29/07/2009 à 13h02

Sexe sur Facebook : j'ai poké, j'ai chatté, j'ai chopé

LesInrocks.com"


Détournement du logo Facebook.

« Regarde la meuf sur le wall d'Alex, elle est trop bonne, j'vais la prendre en amie. » Que celui qui n'a jamais essayé de pécho sur Facebook jette la première pierre.

Avec 250 millions d'utilisateurs, dont 10 millions en France, le réseau social n° 1 s'impose comme le plus grand terrain de chasse au monde.

Un jour, un homme racontera à son fils ému comment il a d'abord poké sa mère un jeudi soir de disette avant de la baratiner sur le chat et de la croiser « par hasard » (c'est ça, ouais) à un event auquel ils étaient tous deux « attending ». La suite de l'histoire, on la connaît. « In a relationship », « Engaged » et le tragique « It's complicated ».

Qu'on se rassure, il n'y aura pas que des unions bénies par le Seigneur sur Facebook : support privilégié de toutes les relations sociales contemporaines (amicales, sentimentales, familiales, professionnelles), le site inaugure un marivaudage 2.0 de masse.

Messages privés, chats, statuts : tout est bon pour le cochon

Contrairement aux sites de rencontre classiques, pas de pathos ni de crevardise explicite : avec son design sobre et son authenticité affichée (interdit de s'appeler Mamar51, chacun s'inscrit sous son vrai nom), Facebook est l'endroit idéal pour guédra celui ou celle qu'on n'ose aborder IRL (In Real Life).

Sur un forum, Laura ironise :

« Quand mes enfants me demanderont comment j'ai perdu ma virginité, je devrais inventer une histoire sur une formidable communauté où tout le monde vivait en paix et en communion, un lieu d'échange et d'enrichissement communément appelé Facebook. »

Souvent décrié pour son caractère intrusif, le site permet aussi d'organiser son intimité. Les messages privés, le chat et les statuts qui permettent les love-private jokes sont autant d'armes à la disposition des apprentis Choderlos de Laclos en mal de liaisons dangereuses.

Exemple : il est 2h27, votre ex-collègue Xavier, marié deux enfants, vous alpague sur « Facebook chat ». La discussion commence à la coule : « Hey, salut, ça va ? » « Tu fais quoi ? » « T'as vu le dernier Desplechin ? » « Et Elvis Costello, t'aimes bien ? »

Après dix minutes d'une conversation d'une banalité navrante, Xavier, qui, lui, monte visiblement en pression derrière son ordi, passe à la vitesse supérieure : « Je peux te demander quel type de sous-vêtements tu portes ? »

« J'ai pécho une fille que j'avais rencontrée vite fait à une bar-mitsvah »

Après avoir fait semblant d'être soudainement déconnectée, le lendemain au bureau, vous évoquez avec votre autre collègue cet échange nocturne et vous vous rendez compte que Xavier a déjà frappé à plusieurs reprises, avec d'autres filles de la boîte.

Un peu comme Hulk quand il a pris un coup sur la tête, Xavier se transforme quand il se connecte sur Facebook. Introverti dans la vie, il a plus ou moins maladroitement saisi les atouts du site.

Plus à l'aise, les ados ont eux très vite compris les règles du jeu. Leo, tout juste 17 ans, explique :

« J'ai pécho sur Facebook une fille que j'avais rencontrée vite fait à la bar-mitsvah de mon petit cousin. Je ne l'avais même pas draguée, j'avais juste pris son nom en toute innocence. Je l'ai ajoutée, lui ai envoyé un petit message puis on a chatté.

Là, je lui faisais du rentre-dedans vénère. Ensuite elle m'a invité à une soirée via les événements sur le site et on a fini par coucher ensemble chez elle. Merci Facebook. »

Plus gros hébergeur de photos au monde (Facebook vient de dépasser Flickr), le site, à travers les albums photos, les statuts, le formulaire d'informations personnelles, favorise au maximum la mise en scène de soi.

On balance un cliché flatteur pour montrer à Thierry qu'on est devenue bonne

De quoi jouer le jeu de la séduction à fond les ballons. On ressort les vieilles photos de Grèce, balance inopinément ce cliché flatteur pour montrer à ses anciens camarades de collège, et à Thierry, qu'on est devenue bonne.

