Sciences Po s'encanaille avec une revue érotique, L'Imparfaite

Léa, étudiante à Sciences Po (DR)

Ils sont étudiants à Sciences Po, une de ces grandes écoles à la réputation coincée et rébarbative, et veulent casser les codes en publiant une revue érotique, L'Imparfaite. En guise de préparation, l'un d'eux, Quentin, a d'ailleurs publié sur Rue69 un reportage très remarqué sur une soirée fétichiste.

Problème : pour mener à bien un tel projet, il faut de l'argent et, comme ils ne sont pas fils de diplomates ou de riches industriels, ce n'est pas si facile à trouver. Alors ils ont besoin de vous, riverains !

Entretien avec Quentin, Cécilia (qui s'occupe des études de sociologie menées dans le cadre de la revue) et Arnaud (en charge de la photographie).

De quoi est censé traiter L'Imparfaite ? Des exemples de rubriques, d'articles ?

Le Paris des
cinémas porno

Affiche de film porno sur un mur à Paris (Hélène Franchineau)

La dernière salle classée X à Paris, c'est le Beverley, près des Grands Boulevards. Sous Giscard, il y en avait des dizaines.

C'est l'un des reportages de L'Imparfaite : Hélène s'est promenée sur les traces de ces cinémas, accompagnée de deux spécialistes :

« Au détour des rues, derrières des affiches vieillies, les entrées condamnées et les nouvelles enseignes, ce sont les années 70 qui refont surface. »

Cécilia. L'Imparfaite, c'est une revue érotique, entièrement réalisée par et avec des étudiants de Sciences Po. C'est pour les pervers de toute obédience, elle n'est pas réservée aux hétérosexuel(le)s ou aux homosexuel(le)s, mais vraiment destinée à tous.

Photos, reportages, sociologie : nous avons voulu effeuiller la sexualité sous toutes ses coutures. C'est une revue sans tabous (par exemple, il y aura un article sur la pornographie lesbienne, ou sur le phénomène bareback).

Il y a notamment des articles universitaires et nous avons construit un questionnaire sociologique très sérieux pour comprendre les pratiques, représentations et valeurs des étudiants de Sciences Po sur la sexualité. Presque 400 étudiants ont répondu, ce qui est énorme.

Quentin. Il y a aussi un volet journalistique avec des enquêtes et des reportages. Intra-muros, comme avec ces étudiant(e)s qui racontent leurs souvenirs du premier film porno visionné, un événement presque aussi important que le premier baiser pour certains. Ou extra-muros, avec des reportages sur le milieu libertin parisien, par exemple.

Et, j'annonce une formidable balade dans les sites Internet de vidéo porno. YouPorn comme vous ne l'avez jamais vu.

Arnaud. Merci camarades de me laisser parler du plus important : la photo. C'est l'âme de la revue. C'était un peu compliqué de trouver des étudiant(e)s prêt(e)s à poser ou à prendre des photos. Finalement c'est fait, les séries sont pratiquement terminées.

Ça ne tombe jamais dans la pornographie mais, honnêtement, c'est souvent assez beau, comme cette jeune fille qui passe son temps à se photographier plus ou moins nue avec ses copines. C'est amusant d'ailleurs, parce que c'était plus compliqué de trouver des hommes qui acceptent de poser que des filles.

Comment vous est venu cette idée, qu'est ce qui vous motive ?

Arnaud. L'idée est venue d'un ami à nous, Fahd, à Chicago, lors de son année à l'étranger. Dans cette université, ses amis américains publiaient une revue érotique. Il a trouvé le principe original, et de retour à Sciences Po, il nous a proposé ce défi.

Quentin. On nous proposait de parler de cul, on a dit oui direct.

Cécilia. Ce n'est pas neutre de choisir comme thème la sexualité. Avec Facebook, 123people et autres sites, la maille de surveillance autour de nous est très fine. On a tous peur de laisser des traces qui un jour se retourneraient contre nous.

Mais est-ce qu'on doit perdre notre temps à se cacher, ou bien les recruteurs et autres espions en herbe n'ont-ils pas des choses plus importantes à faire ?

Arnaud. A Sciences Po et dans les universités en général, on peut parler de tout, il n'y a pas vraiment de tabou sauf, peut-être, le cul. Il y a quelques années, des prépas à Henri IV avaient même posé nus, en rang. Rien d'érotique, et pourtant ça avait fait scandale.

Quentin. Nous, on veut aller plus loin, montrer que si c'est bien fait, une photo de deux jeunes hommes nus s'embrassant, un article sur Beauvoir et la sexualité ou un autre sur le site Adult Friend Finder, c'est aussi intéressant qu'un magazine d'étudiant sur l'actualité internationale ou culturelle.

Et pourquoi vous n'avez pas encore imprimé la revue ? Vous avez besoin de combien d'argent ?

