31/03/2009 à 18h00

L'amour en ligne (1/3) : géolocaliser pour mieux emballer

Camille | Mauvais genre


Illustration : Yann Guégan

Les nouvelles technologies révolutionnent les rencontres amoureuses et les relations sexuelles. Exploration en trois temps de l’effet des transformations techniques sur notre intimité avec l’aide précieuse de Tristan Mendes-France, geek fini, chroniqueur dans l’émission « Place de la Toile “ sur France Culture et expérimentateur de nouvelles technologies.

On commence par la première étape avant toute sexualité, réelle ou virtuelle : la rencontre. Sur Internet, elle peut prendre pour le moment quatre chemins majeurs :

  • le site de rencontres à proprement parler
  • le blog qu’on tient (éventuellement un blog sexe) qui permettra de se lier avec des commentateurs
  • le réseau social (Facebook, Linkedin…) qui permet de demander à des inconnus d’être ‘son ami virtuel’
  • les forums en général qui amènent certains groupes ou sous-groupes à se connaître. J’avais par exemple croisé dans un club échangiste un groupe d’amis qui se connaissaient d’un forum de Doctissimo sur le libertinage.

La géolocalisation amoureuse est un cinquième chemin déjà effectif pour quelques geeks, dont Tristan, qui m’explique :

‘C’est une géolocalisation par téléphone. Il faut avoir un GPS sur son téléphone et un réseau social qui intègre une option de géolocalisation, genre Facebook ou Twitter.

Sinon, il existe trois réseaux sociaux spécialisés : Brightkite, Whoshere ou Loopt.com. Dans tous les cas, tu ouvres le programme, tu le lances, tu t’inscris dessus et là les gens peuvent te trouver physiquement.’

‘Tu indiques la distance à laquelle tu cherches, par exemple 40 mètres’”

Il faut cependant être prudent avec des systèmes comme Twitter et sécuriser ses conversations : n’était-ce son légendaire sens de la morale, Tristan aurait pu usurper la place d’un homme qu’il a “lu” en train de prendre rendez-vous près de chez lui, sans que ce dernier ne le sache.

Bon, l’inconnu était gay, et Tristan est hétéro, donc il y avait peu de risques... Mais sait-on jamais, si Tristan avait eu envie d’explorer sa part homosexuelle, le type se serait retrouvé dans un plan à trois qui ne lui aurait pas forcément convenu.

Après, le fonctionnement de la recherche ressemble à celle d’un site de rencontres, sauf que l’on peut paramétrer également la distance maximale de la rencontre. Tristan s’enthousiasme :

“C’est le prochain mode de rencontre qui va exploser. Tu indiques la distance à laquelle tu cherches, par exemple ‘40 mètres’ et s’il y a quelqu’un d’inscrit dans un rayon de 40 mètres autour de toi, tu vois son profil. Tu peux tchater avec ou aller la voir.”

Devant mon étonnement sur le fait que des gens iraient tout d’un coup parler à des inconnus parce qu’ils ont le même logiciel, Tristan renchérit :

“Oui, ça rompt la glace, ça fait un point commun… D’ailleurs, un journaliste a raconté dans le Wired de janvier qu’à sa première connexion-test pour un article, une jeune femme dont le profil annonçait des envies sexuelles et l’a tout de suite contacté.”

Un test peu concluant dans un café parisien

L’expérience fut nettement moins excitante lorsque nous avons testé ses outils de géolocalisation dans un café à Odéon : personne à moins de quelques centaines de mètres, et des profils peu engageants à cette distance, peut-être parce que ces réseaux sont encore tout débutants en France et que la masse critique est loin d’être atteinte.

Pour autant, d’après Tristan, la timidité est physique et s’exprime face à la corporalité de l’autre. Le fait de passer par un pré-contact virtuel permet de franchir une première barrière, et finalement d’aborder plus facilement une personne inconnue.