Alors que toute une génération découvre les joies de la vie sociale virtuelle, les plus jeunes ont déjà une certaine expérience. Avant Facebook, c'était MySpace, ex-rendez-vous des 20-30 ans un peu branchés aux environs de l'année 2005. Lors de cette époque bénie (symptomatique de la naissance du web 2.0), beaucoup expérimentaient alors les joies d'internet et du pseudo anonymat qui en découlait.

Pour la première fois, le site permettait d'évoluer d'un profil à l'autre à la manière des sites de rencontres, sans le pathos qui va avec, le côté plus égocentré que n'importe quel forum ou room de discussion en plus.

Une sorte de formidable fête (le site a été conçu autour de la musique) où il était possible de « devenir ami » avec une fille à l'autre bout du monde et de l'emballer si les routes des deux intéressés se croisaient. Fabien :

« Sur MySpace, tu pouvais faire passer tout ce que tu voulais, c'était le début du truc, on passait nos journées à ajouter des filles en ami. Et pour moi qui bouge beaucoup, ça a surtout été le moyen de “préparer” mes voyages genre “Hey, je suis à Marseille la semaine prochaine, let's hang out‘et finalement la meuf tu la baises.

Elle ne se demandait même pas forcément pourquoi tu l'avais ajoutée sur MySpace, tu pouvais requester une meuf que tu ne connaissais pas, sans trop la jouer j'ai cherché ton nom’ comme sur Facebook, tu naviguais de profil en profil, et tu te faisais des contacts. Au final, t'avais bien cherché une brune, la vingtaine, dans le 13.”

De MySpace à Facebook, le dragueur a perdu le bénéfice de l'anonymat

Une sorte de parenthèse enchantée, suivie par l'arrivée de Facebook imposant pour la première fois aux inscrits de notifier leur réelle identité.

Pour Fabien, “sur Facebook, tu ajoutes/communiques avec beaucoup moins de gens que tu ne connais pas. Direct, si t'es un mec, que tu pokes/add une fille en mode ‘elle a l'air cool/potentiel sexuel’, tu passes pour un gros pervers alors que sur MySpace on avait toujours l'excuse de tomber sur les gens ‘par hasard.’

Sur Facebook, l'identité virtuelle s'aligne sur l'identité réelle et le jeu social traditionnel reprend le dessus face aux fantaisies de l'anonymat qui régnaient jusquelà en maître sur internet.

Malgré ça, pécho sur internet reste assez mal vu. Ainsi, Aurore avoue honteusement avoir repéré sa copine Vanessa sur une photo de soirée, postée sur un event auquel elle avait participé. Un petit ‘Ouah, c'est qui cette meuf ? ’ permettant d'engager une courte relation épistolaire, rapidement suivie d'une rencontre IRL.

Une occasion qui n'aurait jamais pu avoir lieu sans Facebook, les deux concernées ne s'étant même pas croisées lors de la soirée en question. Depuis, Aurore et Vanessa sont ‘in a relationship’ sur le site.

Une fois en couple, Facebook aiguise les jalousies et altère le romantisme

Pourtant, afficher son couple sur un réseau social n'est parfois pas l'idée du siècle. Ainsi, selon une étude menée par deux doctorantes en psychologie d'une université d'Ontario, passer du temps sur le site aurait pour conséquence une certaine méfiance vis-à-vis de sa moitié, dont les faits et gestes sont listés (ajout de nouvel ami, petit mot à un ex, photo taggée avec un/e inconnu/e).

En couple, Facebook occasionne la jalousie et altère le romantisme. En cas de rupture, il devient carrément un cauchemar. Tout le monde est notifié d'une éventuelle rupture (voire avant le principal intéressé). Et l'espionnage du profil de l'ex est devenu sport national. Facebook ajoute une nouvelle dimension à la détresse amoureuse.

Un Anglais de 41 ans a même été condamné à la prison à vie pour avoir tué sa femme, fraîchement passée de ‘mariée’ à ‘célibataire’ sur Facebook après leur séparation. Mais parce qu'il est devenu un support privilégié pour toute relation sociale, une fois guéri d'une rupture, il s'agit de se relancer au risque, parfois, de finir le fil de la batterie du laptop entre les jambes.

