20/07/2009 à 16h15

Comment fait-on pour tester les préservatifs un à un ?

Camille | Mauvais genre


Une fresque figurant des préservatifs, dans le nord de la Thaïlande (Alaskan Dude/Flickr)

C’était juste après que le pape a expliqué que la distribution de préservatifs ne suffit pas pour lutter contre le sida qu’une conversation surprise dans le métro m’a fait tendre l’oreille. Deux gars qui travaillaient au Laboratoire national des essais (LNE) parlaient entre eux des tests des préservatifs… et j’ai découvert que les préservatifs étaient testés un par un. Ils disaient qu’il n’y avait aucune possibilité pour que les préservatifs soient poreux.

Comment était-ce possible ? C’est l’inconvénient de surprendre juste un bout de conversation, on reste sur sa faim. Je savais qu’il y avait des tests aléatoires : on prend un préservatif au hasard, on voit combien de litres de liquide sont nécessaires à le remplir et s’il explose ou non.

Mais comment peut-on tester des préservatifs un par un, tout en s’assurant qu’ils restent utilisables ensuite ? Mystère et boule de gomme.

Mon premier réflexe, c’est de demander au Roi de la capote. Je l’ai découvert grâce aux riverains et c’est une mine d’informations. Il m’explique que le test est électronique : on trempe les préservatifs dans une solution et on regarde si le courant passe.

Un test de conductivité des ions et non des électrons

Je comprends que si les électrons passent, le préservatif est poreux et que le préservatif est jeté… En fait, je n’avais pas tout compris. Heureusement, en un an de blog, j’acquiers des réflexes et je demande ce qu’il en pense à notre spécialiste des infusions de sciences, Damien Jayat.

« D’après le peu que j’ai trouvé sur le site du LNE (les détails de la procédure de test électronique coûtent 96 euros auprès de l’Afnor) il s’agirait d’un test de conductivité non pas d’électrons mais d’ions.

On remplit la capote d’une solution chargée en ions, on la plonge dans une autre solution contenant d’autres ions. Ensuite, on soumet tout ça à un champ électrique, ce qui force les ions à l’intérieur à traverser la membrane du préservatif.

Si celle-ci présente des trous, les ions passent plus vite que la “normale” et on mesure un courant électrique trop important. »

En fait, mon erreur était de penser que c’était un problème de pénétration de membrane. Du coup, afin d’assouplir l’histoire, je demande un peu de lubrifiant intellectuel. Et Damien de m’expliquer :

« Le mode de passage à travers une membrane n’est pas du tout le même selon qu’il s’agisse d’électrons, d’ions ou de virus. Pour un virus c’est en effet une question de taille des trous, mais pour les électrons c’est une question de conductivité. On peut avoir de gros trous, mais être totalement isolant et donc ne pas laisser passer des électrons ! »

« On ne compte pas les souris une à une, mais des millions de rats »

Puis, avec sa gentillesse habituelle : « Si tu as besoin de plus de détails ou d’explications, demande, appelle, envoie un pigeon. » Je n’avais pas de pigeons sous la main, aussi est-ce par mail que je l’interrogeais : « Un morceau de latex peut être protecteur, s’il a des trous qui laissent passer des ions, même en petit nombre ? »

Réponse de notre spécialiste :

« Les ions, c’est plus gros que les électrons, mais ça reste beaucoup, beaucoup plus petit qu’un virus. La taille approximative d’un atome (pareil pour un ion) : un dix milliardième de mètre et la taille moyenne du VIH : 100 milliardièmes de mètre, soit 1 000 fois plus large.

L’idée n’est donc surtout pas de dire : si un ion ne passe pas, alors un virus ne passera pas non plus. Car d’une part les ions sont trop petits pour qu’on en détecte un -ou même cent. D’autre part, si les ions passent, tu ne peux rien en déduire sur la capacité du virus à passer ou pas !

Ce n’est pas en voyant une souris passer par une porte ouverte que tu peux en déduire que toi tu ne passeras pas.

Bref, la mesure est indirecte, dans le cas d’un test de ce genre. Le principe : si la capote n’a pas de trou plus gros que la taille d’un virus, on doit mesurer un courant de 50 milliampères (chiffres au pif). Si, en revanche, il y a des trous dépassent la taille du virus, on mesure un courant de 80 milliampères.

C’est donc en mesurant l’intensité du courant qui passe (correspondant à des millions d’ions) qu’on a une idée de la taille des trous.

On ne compte pas les souris une à une sur le pas de la porte, mais des millions de rats qui s’engouffrent vers un grillage qui protégerait une ville en période de peste (je viens de relire Camus)... »

Je peux donc utiliser mes préservatifs testés un par un en toute tranquillité, les virus n’ont aucune chance de passer, surtout si je mets du lubrifiant. Comme le dit Damien Jayat, l’explication est certes un peu longue, mais « en science comme en sexe si on veut vraiment toucher sa cible il faut prendre son temps ! »

P.S. J’avais rédigé cet article avant de voir celui de Sophie Verney-Caillat sur les sondes d’échographie… Un préservatif devient poreux lorsqu’il a été exposé à de la chaleur, qui le dénature (ou lorsqu’un problème sérieux de lubrification intervient). Or un riverain a confirmé que les sondes produisaient une température de l’ordre de 50°C, supérieure donc aux 40°C nécessaire à la solidité du préservatif.

