
Porno : Dorcel a 30 ans, et s'il se mettait à exciter les femmes ?
Alors qu'un sondage montre l'intérêt du public féminin pour ses films, rencontre avec le dernier poids lourd français du X.
Marc Dorcel Productions, dernier producteur français de taille dans l'industrie du X, fête ses 30 ans. Annoncée en grande pompe, une enquête Ifop sur « Les Français et le X » accompagne cet anniversaire et a été reprise par de nombreux médias.
Pour tenter d'analyser ces chiffres, j'ai pris rendez-vous avec Grégory Dorcel, le fils de Marc Dorcel, qui tient désormais les rênes de la maison. Mon idée : discuter avec lui des résultats de cette fameuse enquête et de trente ans d'évolution du marché du X.
Une fois passé l'accueil (un immeuble forcément discret du XVe arrondissement), je patiente dans une salle de réunion, équipée d'une grande table (ah, le fantasme de la salle de réunion…), de quatre écrans et de quatre terminaux Internet (Free, Orange, Neuf, Darty), bref tout ce qu'il faut pour faire une démo des produits Dorcel aux acheteurs potentiels.
Dans les locaux, pour la débauche et la luxure, il faudra repasser
Je passe à l'étage et Dolly Golden, l'attachée de presse, me reçoit alors avec toute l'équipe, scénaristes, support plateforme VOD (vidéo à la demande) ou habilleurs de DVD, tous plus charmants les uns que les autres.
Quelques affiches des dernières grosses productions Dorcel ornent les murs. Pour le reste, l'ambiance et la déco sont très classiques. Je m'attendais à ce qu'un peu de stupre parfume l'endroit, mais tout est très aseptisé, très classique, et je me dis que pour la débauche et la luxure, il faudra repasser. Je passe dans le bureau du patron (ah, le fantasme du bureau…) et l'entretien peut commencer.
Je lui demande d'abord s'il faut s'étonner et se réjouir du fait que cette étude statistique sur le contenu adulte soit largement reprise dans les médias nationaux (des articles dans 20 minutes, Le Monde, le Journal du dimanche… et Rue89, qui a repris un article de son partenaire Têtu) :
« Ce qui est surtout étonnant, c'est qu'on puisse s'émerveiller que les médias généralistes parlent de X. Il y a trente ans, un cinéma sur deux sur les Champs Elysées diffusait des films X, et ça ne gênait pas. Rappelez-vous les années 80, le Collaro show et la playmate du samedi à 19h45. Ce serait impossible aujourd'hui. »
Dorcel, un visionnaire du business du X…
Les affaires et la lutte contre le piratage prennent une part importante dans le discours de Grégory Dorcel, un article du Monde traite d'ailleurs exclusivement de ce sujet. Si Dorcel Productions a été visionnaire, c'est bien sur la montée en puissance d'Internet :
« Le cinéma traditionnel est resté calé sur un calendrier très lent, d'abord la sortie en salles, puis en DVD, puis la diffusion télé ou VOD. De notre côté, on met nos films à disposition par tous les moyens possibles en même temps, et c'est une stratégie payante. »
Dorcel Productions est le seul producteur français à émerger du lot. Comment ont-ils réussi à éliminer la concurrence ?
« Nos concurrents qui ont misé sur des contenus à petit budget, sur l'amateur, se sont tous éteints à petit feu. Ils ont voulu faire un max de fric rapidement avec des contenus pauvres, et quand ils se sont rendu compte que les petits volumes de vente, ça ne marchait pas, c'était trop tard, ils n'avaient plus la puissance de feu nécessaire pour financer de gros projets. »
… mais conservateur sur le contenu
Si l'étude Ifop est surprenante, c'est bien par l'ampleur des chiffres qu'elle avance. 89% des Français ont déjà vu un film X, 18% en visionnent au moins une fois par mois, mais surtout, 50% des Françaises ont déjà visionné un film X seules. Un enseignement majeur :
« Avant cette étude, notre devise était de faire des films “excitants pour les hommes et acceptables pour les femmes”. Pour nous, l'explicite est masculin, quand les femmes ont besoin de suggestion.
Le visionnage de films X dans le cadre du couple entraînait pour nous une excitation de l'homme, dont la femme pouvait ensuite profiter. La femme devait simplement ne pas être rebutée par le film, mais on n'imaginait pas que le film l'excite. »
Cette étude va donc changer le regard et la stratégie de Dorcel Productions à l'égard des femmes ? Pas si sûr :
« Faire des films destinés aux femmes, je ne pense pas… Le romantisme ou les ambiances à l'eau de rose, ça ne collerait pas.
Quant à faire des films X par des femmes pour les femmes, on a eu quelques expériences avec Ovidie ou Angela Tiger, mais ça n'a pas révolutionné nos ventes. »
Je suggère qu'on pourrait mettre en scène des fantasmes plus féminins : j'ai par exemple pas mal de copines dont le fantasme est de voir deux mecs en action ensemble (soit une autre vision de « l'eau de rose »). Pour ce qui est des scènes homosexuelles, on ne voit toujours que deux femmes ensemble, jamais deux hommes.
