23/02/2009 à 12h20

Google, coincé entre les lobbys de protection de l'enfance et Rue69


« Ce serait bien que vous ayez une conversation avec Nadine Morano ou avec la protection de l'enfance » m'explique-t-on à Google (ils avaient promis de me rappeler et ils l'ont fait).

A en croire le moteur de recherche, il n'y a que Rue69 pour trouver que le mode « safe search » de Google est contre-productif (bien que la plupart des acteurs de l'internet s'inquiètent aussi). D'ordinaire, quand on appelle Google, c'est au contraire pour « protéger les enfants des dangers de l'internet ».

Chez Google, on s'inquiète surtout des cadres législatifs visant à durcir les filtrages Internet, et on cherche à perfectionner les filtres, comme demandé par les associations. Dans un sourire audible, la responsable relation presse de Google me dit : « Vous savez, qu'il n'y a que vous pour trouver que l'on filtre trop, d'habitude les associations trouvent que l'on ne filtre pas assez ».

On se croirait revenu aux temps moyen-âgeux, version « Nom de la rose », où il était dangereux de laisser les gens lire (sait-on ce qu'ils pourraient faire de la connaissance) ?

Globalement, Google approuve les commentaires des riverains, en particulier sur les points suivants :

  • Toujours laisser le choix : le mode « safe search » n'est pas activé par défaut (mais peut l'être) de sorte que les parents ont le choix de laisser ou non le mode de filtrage.

  • Le risque, que les parents se reposent sur le filtre est réel et il s'agit d'une attitude inadaptée. A Google, on pense qu'un enfant de 10 ans ne doit pas avoir un accès libre et permanent dans sa chambre à internet, de la même façon qu'on ne laisse pas traverser seul la rue un enfant de 5 ans. Bref, qu'on apprend d'abord à quelqu'un à se servir d'un outil avant de le laisser l'utiliser.

  • Le filtrage ne peut pas être parfait, ni sur un plan algorithmique (on trouvera toujours des mots clés qui génèrent des « accidents ») ni sur un plan culturel (un sein choque aux Etats-Unis et non en France). A priori, Google travaille à améliorer les algorithmes pour leur pertinence, mais la notion même de pertinence est dirigée par le cadre et les orientations législatives françaises.

    « Il suffit qu'il y ait eu une mauvaise rencontre d'un enfant sur Internet pour que l'on veuille bloquer Internet » me confirme-t-on. Bref, pour la sexualité comme pour le reste, la tendance reste à légiférer sur un cas particulier et Google s'adapte aux pressions qu'il subit.

  • C'est bien aux parents de surveiller les enfants et il faut éduquer les enfants à utiliser Internet. Là dessus Google est d'accord et participe à des missions éducatives avec les enfants, en partenariat avec l'Education nationale. Ils ont notamment une opération « Search net » pour apprendre à chercher sur Internet.

    « Et chercher sur la sexualité ? », demandais-je. « Ce n'est pas d'actualité face à des enfants de 11 ans », m'explique-t-on, « mais si vous avez un sujet pertinent dont on peut parler en groupe entre 10 et 12 ans, pourquoi pas. »

    Là, je dois admettre que j'ai séché. A 11 ans, je n'aurai pas eu envie de parler masturbation en classe... Des idées de sujets pour apprendre à nos têtes brunes, rousses ou blondes à chercher intelligemment des informations sur la sexualité ?

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  • IamSelene
    • Posté à 16h48 le 23/02/2009

    Inadapté, pour des enfants de 11-12 ans ? Peut-être pas. Personnellement, j'ai commencé à tomber (et à m'intéresser) à la pornographie sur internet à 12 ans. Et je trouve un peu fort que les associations (bien pensantes à souhait) continuent de s'imaginer que l'enfance n'est que pure innocence : un enfant de 13 ans se fout bien de votre google safe search et trouvera toujours un moyen de voir des vidéos de sexe plus ou moins hard, ne serait-ce que parce que les copains en parlent.
    Quoi qu'il en soit, je ne suis pas sûre qu'un enfant qui tombe sur de la pornographie involontairement soit une situation pire qu'un enfant qui reste dans l'ignorance, quand les parents prennent les dispositifs de sécurité comme un échappatoire à l'explication de la question fatidique.

