Les coulisses de la prostitution masculine, métier d'avenir
Masseurs, escorts boy, gigolos… arrondissent leurs fins de mois grâce à leurs clientes. Et assument leur rôle d'homme-objet.
Il y a environ un an sortait le film « ClientE », de Josiane Balasko. Six mois après, c'était « Ah ! la libido », de Michèle Rosier, qui traitait du même sujet sur grand écran : la prostitution masculine pour les femmes. Sujet tabou s'il en est, les « escort boys » commencent pourtant à être visibles, notamment grâce au net et au cinéma.
Lorsque l'on effectuait une recherche sur la Toile au moment où j'ai commencé mon enquête, seul le tourisme sexuel était mentionné, comme si, les hommes français en France, eux, ne touchaient pas à ces choses là, sans compter les femmes bien sûr, qui ont, c'est bien connu, moins de besoins que les hommes et qui sont sentimentales et tout ça, et donc ne pourraient pas consommer du sexe.
Pour les besoins d'un reportage sur le sujet, France 2 avait enquêté sur la situation d'Hollandaises en Afrique. Bref, les gigolos français, ça n'existe pas. Et pourquoi pas ?
Comment ça marche ?
Les agences d'escort se développent sur le web, en France, les hommes s'assument, le cinéma le montre, les hommes se vendent sur le Net. Ce qui est nouveau, ce n'est pas tant le phénomène lui-même que sa visibilité.
Tous tiennent le même propos : ce qui est vendu, c'est de la compagnie au restaurant, un massage, vos fantasmes Mesdames, à l'exclusion de la pénétration. La partie sexuelle, elle, est un supplément gratuit offert à l'occasion de la rencontre, si vous en avez envie et si, lui aussi, le souhaite.
Les quatre escort boys que j'ai contactés insistent là-dessus : ils ne s'engagent sur aucune performance ; et si la femme ne leur plait pas, elle paie quand même puisque ce n'est pas une prestation sexuelle qui est attendue.
« Escort », c'est pour faire « légal »
Tous les sites le disent également, mais certaines mauvaises langues du Syndicat du travail sexuel (Strass) m'ont dit que c'était pour « faire légal », puisqu'« escort » est un métier reconnu, et pas « pute ».
Cependant un homme-masseur m'a affirmé être reparti plusieurs fois (sans argent), parce qu'il trouvait que sa cliente n'avait pas très envie, ou parce qu'il avait été offert en « cadeau » par un mari attentionné mais que le susdit mari n'avait pas été très sensible aux envies réelles de son épouse.
En général, le premier contact téléphonique ou physique est gratuit, et la suite est négociée entre adultes consentants.
Qui sont les clientes ?
Les clientes ont globalement plus de 50 ans, classes supérieures, esseulées, sauf quand le masseur est un cadeau de leur compagnon. Un escort m'a parlé d'une clientèle faite de professeurs d'université, un autre de femmes-cadres qui se paient des « massages plus » en dehors des instituts de beauté ou de la compagnie lors des déplacements.
Deux cas pourtant de femmes clientes nettement plus jeunes méritent d'être mentionnés : d'une part celui des « escort girls » venues étudier la concurrence (techniques d'approche, massages, etc…) et éventuellement également prendre leur pied, et d'autre part, celui de jeunes femmes qui ont un rapport difficile à la sexualité et souhaitent une éducation en douceur.
Violée à 17 ans, elle a repris goût au sexe grâce à son masseur
Un masseur me racontait ainsi avoir, sur un an, amené une jeune femme de 27 ans qui avait été violée à 17 ans à accepter son corps nu, à être allongée et à se laisser aller entre les mains d'un homme. Lors de la première séance m'expliquait-il, se déshabiller en sa présence était complètement impossible.
Il avait fallu une dizaine de rencontres avant qu'elle ne demande un essai plus approfondi. Encore quelques unes pour qu'elle ne prenne vraiment du plaisir et qu'elle comprenne le fonctionnement de son corps, après quoi la jeune femme a pu mener des relations amoureuses et sexuelles plus équilibrées et n'a plus « consommé » du sexe avec son masseur, avec qui elle a néanmoins maintenu des relations amicales.
