Avec le Strass, le travail du sexe a désormais son syndicat

Les assises de la prostitution se sont tenues vendredi au théâtre de l'Odéon, à Paris. Elles ont réuni, de l'estimation de participants, autour de 300 personnes dont plusieurs riverains et riveraines. Elles ont conduit à la création du Syndicat du travail sexuel, autrement nommé le Strass.
L'ambiance fut bonne, mais studieuse. « Il y avait des femmes de lettres connues » me dit Maîtresse Gilda, amusée : « Catherine Millet, Wendy Delorme, Catherine Robbe-Grillet… »
L'objectif ? Réclamer un statut en obtenant notamment de se faire enfin entendre aux ministères de la Santé et du Travail (chacun se renvoyant ce qui ressemble à une patate chaude pour le moment) et obtenir de meilleures conditions de travail, une protection sociale, etc. Les principales revendications sont détaillées là.
Prostituées, opératrices de téléphone rose, acteurs et actrices porno
Le Strass entend ne pas se limiter à la prostitution, mais bien inclure tous les travailleurs du sexe qui le voudront. Ce syndicat est donc ouvert aux métiers connexes de la prostitution, notamment avec un travail sur la nudité ou une connaissance de la sexualité et donc, par exemple :
- les téléopérateurs « roses » par téléphone, Minitel ou Internet. (Une prostituée ne peut s'empêcher de sourire en racontant que lorsqu'elle faisait ce métier, elle était payée comme « auteur ».)
- les strip-teaseuses (en réel ou à distance). Pour le moment, certaines femmes sont considérées comme intermittentes du spectacle ou danseuses, mais d'autres sont en CDI, et on se demande sous quelle convention collective.
- les acteurs et actrices pornos qui sont -s'ils ont leurs heures- intermittents du spectacle.
Le syndicat revendique 200 adhérents, soit 1% des 20 000 travailleurs du sexe à temps plein. Maîtresse Gilda explique :
« Je n'inclus pas dans cette estimation la mère de famille qui se prostitue pour arrondir ses fins de mois, ou les femmes qui sont exploitées, juste les sexworkers assumés qui vivent de la prostitution. »
D'après mon interlocutrice, il faudrait probablement multiplier par 20 le nombre de personnes concernées si on incluait toutes les situations de prostitution :
« Un pour cent de syndiqués pour un syndicat qui a quelques jours, c'est un taux qui correspond au taux de syndication moyen en France, et 200 adhérents en quelques jours font déjà de nous le plus gros syndicat du travail sexuel européen, devant celui de Londres qui ne compte que 50 personnes. »
Aux Pays-Bas, 25 000 travailleuses du sexe dont 4% seulement sont déclarées
Celui de Londres, je ne sais pas, mais ce qui est certain, c'est qu'effectivement, ailleurs en Europe, les tentatives d'organisation de groupes d'entraide ou de syndicats semblent avoir du mal à se développer.
Légal en Europe depuis 2000, la prostitution aux Pays-Bas était estimée d'après le magazine européen Cafebabel à 25 000 travailleuses en 2003 mais, avec seulement 4% de travailleuses déclarées légalement et encore moins d'adhérents, le syndicat aurait besoin de 3 000 voix supplémentaires pour se faire entendre…
On est loin du compte. D'après l'article de Cafebabel, les travailleuses du sexe se vivent comme indépendantes et se regroupent difficilement.
Pour autant les difficultés des prostituées et leur stigmatisation semblent être les mêmes partout en Europe : enfants retirés aux mères qui affichent ce qu'elles font, comment payer un loyer avec ce genre de gagne-pain, etc.
Un succès qui fait grincer des dents certains groupes féministes
La création du Strass est d'ores et déjà un petit succès sur le nombre d'adhésions et un grand succès médiatique (relayé de TF1 à France Info en passant par Le Figaro ou Le Nouvel Obs).
Ce succès fait grincer des dents une partie de la population et se déchirer de nombreux groupes féministes qui, quand il s'agit de prostitution sont souvent encore plus virulents et divisés que quand il s'agit de l'allaitement maternel. Le corps n'a pas fini d'être objet de désirs et de batailles.
Et pour ce qui concerne le désir, je ne peux m'empêcher d(e m)'en (ré)jouir.
Téléchargez Bulletin d'adhésion au Strass
Photo : Karolina. Extrait de la série « Prostituées d'Europe » (Mathilde Bouvard)
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De solene
vagabonde | 16H24 | 26/03/2009 |
tiens, j'aimerais bien des feministes anti-prostitution/abolitionnistes ici dans les commentaires, qu'on ouvre un debat… si on est tou-te-s d'accord, c'est vachement moins drole, et pas tres representatif…
merci Camille pour cet article : )
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 17H17 | 26/03/2009 |
Désolé, Solène, je suis un mec de 32 piges, et la création de ce syndicat me réjouis au plus haut point.
Dans mes organisations, politique, syndicale et philosophique, le sujet et clos avant d'avoir été ouvert.
Les travailleurs des bras et de la tête refusent d'admettre que vendre ses bras, sa tête ou son cul, c'est de l'exploitation, point barre.
J'attends avec impatience les négociations entre le STRASS et la CGT ou FO pour être intégré à une confédération.
Ses organisations, fondées pour protéger tous les exploités et lutter contre l'ennemi commun, le capitalisme forme actuelle du patriarcat, vont-elles continuer à se comporter comme des bonnes soeurs, ou bien accueillir avec joie les fiers combattants pour la protection sociale et les conventions collectives ?
Je crois que les travailleurs du sexe, sans distinctions de sexe, de race ou de philosophie, ont encore des luttes à mener.
Mais les deux cent sont d'ores et déjà sorti du lumpen, pour entrer dans les rangs du prolétariat conscient et combattif.
Je leur souhaitent des adhésions par milliers, et m'attends à ce qu'ils remettent le mouvement ouvrier sur le terrain d'une lutte contre l'oppression impitoyable et néanmoins joviale.
Bibises.
De kebra
Bisounours killa | 18H03 | 26/03/2009 |
Parmi les patates chaudes sociales, la prostitution est encore aujourd'hui un sujet qui ne fédère pas dans les partis et organisations traditionelles. Elle constitue un excellent moyen de fédérer contre l'audacieux réformateur un front de tartufes de première catégorie sans rapporter grand chose en terme de voix et de popularité. Les politiciens se gardent bien de trop traiter ce genre de sujet sauf pour réclamer du baton.
Notre monarque voulait vider les trottoirs des avenues chics et les allées proches de Neuilly. Il n'a que faire du sort des travailleurs du sexe, pas plus que de l'usager de drogue, du malade incurable, du patient gavé de chimiques hors de prix, de l'usager des services publiques mécontent, du citoyen réformateur sans parti, du justiciable sans relation, du pov » con comme vous et moi, de Julien Coupat…
Alors toute initiative visant à défendre de la base les damnés de la terre va dans le bon sens. Longue vie et beaucoup de succès pour le STRASS !
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 20H34 | 26/03/2009 |