Quentin. La revue n'est tout simplement pas encore imprimée parce que les généreux mécènes sont un peu frileux. En ces temps de crise, ils hésitent à donner de l'argent et à associer leur nom à une revue érotique. Tout le monde adore le projet, tout le monde nous dit : « Foncez ! » Et on l'a fait.

Après oui, on a été ambitieux, ça dépasse les cents pages, c'est bien présenté, ce n'est pas un fanzine imprimé à l'arrache sur le dos d'un exposé, ça serait dommage que cela n'aille pas au bout faute d'argent.

Arnaud. Bien sûr les généreux donateurs auront le droit à des pages de publicité dans la revue. Même si le tirage n'est pas très important, il permet de toucher un public très intéressant et d'avoir une exposition médiatique

Quentin. Regardez, on est déjà sur Rue69. La gloire !

Pourquoi ne pas faire un journal en ligne ?

Arnaud. On veut garder une trace. Internet reste le royaume de l'éphémère. Cette revue c'est aussi un des grands souvenirs que l'on gardera de notre scolarité. On aurait pu évidemment avoir un site, on a d'ailleurs un blog (pas très actif) avec notre profession de foi, mais ce n'est pas pareil.

Là, c'est un seul numéro, un bel objet, un beau souvenir que l'on pourra montrer à nos enfants quand ils se moqueront de nous en pensant qu'on des vieux cons coincés.

Quentin. Surtout, si on avait lancé un site, on aurait très vite dépassé l'audience de Rue69 et on ne voulait pas que tu sois triste Camille.

Vous êtes combien dans l'équipe ?

Cecilia. Nous somme sept. Trois filles et quatre garçons. Plus une bonne trentaine d'étudiants qui ont participé au cas par cas. Des homos, des hétéros, des célibataires, des presque mariés, des gens qui ont une sexualité active, d'autres qui n'ont pas de sexualité du tout.

Quentin. Et aussi des gens qui aiment la glace au chocolat, d'autres les fraises. Mais une chose est certaine : tous aiment l'Imparfaite. Et si vous aussi vous avez envie de nous aimer et que l'on vous aime fort en retour, vous pouvez nous écrire.

Photo : Léa, étudiante à Sciences Po (Margaux Hulle)

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12 commentaires sélectionnés

Portrait de batila

De batila

entrepreneur international | 13H15 | 19/08/2009 | Permalien

Ce que j'aime bien, c'est la question à propos des recruteurs « n'ont ils pas d'autres choses à faire ? »
Et les étudiant de science po n'ont -ils pas mieux à faire ?

Par exemple, des recherches (parce que si science pô ne forme plus de chercheurs, à quoi elle sert cette école ? )…

Le pire est que ces étudiants qui représentent une élite privilégiée ne sont pas assez dégourdis pour trouver de l'argent par eux-mêmes, de monter un dossier assez cohérent pour convaincre des investisseurs privés… Ni même pour construire un site internet (gratuit).

Certains élèves de sciences po, qui font des recherches qui ont nécessairement besoin de subvention pour être publiées, rangent leur travaux dans des armoires, fautes de budget. Certain élèves renoncent à faire traduire des travaux interessant , pour cette même raison.
Ainsi, les écoles supérieures françaises perdent leur rayonnement à l'étranger, pas le lido ou le moulin rouge.
Est-ce une raison pour transformer leurs élèves en danseuses ?

Que dirait le public de Pigalles si on remplaçait les danseuses par des étudiants binoclards en sandales ?

Encore une fois, si ils arrivent à l'autofinancer avec des fonds PRIVES, je n'y vois aucun problème. Je suis même prêt à l'acheter en kiosque…

Portrait de ArL

De ArL

Etudiant | 13H43 | 19/08/2009 | Permalien

précision : deux des fondateurs sont chercheurs en sociologie et ce magazine leur permet, justement, de publier certains de leurs travaux. (le volet analytique étant un des piliers du magazine)

De plus, même les élites privilégiées doivent jouer avec les conditions actuelles, qui font qu'il est difficile de trouver des partenaires financiers, et nous sommes les premiers à chercher « des fonds PRIVES », or certaines marques ont du mal à s'associer sans pouvoir maitriser le contenu éditorial (contenu qui pourrait jurer avec leur stratégie de communication)

Portrait de Joson

De Joson

Savoyard des plaines | 13H55 | 19/08/2009 | Permalien

Ben ça ! elle est gonflée à blog la nana sur la photo !

Photo : Léa, étudiante à Sciences Po (DR)

Ah, DR, heureux homme… ou femme !