Sans compter que les “arrières-pensées” d’un tel procédé rend une éventuelle conclusion plus simple -d’autant plus que l’usage est de tutoyer sur Internet.

Dans son émission, notre chroniqueur expliquait qu’avec ces modes de géolocalisation, on allait avoir des comportements similaires aux papillons qui, grâce à leurs phéromones, peuvent “géolocaliser” un partenaire potentiel.

Attention aux virus informatiques basés sur la géolocalisation

Mais la rencontre ne serait pas réaliste s’il n’y avait pas un “risque Internet” transmissible. Or, précisément, il existe maintenant des virus informatiques qui se basent sur la géolocalisation. Ainsi, le fait de choper ou non ces infections d’ordinateur peut dépendre de sa présence physique dans des lieux déterminés.

Et donc, si je vais draguer régulièrement au bar de l’Odéon par Internet, un geek jaloux de mes succès avec sa compagne pourrait faire en sorte de m’infecter moi, et tous ceux qui rodent par Internet dans ce lieu.

Ce qui est nouveau, c’est que pour que mon ordinateur attrape le virus, il faut un contact physique avec un lieu donné, comme pour la grippe ou une IST.

Et si le pare-feu tient lieu de préservatif virtuel, le supprimer ne diminuera pas les risques, c’est certain ! Enfin un préservatif autorisé par le pape ? Parfois le virtuel a du bon.

  • 33255 visites
  • 86 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h24 le 31/03/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Digne de Spook Country de Gibson, où comment l’univers réel et le virtuel se confonde en un seul univers, allant à l’inverse des théories des années 80 où le virtuel remplacerait le réel.

    Parmi les modes de rencontre sur Internet, il manque le jeu en ligne (certes c’est plus du fantasme qu’autre chose...) mais surtout les messageries instantanées (à moins que MSN n’ait fermé cette nuit...)

    L’avantage de ce truc, c’est que ça évite de se promener avec sa pancarte « j’ai envie de sucer un roux de 1m60 qui aime le chorizo ». Ca limite les choix, vu que les gens en face doivent être équipés du système, mais ça évite les emmerdes avec les gens bien comme il faut.
    Par contre, je me méfie des flics qui pourraient associer cela à du racolage passif...

    En plus, ça limite les mensonges. Inutile de dire qu’on fait 1m95, beau comme un boeuf et fort comme un appolon, puisque dans ce cas personne ne saura où on est.
    Remarquez, ce serait assez drôle de mettre ses fantasmes et de croiser sa propre femme : D

    Quant aux papillons, on l’est déjà. Mettez deux partenaires sexuels potentiels et compatibles dans un même lieu, et vous allez voir si ils ne se trouvent pas.
    Bon évidement, ça évite certains risques, par exemple de demander « salut tu baise » à la mauvaise personne, ou de voir arriver son jaloux de macho qui pratique l’exclusivité sexuelle et le kickboxing.
    L’autre avantage, c’est qu’il suffit de couper la machine pour ne plus se faire draguer. Problème que je ne connais personnellement pas (dommage : D), mais que je vois se produire fréquemment quand j’ai le malheur d’accompagner des gonzesses.

    Aller, que vive le locative art

  • Pseudo
    Pseudo
    Enfin libre : -)
    • Posté à 18h36 le 31/03/2009
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    « Il existe maintenant des virus informatiques qui se basent sur la géolocalisation »

    Ah s’il faut aussi se protéger des rapports virtuels, ça va vite devenir pénible...

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 19h45 le 31/03/2009
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    si on considère que la distance moyenne domicile travail est de 14km et que la médiane doit etre de 30 ou 40 (kilomètre)
    je ne vois pas la nécessité de draguer dans une zone de 40m
    a moins d’etre à 10m d’un formule1

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 19h56 le 31/03/2009
    • Internaute 71957
      nc

    Ah, le progrès technique...

