Queer Pride tchèque : le mélange des genres bien accueilli

Dans le défilé de la Queer Pride tchèque 2009 à Tabor (Jan Holman)

(De Tabor, République tchèque) Chose promise, chose due, je vous livre un petit rapport sur le déroulement de la Queer Pride tchèque, et un début d'analyse.

D'abord mon impression générale : je suis ravie. Tout s'est déroulé (à peu près) bien, ouf, youpi. Le programme était super interessant, et reflétait l'hétérogénéïté déroutante de notre groupe. Un film documentaire sur le mariage gay d'un mec très médiatisé a précédé une discussion sur le film d'un performer handicapé qui pratique le BDSM (Bob Flanagan), l'atelier origami a cotoyé l'atelier »fais ton gode toi-même », il y a eu un strip-tease d'une nana « straight » [hétérosexuelle, ndlr], des jeux pour enfants, un trampoline et une discussion sur un squat femme/gouine/trans

De plus, j'ai eu des retours positifs du public et des participant(e)s. Ce mix incroyable de gens et de tendances dans l'organisation (avec des groupes institutionnalisés et d'autres plus spontanés) que j'évoquais sur Rue69 a fonctionné, à notre plus grand étonnement. Et… la police a travaillé en bonne intelligence avec notre service d'ordre interne, sans heurts majeurs.

La police et le service d'ordre ont travaillé de concert

Dans le défilé de la Queer Pride tchèque 2009 à Tabor (Jan Holman)Il y a bien eu une manif d'un parti d'extrême droite à l'heure du défilé, qui a réuni 30 personnes que la police a soigneusement encerclées et dont le public critiquait le discours.

Un illuminé à pancarte « l'homosexualité est un péché » a suivi notre cortège avec son mégaphone, et des groupes inoffensifs se sont baladés dans la ville pour nous observer…

Pendant ce temps là, la population locale et le public, d'abord sceptiques et craintifs, se sont peu à peu joints à nous, les gens aux fenêtres applaudissaient…

Je ne sais pas à qui on doit cette tranquilité, si les opposants ont eu la flemme de venir, si notre sécu a été efficace, si la police a été dissuasive, mais en tout cas, aucun incident reporté, et une couverture média qui le souligne.

Tita s'interroge sur l'impact d'un tel événement sur la population. Pour moi, c'était ça le plus important, que les médias dépeignent un événement légitime et approuvé sinon soutenu par la majorité, qui ressemble à une fête colorée et pas à une guerre.

Guilain, riverain, a beaucoup aimé l'atelier « conscience corporelle »

Celles et ceux qui ont eu peur de venir cette année à cause des récits (médias et personnels) de l'an dernier à Brno, viendront l'an prochain. Et peut-être que peu à peu, en voyant un collègue dans la manif et des reportages amicaux à la télé, d'autres oseront venir, ou en verront la nécessité…

Il n'y avait « que » 400 personnes. Outre des erreurs en termes de publicité (incroyable le nombre de gens qui n'étaient pas au courant) et l'absence de celles et ceux qui avaient peur ou honte, il me semble qu'on peut expliquer ça par la mentalité tchèque, très différente de notre culture revendicative.

Dire à quelqu'un qu'on n'aime pas ce qu'il fait, ou affirmer ce qu'on pense dans un cadre public semble ici peu commun et très difficile (tchèques francophones, contredisez-moi). C'est en train de changer, la pride y participe.

Et, pour finir sur une anecdote « impact média », il y a un article sur Radio Prague, écrit par Antoine, un riverain qui est venu… parce qu'il avait lu mon article dans Rue89 ! Et Guilain a beaucoup aimé l'atelier « conscience corporelle » à base d'exercices de relaxation, danse et massages…

Photos : dans le défilé de la Queer Pride tchèque 2009 à Tabor (Jan Holman)

1 commentaires sélectionnés

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 12H04 | 30/06/2009 | Permalien

Il y en a qui disent qu'on exagère car un couple hétéro qui s'embrasse dans la rue s'attire aussi la réprobation sociale. Ils ajoutent que ce qui est surtout rejeté, c'est cette volonté de manifester et de se montrer. Ils intellectualisent ça en parlant d'un communitarisme qui cherche à se complaire dans sa victimisation.

Ce serait cependant oublier deux faits :

1) Une femme qui a 35 ans et qui n'est pas en couple (hétéro) subit une forte pression sociale de la part de son entourage, comme si elle ne pouvait pas être heureuse sans un homme. D'ailleurs, à la moindre déprime, toutes les bonnes âmes se répèteront qu'il lui manque un homme (voire, de faire des enfants). Cette pression sociale n'est pas du tout la même pour un homme célibataire, et si, lui, il a une déprime, les gens penseront à un problème au travail plus qu'au manque d'une compagne (ou d'un compagnon). On ne comprend souvent l'existence de cette pression sociale que lorsqu'on la subit.

De plus, la différence de pression sociale en fonction que l'on soit un homme ou une femme, non s'appelle du sexisme, mais aussi montre tout le poids des attentes sociales : Un homme doit être avec une femme et une femme avec un homme. Toute infraction à cette « sainte » règle est alors perçue comme une ignominie ou une entorse aux bonnes lois de la nature. Quelles pourraient-être les autres explications que se donnent les gens si on ne perçoit pas les pressions sociales (qu'ils ne subissent pas) ?

Et là, on n'évoque même pas le problème du genre. Depuis tout petit, si tu es une fille, on t'offre du rose et des poupées (référence à la maison). Les parents et les enseignants se comportent aussi différemment avec toi. En bref, tu n'es « qu'une fille » dont le féminin de gars est garce. Mais si tu es un mec, alors ça change tout. Tu dois être fort, ne pas pleurer, jouer au camion (référence au travail), etc… La définition sociale du genre est très profonde et commence avant même la naissance D'ailleurs, quand on te demande de te définir, tu te définis par ton sexe « je suis un homme âgé de… » etc… Pourtant, est-ce que cela nous définie vraiment ? Est-ce si important d'avoir « un genre » qui est masculin ou féminin ? Nous a-t-on demandé notre avis ? C'est toutes ces questions que les « prides » proposent de poser à la société. Est-ce donc du communotarisme ? Non.

2) Enfin, quand on souffre, on préfère se regrouper. Après tout, souffrir ensemble, c'est diminuer l'angoisse. Est-ce alors étonnant de voir se rassembler des mouvements de défenses des minorités sexuelles ? Est-ce surprenant de les voir manifester pour montrer qu'elles existent, qu'elles ne sont pas une ignominie et qu'elles dénoncent le rejet dont elles font l'objet ? Tout comme le droit de vote des femmes ne sonnait pas le glas du droit de vote des hommes (les hommes n'ont rien perdu), ces minorités sexuelles ne rejettent pas le modèle hétérosexuel ; elles veulent juste qu'au même rang, à égalité, soient acceptés d'autres modèles.

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