07/04/2009 à 16h43

L'amour en ligne (3/3) : le sexe réel modifié par le virtuel



Une démonstration au Asiagraph 2007 à Tokyo (Kim Kyung Hoon/Reuters).

Pour clore notre trilogie sur la façon dont les nouvelles technologies transforment notre intimité, rien de tel que de constater que les émotions générées par le virtuel ont des conséquences tout à fait concrètes sur notre vie réelle.

Laurent témoigne de sa première « rencontre virtuelle » :

« D'avoir eu une relation sexuelle née d'un espace qui n'existe pas, en parlant avec une femme que je n'avais jamais vue m'a bouleversé. J'ai eu le vertige parce qu'une relation intime avait émergé du virtuel. Finalement, le virtuel est très concret. J'ai été touché intimement par un média électronique. Je continue de m'interroger sur la nature d'un enfant avec cette fille ? Ce gosse ne serait pas né d'une relation physique (au départ) mais d'une relation dans un monde de mots. »

D'après Johan, « si on considère qu'aujourd'hui, le vrai pouvoir c'est l'information, c'est l'étape ultime du pouvoir de l'intellectuel sur le sensoriel ».

La sexualité virtuelle, voyeuriste ou exhibitionniste, est tout à fait réelle pour les personnes qui la vivent. De la même façon que certains s'excitent pour de vrai en observant leurs voisines, d'autres se plaisent à regarder par le trou de la caméra...

« Je ne peux pas toucher, j'adore cette frustration, et ces trips d'exhibition collective », me confie un amateur du genre, qui poursuit :

« Des seins en visio m'excitent peut-être plus qu'en vrai car elle se cache et je peux faire ce que je veux... c'est voyeuriste, ce n'est pas intrusif, la relation reste virtuelle, cela reste un fantasme, avec une totale liberté personnelle comme devant un film, on peut éteindre l'ordinateur à tout moment, il n'y a pas de risque personnel ; et pour autant, c'est très excitant. »

Pierre, proche de la quarantaine, a été troublé par une expérience d'apparence très anodine :

« Dans un jeu en réseau, j'ai pris un avatar de femme et, j'ai été interloqué par des joueurs mâles qui flattaient mes formes et je me suis surpris à répondre “merci” comme si le compliment m'était destiné à moi “en vrai”. C'était d'autant plus troublant qu'en temps normal, je ne remercierai pas des gens qui me disent “tu es bonne”. Les gens savaient que j'étais Pierre, mon prénom était écrit et je n'ai pas corrigé en disant que j'étais un mec. »

Attention à votre statut Facebook

Pourtant, ce n'est pas seulement la réalité qui se transforme avec la sexualité virtuelle, les relations « réelles » sont également impactées par les nouvelles technologies.

Facebook, Second Life ou même la géolocalisation risquent d'amener du plaisir mais aussi des problèmes dans votre vie amoureuse. Par exemple, il faudra maintenant pour vos cinq à sept, un hôtel à côté du bureau sans quoi, quand vous écrirez à votre partenaire que vous êtes encore au bureau, il ou elle saura instantanément que vous mentez.

Moins dramatique que l'histoire de l'homme qui a tué son ex-femme parce qu'elle avait modifié son statut Facebook voici une anecdote advenue à des amis que je salue au passage. Eric et Emilie étaient en couple depuis quelques mois à peine, ils s'étaient rencontrés chez des amis et tout allait pour le mieux sauf que… Ils étaient tous les deux sur Facebook et qu'ils avaient un réseau d'amis communs assez important. Ils avaient tous les deux indiqué qu'ils étaient en couple ensemble sur leur profil Facebook.

Un jour, Eric remarque que sa vie privée ne regarde personne et décide de supprimer l'indication « en couple » de son profil. Instantanément, tous les amis d'Emilie apprennent que Eric n'est plus « en couple » et envoient moult messages de soutien à la demoiselle supposée en détresse.

Emilie est furieuse d'apprendre par ses amis qu'Eric vient de la larguer, l'explication directe entre Emilie et Eric tarde à arriver et socialement le couple n'a plus d'existence depuis quelques jours lorsqu'ils en parlent enfin. Le jeune couple n'a pas survécu au changement de statut Facebook qui s'est avéré auto-réalisateur.

On n'arrêtera pas le progrès... Mais on peut d'ores et déjà se demander à quoi ressembleront les partouzes du futur ? Pas d'inquiétude, j'enquête.

Photo : Une démonstration au Asiagraph 2007 à Tokyo (Kim Kyung Hoon/Reuters).

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  • ni soumise ni rebelle
    ni soumise ni rebelle
    sans profession
    • Posté à 17h57 le 07/04/2009
    • Internaute
      sans profession

    on pourrait imaginer que cette tendance a eliminer les risques au cas ou il y en aurait un fatal est le resultat d'un comportement adaptatif qui nous a amene jusqu'ici ? ? ?
    le desir de vouloir controler me semble assez naturel mais autant que celui d'explorer,il semblerait que l'experience virtuelle arrive a satisfaire les 2 en meme temps ! ! ! a tord ou a raison,je trouve ca effrayant puisque cette dualite , en pleine « middle age crisis » continue toujours d'occuper (creer ? ) toute mon energie ...peut -etre est-il temps de passer a autre chose ? ? ?