  • deecurl
    • Posté à 17h50 le 23/02/2009

    bah heu...à 10 ans on avait eu le sujet à l'école sur comment on fait les bébés... à partir de la conception ; et donc grand flou avant
    en pouffant, on demandait au maître qu'est-ce qu'il y avait avant, en le sachant très bien d'ailleurs : )

    insister sur l'idée de respect mutuel, de plaisir partagé ? pour que la première fois qu'ils voient un film X, ils sachent que ça ne correspond pas forcément à la réalité ?

    un peu hors-sujet, mais j'imagine toujours le désarroi du jeune puceau qui n'a jamais vu nues que des actrices piercées-épilées-stringuées, lorsque sa petite amie se déshabille devant lui pour la première fois : sans doute pas le même spectacle...

    enfin j'imagine la même pour une minette aussi : pas les mêmes dimensions pour le coup.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h17 le 23/02/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    J'aurais dit 12 ans pour l'age minimum du surf tranquille sur le Net, la même censure que pour le cinéma ou les jeux vidéo.

    Et ce n'est pas des sites pornos dont je me soucierais le plus, mais plutôt des sites de débiles qui torturent, expliquant comment buter tout le monde dans son école ou l'art et la manière de bricoler les produits chimiques. Et bien sur tout site idéologiquement dangereux, comme ceux des sectes ou des partis politiques.

    Et honnêtement, si Google ne renvois pas sur Rue69, c'est que l'utilisateur a activé volontairement le filtre, et donc qu'il ne veut pas voir les articles de Rue69.
    Et puis c'est mieux de rester entre pervers : D

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 17h15 le 25/02/2009
    • Internaute
      oiseau

    Google est une entreprise comme un autre et cette entreprise reste sensible aux différentes pressions. Il semble que les pressions actuelles sont au conservatisme et à la censure. Hélas.Je ne veux pas discuter du bien fondé de la censure ou de ces pressions. Ce fut déjà fait et ce n'est pas mon objectif de maintenant.

    Par contre je crois qu'il y a trois postulats qui méritent d'être dénoncés :

    1) L'existence de cas extrêmes ne peut légitimer la négation de la norme (la moyenne). C'est comme dire que parce qu'il y a 2000 ou 3000 morts en France sur la route, il faut censurer toutes les voitures et prendre un « safe velo ». Il y aura toujours des accidents (sur les routes comme sur internet) et la plupart du temps, ce n'est pas dû à un problème technique, mais un manque de surveillance du conducteur ou des parents.

    2) L'existence de la censure possible peut rendre les parents trop confiants à laisser les enfants sans surveillance ! Erreur ! Fatal Error car les enfants sont très vite capables de trouver où déconnecter la censure. Ils apprennent l'informatique bien plus vite que les adultes. C'est même souvent l'enfant qui enseigne ensuite aux parents.

    3) La sexualité n'est pas sans intérêt pour un enfant, même de 7 ans ! Pour lui, il s'agit de comprendre comment il est né, comment on fait des bébés. Connaître la réponse est important pour lui. Lui mentir et répondre « dans les choux et les roses » n'est pas la bonne manière car c'est mentir à l'enfant. Quand il découvre la vérité, il découvre surtout que les adultes lui ont menti et ce n'est vraiment pas génial pour ses rapports avec les adultes par la suite.
    Il veut connaître la réponse disais-je, même à 7 ans. Cependant, comme il n'a pas encore intériorisé que le sexe est aussi un plaisir et surtout que c'est un tabou dans la société, il ne comprend pas qu'on refuse de lui l'expliquer et trouve cela anormal. S'il cherche une réponse, ce n'est pas par goût d'enfreindre un tabou qu'il n'a pas encore, mais vraiment pour avoir une réponse. Une fois qu'il a cette réponse, il est généralement satisfait et n'y repense plus jusqu'à ce que l'adolescence et l'intérêt du sexe soient affirmés, (mais à ce moment, le tabou est là aussi et il saura gérer d'une manière socialement convenable ces informations).