
« Jouer le BDSM », une expérience corporelle mais aussi politique
Felix Ruckert, animateur du stage « BDSM, l'art de jouer » est un chorégraphe allemand qui utilise les outils du BDSM (bondage et discipline, domination et soumission, sadomasochisme) dans la danse depuis une quinzaine d'années. Le corps et ses mouvements constituent son terrain d'exploration. Danser avec des contraintes aussi.
En commençant à concevoir des stages pour apprendre à « jouer le BDSM », il élargit sa démarche de danseur à une population différente et vise trois objectifs :
- Permettre aux adultes de s'amuser, construire un espace, un cadre, dans lequel les grands enfants que nous sommes pourraient « se lâcher ». Et où les explorateurs en puissance qui sommeillent dans ce qui reste d'adolescence en nous pourraient découvrir de nouvelles facettes d'eux-mêmes et des autres.
- Mieux connaître notre corps et le corps de l'autre, mieux se comprendre, revisiter les limites entre plaisirs et souffrances, tant sur un plan philosophique que somatique.
- Amener les gens à prendre une maîtrise sur des enjeux politiques qui dominent nos vies. La domination existe socialement partout et pouvoir, y compris dans un espace restreint, en prendre conscience, en jouer, l'utiliser à bon escient n'est pas fréquent.
Souvent, explique Felix, les personnes socialement soumises (ou trop soumises à leur goût que ce soit à un chef abusif ou autre) apprécient de pouvoir « enfin » dominer quelque chose de sa vie. Inversement, les personnes qui ont des hautes responsabilités savourent les moments d'abandon entre les mains d'un dominant éventuellement sadique mais bien intentionné.
Toucher féminin, toucher masculin sont impossibles à distinguer
Les stages ne se ressemblent pas tous mais ils ont en commun que chacun peut aller jusqu'où il le souhaite et s'arrêter à tout moment (si la plupart des témoignages de stagiaires sont très positifs, l'un d'entre eux n'est pas resté jusqu'au bout -peut-être effectivement pour éviter les embouteillages, mais peut-être pas).
Les stages ont en commun d'explorer les questions de genre et le rapport au corps. Ainsi, Felix Ruckert expliquait qu'il était nécessaire que les personnes présentes assument une part minimale d'homosexualité, les exercices pouvant avoir lieu indifféremment entre hommes, entre femmes ou en couple mixte.
Notre animateur, lors d'un autre stage, avait proposé une expérience intéressante sur la question. Il avait demandé à six personnes de rester assises les yeux bandés (donc d'être « passives ») tandis que six autres (les « personnes actives ») viendraient les toucher.
Les personnes qui avaient les yeux bandés devaient mémoriser qui les avait touchées et combien de fois.
En fait, les personnes actives avaient été réparties à raison d'une seule par personne passive, et devaient effectuer les « touchers féminins » et des « touchers masculins ».
Les personnes passives se sont toutes laissées prendre, puisque aucune n'a pensé avoir été touchée par une seule personne, et toutes ont dit des choses farfelues comme « il y a d'abord eu deux hommes, puis une femme »…
Des exercice plus dansés, parfois de vraies expériences sensorielles
Ça laisse songeur sur tous ces hommes ou toutes ces femmes qui ne supportent pas d'être touchés par quelqu'un du même sexe qu'eux (nonobstant la question du désir). Suite à ces exercices, un participant avoue « avoir gagné en tolérance », notamment sur ce qu'il qualifie de « bi-sensualité ».
Pour autant, dans l'ensemble, le stage était très technique, et s'intéressait surtout au rapport au corps mais certains sont plus axés sur les jeux de domination/soumission… ou d'autres sont plus dansés, et d'ailleurs certaines de ses chorégraphies emmenaient les spectateurs dans de vraies expériences sensorielles
…
D'où probablement une confusion chez plusieurs stagiaires. L'une d'elles témoigne :
« Croyant participer à un stage de danse, j'ai revu l'intitulé, pour qualifier ces trois jours de pur bonheur en stage d'expression corporelle (pour ma mère et mes collègues) ou stage de sport extrême (pour celui qui m'a vu nue ensuite). »
Une expérience à la frontière donc, comme Felix Ruckert les affectionne et comme il en propose régulièrement chez lui à Berlin
au travers d'ateliers qu'il anime ou qu'il héberge. Une frontière où le corps, la danse, la sexualité, le jeu le rapport aux autres prennent place dans un tout.
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De Lady Principia
Maîtresse | 12H24 | 10/06/2009 |
Je trouve très juste la vue que Felix Ruckert a du BDSM, et je suis en particulier entièrement d'accord sur le rôle d'école de vie politique que peut, et doit, jouer le BDSM. C'est comme ça que je le conçois et pratique.
Une illustration : http://maitresse-daphne.erog.fr/article-32035124.html (la vidéo est bien de moi, mais le blog est celui d'une collègue ; vous pouvez accéder à la même vidéo ici : http://www.dailymotion.com/video/x9fdlk_adieu-a-la-putain_creation , si vous possédez un compte DailyMotion afin de satisfaire à leur censure « adulte »).
J'ai pris bien du plaisir à faire cette performance, et elle fut réussie côté effet sur le public.
De Tita
oiseau | 21H13 | 11/06/2009 |
Je ne sais pas pourquoi, mais ce texte me fait souvenir d'une vieille étude de Gergen, Gergen and Barton (1973). Ils avaient invité des personnes à rester dans une pièce pendant une heure. Pour la moitié des participants, cette pièce était éclairée. Pour l'autre moitié, c'était dans une pièce obscure (sans aucune lumière).
Ceux qui étaient dans une pièce conventionnelle restèrent bien gentiment assis pour converser tranquillement.
Ceux qui étaient dans la pièce obscure, se déchainèrent. Ils parlèrent moins mais parlèrent de choses plus importantes. De plus, 90% d'entre eux touchèrent délibérément quelqu'un d'autre. 50% s'étreignirent. Tous étaient motivés à recommencer.
Ce n'était pas un stage BDSM, mais une étude sur l'anonymat par l'obscurité. Ce n'est pas si éloigné d'avoir les yeux bandés…
Cela laisse supposer qu'on est souvent très inhibés et qu'on s'ignore beaucoup…. Alors pourquoi ne pas se découvrir par des stages ?