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 14H29 | 19/08/2009 | Permalien

Finalement le seul vrai rebelle sexuel en occident , en 2009 , c'est celui ou celle qui se revendique comme coincé…

legend

Portrait de Sissi of Marseille

De Sissi of Marseille

Rebelle | 14H28 | 19/08/2009 | Permalien

« Là, c'est un seul numéro, un bel objet, un beau souvenir que l'on pourra montrer à nos enfants quand ils se moqueront de nous en pensant qu'on des vieux cons coincés. »

Alors vous n'avez même pas pensé à vos futurs lecteurs ?
Parce que feuilleter une revue à 2 ( ou plus si affinités…LOL) c'est quand même plus érotique que plonger dans un ordi…
Cacher la revue, ou l'égarer, la laisser traîner ou juste dépasser d'une pile d'autres très sérieuses pour qu'elle soit découverte….

Que l'argent vous vienne à flots pour cet amusant projet.

Et n'oubliez pas de nous signaler la sortie de la belle « Imparfaite ».

Portrait de Swann69

De Swann69

| 15H18 | 19/08/2009 | Permalien

« Sciences Po, une de ces grandes écoles à la réputation coincée et rébarbative »

Ah ah, je vous y invite dans mon ancienne école. A part médecine ou quelques écoles d'ingé bien particulières (Arts, Ponts), je n'ai rarement vu autant de décadence qu'à Sciences Po.

Alors réputation coincée et rébarbative, franchement, je vois pas.

Portrait de Eric Nguyen

De Eric Nguyen

Chômeur | 15H21 | 19/08/2009 | Permalien

Je ne comprends pas que ce canard ne soit pas déjà imprimé ( ? )… ce n'est que des intentions ? Manque de moyen ? A l'ère du numérique où tout est plus simple notamment des impressions numériques très abordables. Aller une collecte, et hop, on imprime ! Sinon, cela va rester au stade de l'imparfait…

Portrait de Eric Nguyen

De Eric Nguyen

Chômeur | 15H38 | 19/08/2009 | Permalien

Depuis 15 ans, des fanzines comme Sueurs Froides constituent des remparts contre l'aseptisation de la société. Ils défendent un cinéma « off », ce cinéma loin des blockbusters habituelles ou de la plage cannoise… un (des) cinéma de genre.

Portrait de nono le simplet

De nono le simplet

dilétante adèle | 17H02 | 19/08/2009 | Permalien

si'ils n'arrivent pas à financer leur revue dans les délais les plus brefs et si j'étais le directeur de Sciences Po , je virerais ces élèves dans les plus brefs délais .
En effet , trouver des gogos pour financer leurs activités , va être leur principal « travail » s'ils se destinent à une carrière politique .
Ce serait donc un échec total dans leur formation .
Je ne leur donnerai rien , sachant bien que dans quelques années je serai obligé de payer !
( pour les bruts de décoffrage c'est une plaisanterie , bien sûr )

Portrait de MR

De MR

Journaliste | 22H53 | 19/08/2009 | Permalien

En tout cas ça me rappelle une autre histoire… Celle des lycéens d'Henri IV qui avaient publié leur revue « Du cul, du cul, du cul ! », en allant jusqu'à poser nus en couv » avec un bandeau censure à l'endroit stratégique. Sciences Po inspiré par Henri IV ? Mais c sûrement très bien fait (aussi) !

Portrait de The last Puppet

De The last Puppet

Etudiant | 15H34 | 20/08/2009 | Permalien

Je trouve très rigolo que pas mal de riverains pensent encore que TOUS les gens qui passent par la vénérable institution qu'est Sciences Po, seront un jour des politiciens (« corrompus », « incompétents », ..).

Sciences Po ce n'est pas seulement un vivier de chercheurs et de futurs politiciens. Pas seulement.

Portrait de polgrax

De polgrax

brinleu | 05H57 | 21/08/2009 | Permalien

Quelque chose d'horripilant aussi c'est ce côté « trop sympa » de chaque affaire qui veut traiter de sexe. Genre, festif, ouais alors ouais moi mon premier film de cul, ouais j'avais 12 ans quoi. Ouais moi mon sex-toy il est trop délire quoi. Si je peux me permettre ce conseil (et j'espère ne pas être trop prétentieux en faisant ça, et puis vous y avez peut-être déjà pensé), évitez de confondre « casser les tabous » avec « faire la fête ». Je veux dire, ça fait pas délirer tout le monde le premier film de cul (mais moi si). Je veux dire aussi, la sexualité, hors la question des soit-disant tabous, c'est aussi les mauvaises expériences (si vous voulez être un peu honnêtes dans votre revue). C'est aussi, pas seulement l'homosexualité à dire, par exemple, mais aussi pourquoi certains ont une dent contre elle (moi par exemple, en ce que je considère qu'elle est une peur de l'autre).
Enfin vous voyez quoi. Un peu le tour des questions, pas seulement la franchise consensuelle des années 2000. Au point que des récits de soirées sm sur des blogs prout-prout me feraient presque penser à du Philippe Delerm, en plus hormones mal contrôlées.

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