15/05/2009 à 11h42

Peut-on parler de « 40 ans de la libération sexuelle » ?

Camille | Mauvais genre

A l’occasion du festival Eros69 dont Rue89 est partenaire et qui fête « les 40 ans de la libération sexuelle », Rue69 (en blog semi-autonome) s’interroge sur l’existence de cette fameuse révolution : vue de l’esprit ou réalité ? Eléments du débat.



L’affiche du festival Eros (DR).

Frédéric, membre de l’organisation du festival :

« La libération sexuelle, c’est le moment, dès 1967 aux Etats-Unis et plutôt après mai 68 en France et en Occident, où il y eu un mouvement de masse exacerbé pour lequel la nudité n’était plus honteuse ni les discours autours du sexe... Ce qui a débouché sur un ensemble de permissivité accrue à la fois de la part de la censure mais aussi des progrès sur la contraception (pilule et plus tard démocratisation du préservatif).

J’y crois vraiment et j’en suis le résultat (né en 1973 !). J’avoue avoir une grosse nostalgie de la culture de la fin des années 60. En parlant des frustrations qu’avaient les gens avant 68, c’est assez bluffant, je pense que cette révolution sexuelle à vraiment eu lieu et elle n’est pas près d’être terminée, visiblement.

Avec l’avortement et la pilule prise par toutes les filles, le début des années 70 a vu une société occidentale sortir de ses tabous et vivre pour la première fois une véritable libération sexuelle. On parle alors “d’amour libre”, un mouvement majeur de changement des mœurs marqué par l’égalité des sexes, la diminution de la culpabilité judéo-chrétienne et la censure audiovisuelle (voir la quantité incalculable de films érotiques sortis dans les années 70). »

Camille, de Rue69 :

« Il y a une confusion entre une hypothétique évolution des mentalités et les progrès techniques que sont les photos, vidéos, voitures, préservatifs (ne pas oublier que les préservatifs sont des objets de haute technologie) qui ont transformé de nombreux aspects de la vie moderne et ont surtout sécurisé des pratiques qui existaient déjà bien avant.

L’avortement n’est pas une nouveauté d’il y a quarante ans, pas plus que les nombreuses techniques de contraception (qui ont été fiabilisées), nombre de “bâtards” ont été élevés par leur “parrains” ou leur “marraines”. Les parrains et les marraines servaient à gérer les relations extra-conjugales et à donner une autorité “légale” à des gens qui avaient eu un enfant hors mariage.

On est très loin de toutes les filles qui prennent la pilule (voir les chiffres de l’avortement actuel) et de l’égalité des sexes (les féministes vont encore me tomber dessus si je laisse passer un truc pareil).

Quand au mariage, les femmes se mariaient souvent enceintes, ou couchaient avec leur mari les jours où elles couchaient avec leur amant (on estime encore que 20% de la population ne nait pas du “vrai” père).

Saviez-vous que les jeunes baisaient déjà dans les champs avant la pilule ? »

Frédéric :

« Je suis au courant, oui. Alors c’est une vue de l’esprit que les gens étaient plus coincés avant les années 60 ? Les couples plus libres, l’échangisme, le fait de ne pas être contraint de se marier pour avoir des relations sexuelles... »

Camille :

« Yep ! Une sacrée vue de l’esprit (pour moi) ! Sade, c’est quel siècle ? Le libertinage serait une invention moderne ? C’est comme si vous disiez, parce que les voitures sont un outil récent, qu’avant on ne pouvait pas se déplacer.

Savez-vous que c’est à la Révolution française que l’inceste et la zoophilie ont été dépénalisés (pour être remis dans le code pénal en 2009 et en 2004) ? »

Frédéric :

« J’aimerais bien me poser pour expliquer le sentiment que j’ai à ce sujet, qui est visiblement partagé si on regarde Wikipédia... Helas on est la veille de notre événement et nous sommes bien pris.

Ce festival montre au travers de supports aussi variés que le graphisme, la peinture, les performances, le cinéma et la musique l’incidence de cette folle liberté dans la production culturelle de l’époque, source de créativité tout azimut, sans barrières... Un véritable hymne à la vie !

Vous y verrez une grande exposition à la Bellevilloise d’art érotique : estampes (Labisse, Fini, Aslan, Iannone...), posters de films d’époque et d’affiches psychédéliques. Une soirée sur la partie cinéma avec des films cultes ou pas diffusés depuis l’époque, des intervenants comme J.-P. Bouyxou (réalisateur depuis 1968), J.-P. Bourre (écrivain et animatuer d’émissions de radio) qui se terminera en clubbing.

Une soirée concerts montrera que je ne suis pas le seul à l’avoir ressenti. Des groupes comme Brisa Roché, Junesex ou The Heavy l’ont compris et le vivent dans des styles totalement différents.

