin, l'ouverture du salon Erophil a été étendue, non seulement aux arts, mais aussi « par-dessus les frontières », du fait du nombre significatif de personnalités françaises conviées (Wendy Delorme, Céline Robinet et moi-même) et de la volonté de placer cette première édition sous le signe de la France et de sa littérature.

« En France, vous êtes fiers de vos auteurs contemporains », me confiait Maurice Schuhmann :

« En revanche, ici, la lecture voire l'intérêt pour l'érotisme passent pour inconvenants. La littérature érotique, vous la trouvez cachée derrière le comptoir des libraires ou sur un rayonnage réservé aux livres auxquels les clients ne doivent pas avoir d'accès direct.

Vous pouvez certes les acheter mais il vous faudra affronter le regard sceptique et méprisant du vendeur…

Il en sera ainsi tant que ces ouvrages ne seront pas considérés comme relevant tout simplement de la littérature. »

Pour ma part, j'ai été sensible à la chaleur de mes hôtes et à leur disponibilité, autour des stands comme autour d'un verre, au Henris Bar où bien des participants ont eu envie d'aller « blanchir » leurs nuits, ou bien encore à l'occasion du Gala « Zuckerbrot und Schlimmerez » donné samedi soir au Club Insomnia.

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Portrait de egide

à falibade Portrait de falibade De egide

Littéral | 13H28 | 04/11/2009 | Permalien

Quoi ! La robe cléricale vous fait fantasmer ?
« Le clerc aux filles » est l'un des clichés du genre érotique, ou je ne m'y connais pas !

Portrait de egide

De egide

Littéral | 14H58 | 04/11/2009 | Permalien

Comme genre la littérature érotique est toujours débordée par une œuvre hors de ce genre et qui est bien plus fascinante que le texte érotique lui-même qui n'a d'autre ambition que la distraction à caractère sexuelle, un prélude excitatoire à d'autres jeux moins artistiques.

Cependant, il faut reconnaitre que la lecture de textes érotiques est un mode d'excitation particulièrement efficace surtout pour les personnes imaginatives que la précision de l'image gène pour parvenir à l'état d'énervement propice.

Aussi, il faut bien promouvoir les collections d'ouvrages de cette para-littérature qui a largement sa place dans la « paraphernalia » érotique et qui s'avère le complément particulièrement efficace et pour tout dire indispensable du sex-toy.

Cependant le genre est vite épuisée. La production de textes érotiques revient vite à produire de lestes « harlequinades » Comment dépasser Histoire d'O, Les mémoires d'une chanteuse allemande, Fanny Hill, les oiseaux, etc ... ?

Peut-être des documentaires « narrativisés » pourraient offrir une nouvelle veine pour produire des textes nouveaux et attrayants ?

Des personnes confieraient leurs expériences vécues à des auteur(e)s qui en feraient des textes convaincants.

Et le challenge pour l'auteur serait de démêler du fait divers érotique la part d'invention de la part de réalité.

Seul des documentalistes bienveillants pourraient venir à bout des difficultés inhérentes à ce genre particulier de reportage.

On peut comprendre qu'en Allemagne la littérature érotique soit rangée dans un coin sordide car la pudeur n'est pas un vain mot dans ce pays où le naturisme est bien admis ce qui peut apparaitre paradoxal.

Car, a écrit Gilles Deleuze :
La pudeur n'est pas liée à un effroi biologique. Si elle l'était, elle ne se formulerait pas comme elle le fait : je redoute moins d'être touchée que vue, et vue que parlée.

On peut surenchérir et, pire, être écrite que parlée. Finalement, si on peut supporter d'être vu en Allemagne, sans doute, on n'en parle pas et surtout, on ne l'écrit pas.

Après tout, l'excitation n'est jamais aussi forte que lorsqu'il y a transgression et, je crois que tant la lecture restera un « vice » plutôt qu'une vertu, le genre érotique a de beau jour encore si on sait le réinventer.

Portrait de Alexandre Gamberra

à egide Portrait de egide De Alexandre Gamberra (auteur)

Ecrivain et universitaire | 19H43 | 04/11/2009 | Permalien

Je souscris pour l'essentiel à vos remarques. Ce que vous énoncez à propos de l'Allemagne et de la pudeur est bien vu et pertinent. Votre approche de la littérature érotique me semble aussi fort bien analysé.
Pour ma part, je tiens à préciser qu'Erophil a veillé à présenter et défendre la littérature érotique en quelque sorte assumée et celle qui aborde la question des sexualités et de leurs représentations sans forcément les considérer comme le moteur, le ressort et le vecteur de l'écriture. C'est ainsi que le visiteur pouvait s'intéresser à des "guides" sexuels (dont pour ma part je n'ai cure) et aux textes de Jean Genet (traduits en allemand et publiés par Merlin Verlag).
C'est un point qui me semble important à souligner. Ce souci de "tout" montrer et de "tout" défendre, comme celui de décloisonner les problématiques hétéro/homosexualités, BDSM/Vanille, etc., ont fait que j'ai trouvé l'équipe organisatrice sympathique et intelligente.
J'ajouterai que, de mon point de vue, ce qui est décisif c'est l'écriture et le rapport à la littérature. Que l'institution littéraire et la critique rangent tel ou tel texte en "enfer" est évidemment déplorable. Après les stigmates et la sinistre "étoile", le rayon "érotico-porno" des librairies... Là où je réside, la principale librairie "réunit" dans le même ghetto les livres érotiques, pornographiques et le rayson gay... Du coup ma propre production se retrouve en excellente compagnie ! je plaisante à peine. Le débat se pose en termes voisins pour la production cinématographique : le classement X voue à "l'enfer" ; et la "frontière" entre cinéma d'auteur et cinéma avec scènes explicites est parfois bien aléatoire...
Voilà ce qui me préoccupe. Merci à vous de me permettre d'évoquer ces problèmes (même rapidement). Cordialement.

Portrait de lally

De lally

professeur | 21H31 | 04/11/2009 | Permalien

J'en étais restée à Beate Uhse et à une certaine libération sur le plan du sexe et de l'érotisme...
En France existent différents sites d'écriture, des blogs aussi plus ou moins littéraires sur l'érotisme.
Existe-t-il l'équivalent en Allemagne?
Quelle est leur visibilité sur le web?

Portrait de Alexandre Gamberra

à lally Portrait de lally De Alexandre Gamberra (auteur)

Ecrivain et universitaire | 11H09 | 05/11/2009 | Permalien

Bonjour, je ne vais pas me risquer à une réponse péremptoire. Il faudra que j'interroge mes hôtes.
Ce qui m'a frappé pendant ce séjour, c'est la francophilie des organisateurs d'Erophil, persuadés que la scène littéraire érotique est ici plus "libre" et plus "avancée" qu'en Allemagne.

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