« Oui pourquoi pas, c'est déjà arrivé qu'on le fasse à l'occasion mais bon, je ne sais pas si ça excite beaucoup les hommes de voir ça. »
Mais pourquoi pas inverser la tendance, produire aussi des films « excitants pour les femmes et acceptables pour les hommes », ainsi les hommes pourraient profiter par rebond de l'excitation de leur partenaire ?
« Oui… Mais bon… On est quand même dans une culture latine, l'homme macho et viril, donc ça me paraît difficile. Et puis les femmes qui regarderaient des films gays pour voir des beaux mecs ensemble, je pense que c'est une légende. »
Le X restera donc plutôt masculin. Des initiatives à venir porteront plutôt sur la forme.
« On va continuer à miser sur des gros blockbusters du X, des films à gros budget, aux décors somptueux. Ce qui fait rêver les gens, c'est le luxe, quelque chose d'exceptionnel.
Ce qui nous guide, c'est la recherche de l'excitation. On ne va pas montrer la sexualité de monsieur et madame tout le monde : quand vous allez voir un film d'action, le héros ne roule pas à 50 km/h avec sa twingo en freinant avant les virages… Pour le X, c'est la même chose, on veut montrer de l'exceptionnel. »
Sur ce, je quitte les locaux, et Tony Carrera me tient la porte (Ah, le fantasme de la porte…) en me disant au revoir. Tiens, la dernière fois que je l'ai vu, c'était sur un écran et il était vachement moins habillé…
Photo : l'affiche de « Nomades », film porno gay de Cadinot, l'un des studios de Marc Dorcel (DR)
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De poulotte
loin d'être vierge | 13H11 | 29/09/2009 |
« Et puis les femmes qui regarderaient des films gays pour voir des beaux mecs ensemble, je pense que c'est une légende. “
et bien vous pensez très mal Mr DORCEL, ce n'est pas une légende ! les films gays mais aussi les films bi…. bref dès que deux mecs commencent à se tripoter sur mon écran et bien je ne peux pas m'empêcher de faire pareil ! et je vous assure qu'en réalité c'est encore bien plus excitant…. j'ai eu l'occasion et…. enfin là n'est pas le sujet ! je pense que ce monsieur a tort et sous estime les envies des femmes… et aussi celles des hommes : tous ne sont pas rebutés par les corps à corps masculins… bon c'est vrai que mes copains sont bi, ça fausse surement mon regard et mon jugement !
Et pis le passage sur ‘la femme qui profite de l'excitation de l'homme’ alors là je trouve ça grandiose ! mais logique puisque pour Mr DORCEL les films X féminins ne peuvent qu'être romantiques, à l'eau de rose….
je lui conseille une bonne mise à jour à ce monsieur…
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 13H16 | 29/09/2009 |
Je suis déçu, déçu… ! !
Quand j'ai lu le titre de l'article, je me suis précipité dessus en me disant que peut être j'allais enfin découvir, ce qui excite les femmes…
Ben finalement, même les rois du X n'en savent rien ! !
Les femmes elles mêmes le savent elles ? ?
Je pose la question et lance le sondage :
Mesdames, Mesdemoiselles, pour vous ce serait quoi un film excitant ? ?
Et plus largement, le coté visuel et voyeur d'un film est il un bon support à la libération de la libido féminine… ?
Autant de questions qui me turlu…pinent !
De ecor1
sur le fil | 13H47 | 29/09/2009 |
« Annoncée en grande pompe » ,dans un sujet sur Dorcel…. j'adore…bref
La question se résume : est ce que développer le porno feminin est rentable ? Comme le dit Dorcel, ils ont laché quelques ballons sonde (ovidie etc…) et rien d'exceptionnel s'est produit (sur les ventes), du coup ils restent centrés sur leur coeur de marché : les mecs.
Le choix de développer ou non le porno a l'adresse des femmes est donc plus un choix de stratégie économique « business model » qu'un choix « sociétal ».
De MOG
17H19 | 29/09/2009 |
La série Queer as folk, pour avoir fait un tel tabac n'a pas dû plaire qu'aux hommes, mais peut-être qu'en plus du sexe elle véhiculait d'autres choses. Quant aux protagonistes, il y en avait pour tous les goûts.
De bleuet1
espère malgré tout | 17H34 | 29/09/2009 |
Je suis quand même assez d'accord avec l'interlocuteur du journaliste, les femmes préfèrent un minimum de délicatesse.
Il m'est arrivé de tomber sur du porno, franchement je trouve ça rebutant. Aucun romantisme, quasiment pas de préliminaires, des hommes toujours très dominants, et puis toujours un scénario très huilé absolument pas réaliste.
Les femmes y sont souvent rabaissées au rang d'objets sexuels.