Enfin aura lieu une vente aux enchères d’art érotique le 7 juin, de l’exposition et de nombreux livres rares, revues, BD, etc. »

A vous d’aller voir le festival et de continuer le débat !

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  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 12h56 le 15/05/2009
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    J’ai un âge suffisamment .. certain pour pouvoir parler de cette fameuse libération sexuelle ! ! ! Oui, dans les années 70-80, nous avons profité de cette nouveauté : pouvoir faire au grand jour ce qu’on faisait avant de façon cachée ! Oui, nous avons jeté nos soutiens-gorge et nos principes par dessus les moulins ! Oui, nous avons consommé cette liberté dûrement acquise jusqu’à l’arrivée du Sida ...

    Mais qu’en reste-il : malgré une contraception rentrée dans les moeurs, le nombre des avortements n’a pas baissé, la Morale reprend du poil de la bête malgré les combats que les plus anciennes d’entre nous avons menés et les acquis des Femmes sont remis en question à tout moment.

    Quarante ans après la libération sexuelle, malgré les avancées obtenues, peu des choses ont changé ...

  • vinz13
    vinz13
    moine thélonieux
    • Posté à 12h57 le 15/05/2009
    • Internaute 37135
      moine thélonieux

    Pour le coup je pense que cette question « 40 ans de libération sexuelle » mériterait tout un dossier. Parce qu’il y a beaucoup à en dire. J’ai pas le temps là de m’étaler sur le sujet mais globalement, je pense qu’on vit plutôt ces derniers temps une période de repli, un retour à l’ordre moral, même si certain acquis sont maintenant trop bien ancrés pour qu’il soit total, et d’une manière générale, les discours réac se font de plus en plus entendre.

  • A déménagé le 8-10-2011
    • Posté à 12h59 le 15/05/2009
    • Internaute 13512
      nc

    J’avoue avoir une grosse nostalgie de la culture de la fin des années 60.

    Je crois qu’en ce moment, tout le monde a cette nostalgie mais est-ce que ce ne serait pas du, par hasard, au fait que la société de consommation n’existait pas encore avec autant d’excès ?

    Pour le sexe, c’est quand même vrai qu’on a bien rigolé et je ne pense pas que nos parents se soient autant amusés ...

  • solene
    solene
    vagabonde
    • Posté à 13h00 le 15/05/2009
    • Internaute 20951
      vagabonde

    Et si la multiplication des discours sur le sexe ne tendait qu’a donner plus de poids a la norme, a normaliser sans répit nos sexualités, et ne constituait en rien une libération ? (par exemple, si parler de sexualité c’est lire « comment la faire jouir » ou acheter le dernier truc en latex a la mode (Lien), je ne vois pas comment au lit ces lecteurices sont plus épanoui-e-s que les jeunes gens dans les champs de Camille...). (re)lire le tome 1 de l’histoire de la sexualité de Foucault (vraiment tres, tres lisible et compréhensible) ne peut que nous aider dans ces reflexions...

    Pour un livre libérateur (Notre corps, nous-même , par un collectif de femmes de Boston - vous connaissez ?) , combien d’ouvrages descriptifs et prescriptifs ? ...

    Quant a l’avortement et la pilule, le fait de les rendre légaux permet effectivement un acces plus generalisé et moins dangereux (mais certainement pas pour toutes ! ni tous...), et les luttes féministes ont en effet permis une reconnaissance un peu plus grande de l’existence du plaisir et du désir feminin (mais qui sont encore aujourd hui vus au singulier...).

    Mais savez-vous ce qu’on pensait du plaisir féminin au Moyen Age ? qu il etait necessaire a la conception. Il y avait donc foison de « guides pour hommes du plaisir féminin », qui, a ce que j’en connais, etaient plus variés que les conseils des magazines masculins actuels...

    Tiens, et une enquete de 2009 sur la sexualité des francais :
    Lien

  • Gotch
    • Posté à 13h24 le 15/05/2009
    • Internaute 15306

    Quand le Père de la Croix, un prêtre belge, l’un des premiers archéologues, découvrit le site gallo-romain de Sanxay, dans la Vienne, que fut sa première réaction ? Il fit recouvrir de chaux les murs de l’établissement de thermes, où s’épanouissaient de magnifiques fresques où déambulaient des personnages tout nus. Shocking ! Hélas, ces fresques ne sont plus récupérables, la chaux ayant détruit les pigments.

    Cela signifie qu’il y a presque deux mille ans, les gens n’avaient pas la pruderie de ceux du XIXe (date de la découverte), ni même probablement celle qui se manifeste de nos jours dans un sursaut de pudibonderie. Les religions relèvent la tête, et avec elles la censure (au mieux) et les emprisonnements ou les lapidations (au pire).

  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 13h35 le 15/05/2009
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    Perso la libération sexuelle on m’en a parlé. Ca avait l’air bien.