Qui sont les escort boys ?
Si j'ai quelques amis qui ont été gigolos pendant leurs années d'études, je n'ai croisé aucun escort boy « pro » qui, à moins e 30 ans, aurait exercé ce métier pendant plus de trois ans. Il s'agit plutôt d'hommes matures (35-45 ans), parfois mariés, parfois célibataires, qui ont toujours un travail à côté, soit dans le soin des femmes (diététicien, coaching sportif, esthéticien, …) soit dans la finance ou des métiers à hautes responsabilités (direction d'entreprises, etc..).
Comme l'explque l'un d'entre eux : « Il est de toute façon nécessaire d'avoir de la conversation, et il faut bien avoir une occupation annexe. » Tous limitent le nombre de rencontre à une par jour voire une par semaine.
Financièrement, les prix sont stables, autour de 200 euros la séance, auquel il faut éventuellement ajouter le déplacement, le restaurant ou tous les extras souhaités par la cliente.
Pour autant la situation financière et le besoin de ce « travail à côté » ne sont pas du tout similaire d'une personne à l'autre. Physiquement également, il semble qu'il y en ait pour tous les goûts.
Pierre, 37 ans, un petit air de Régis Laspales
Un esthéticien à domicile, Pierre, 37 ans, célibataire, 1m70, un petit air de ressemblance avec Régis Laspales, double presque son salaire de 1 200 euros par mois grâce à ses « extras », en gagnant de l'ordre de 10 000 euros par an en plus.
Sans compter que ses clientes l'emmenaient souvent en vacances, avant la crise. Le manque à gagner est délicat pour son budget, d'autant que les costumes et autres accessoires nécessaires coûtent cher (et qu'en plus, il va falloir qu'il se paie lui-même ses vacances).
Laurent, 40 ans, marié deux enfants, 1,80 m, ancien moniteur de sport, aujourd'hui à la direction d'une entreprise gagne lui 300 000 euros par an. Le fait de faire payer ses prestations est uniquement lié au besoin qu'il éprouve de limiter la demande ; il gagne néanmoins 19 000 euros par an grâce à ses massages.
Aux hommes qui voudraient se lancer : la préparation de cet article a fait fantasmer pas mal de mes amis mâles, qui se sont dit que ce serait une bonne façon de joindre l'utile à l'agréable. Pourquoi pas.
Mais pensez bien qu'il s'agit d'un travail, d'un rôle de composition, à mi-chemin entre le psy, le masseur et l'acteur. Pensez aussi à prévenir votre femme si vous en avez une et à vous assurer de son soutien.
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De Jjonas
étudiant | 10H55 | 27/05/2009 |
intéressant comme sujet mais est-ce vraiment un portrait réaliste ? Je n'en sais rien mais peindre le coté masculin de la prostitution comme étant ultra positif, ouvert, propre, me semble restrictif. Quel est votre avis ?
De plus, vous n'abordez pas réellement la thématique de la prostitution dans votre article mais plus une extension des services à la personne, une sorte de service social pour les riches, sans aborder les réels coulisses de ce métier.
De Camille (auteur)
Mauvais genre | 11H09 | 27/05/2009 |
Pour le réalisme des portraits, je ne peux pas vous en dire plus que ça. Je n'ai aucune prétention à ce que les personnes que j'ai rencontrées ou interviewées soient représentatives de l'ensemble. Surtout qu'elles sont différentes les unes des autres. Peut être comme le disait une prostituée femme sous couvert d'anonymat que lorsqu'on veut se vendre on fait semblant d'adorer ça parce que c'est plus vendeur.
Cela étant, le cas de Laurent qui gagne quand même hallucinamment bien sa vie, me parait probant sur le fait qu'il aime ça.
Mon propos était surtout de dire que la prostitution masculine s'assumait. Alors qu'il y a quelques années, c'était complètement tabou, cette année deux films sont sortis. Mon propos était aussi d'essayer de repenser la prostitution féminine à travers ces témoignages.
Qu'appelez-vous les coulisses du métier ?