  • ecor1
    ecor1 répond à Numerosix
    sur le fil
    • Posté à 19h47 le 07/04/2009
    • Internaute
      sur le fil

    Parfaitement, je suis libre, libre de vivre comme je l'entends, sans contraintes, dans le monde sans fil qui été crée rien que pour moi ou je peux télécharger la musique sur mon ipod et recevoir des offres personalisées sur mon blackberry et tchater avec mes amis.....le pire c'est que des fois ca me fait envie, monde de merde tiens.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h56 le 08/04/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Très drôle cette histoire de couple qui se sépare pour ce délire. Encore une preuve que Darwin avait raison...

    On parle de Facebook, mais on oublie un autre mouchard qui peut être encore plus dérangeant : la messagerie électronique.
    La plupart (toutes ? ) ont une fonctionnalité par défaut qui indique automatiquement que l'utilisateur n'est pas là s'il ne touche pas à sa machine durant un certain temps, et qui enlève cet indicateur dès qu'on tripote la souris ou le clavier.
    Le problème est que si l'on ment à quelqu'un en prétextant un rendez vous chez le dentiste ou une retenue au travail, qu'on se pointe chez soi et qu'on touche à sa machine (ou plus radical qu'on l'allume), et voila que celui à qui on a menti se rend compte qu'on est chez soi...

    Comme si on avait pas assez à faire en se cachant de ses voisins, balances parmi les plus dangereuses, il faut aussi se méfier de son propre ordinateur : D

    Et je confirme, passer par des webcams peut être encore plus excitant et pervers qu'un peu de distance ou une vitre, car on ne peut pas la franchir ou la briser...
    Et c'est nettement plus efficace que la méthode à l'ancienne par téléphone : D

  • alaixih
    alaixih répond à Tyrian
    • Posté à 16h47 le 08/04/2009
    • Internaute

    Se branler devant un écran c'est de la sexualité ?
    Il ne faut pas confondre virtualité et réalité.
    C'est cela que les gens ont du mal à faire.
    Ceci dit cela permet de croire qu'on a une vie.
    C'est comme cette compulsion que l'on peut tous constater avec les portables. L'autre n'existe plus.. Il est à 30 cm de vous mais vous ne le voyez pas... Il est vrai que parler via internet à quelqu'un qui n'est pas là permet d'être beaucoup plus dans le réel.
    Ceci dit... Je connais très bien ces univers j'ai cotoyé tout cela.
    Ceci dit quel est le pourcentage de Français que cela concerne ?
    5% ?

  • Numerosix
    Numerosix répond à Camille
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 21h35 le 08/04/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    C'est vrai que sur cette Rue8969 , sexuellement , pour l'instant , ca reste tres tres vague, mais pour ce qui est de rencontrer virtuellement de sacrés déconneurs comme soi avec qui on sent qu'on pourrait vraiment en vrai se marrer comme des baleines entre potes et potesses et boire des coups ,y compris même dans la rédaction , c'est le top, quand même ...
    Et par exemple, sur Médiapart, on sent ça beaucoup moins

    Bon , se marrer comme des baleines, je sais pas si c'est très sexuel ou si c'est pour oublier les emmerdes sexuelles , mais c'est un peu hors sujet, Camille , excuse ...

  • neel
    neel
    ^^
    • Posté à 17h25 le 10/04/2009
    • Internaute
      ^^

    Les curieux, qui ne prennent pas le temps de s'installer dans cette logique de virtualité que propose Secondlife (SL) seront forcément déçus et ne verront que ce qui semble être une pâle copie de notre RL (real life).
    Mais si l'on veut comprendre SL, il faut jouer le jeu de l'immersion et se donner le temps d'explorer.
    Contrairement à ce qui est dit, l'argent dans SL est plus que secondaire, seul des reflexes de noob incitent à penser que ce monde tourne autour des échanges monétaires. Tout est en accès gratuit à qui se donne la peine de trouver...
    .
    Se donner la peine... C'est bien le sens de SL ! ...à nous, par l'intermédiaire de notre petit avatar de rechercher le sens que l'on souhaite donner à cette experience. Alors bien sur les rencontres et l'amour se retrouvent à tous les coins de sims.. : )

    Certains utilisent SL comme un nième moyen virtuel de lier contact pour retrouver rapidement la RL (real life), d'autres chattent et discutent - avec l'usage d'un micro ou par écrit -
    D'autres enfin tentent l'aventure d'un nouveau type de contact, où la rencontre physique n'existe pas. Seuls les moments SL permettent de lier connaissance, explorer une personnalité qui se dévoile selon son rythme.
    A ce stade, des liens se nouent selon des critères d'affinités nouveaux sortant de toute logique RL.
    La relation amoureuse entre dans cette logique. Indépendamment de l'expérimentation basée sur des mises en situation de son avatar - plus ou moins transgressives selon sa propre RL- , l'amour via SL peut revêtir un aspect très sensuel. Où l'objectif est de « parler d'amour » plutôt que simuler un acte...une façon de se dévoiler, de chuchoter à l'autre ce qu'il nous inspire, formuler des désirs..d'explorer son intimité ..jouer sur l'érotisme qui émane de la necessité de parler/ecrire plutot que d'agir...
    Une façon de (r)éveiller ses sens, de se laisser porter par de nouvelles sensations...
    Le virtuel n'est donc pas systématiquement synonyme de misère sociale, morale ou sexuelle... bien au contraire : )))