Photo : une fresque figurant des préservatifs, dans le nord de la Thaïlande (Alaskan Dude/Flickr).

Rectifié le 20/7 à 17h30. Première phrase, sur les déclarations du pape, reformulée, pour éviter la confusion avec les déclarations de l’évêque d’Orléans.

Rectifié le 21/7 à 12h. Le mystère des sondes semble élucidé

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h45 le 20/07/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    « On remplit la capote d’une solution chargée en ions, on la plonge dans une autre solution contenant d’autres ions. Ensuite, on soumet tout ça à un champ électrique, ce qui force les ions à l’intérieur à traverser la membrane du préservatif ».

    Ha ben moi je ne m’en sert pas du tout comme ça , mais chacun prend son pied comme il veut, même les ionophiles hein ..

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h38 le 20/07/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Moi aussi j’imaginais que c’était testé à l’échantillon, genre un sur cent. Ce soir, j’aurais appris quelque chose qui me rassure au plus au point.

    Et puis j’ai pu inventer une nouvelle expression : va te faire ioniser ! : D

  • Camille
    Camille répond à spouny_boy
    Auteur(e) de l'article Mauvais genre
    • Posté à 18h54 le 20/07/2009
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    On peut éclater un préservatif dans 3 situations (ce qui me fait penser à une autre hypothèse d’ailleurs pour l’histoire des sondes) :

    1) si le préservatif a été exposé à une source de chaleur (ça le dénature). D’où le fait qu’un préservatif ne tient pas trois mois dans une poche de jean sur une fesse, ça chauffe !

    2) s’il n’est pas ou insuffisamment ou mal lubrifié (on ne dira jamais assez à quel point il faut du lubrifiant avec le préservatif surtout si les rapports durent un peu de temps)

    3) il existe toute une floppée de médicaments (type suppositoire ou gellule vaginale) qui sont incompatibles avec le préservatif... Il est possible que les femmes qui consultent le fassent dans des périodes où elles sont gênées et donc où elles ont mis une gellule antifongique (par exemple), gellule dont le principe actif fait fondre le préservatif (beaucoup de médecins ne le savent pas ou ne pensent pas à le signaler avant une échographie je suppose)

  • Jaydi
    Jaydi répond à spouny_boy
    Sûr de ne pas être certain
    • Posté à 19h00 le 20/07/2009
    • Internaute 79502
      Sûr de ne pas être certain

    Je ne sais pas si votre question était sérieuse, mais renforcer le réservoir ne baisserait pas la pression dans le préservatif (cela va de soi).
    Donc le sperme irait ailleurs et ferait pression sur une partie non renforcée, donc il y aurait éclatement de toute manière.
    Il faudrait donc renforcer tout le préservatif, mais euh...serait-ce encore agréable ?

    En fait tout le problème est là : il faut que la capote soit serrée pour tenir, mais pas trop pour ne pas éclater. Et en plus il faut qu’elle soit le plus solide possible, tout en étant fine. Un sacré casse-tête.

    Finalement peut-être qu’une solution serait d’utiliser le préservatif féminin ? A propos, les tests pour ce genre de préservatifs sont les mêmes ?

  • brazz
    • Posté à 20h04 le 20/07/2009
    • Internaute 40271

    Effectivement, il y a une contradiction avec ce que dit et écrit la société française de radiologie ! De plus, j’aurais tendance à me méfier des spécialistes certains de l’efficacité à 100% de leurs méthodes. En matière de risques, le 100% de protection n’existe jamais, quel que soit le domaine. Maintenant, peut être effectivement le risque est il infime, ce n’est pas pareil. Mais il ne faut quand même pas tomber dans la parano !

  • Alain Bertrand
    • Posté à 10h36 le 21/07/2009
    • Internaute 67638
      Prof

    Est-ce que le rapprochement avec la photo de l’article suivant est un fait exprès ou l’humour est-il involontaire ?

  • Sebastro19
    Sebastro19 répond à Camille
    Doctorant
    • Posté à 10h52 le 21/07/2009
    • Internaute 85820
      Doctorant

    Je confirme le fait qu’une sonde échographique produit de la chaleur. Je travailles dans la recherche sur l’imagerie échographique. Le contrôle thermique est un réel enjeux pour les fabricants. En fait, une sonde est constitué de 2 grandes parties. La première, c’est le transducteur (comprenez l’émetteur). La seconde, c’est l’électronique pour amplifier le signaux. Comme dans un ordinateur, la sonde chauffe très vite et peut facilement atteindre 50°C. Bref, aujourd’hui, on cherche seulement à limiter la production de chaleur pour ne pas brûler le praticien et le patient.

  • Lady Principia
    Lady Principia répond à Camille
    Maîtresse
    • Posté à 02h20 le 22/07/2009
    • Internaute 82324
      Maîtresse

    2b) Éviter strictement tout produit un tant soit peu gras sur un préservatif, ça le trouerait à coup sûr. Raison pour laquelle les seuls lubrifiants intimes utilisables avec des préservatifs sont à base d’eau ou de silicone, mais JAMAIS à base de graisse ou d’huile. Donc surtout ne jamais utiliser de vaseline, beurre, Nivea & Co.

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