Ca se voit donc que c'est franchement destiné aux hommes.
Je suis largement plus émoustillée quand je regarde un film (même grand public) et que je vois un long baiser langoureux, des gestes lents, des ambiances tamisées, etc. Un minimum de romantisme, quoi !
De Lictor
informaticien | 19H21 | 29/09/2009 |
Oui, j'ai déjà regardé du porno… Un peu beaucoup même… Par contre, il semblerait que ça fasse un moment que tu n'as pas essayé…
- la plupart des pornos sont passé à la HD. L'image est plutôt bonne. Mais on reste dans un style caméra à l'épaule, c'est un choix esthétique. Après tout, on fait la même chose au cinéma (Soderbergh ou Romero, des films comme Cloverfield, District 9…).
- le poil redevient à la mode, de plus en plus d'actrices laissent pousser la toison, voire l'exhibent. Bon, pas chez Dorcel évidemment…
- au niveau corps, le porno est moins normatif que la mode, la presse féminine voire la société en général (régime à tous les étages). On trouve des actrices à petits seins (Stoya, Bobbi Starr, Madison Young, Sasha Gray), des actrices à gros seins (Gianna Michaels), de moins en moins de silicone (bannie par des productions comme Belladonna), des filles grassouillettes (Gianna, Belladonna), des filles percées (Dana deArmond), des filles butch (Syd Blakovich), des garçonnes, des obèses… Le porno offre probablement l'image sexualisée de la femme la plus variée et positive en ce moment…
- les scénarios évoluent, on sort du cycle pipe-sodo de plus en plus. Notamment avec les emprunts au SM, au fétichisme, des scènes lesbiennes enfin autonome (le type ne surgit enfin plus comme un deus ex machinae pour interrompte la scène), aux pratiques extrêmes (fist, squirt, uro…)…
- les bis ne sont effectivement pas encore dans le mainstream, par contre les trans deviennent de plus en plus fréquents, il y a donc de l'espoir…
- pour les dialogues et le scénario, ça ne sert à rien et ça vient polluer l'énergie du film. C'est aussi malvenu que déclamer un monologue de 10 minutes au milieu d'un spectacle de danse moderne ou d'avoir 4 pages d'explications sous un tableau ou une photo. La pornographie n'est pas un art de scénaristes, de dialoguiste ou d'acteurs, c'est avant tout un art de performers. Ce qui est intéressant dans un porno, c'est avant tout la qualité des performers, leur mise en image et la chorégraphie de leurs performances. Les dialogues écrits et le scénario ne servent qu'à meubler dans les pornos trop faibles pour que leur art se suffise à lui même…
De acteon54
directeur d'association | 10H07 | 30/09/2009 |
Si justement, j'ai essayé d'en regarder…
- La caméra HD n'apporte rien à la qualité de la photo ! ! ! Au contraire, l'image est encore plus aseptisée, je faisais allusion au manque de créativité, pas à la technique ! ! !
- « pas chez Dorcel évidemment » pour le poil. C'est quoi cette fixation sur les corps imberbes ? ça fait flipper ! !
- « une image de la femme positive “ dans le porno ? ? ? Alors là c'est la meilleure ! La femme est systématiquement offerte, prête à l'emploi, et elle adooooore les grands coups de boutoir de ces messieurs, qui continuent de penser que le reste n'est que ‘préliminaires’. Navrant ! ! !
- Les emprunts au SM et au fétichisme sont timides, et en général ratés, car passés à la moulinette du ‘tout est lisse’. Une fille en talons ne suffit pas à varier les plaisirs ! (Surtout qu'elle finira inévitablement par une pipe, une sodomie, une pipe, une sodomie…) Si elle est un peu ‘dominatrice’, elle va griffer le dos de son partenaire quelques secondes, mais finalement va se retrouver à faire quoi ? Pipe, sodomie, pipe, sodomie…
- Quant à des trans ou des bis ou des gays dans le porno mainstream, c'est pas pour demain ! ! !
- Le scénar” ne vient pas polluer l'énergie du film, il pourrait l'enrichir considérablement ! Sans faire de monologue (c'est évidemment pas le but ! ) ni du Audiard, par exemple une scène de cul tout à fait classique peut devenir un peu plus excitante si elle est filmée depuis le placard où le mari est caché (voire menotté). C'est un exemple de petit truc en plus (ciblé SM en l'occurrence mais il y a TANT de possibilités).
Le porno est un “art de performer” ! ! ! C'est bien le problème, ça manque totalement d'un truc pourtant essentiel : La volupté ! ! !
Quant à la “chorégraphie”, c'est plutôt une sorte de gymnastique, ridicule et sans aucune dimension érotique.
Le sexe n'est pas un sport ! Et les scénarios et dialogues, sans être omniprésents, pourraient constituer un “supplément d'âme ‘pas seulement d'un point de vue artistique, mais surtout au niveau de l'excitation (c'est bien le but d'un porno non ? ? ? )