    Bientôt, on aura du genre total recall voire demolition man. Plus besoin de s’emmerder à faire des rencontres physiques, on se mettra un casque sur la tête et une électrode dans le cul, on choisira son scénario baisique (cas total recall) ou son partenaire virtuel (cas demolition man), et ça se passera tout dans la tête mais on en ressortira comme si ça avait vraiment eu lieu.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 20h42 le 31/03/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Et tout ça pour informer son voisin ou sa voisine, l’inconnu ou l’ingénue, qu’on est « libre » ?

    Jadis, il y avait un truc tout bête :
    une alliance au bon doigt !

    Notez qu’il y a d’autres indicateurs. Je crois savoir par exemple que chez les amishs, en fonction de la couleur de la coiffe de la femme (noire ou blanche), on a à faire à une fille à marier ou à une femme mariée.

    Et en plus, y’a pas de virus informatique dans la coiffe... ; -)

  • abfaboune
    • Posté à 10h01 le 01/04/2009
    • Internaute 15842

    Mouais, m’a l’air foireux ce truc.

    Après, les blogs, facebook, twitter (tu as oublié msn), ne servent pas à draguer, mais à se faire croire qu’on a une vie sociale.

    En revanche, lorsqu’on en a une de vie, on peut se servir de ces trucs pour faire plus ample connaissance avec ses contacts.

  • Coquine en chef
    Coquine en chef
    Wikine.fr
    • Posté à 14h17 le 01/04/2009
    • Internaute 68806
      Wikine.fr

    AH, je voulais faire le même genre d’article que toi !
    J’ajouterais juste que dans les sites de rencontre, il en existe une espèce qui évalue la compatibilité des partenaires en fonction de leurs gènes ! C’est de la nouvelle technologie aussi...
    et je trouve ça ouf !
    Voilà un témoignage rapide (le long est en lien dans l’article) Lien

  • XavXav
    XavXav répond à Camille
    • Posté à 16h04 le 01/04/2009
    • Internaute 28444

    on peut être présent physiquement à l’endroit qui déclenche le virus sans forcément le mettre en action : ce qui le fait fonctionner, c’est si l’ordinateur (ou le téléphone) est « au courant » de notre présence dans le lieu, donc si il est en route, avec le logiciel de géolocalisation.

    Dans une perspective plus sombre, ça pourrait être une façon de déclencher une bombe. Il y avait eu un test je crois, en utilisant comme détonateur le repérage d’un passeport biométrique. On peut redouter la même chose à partir d’un téléphone portable.

  • GegeLaParlote
    GegeLaParlote
    Technophile
    • Posté à 08h46 le 02/04/2009
    • Internaute 74901
      Technophile

    Rien à voir, mais si vous voulez tester une application de localisation sur téléphone, SFR propose un bétatest accessible aux abonnés sur lesite : Lien
    Peut être l’occasion de rencontres dans la phase joker : -)

  • epona2007
    epona2007
    aucune importance
    • Posté à 08h55 le 02/04/2009
    • Internaute 54022
      aucune importance

    Cette nouvelle invention est aussi désespérante que les autres méthodes virtuelles....
    l’amour et non les rencontres de « baise » ça passe heureusement par autre chose....
    c’est notamment la rencontre de 2 inconscients (au sens psychologique du terme, quoi que ! ; -) qui se reconnaissent littéralement, et ça n’a rien à voir avec la volonté et la « grille » idéale de chacun....sinon ....quel ennui dans notre vie où tout est de plus en plus contrôlé.....et formaté !
    L’amour véritable c’est le dernier ilôt de liberté qui reste à l’homme qui croit tout contrôler....qui conquiert le monde et qui est incapable de se connaitre lui-même.
    heureusement notre nature est aussi spirituelle, et moi je ne veux pas devenir un robot-clone .
    on est hélas, à l’aube de ce qu’annonçait Barjavel dans ses livres de SF, il y a 50 ans....