24/05/2009 à 12h35

Les transsexuels ne sont plus fous, mais toujours discriminés



Les candidat(e)s d'un concours de beauté pour travestis et transsexuels à Manille, aux Philippines (Cheryl Ravelo/Reuters)

La Haute Autorité de santé (HAS) a rendu récemment un rapport sur le « transsexualisme » qui témoigne de dysfonctionnements du système de « réassignation sexuelle » en France. Ce rapport a fait beaucoup parler de lui ; j'ai reçu au moins une dizaine de mails ou de communiqués de presse cette semaine à ce sujet.

Au ministère de la Santé, où il semble qu'un décret se prépare, Roselyne Bachelot a annoncé le 16 mai la future « déclassification de la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée » et sa volonté de « lutter contre la transphobie ».

Même si une mauvaise langue sceptique m'a rappelé que « Roselyne Bachelot avait déjà dit qu'elle étendrait le don du sang aux homos, donc cette fois encore, rien ne va se passer  », ce rapport fait beaucoup de bruit dans les associations trans, bruits qui ressemblent à une cacophonie tellement les acteurs sont nombreux d'une part, tellement le rapport créé la polémique d'autre part.

Act up, le planning familial, le Syndicat du travail sexuel (Strass) sont quelques unes des associations et structures qui ont réagit avec véhémence face au décret du ministère de la Santé.

Une mesure attendue de longue date... mais qui déçoit

A priori, pourtant, cette mesure était attendue de longue date par des personnes épuisées par le parcours du combattant pour faire valoir leur genre, et qui n'en pouvaient plus de devoir indiquer qu'elles souffraient d'une affection longue durée (ALD) auprès de la sécurité sociale.

Célia, co-fondatrice de Vela, réagit vivement :

« Attention, pas de quoi se réjouir trop vite, il semble se produire ce que nous redoutions au niveau associatif, à savoir une “dépsychiatrisation” qui ne soit pas une “dépathologisation”. (...)

Nous passerions de la catégorie “troubles graves de la personnalité” à la catégorie “trouble de l'identité de genre”. Mais nous serions toujours des malades ! »

Act up Paris explique que « la fin de l'appellation qui entrait dans la grille de remboursements de la Sécurité Sociale n'a rien à voir avec le parcours de transition ».

Une erreur de conception de ce que sont les trans

En très simplifié, côté « plus », les associations apprécient le geste symbolique de la « dépsychiatrisation » de la maladie, ainsi que la reconnaissance de dysfonctionnements nombreux dans le traitement institutionnel des Trans.

Côté moins, les associations pointent une erreur de conception de ce que sont les trans, avec en particulier :

  • le fait que trans doivent toujours passer par des médecins qui décideront pour eux de ce qu'ils sont
  • le risque d'interdiction d'un parcours de transition à l'étranger, qui permet actuellement aux trans d'éviter la psychiatrisation de leur parcours
  • le fait que dans les classifications internationales, la transidentité reste une maladie mentale (on rappellera que l'homosexualité n'est sortie des maladies mentales au niveau international qu'en 1990),
  • le fait qu'il est pour le moment inconcevable, en France qu'une personne se sente une femme si elle a un pénis ou qu'une personne se sente un homme si il a des ovaires. Il n'est pas envisagé qu'une personne aime son sexe mais non son genre.

Certains trans ressentent comme particulièrement violent l'imposition de la « mise en conformité » de leur genre et de leur appareil génital, voire de leur sexualité (un/e trans n'est pas censé/e être homo par exemple).

Consensus sur la luttre contre la transphobie

La question de la transidentité est complexe, puisqu'elle bouscule les limites de genre, de sexe et d'orientation sexuelle. Cela explique peut être en partie la difficulté de la lutte contre la transphobie.

Pourtant, s'il reste un sujet sur lequel la HAS, le ministère et les associations sont d'accord, c'est bien l'importance de cette dernière en France aujourd'hui et les discriminations dont souffrent les Trans.

Malgré tout, les Trans Français ne sont peut-être pas les plus à plaindre : une riveraine (Caro) me disait en conférence de rédaction recevoir régulièrement des avis sur la situation particulièrement tragique des trans qui sont menacés de mort dans leur pays d'origine et qui sont pourtant menacés d'expulsion en France.

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  • LaptiteBlan
    LaptiteBlan
    dilettante
    • Posté à 20h21 le 24/05/2009
    • Internaute
      dilettante

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    La transphobie sera, elle, toujours une maladie mentale grave et mortelle !

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  • Misère.Lactée
    • Posté à 21h32 le 24/05/2009

    « Certains trans ressentent comme particulièrement violent l'imposition de la “ mise en conformité ” de leur genre et de leur appareil génital, voire de leur sexualité (un/e trans n'est pas censé/e être homo par exemple). »

    Et inversement. Ça me rappelle l'excellent et assez effroyable documentaire que France 5 a diffusé il y a quelques jours, à propos des homosexuels d'Iran quasiment obligés de se faire passer pour des transsexuels - tenant des propos homophobes, par ailleurs - et ainsi se faire opérer. Car, si l'homosexualité est passible de la peine de mort en Iran comme dans quasiment tous les pays du coin, le transsexualisme en revanche est, fait unique sans doute dû au chiisme, parfaitement accepté par l'État, qui fournit une aide financière pour les opérations en question.

    Et vous pourrez trouver ci-dessous un peu plus d'informations à ce sujet.

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    Hélas, seuls les journalistes peuvent encore y regarder le documentaire.

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant répond à Camille
    journaleux - blogueur
    • Posté à 23h01 le 24/05/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    AH ! la belle affaire…

    elles sont justifiables par la codification de l'ALD23, précisément.

    le parcours psychiatrique et chirurgical est long (donc dispendieux pour la collectivité par unité, donc aussi dissuasif parfois par individu), mais il a le mérite d'exister.

    en supprimant la psychiatrie de l'ALD23, on supprime la chirurgie légale en France, puisque c'était lié à la pathologie (affection intercurrente pouvant être prise en charge au titre du protocole).

    et c'est ainsi que, depuis le premier jour de l'annonce, je me dis qu'il ne faut pas se réjouir. j'attends…

  • Camille
    Camille répond à FabiendeMénilmontant
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 16h02 le 25/05/2009

    On me signale ce lien intéressant sur les droits de l'homme et les trans

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à Tyrian
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h54 le 25/05/2009
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Le seul remède, c'est de les considérer autrement que comme
    des bêtes de cirque, mais le ridicule n'a jamais tué personne.

    Je ne crois pas en effet qu'ils demandent autre chose que du respect de leur état physique, et surtout pas de cachets casse-bonbons.

    Lorqu'on nait avec une bisexualité évidente, on n'en souffre pas.. !
    On ne souffre que du mépris et que de l'ignorance des autres.

  • dodu
    dodu
    En partance pour nulle part
    • Posté à 23h41 le 25/05/2009
    • Internaute
      En partance pour nulle part

    @ Camille
    petit aparté qui n'a rien à voir avec le sujet (quoique...)
    Ah c'est malin d'avoir mis cette fichue chanson de Jean Yanne en Indicatif de votre blog , maintenant chaque fois que je descends au jardin et que je trouve une chenille en train de boulotter mes plantounes , au lieu d'exercer mon juste courroux en l'envoyant ad padres , je culpabilise , je lui dis poliment « bonjour Camille » et me sens dans l'obligation de la déposer avec respect dans le jardin du voisin . Et encore heureusement que le chanteur n'a pas comparer sa (son) Camille à un puceron ou à un cafard...vous voyez le boulot en perspective...