‘Facebook me permet de vivre des trucs de compensation’

Car Facebook est aussi le lieu de toutes les histoires manquées, il ouvre le champ des possibles, érotise des relations jusque-là innocentes et crée une certaine intimité entre des êtres qui ne se sont jamais parlé et ne s'adresseront peut-être jamais la parole. Paul, 39 ans, raconte :

‘Je n'ai pas eu d'histoire depuis longtemps mais Facebook me permet de vivre des trucs de compensation. Il y a une personne avec qui je corresponds régulièrement, on s'envoie des petits mots gentils, on se raconte nos vies, on entretient une sorte de relation épistolaire. Ça ne mène pas bien loin mais ça permet de combler et ça me suffit pour le moment.

Passer à l'étape vraie vie’ serait un peu compliqué, je n'ai pas mis ma photo et je n'ai pas envie de décevoir, ce genre de relations détachées du principe de réalité me plaît bien. C'est confortable.”

Voire un peu trop parfois. Car les longues soirées passées derrière l'ordinateur à attendre une hypothétique réponse sont devenues rituelles pour beaucoup de connectés.

Et si le site permet à quelques élus de trouver l'âme soeur ou de choper vite fait, il permet aussi de se conforter dans sa propre solitude. Triste constat quand on sait qu'on ne peut même pas s'ajouter soi-même en ami.

Publié initialement sur
LesInrocks.com
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  • Neophyte
    Neophyte
    Godelureau Hédoniste
    • Posté à 13h32 le 29/07/2009
    • Internaute
      Godelureau Hédoniste

    Très bel article, une analyse pertinente, tu as couché par écrit ce que beaucoup d'entre nous pensent, sans pouvoir l'expliquer.

    Facebook c'est aussi pratique pour découvrir la soirée que l'on a passée,dont, souffrant de polydepsie éthylique, nos souvenirs sont flous : photos, « posts » sur les « walls », et parfois.... un(e) nouvel(le) ami(e).

    Et là, on reconnaît cette personne avec qui l'on a sauvagement copulé, ou tout simplement que l'on a goulument embrassé.

    Comme quoi, facebook, ça peut servir.

    Un néophyte convaincu et conquis

    PS : Ajoute un onglet « j'aime », et un autre « j'aime pas » ce sera du plus bel effet : D

  • naofan
    naofan
    j'aimerais bien le savoir
    • Posté à 14h01 le 29/07/2009
    • Internaute
      j'aimerais bien le savoir

    Sincèrement, c'est un VRAI article ou un astro turf (articles de commande d'un cabinet de RP ou recopie d'un dossier de presse) ?

    Très loin du niveau de la rue ...

  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 14h18 le 29/07/2009
    • Expert
      Etudiant-Chercheur

    Excellent article, mais « Aust » a raison : il y a une dimension fondamentale qu'il ne faut pas oublier... Le fait de « jouer » avec l'identité : faux profils, fausses informations, les « in a relationship » bidons, les statuts pour faire réagir les gens, les photos provocs, etc. Dire que l'identité réelle est couplée à l'identité virtuelle est abusif : c'est toujours, à un certain degré, des variations fantasmatiques sur l'identité imaginaire... La solitude est surtout compensée par le ludique, et les promesses de rencontres IRL...

    La chose la plus excitante reste la possibilité exponentielle du « contact », c'est une chance tant que l'on a conscience que cela ne signifie pas forcément plus de « rencontres »... A partir du moment où on croit que le « friend » en est un IRL, ou que la fille contactée est nécessairement « touchable » IRL, cette chance devient un risque.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h53 le 29/07/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Je jette la seconde pierre !
    Intrigué par les propos abscons tenus dans cet article, j'ai vérifié ma page, retrouvé sous moult poussières, et j'ai découvert une nouveauté qui change fondamentalement la dimension de ce site : ils ont intégré une messagerie instantanée dans leur site.

