10/09/2009 à 15h06

Dormez seul, vous aimerez plus longtemps

Blandine Grosjean | Redchef adj Rue89


« Head and feet » (Mr.Thomas/Flickr).

Dormir à deux nuit à la santé et à la longévité du couple, a-t-on appris mardi au British Science Festival.

On s'en doutait, et comme (presque) toujours, ce sont des chercheurs anglais qui prennent et trouvent le temps (et l'argent) de l'établir.

Un équipe du Norfolk and Norwich University Hospital, spécialisée dans les troubles du sommeil, a fait tester la nuit « in bed with » puis « in bed alone » avec 40 vrais couples âgés de 29 à 50 ans. Vingt couples ont préferé la formule « alone ». Ces résultats ont été livrés mardi par le spécialiste du sommeil, Dr Neil Stanley, lors du Séminaire sur le sommeil organisé par le British Science Festival :

« Partager le lit peut provoquer des tensions dans la relation, mais aussi des problèmes de santé allant jusqu'à la dépression, le suicide ou des maladies cardiaques souvent associées au manque de sommeil. Le manque de place, les mouvements brusques, les ronflements, la toux, les réveils pour aller au toilettes, tout ça ne fabrique pas de bonnes nuits. »

Le docteur, qui fait lui-même chambre séparée, est formel :

« Pour sauver votre mariage et votre santé, vous devez absolument aborder la question du lit et de la chambre. En cas de ronflements, des lits jumeaux ne règlent rien. »

A ceux qui prétendent « avoir besoin de dormir aux cotés de leur chéri », le bien peu romantique docteur Stanley fait remarquer, que pour éprouver ce genre de sentiment, « encore faut-il être éveillé ».

C'est assez élémentaire. Fort des études menées à l'Université de Surrey, il rappelle qu'un tiers des adultes britanniques ne dorment pas plus de cinq heures, à cause des toux et des changements de positions du partenaire de lit. « Quand un des deux se retourne pendant son sommeil, il y a 50% de chance que l'autre change aussi de position. » Certes, il admet :

« Nous savons tous ce que cela représente de dormir dans un lit avec quelqu'un et de lui faire un câlin. Mais arrive le moment où on se dit, bon, maintenant il faut dormir. Et passer une bonne nuit de sommeil est une chose à laquelle nous avons tous droit. »

Le sociologue Jean-Claude Kaufman, auteur d'un ouvrage sur les « Agacements, les petites guerres du couple » ne rangerait pas ce travail dans la page « Etudes débiles » de Rue89 :

« Dans nos recherches, on constate que les agacements au sein du couple sont les plus vifs dans les zones de rapprochement : la voiture, le repas, le lit dans son usage “ordinaire” (non purement sexuel) ».

Au lit, lui ont raconté les Français, il a trop chaud, elle a trop froid ; quand il se couche, il secoue la couette et fait un courant d'air ; elle accumule des tas de bibelots qui attrapent la poussière, elle fait un bruit de sucion, il ronfle... Et le problème, c'est que ça va en s'aggravant, et pas seulement avec l'âge :

« Historiquement, les gens qui se mettent en couple vivent de plus en plus longtemps de façon autonome, ils se construisent des microcultures quotidiennes et l'autre est de plus en plus différent. »

Les jeunes d'aujourd'hui seraient donc beaucoup moins « lit compatibles » que leurs aînés qui sautaient presque directement de la maison familiale au foyer conjugal. Et pourtant, le lit jumeau, séparé, de l'autre côté du mur, a mauvaise réputation chez nous.

Pour Kaufman, il n'est guère étonnant que cette étude ait fleuri dans le monde protestant où prédominent la culture de l'individu(alisme) et celle du lit conjugal à matelas et couette séparés.

« La culture française est plus proche de la conception méditéranéenne du couple, où l'on a besoin de la présence de l'autre, même si elle ne doit pas être trop étouffante. Le lit reste un symbole fort du sexe, de l'amour et faire lit/chambre séparés serait l'antichambre du refroidissement de l'histoire. Dormir ensemble, même mal, c'est passer du temps ensemble, et c'est ce qui fait le couple. »

Et il y a « couple » et « couple ». Au risque de froisser le docteur Stanley, assez fier de la « santé », autrement dit la longévité de son mariage (due, en partie, à sa pratique conjugale de la chambre séparée ), le modèle d'union qu'il valorise en creux est un rien daté. Très années 50. Même si les partenaires d'aujourd'hui rêvent encore de toujours, toutes les enquêtes montre que c'est la qualité de la relation qui prime et justifie les séparations.

Michel Bozon, à l'Ined, distingue deux grand types de trajectoires sexuelles. L'une que l'on peut qualifier de « plan plan » se caractérise par une entrée tardive dans la sexualité, peu de partenaires, avec fidélité et sans exigences exhorbitantes dans la pratique sexuelle. C'est le couple qui dure, qui s'accomode du peu. Un rien perfide, Jean-Claude Kaufman affirme :

« La chambre séparée c'est super pour eux. »

L'autre trajectoire prend la forme des montagnes russes, s'accompagne de la multiplicité ou du changement de partenaires, cherche l'intensité, la perfection dans la relation. Pour ceux-là, le lit, idéalisé, est le lieu de toutes les tensions de la vie amoureuse contemporaine, « entre désir de fusion et défense de territoires personnels » (François de Singly dans « Libres Ensemble »).