    La réalité pour les personnes de mon âge, c’est le sida et la capote... L’effet libératoire est moindre j’avoue, quand la mort attend au tournant.

    C’est assez étrange la légereté supposée des relations entre personnes consentantes et la Faucheuse qui regard par la fenêtre pour voir si un créneau ne lui serait pas laissé...

    Ajoutez à cela le retour des frustrés de dieu, ces grands négateurs du principe de création, les délires publicitaires assumés de notre belle société consumériste, le bavardgae continuel de la presse et de la TV, la dérive concurentielle de notre société égalitaire ultra commautariste et vous obtenez finalement le contraire de ce qui est affirmé...

  • Jaydi
    Jaydi
    Sûr de ne pas être certain
    • Posté à 14h20 le 15/05/2009
    • Internaute 79502
      Sûr de ne pas être certain

    Je pense qu’on pourra parler de libération sexuelle quand on pourra enfin réellement différencier le sexe de l’amour et de la reproduction.
    Car au delà du SIDA qui est déjà un facteur très restrictif, la morale est aussi encore très présente.
    Je suis bien entendu trop jeune pour comparer la situation actuelle avec celle d’il y a 40 ans ou plus, mais je n’ai pas l’impression que les gens soient très libérés pour le moment.
    Peu de gens comprennent que l’on peut s’adonner au sexe avec plusieurs partenaires, ou sans amour.
    Pour beaucoup encore, liberté sexuelle signifie plutôt dévergondage, et beaucoup de pratiques sont encore perçues comme perverses puisque pas normales.
    En clair, vous avez le droit de faire ce que vous voulez, mais tout de même, c’est souvent louche et il y a des choses qui ne se font pas, un point c’est tout.

    Par contre, je ne sais pas si voir des affiches de femmes dénudées ou des calendriers de sportifs complètement nus peu réellement être inclus dans une libération sexuelle. Je parlerais plutôt de marchandisation des corps, ce qui est bien différent.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 14h31 le 15/05/2009
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    Je ne sais quel âge à notre ami(e) Camille, mais personnellement j’avais dix-huit ans en 68 et je peux vous dire que OUI on peut parler de libération sexuelle ! Et même de formidable libération sexuelle !

    Baiser avant la pilule, ce n’était pas une sinécure, je vous assure ! Et puis il y avait cette morale étouffante qui a implosé sur les barricades. L’une allait avec l’autre, je crois.

    J’entends parler les jeunes d’aujourd’hui, je les vois danser leurs danses du scalp amoureux, s’essayer à leurs premiers embrasements... Je peux affirmer que ça n’a rien à voir avec les bluettes angoissées de leurs grands-parents et précédents.

    Il y a juste une chose que cette libération n’a pas « libérée » : l’instinct de propriété, ce réflexe d’appropriation de l’objet (sic) aimé. Et qui cadenasse le sexe en couple. Le couple, ce fossoyeur du cul.

    La morale du temps est liée, je crois, aux limites techniques et aux contraintes culturelles. L’absence de pilule, et les dangers de la procréation accidentelle, contribuaient à rigidifier la morale et ses interdits. De même que les contraintes économiques figent les relations familiales, donc sexuelles, dans les pays insuffisamment développés.

    De même, l’instinct de propriété, toujours en triste vigueur, limite encore considérablement l’imagination en matière de gymnastique et d’invention sexuelle. Voilà pourquoi nos rencontres amoureuses sont encore si souvent assez frustrantes. Voilà pourquoi, nos amant(e)s de plus de quarante ans, revenu(e)s ou même viré(e)s du « couple » sont si souvent diablement plus enthousiasmant(e)s !

  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 16h36 le 15/05/2009
    • Internaute 19357
      non connue

    Libération sexuelle ? ? ?
    Moi je les détache qu’à la fin ! ! !

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h08 le 15/05/2009
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Ca devait être bien avant le Sida...

    On pouvait faire un mariage pour raison fiscale, et forniquer dans tous les sens sans rien dire à personne, on sauvait les apparences.
    Mais les enfants de ceux-là n’ont vu que les apparences (papa-maman-travail-maison) et s’y conforment.
    Parce qu’il n’y a pas d’alternative à l’organisation en familles.
    Et qu’une fois en couple, forniquer dans tous les sens sans rien dire à personne, c’est un crime contre l’humanité.
    Et puis en temps de crise on sent mieux les coups de coudes de ceux qui veulent une place au soleil, que les vagues d’amour sans condition de l’humanité en rut.

    Bref le Sida a mis un coup d’arrêt à la révolution sexuelle dont l’étape suivante aurait dû être la destruction de la structure familiale paternaliste au profit de structures collectives basées sur la seule chose qui dure, la production d’un environnement épanouissant pour tous.