18/05/2009 à 12h17

Les questions de genre, ça n'est vraiment pas pour les enfants ?

Camille | Mauvais genre

(De Nancy)

J’ai profité de mes vacances pour visiter l’exposition « Homme - Femme, De quel sexe êtes-vous ? », à Nancy. C’est une visite relativement courte (compter quand même une bonne heure) mais vraiment pas chère (3,80 euros pour les adultes, 2,80 euros pour les étudiants, chômeurs et autres, gratuite pour toute une partie de la population également).

Et surtout très bien faite, très ludique, avec plein de jeux à tiroirs, de mises en scène amusantes, de petites questions provocatrices du genre « les femmes sont-elles plus bavardes que les hommes ? » et de petites réponses un peu simplistes parfois, mais globalement efficaces.

En l’occurence, la réponse est (de mémoire) : « Plutôt oui, et ce serait lié au fait que les femmes sont plus amenées à verbaliser leurs émotions : on dit aux petits garçons d’arrêter de pleurer et aux petites filles d’expliquer ce qui ne va pas. » Tout un travail sur le poids de l’éducation dans la construction du genre, donc.

On y apprend aussi les différences physiques entre un homme et une femme, ainsi que les différences génétiques. Pas toujours simple : il existe plein de situations « limites », et on trouve tout un continuum y compris physique et génétique entre les archétypes masculins et féminins.

J’ai pour ma part découvert la correspondance dans la formation des organes génitaux entre les différentes parties des deux sexes.

Par exemple, savez-vous à quelle partie du sexe masculin correspond le clitoris ? Ou à quelle partie du sexe féminin correspond le gland ? Un tableau en images et en couleurs montre à partir d’un foetus indifférencié les deux chemins possibles d’un même organe de départ.

Féminisme, homosexualité, transexualité sont aussi abordés

Une salle est entièrement consacrée aux débuts du féminisme, à Olympe de Gouges, aux droits de la citoyenne... bref, à l’aspect plutôt historique de la vision de la femme et de la construction du genre.

Une autre salle, faite de bouts de film et d’extraits de journaux, montre l’évolution de la vision de l’homosexualité et de la transexualité, sans oublier bien sûr les intersexes.

Un couloir fait de panneaux amusants de type « je suis une jardinière » ou « je suis un maïeuticien » donnent les noms de profession du genre opposé à celui d’usage courant (ici, « jardinier » et « sage-femme »). En expliquant que la féminisation ou la masculinisation des noms de métiers ont largement dépendu des pratiques.

Lorsqu’au Moyen-Age, les femmes exerçaient certains métiers, les noms ont été féminisés, ce qui est resté pour la courturière... mais pas tellement pour la jardinière. Le sociologue Baptiste Coulmont vient de se se pencher sur la question, et conclut à la nécessité de l’usage d’un féminin neutre, plutôt qu’un masculin neutre.

Une petite salle, cachée par des rideaux et clairement indiquée « attention, âmes sensibles » montre quelques vibromasseurs en tout genre (je dois admettre n’avoir pas vu l’intérêt de montrer ces objets dans une exposition sur les questions de genre), des stérilets, des moyens de contraception... On est loin d’une quelconque indécence.

Je pense qu’en passant devant cette salle, un enfant n’y ferait tout simplement pas attention : un anneau en plastique, un comprimé ou un stérilet, ça n’a rien de très palpitant pour un gamin de 7 ans.

« Les enfants, on les envoie sur les poissons électriques »

L’exposition se termine sur une série de petits téléphones qui diffusent des émissions choisies d’Arte Radio.

Près de la sortie, des gosses passent en courant après avoir contemplé les vitrines de jeux sexués (Lego, poupées..), comparé des chambres d’adolescents, et jouer un peu avec la « roue de la fortune », qui donne les métiers probables en fonction du sexe...

Quelle ne fut pas ma surprise alors que j’interrogeais les personnes de l’accueil sur les possibilités d’avoir un dossier presse (tous déjà donnés), d’acheter le catalogue de l’exposition (épuisé), de rencontrer la direction (absente).

Sur l’accueil d’enfants du primaire, pour une exposition que je trouvais très pédagogique, on m’a répondu que la visite était normalement déconseillée aux enfants, et que, oui, des scolaires venaient, mais plutôt des collègiens ou des lycéens.