De Mamz
Etudiante | 12H00 | 27/05/2009 |
Mon meilleur ami a été escort boy pendant plusieurs mois après qu'on ai passé notre bac, pour des raisons uniquement financières. Lui même se disais « pute à mi-temps » même si, comme ceux mentionné dans l'article, il ne couchait pas forcément avec ses clientes.
Mais j'ai pu observer de loin un autre monde qui me parait un peu différent de celui que vous décrivez plus haut : mon ami était en « freelance » et travaillais en relation avec d'autres escort boy qui n'étaient pas plus agés que lui, ils avaient tous entre 17 et 25 ans et leurs clientes se situaient plutôt entre 30 et 45 ans. Ils ne gagnaient pas non plus des masses car même si leurs tarifs ne sont pas accessibles à tous, les clientes sont bien moins nombreuses que pour une prostituée féminine. Une chose aussi qui n'a pas été fait mention dans l'article : plusieurs de ces escort boy avaient (s'il le désiraient) aussi des clients gays, et visiblement ça devenais de plus en plus répandu chez certains gays d'age mûr de recourir aux services de ces jeunes hommes (d'ailleurs comme avec les femmes les relations sexuelles n'étaient pas imposées).
En lisant votre article et en comparant avec ce que j'ai pu voir du milieu des prostitués masculins, je me rend compte qu'il existe non pas un mais plusieurs milieux différents. Entre les jeunes hommes qui se prostituent à plein temps lorsqu'ils se retrouvent sans argent et sans boulot après leur bac, ou ceux bien plus murs qui travaillent déjà mais qui font des extra alors qu'ils sont mariés, je pense qu'il y a tout un monde même si visiblement ils font la même chose.
De shamanphenix
Ça ne te regarde pas | 12H04 | 27/05/2009 |
« ils joignent l'utile à l'agréable » ?
Heureusement que cet erticle ne parle pas de la prostitution féminine en ces termes, il y aurait déclenché un tollé mérité.
De vinzoseerys
Mâle Sain en Perpétuelle réflexion.... | 18H31 | 27/05/2009 |
« L'utile d'accord mais pour ce qui est de l'agréable…
Avec des clientes qui “ ont globalement plus de 50 ans ”, c'est vite dit…
»
Malgré la sévérité de votre propos, je ne serai pas aussi catégorique quant à la définition que vous en faîtes. Ce sont peut-être des femmes, mûres (mais pas désespérées, ni en manque de sexe comme vous vous plaisez à le croire). En outre, elles sont bien plus exigeantes sur la « qualité » de l'homme qu'elles veulent à leurs côtés ! ! Elles ont réussi leur carrière professionnelle (souvent au prix d'un sacrifice entier à cette dernière). Ce sont (pour ce que j'en sais) des femmes au physique (souvent) réussi ; Alors que je n'en dirai pas autant des clients masculins, en demande de femmes prostituées ; Ces dernières sont souvent « obligées » à supporter des « clients » que la majorité d'entre nous qualifieraient d'insupportable ! !
Mais,(toujours pour parler de ce que je connais) la demande (en terme de contrat) est souvent à l'occasion de diners professionnels en couples. Dans l'exemple que je cite, le travail est d'accompagner la femme ainsi tout en animant les divers sujets de conversations, et ce,au long de la sortie. La question du sexe, ne se posait pas puisqu'une fois la soirée terminée, le contrat prend fin aussi. Et ça reste encore très très confidentiel (je n'ai pas connu de « freelance » ou encore moins d'agences (la prostitution masculine, étant punie par la loi, une annonce sur le net, vous expose, de fait, à la possibilité de poursuites judiciaires,
De Davlefou
Entrepreneur | 11H32 | 28/05/2009 |
Il y a au probe religieuse et social sur ce genre de métier ! ! ! Je ne voir pas pourquoi, es pire de travailleur sur un chantier ou à la chaîne dans une usine ? Moi, je suis dans mes maths quand j'en parle, les gens me regarde en me pensant fou ! ! !
Le problème ne se situe pas dans l'exercice de ce métier mais dans l'organisation légal permettant au travailleur de profiter des gains, de la protection social de leur profession.