    Par contre, je suis tombé sur ma page à moi, et j'ai pas compris ce qui s'est passé. Il y a des tonnes de trucs d'écrit, que c'est même pas moi qui a écrit ça, avec plein de type que je sais pas qui c'est et dont je n'ai rien à foutre.

    Mais encore une fois, on voit les références d'un stagiaire de 18 ans (du moins par l'ancienneté des références) : avant, on avait MySpace...
    heu...
    Avant on avait MSN et ICQ aussi, ça marche terrible ça, et avant ça IRC, qui marchait très bien aussi (que ce soit pour niquer des meufs et se faire des potes, voire niquer des potes).

    Et bien évidemment qu'un roi de la drague sur le net ne l'est pas forcément IRL. Pour la simple et bonne raison que lorsqu'on écrit, on prend (enfin on peut le faire...) le temps de bien écrire, de réfléchir, on prend la peine d'utiliser des mots compliqués, on peut effacer le mot qu'on vient de taper.
    Alors que quand on parle c'est le royaume des hormones, des positions suggestives, de la frime, du baratin, bref de l'animal.

    Enfin moi, mon moyen de communication préféré, c'est le SMS. Toujours bien écrit, pour me distinguer de la masse, pas à se soucier de savoir si le mec en face décroche, toujours une perche tendue qui signifie « me rappeler pour en savoir plus », et surtout on peut les taper par avance et envoyer celui nécessaire selon la situation.

  • deprav
    • Posté à 19h00 le 29/07/2009

    Je suis pas un grand fan de facebook malgré le fait que j'y ai ma page. Il suffit juste de prendre du recul et de ne pas y raconter sa vie pour que les gens ne vous épient pas... ça me permet juste d'avoir des dates d'évènements de concerts de potes à moi ou des news sur des groupes que j'apprécie qui ont leur page sur le site.
    Et j'aime me servir de mon statut pour insulter tout le monde.

    Sinon j'y ai retrouvé 2 ou 3 potes à l'ancienne, la grande soeur (fraiche) de mon meilleur pote de collège qui maintenant manage des groupes et organise des tournées, en tant que musicien je trouve ça plutôt cool : )

    « il permet aussi de se conforter dans sa propre solitude. Triste constat quand on sait qu'on ne peut même pas s'ajouter soi-même en ami. »

    C'est exactement ce que je lui reproche le plus, il créer une sorte « d'impression de partage » par substitution. Dans notre monde ou l'individualisme est poussé à son paroxysme, les gens oublient que le partage est nécessaire et source de bien être, Facebook donne ce sentiment de partage par procuration... mais ce n'est qu'un site, les gens « partagent » tout seul derrière leur écran entre 4 liens publicitaires et des applications pour neuneu en manque de revalorisation.

    Nan vraiment, je crois que je hais viscéralement ce site malgré quelques fonctions utiles, il contribue à l'abrutissement généralisé de ma génération de gens vide. Et je n'ai malgré tout pas envie de supprimer mon compte ce qui m'énerve encore plus.

  • ginkoland
    ginkoland répond à Mon-Al
    Ginkonaute
    • Posté à 19h50 le 29/07/2009
    • Internaute
      Ginkonaute

    Ca commence comme ça, et puis....

  • Antotoine
    Antotoine
    Jeune paumé
    • Posté à 01h47 le 31/07/2009
    • Internaute
      Jeune paumé

    Personnellement, je ne suis pas spécialement un grand fan de facebook. Actuellement, je vis à l'étranger et franchement, pour rester en contact, c'est vraiment bien. Ça ne me coûtes pas cher, c'est rapide et c'est efficace.
    Ah oui, c'est vrai, il y a skype, mais bon, faut une bonne connexion et puis bon, on ne peut pas passer sa vie non plus au téléphone.

    Et j'en ai un peu marre des commentaires du genre faut vraiment être un nolife pour passer du temps sur facebook et compagnie.
    Pour ma part, grâce à internet, j'ai rencontré plein de personnes vraiment intéressantes dans la vraie vie, j'ai eu des plans culs dans la vraie vie, j'ai eu des relations amoureuses sérieuses dans la vraie vie, j'ai rencontré de supes potes dans la vraie vie. Et pourtant, ce n'est définitivement pas ma seule méthode pour rencontrer du monde.