Les deux employés m’ont expliqué en choeur :

« Les enfants, on les envoie vers l’autre exposition du musée [sur les poissons électriques, ndlr]. Le directeur ne veut pas. »

« Il y a beaucoup de textes, beaucoup de choses à lire »

« Mais quand il n’est pas là, je ne dis rien, je suis d’accord avec vous », ajoutait une salariée, devant les quelques visiteurs aussi étonnés que moi de voir cette exposition manifestement tout public, voire pédagogique, qui se retrouve censurée à cause d’une salle présentant des vibromasseurs, laquelle est pourtant isolée par des rideaux.

Contactée un peu plus tard, Delphine Malosse, chargée des relations presse de l’exposition, ne tient pas tout à fait le même discours :

« Il y a beaucoup de textes, beaucoup de choses à lire, donc ce n’est pas vraiment l’idéal pour les enfants. D’où l’avertissement sur l’affiche, “déconseillé aux moins de 12 ans”. Mais ce n’est pas une interdiction. »

A Paris, la Cité des sciences de La Villette avait cartonné avec « Zizi sexuel, l’expo “ qui me parait pourtant plus impudique que cette exposition sur les questions de genre. La sensibilisation aux inégalités sociales et à la construction du genre serait-elle plus taboue que la sexualité ? Ou c’est juste ‘trop compliqué pour les enfants’ ?

Homme-Femme, De quel sexe êtes-vous ? au Museum-Aquarium de Nancy, 34, rue Sainte-Catherine - jusqu’au 3 janvier 2010 - 10h-12h, 14h-18h - 2,30€/3,80€ - Rens. 03-83-32-99-97.

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  • puresonic
    puresonic répond à ecor1
    Contempteur irascible
    • Posté à 12h49 le 18/05/2009
    • Internaute 55211
      Contempteur irascible

    exact : à ne jamais parler de l’homosexualité et de la transsexualité aux enfants, on se retrouve avec des adultes
    homophobes et des agressions verbales ou physiques.

  • A.V.
    • Posté à 13h09 le 18/05/2009
    • Internaute 24685

    J’adore la photo. Ça me rappelle un truc que j’ai déjà essayé : tirez-vous le portrait en gros plan et observez bien l’asymétrie de votre visage. Vous risquez de voir un côté plus féminin que l’autre (je parierais pour le gauche).
    La construction du genre serait-elle plus taboue que la sexualité ?
    Peut-être bien, mais alors juste un petit tabou de rien du tout, hein. Perso, je ne crois pas avoir jamais croisé quelqu’un qui était un homo ou un hétéro absolu (je parle d’identité). Entre les deux existe une large palette de nuances sur laquelle nous nous situons. Je crois aussi que la société redoute encore plus le flou de la bisexualité que l’homosexualité, parce que le partage des genres est le pilier historique de la famille, de la survie et de l’économie. Malheureusement, ce partage explique aussi une bonne part des névroses dont nous souffrons.

  • polinotte
    polinotte
    Etudiante
    • Posté à 13h20 le 18/05/2009
    • Internaute 80143
      Etudiante

    Article très intéressant....j’espère que c’est une expo nomade que l’on pourra retrouver dans d’autres villes en France... !
    Je suis une riveraine novice mais régulière, et je m’étonne qu’aucun article n’ait été publié sur la journée mondiale de lutte contre l’homophobie...pourtant, dans de nombreux endroits en France, des manifestations ont été organisées.
    Certes, c’est moins festif et moins branchouille que la gay pride, mais ça mérite qu’on s’y intéresse. L’homosexualité est encore passible de la peine de mort dans 9 états, et des homosexuel-les et transsexuel-les se font régulièrement tabassé-es, voire tué-es, dans de nombreux pays du monde.
    Sus à l’intolérance que diable !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h12 le 18/05/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ce n’est pas trop compliqué pour les enfants, c’est juste que c’est trop gênant pour les parents, surtout une semaine plus tard en plein milieu du repas de famille où le mioche de huit ans demandera à sa mère de lui expliquer encore une fois pourquoi il devra utiliser un préservatif lorsqu’il aura une relation sexuelle avec un autre homme...

  • Numerosix
    Numerosix répond à Un compte supprime
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h15 le 18/05/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    N’insiste pas Homère. Il y a une malédiction de la fée Carabosse.
    Si Camille révèle son sexe , Rue69 se change immédiatement en citrouille ou en page accueil de Médiapart !

  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 23h17 le 18/05/2009
    • Expert 41171
      Etudiant-Chercheur

    Conclusion :

    La lecture est « déconseillée aux moins de 12 ans »...

    Je comprend les 20000 suppressions de postes dans l’éducation nationale, pour l’année prochaine...