Quand il y a agacement à cause de l'usage du tube de dentifrice, note Kaufman, il est facile de faire tube de dentifrice séparé pour arrondir les angles. Les enfants et les amis n'y voient que du feu. Et ça demande moins de moyens financiers qu'une chambre à soi.

Photo : « Head and feet » (Mr.Thomas/Flickr).

Article mis à jour le 10/09/2009 à 17h28 avec les interventions de Jean-Claude Kaufmann, François Singly et Michel Bozon.

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  • A déménagé le 8-10-2011
    • Posté à 15h29 le 10/09/2009

    A ceux qui prétendent « avoir besoin de dormir aux cotés de leur chéri », le docteur Stanley fait remarquer, que pour éprouver ce genre de sentiment, « encore faut-il être éveillé »

    Mais s'endormir tout blottis en cuillère et fourchette, avoir un rituel commun, ronfler de concert et se réveiller avec bonne humeur parce qu'à côté de la personne qu'on aime, il n'y a pas pensé le docteur et c'est bien triste pour lui.

  • fran
    • Posté à 15h44 le 10/09/2009
    • Internaute

    mais on peut être amoureux sans faire dans le fusionnel chère amie. C'est juste que dans les pays latins c'est assez mal vu. Les réactions à l'article sont assez drôles en fait, selon l'âge je suppose qu'on ne voit pas ça de la même manière (je précise que je suis dans le haut de la tranche d'âge - 50 - alors je comprends mieux le coup des ronflements etc, mais je tiens le coup depuis 30 ans en faisant parfois chambre à part ... c'est très agréable)

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 15h52 le 10/09/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Ce qui est le plus nuisible au sommeil , c'est le travail salarié idiot qui oblige a se réveiller tous les matins à heure fixe en plein milieu d'un cycle du sommeil et quelque soit la saison .
    Mais ça , on est pas près de lire des études la dessus , spécialement venant de Britanniques et de leur triste société individualiste sans sensualité et sans gout ou les familles ne se réunissent même plus à la même table pour diner le soir ..

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h27 le 10/09/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Il a pas tout à fait tort, juste à moitié : dormir seul c'est bien, mais s'endormir et se réveiller accompagné c'est bien aussi. Il faut donc des lits automatiques qui s'éloignent pendant le sommeil : D

    Je comprends que certains ont du mal, déjà que je ronfle et qu'elle frappe en pleine nuit (se prendre un coup de poing dans le bide en plein sommeil, c'est moyennement érotique quand même : D).
    Par chance, on est des tox. Du coup quand on est endormis, rien ne nous réveille.

    En plus, on est pas sur le même cycle de sommeil, elle peut se coucher quatre heures avant moi et se lever quatre heures avant moi. Du coup la moitié de la nuit, on dort seul.
    Et des fois c'est encore pire, je rentre de teuf à 6h du mat, et elle se lève à cette heure-ci car sa folie l'inspire...

    Mais bon, pour avoir partagé la chambre de certains personnes, je comprends que leurs partenaires puissent rallier le camp des chambres à part. Un mec qui ronfle comme un McCormick, qui pète comme un vieux chien et qui transpire comme un glaçon à Bamako, ça doit être difficilement supportables toutes les nuits de l'année...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à Lurker
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 17h55 le 10/09/2009
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « les agacements au sein du couple sont les plus vifs dans les zones de rapprochement...etc.. »

    Et aussi lorsque les deux sont à la retraite...

    On a véritablement son partenaire « sur le dos » 24 heures sur 24 sans pouvoir s'octroyer le moindre instant de peinarditude !
    -C'est valable dans les deux sens, je pense !

    * La plupart des disputes viennent des discussions gnagnagni gnagnagna...
    - On est forcé d'aller faire des conneries au jardin même si on en a plein le cul des carottes (sans jeu de mot) ou tondre la pelouse, car il arrive que la tondeuse fasse moins de bruit que madame passant l'aspirateur ou faisant la vaisselle...
    ...vaisselle qui selon moi, peut toujours attendre encore un peu, ou pour le moins s'accumuler pour un seul tour dans le lave-vaisselle !
    Mais pas pour madame : ça ne doit pas s'accumuler ! ...parce que si jamais on doit appeler un médecin ou recevoir à l'improviste gnagnagni gnagnagna... (Quelqu'un se reconnait ici ? )

    Moi, j'ai aménagé une chambre en bureau et j'y passe le plus clair de mon temps.
    - J'y dispose aussi de mon PC, de ma sono et d'un Téléviseur. (normal, celui là).

    ¤ Par contre : Dormir seul dans le lit conjugal, ça rend sourd !

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 17h57 le 10/09/2009
    • Internaute
      non connue

    Ça dépend.

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 18h00 le 10/09/2009
    • Expert
      Chercheur

    Le plus sûr pour que le couple dure toute la vie, c'est de faire lit séparé, maison séparée, enfants séparés, comptes séparés et villes séparées. Bon après il faut voir jusqu'à quand on considère qu'un couple est un couple. Parce que c'est facile de rester 50 ans avec quelqu'un qu'on ne voit jamais et avec qui on ne partage rien. Mais est-ce que ça vaut le coup ? Dommage, ça l'étude ne le dit pas.

  • Waldeck
    Waldeck répond à Lictor
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h07 le 10/09/2009
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    -« c'est un peu comme la fellation automatique chaque vendredi, ça finit par faire routine… »

    - Après Thalassa ?

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h14 le 10/09/2009
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    -« Dormir à deux nuit à la santé et à la longévité du couple, a-t-on appris mardi au British Science Festival. »

    - Dormons à trois !